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30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 23:57

Mythologie


Le Muguet de mai 

Le premier mai
 

 

....Et toutes les fleurs des poètes

Jamais n’embaumeraient ton coeur,

Mieux que les blanches cassolettes

Que balance un muguet en fleur !....


Charles Frémine (1841-1906)


 

 

Oh du muguet !........Chut.!.......Ecoute la douce musique de ses blancs  grelots ..........


L'authentique muguet, cette petite vivace qui se multiplie dans les sous-bois essentiellement grâce à son rhizome traçant, appelé "griffe" (portion de rhizome pourvue d’un grand nombre de racines et qui porte un bourgeon vivant),  est emblématique du mois de mai, des régions tempérées, préférant la mi-ombre et la fraîcheur, mais vraiment peu difficile sur le sol, le climat et l'exposition. 


Chaque brin de muguet est pourvu de deux grandes feuilles vertes allongées, en cornet à la base. Les fleurs forment des grappes de clochettes blanches à six dents très odorantes, toutes disposées du même côté de la hampe. 


 

 

En forêt, là où sa présence est naturelle, le muguet serait (avec la pervenche) un bon bioindicateur d'ancienneté et de la naturalité de la forêt. Le Muguet fleurit au printemps.

Ces fleurs, à l'odeur suave et puissante à la fois, laisseront place, à partir de juillet, à des petites baies rouges. Ces petits fruits arrondis sont fortement toxiques, et ne doivent donc pas être ingérés (attention donc à ne pas les laisser à portée des enfants) mieux vaut couper les fleurs fanées. 

 


Selon la classification classique, il fait partie de la famille des Liliaceae. On le plante en automne, sa floraison est d'avril à mai et  sa hauteur de  15 à 30 cm.


Fleur très populaire, le muguet est le symbole de la Fête du 1er Mai, c'est un porte-bonheur associé à la chance et à la joie des beaux jours retrouvés. Plante de légendes, le muguet embaume les jardins, il s'entend bien avec la petite pervenche et les coeurs de marie. Il peut constituer de belles potées fleuries et il a toute sa place dans les jardinières composées. 

Anna Homchik (1976) muguet
 

 

Quelques variétés de muguet conseillées pour avoir de jolies fleurs : 


Le muguet "nantais" dont les clochettes sont plus grandes et plus nombreuses 

muguet blanc nantais
 

 

Le muguet "rosea" aux clochettes blanches ou rosées

Le muguet "rosea" aux clochettes blanches ou rosées

 

le muguet "albostriata" a des feuilles rayées de blanc cassées dans sa longueur

le muguet "albostriata" a des feuilles rayées de blanc

 

Le muguet  "Flore pleno" offre des fleurs doubles.

Le muguet  "Flore pleno" offre des fleurs doubles.

 

Outre son nom de Muguet de mai, citons :


Muguet des bois (également nom vernaculaire de l'aspérule odorante), clochette des bois, lys ou (Lis) de mai, lys ou (Lis) des vallées. 


Certains noms donnent de la majesté à la plante. En anglais lily of the valley (lys de la vallée), ou en allemand maiglöckchen (cloches de mai), grillet, grelot, larmes de Marie, amourette ou encore gazon de Parnasse. 


Échelle de Jacob ou échelle du paradis, nom donné par les moines qui voyaient dans l'étagement de ses clochettes les marches d'un escalier et avaient la coutume d'orner l'autel de muguets.
 

Le songe de Jacob - l'échelle - Ludovico Cardi,  1559–1613

Le songe de Jacob - l'échelle - Ludovico Cardi, 1559–1613

 

Le muguet  héraldique


Appenwihr
(Haut-Rhin, Alsace)

France
 

Appenwihr
(Haut-Rhin, Alsace)

 

Marcenat
(Allier, Auvergne)

France
 

Marcenat
(Allier, Auvergne)

 

 

Martillac
(Gironde, Aquitaine)

France

Martillac (Gironde, Aquitaine)

 

Saint-Sébastien-sur-Loire
(Loire-Atlantique, Pays de la Loire)

France 
 

Saint-Sébastien-sur-Loire (Loire-Atlantique, Pays de la Loire)

 

Boppelsen 
canton de Zurich

Suisse

Boppelsen canton de Zurich Suisse

 

 

Veselovsky SP 
Fédération de Russie

 

Veselovsky SP Fédération de Russie


Weilar 

Thuringe 

Allemagne 


Weilar Thuringe Allemagne 


Le muguet emblème national


Depuis 1982, le muguet est la fleur nationale de la Finlande.
 

Finlande -  pièce de 10 Penniä - Deux brins de muguet - 1991, collection de Finlande

 

Etymologie du muguet de mai ou lis des vallées (Convallaria majalis), 


Le nom scientifique du genre Convallaria vient du latin convallis, "vallée encaissée", et du grec leirion, "lis", signifiant littéralement lis des vallées. Majalis est dérivé de Maia, déesse romaine de la fertilité et du printemps ; elle fait partie des divinités primitives de Rome (les di indigetes). Le nom de Maia est lié à celui du mois de mai ; l'un et l'autre nom se réfèrent à la croissance des végétaux (latin maius  "plus grand").


D'après Macrobe (Saturnales 1, 18-19), qui se réfère à Cincius (auteur de Fastes), le mois de mai doit son nom à Maia, épouse du dieu du feu Vulcain. Cette tradition peut être liée au sacrifice offert à Maia, aux calendes de mai, par les flamines de Vulcain. 


"Maia" personnifie et favorise l'accroissement des choses vivantes, en particulier le développement des végétaux (la poussée de la sève). Les Romains païens l'ont parfois assimilée à Bona Dea, la "Bonne déesse", la considérant comme la forme de cette déesse qu'on adore au mois de mai. 


On prétend aussi que le premier empereur romain, Romulus, lui aurait donné ce nom en l’honneur des sénateurs appelés  "Majores" dédiant ainsi ce mois au Anciens.

Maïa

 

Etymologie du muguet

 

Successivement appelé mugade, puis mugate, muguette et enfin muguet, il évoque l'odeur entêtante de la noix muscade.


Le nom de muguet, dérivé du latin muscus "musc", fait allusion à son parfum suave et légèrement musqué.


Quant à son nom vernaculaire, connu dans les textes depuis 1200 sous la forme mugue ou musguet, c'est un dérivé de musc, sans doute une altération de muscade, en raison du parfum de la fleur ressemblant à celui de la noix de muscade appelée au xive siècle "noix de muguette".


 

 

Mythologie grecque


Apollon (Phébus à Rome du grec phoibos, brillant), est le dieu des arts. Du fait de sa beauté , il est considéré comme le dieu de la beauté masculine.
En tant que dieu des arts, il est souvent accompagné par les neuf muses, représentant chacune un art  :


Clio : la muse de l'histoire, Thalia : la muse de la comédie, Melpomène : la muse de la tragédie, Euterpe : la muse de la musique, Calliope : la muse de la poésie épique, pieds nus un tapis doux et parfumé sur lequel marcher, Terpsichore : la muse du chant choral et de la danse,  Erato : la muse de la poésie lyrique et du chant nuptial, Polymnie : la muse de la rhétorique, Uranie : la danse de l'astronomie et l'astrologie, 


Afin que ses neuf muses, ne s'abiment pas les pieds en gravissant le mont Parnasse, Apollon aurait donné vie au muguet afin d'en tapisser le sol ; d'où son nom poétique de "gazon du Parnasse". 

 

Le muguet a chez les grecs, la réputation d'être une fleur divine.
 

Apollon et les neuf Muses -Vos Marten (1532–1603)

 

L'arrivée du printemps est fêté en Grèce depuis l'antiquité. Le mot grec Maia (mère d'Hermès) signifie mère nourricière, d'où est issu le mois de mai.


Ces fêtes antiques portaient le nom de Anthestéries (anthos - fleur) et commémoraient celui qui pouvait traverser l'obscurité de l'hiver. Les fleurs représentant la beauté, la puissance et la gloire, le bonheur et la santé. 


La tradition veut que chaque famille fasse une gerbe ou une couronne de fleurs fraiches qui symbolise l'arrivée d'une nouvelle période...


Cette tradition perdure toujours en Grèce: des couronnes de fleurs sont suspendues à l'entrée des maisons.
 

rites anthestéries

 

Dans la Rome Antique, c’est Flora, la déesse de toutes les fleurs, dont les roses et le muguet ; qu’on célébrait lors du festival du printemps. Le muguet en faisait partie.

Sebastiano Mazzolino allégorie du printemps

 


Les jeux floraux (en latin : ludi florales), également appelés Floralies ou Floralia, étaient des fêtes célébrées dans la Rome antique du 27 avril au 2 mai, instituées en 173 en l'honneur de la déesse Flore, déesse, d’origine sabine, des fleurs, des jardins et du printemps. Ils furent ensuite introduits dans tout l'Empire, au fur et à mesure des conquêtes, et fort appréciés des peuples conquis en raison de leur caractère licencieux. L'apogée de ces fêtes avait lieu le premier mai.

Floralies

 

Charles Godfrey Leland (1824 -1903) a étudié à l'université de Princeton ainsi qu'en Europe. Il a travaillé en journalisme, a beaucoup voyagé et s'est intéressé au folklore et à la linguistique folklorique. Il a publié des articles et des livres sur les langages et traditions folkloriques américains et européens.


Selon lui, la déesse mère nordique du printemps printemps, Ostara apparaît à la venue des beaux jours, elle aurait été associée au muguet.


Astara, c'est le sabbat de l'équinoxe de printemps. Il marque le réveil de la grande Déesse qui fertilise la terre en vue de faire renaître la nature et pousser les animaux à la reproduction. Ostara est propice à la purification et au renouvellement sous toutes ses formes.

 

C'est le moment idéal pour les rituels de prospérité et de croissance ainsi que pour commencer un nouveau projet. Ostara vient du nom Eostre déesse lunaire de la fertilité, On l'appelle aussi Pâques, jour d'Eostre, Alban Eilir(nom druidique) et fête des arbres.

Ostara - Eostre

 

Dans la mythologie romaine, on raconte qu'une fois, la déesse Diane Chasseresse est entrée  dans une forêt inconnue où vivaient les faunes. En voyant sa beauté, ils la poursuivirent. Elle s'enfuit et courut tellement longtemps et vite, que son corps fut couvert de gouttelettes de sueur parfumée qui tombaient au sol en se transformant en fleurs magiques, les lys de la vallée.

Diane chasseresse - Avant 1631 - Orazio Gentileschi (1563-1639)


Pour les Celtes, il s'agit de la fête de Beltaine, le passage de la saison sombre à la saison claire, de l'hiver au printemps en quelque sorte, qui signifie la reprise des activités, le retour dans les champs et le début des expéditions guerrières. De grands bûchers sont allumés pendant que les druides récitent des incantations. 


Selon les versions, le peuple se réunissait autour d'un arbre pour danser et chasser les esprits malfaisants, conférant ainsi au muguet, des vertus de porte-bonheur. Sa floraison signifiait le retour du printemps et de l’abondance de la nature. Son parfum, dit-on séduisait les Dieux.


Le muguet était un porte bonheur qui s'offrait lors des mariages.
 

fêtes de Beltaine

fêtes de Beltaine

 

Les cloches du muguet servent de lanternes aux elfes, petit peuple forestier. 

Mythologie des fleurs - le muguet de mai - premier mai

 

Mythologie celtique


La fée du muguet est gracieuse et fragile, auréolée d’une douce lumière.

 

La chanson de la fée du muguet

Les fées douces, font calmer votre chant :

Pouvez vous entendre mon sonner de cloches blanc,

Sonner comme de lointain ?

Qui peut m’indiquer ce qu’elles indiquent ?

 

Petit dehors-jaillir neigeux de cloches

De la tige et de sonner doucement –

Les dire d’un pays où

Tout est bon et juste ?

Belles, belles choses pour L !

Lilas, lavande aussi bien ;

Et, plus doux que rimant le dit,

Cloches du muguet.

 

Cicely Mary Barker (illustratrice)
 

Fée du Muguet  Cicely Mary Barker

Fée du Muguet Cicely Mary Barker

 

La légende  du muguet


L’histoire commence dans une famille qui vivait dans un petit village.


Même s’ils étaient pauvres, l’amour profond qui réunissait la mère, le père et leur petite fille les rendait heureux.


La fille jouait et chantait dès l’aube jusqu’au soir. Mais un accident affreux mit fin à ce bonheur en tuant ses parents. La petite resta seule au monde.


Un matin, la Reine des Fleurs qui surveillait leur merveilleux jardin, fut étonnée de la voir solitaire et accablée de tristesse, en cueillant les fleurs qu’elle avait tant soignées.


Marchant sur ses pas, elle la vit s’arrêter face au tombeau de ses parents, le couvrant de fleurs et de chaudes larmes.


La Reine envoya vers elle un parfum qui la fit s’endormir sur place.
Puis, elle parut dans son rêve en lui disant : “ Grâce à ta gentillesse envers la Nature et parce que tes parents te manquent tant, je vais te transformer en fleur, au printemps, pour rester avec eux. ”


Se réveillant, la petite se souvint du rêve et elle en fut très contente. Elle alla à la maison, attendant avec impatience l’arrivée du printemps.


En effet, au mois de mars, tout le village constata sa disparition.
Et les gens ne furent pas moins étonnés de voir sur le tombeau de ses parents une petite fleur unique au monde.


Les petites floraisons étaient blanches et ressemblaient à des larmes d’enfant. De plus, elle était enveloppée de deux grandes feuilles vertes.


Seule la Reine des Fleurs savait qu’elles étaient les deux parents de la fille qui la protégeaient, en l’embrassant de part et d’autre.


C’est ainsi qu’une nouvelle fleur parut au monde. Elle fut appelée le muguet.


auteur anonyme
 

Mythologie des fleurs - le muguet de mai - premier mai

 

Le muguet a des pouvoirs magiques :


On dit que respirer fréquemment le parfum du muguet favorise l'imaginaire, la création artistique, donne confiance, fortifie la mémoire, la persévérance, et aiguise l'intellect et la pensée. Mais attention à ne pas en abuser !!!


On dit aussi que le muguet a le pouvoir de réjouir les coeurs et de chasser les mauvais esprits..........
 

 

 

Symbole de douceur et de félicité, le muguet fleurit également dans la tradition chrétienne comme l'emblème du renouveau et de la vie. 


Plusieurs légendes sont liées au muguet.
 

 

Marie pleurait son fils Jésus, mort sur la Croix. Les larmes versées, tombèrent au pied de la Croix, et se transformèrent en jolies petites fleurs à clochettes blanches, ressemblant étrangement au "lis de la vallée", symbole de rédemption , pureté et de bonheur retrouvé.


Le lis de la vallée ou muguet est aussi appelé les larmes de Marie.
 

 

 

Selon un autre  mythe, les petites clochettes de muguet  bordaient le chemin conduisant à au Paradis  et entouraient la porte, tintant  au passage d’une âme pure.


 

On dit aussi que les larmes versées par Ève en quittant le paradis, seraient à l'origine de la création du muguet.

 

 

L'esprit des fleurs - Hélène Dubois-Aubin - Mythes, légendes et croyances.


Le muguet de Léonard - le dragon


.....De nos jours, on prête encore au muguet un pouvoir porte-bonheur, pouvoir hérité de Saint-Léonard dont il est issu. Ce héros de la chrétienté a triomphé du bien sur le mal, en nous laissant ce bien joli "lis des vallées".


....En l'an cinq cent de notre ère, la Gaule réunifié après les nombreuses invasion barbares devenait Chrétienne sous l'influence de Clovis. Il se trouvait parmi ses proches un homme bon appelé Léonard, qui répandait les bienfaits autour de lui.


Chaque jour, Léonard parcourait les terres riches et les bois épais de la province. C'était une région prospère ; dont les champs fournissaient d'abondantes récoltes. Rien ne manquait aux habitants de la cité florissante. 


Mais un horrible dragon vint s'installer non loin des murailles de la ville. Son corps énorme comme la nuit, cachait les rayons du soleil. Jaloux du bonheur des hommes, il annonça ses intentions :


"Désormais ce royaume m'appartient et vous serez mes serviteurs. Les vastes plaines feront une couche parfaite pour mon repos, et les gras des animaux sauront calmer ma faim"..........


La foule se lamentait sur le sort misérable que leur réservait le dragon, et se réunit. Le Saint Ermite qui assistait à cette réunion, se dressa soudain devant la foule :


"Par ma foi, j'irai combattre ce dragon, et l'on verra qui de nous deux en sortira vainqueur !..."


Sur ces paroles, il s'arma de son épée et du feu de ses prières et partit affronter le dragon. Une lutte impitoyable s'engagea. Les coups portés sur la peau couverte d'épaisses écailles n'affaiblirent pas le dragon dont la gueule, grande ouverte, cracha un terrible venin. Aveuglé par ce jet acide, le vaillant Léonard ne put résister plus longtemps au monstre furieux, qui l'entraînait vers les ténèbres. Ceux qui avait assisté à la lutte restaient pétrifiés par la peur et le désespoir.

 

Léonard, que l'on croyait perdu à jamais, émergea soudain à l'autre bout de l'horizon en brandissant la dépouille du monstre qu'il n'avait jamais cessé de combattre.

 

Alors que le ciel s'embrasait de nouveau d'une lumière pourpre, le sang pur et clair du Saint victorieux s'écoulait doucement sur l'herbe fraîche du matin. Les perles vermeilles échappées des plaies du valeureux combattant, se transformaient peu à peu en grappes serrées,semblables à de belles groseilles. De ces grelots écarlates, renaissent encore aujourd'hui les fleurs du muguet qui accompagnent le joli mois de mai et annoncent toujours le retour du bonheur.
 

 

 

Coutume au Moyen âge, 


Le mois de Mai devint le mois des "accordailles ", maintenant appelées fiançailles.


Le prétendant accrochait un bouquet de muguet à la porte ou à la fenêtre de sa bien aimée.
 

 

 

XIV° siècle

 

Henri Suso ou bienheureux Henri est un religieux prêtre dominicain catholique connu pour avoir répandu la mystique rhénane de Maître Eckhart avec Jean Tauler. Il a été proclamé bienheureux de l'Église catholique en 1831.


Il aimait à s'appeler le Serviteur de la Sagesse éternelle, et son Horloge de la Sagesse est le livre le plus lu en Allemagne au XV° siècle et au XVI° siècle, devant l'Imitation de Jésus-Christ.


Au 14ème siècle, mai étant le mois de fleurs, le bienheureux  dominicain Henri Suso répandit l’habitude de tresser des couronnes pour les offrir à la Vierge, le 1er  mai, le jour où l'on fêtait le printemps !


Cette belle tradition se poursuit aujourd’hui avec le brin de muguet.

Illustration de l'Exemplar ou La vie du Bienheureux Suso - 1300

 

XV° siècle


Enluminures "Riches Heures du duc de Berry" fête du printemps et du premier de mai en l'honneur d'un couple

 


Les Très Riches Heures du duc de Berry est un livre d'heures commandé par le duc Jean Ier de Berry et actuellement conservé au musée Condé à Chantilly (France).

 
Il est commandé par le duc de Berry aux frères Paul, Jean et Herman de Limbourg vers 1410-1411. Inachevé à la mort des trois peintres et de leur commanditaire en 1416, le manuscrit est probablement complété, dans certaines miniatures du calendrier, par un peintre anonyme dans les années 1440. Certains historiens de l'art y voient la main de Barthélemy d'Eyck. En 1485-1486, il est achevé dans son état actuel par le peintre Jean Colombe pour le compte du duc de Savoie. Acquis par le duc d'Aumale en 1856, il est toujours conservé dans son château de Chantilly, dont il ne peut sortir, en raison des conditions du legs du duc.

 

"Riches Heures du duc de Berry" fête du printemps et du premier de mai

 

Au XV° siècle

 

La signification du muguet dans la peinture :


Son nom français vient de musc, substance parfumée. Fleur naturellement associée à Marie à cause de sa blancheur et de la suavité de son parfum (cf. Le Cantique des Cantiques : "Je suis le narcisse de Sharon, le lys des vallées". Cette fleur est également associée à l’idée d’humilité (sa corolle est tournée vers le bas). Vivace de nos sous-bois, elle annonce le printemps. 
 

 

Du Maître Rhénan anonyme - les jardins du paradis 1410 - le muguet en bas centre gauche

Maître Rhénan anonyme - les jardins du paradis 1410

Maître Rhénan anonyme - les jardins du paradis 1410

Maître Rhénan anonyme - les jardins du paradis 1410 détail

Maître Rhénan anonyme - les jardins du paradis 1410 détail

 

XVI° siècle


1473-1543


Nicolas Copernic est un astronome polonais, également chanoine, médecin et mathématicien, né le 19 février 1473 à Thorn, Prusse royale (royaume de Pologne) et mort le 24 mai 1543 à Frauenburg (également en Prusse royale, royaume de Pologne, aujourd'hui Frombork)


De nombreux livres anciens consacrés à Nikolai Copernic contiennent son portrait, où il est représenté avec un bouquet de délicats lis de la vallée entre ses mains. 

Ecole Allemande - Copernic  au brin de muguet
 

 

 

L’image des lis de la vallée s’explique par le fait que Copernic était mieux connu de ses contemporains non pas comme astronome, mais comme grand spécialiste du droit, des mathématiques et du bon docteur. Et le muguet était alors l'un des symboles de l'art.

Tobias Stimmer. Nicolas Copernic. 1574

 

XVI° siècle

 

Le muguet en peinture 

 

Albrecht Dürer (1471-1528) Madone au brin de muguet

Albrecht Dürer (1471-1528) Madone au brin de muguet

 

La tradition consistant à offrir du muguet, le premier mai, semble remonter à l'époque de Charles IX (1550-1574). 

 

1°  version

En 1560, Charles IX et sa mère Catherine de Médicis visitent le Dauphiné où le chevalier Louis de Girard de Maisonforte offre au jeune roi un brin de muguet cueilli dans son jardin à Saint-Paul-Trois-Châteaux.
 Le roi, charmé, reprend cette pratique d'offrir chaque printemps un brin de muguet à chacune des dames de la cour en disant "Qu'il en soit fait ainsi chaque année". La coutume s’étendant rapidement à travers tout le pays. 

 

2° version

En 1560, Catherine de Médicis charge le chevalier de Saint-Paul-Trois-Châteaux, ville du département de la Drôme, d’une mission secrète auprès des Borghèse, ce dernier revient de chez cette riche famille italienne et, en guise de réussite de sa mission, offre au roi à la cour de Fontainebleau un bouquet de muguet trouvé dans les bois.

 

3° version

En 1564, Catherine de Médicis, partie en Provence réconcilier catholiques et protestants avant l’Édit de Nantes, fait halte en Tricastin. Passant la nuit à Saint-Paul chez le chevalier de Girard de Maisonforte , celui-ci lui offre une magnifique brassée de muguet de son jardin. De retour vers le château de Fontainebleau, elle remet intact le bouquet au roi Charles IX. Malgré son jeune âge, sa majesté n’a que 14 ans, il fait sur le champ une distribution généreuse des brins de muguet aux galantes de sa cour et décide "qu’il en sera ainsi" chaque 1 er mai.

 

4° version

En 1566, soit deux ans plus tard que “l’histoire officielle”. Louis de Girard de Maisonforte est mandaté par Catherine de Médicis pour une mission de bons offices en Italie. Sur le chemin du retour plutôt que d’aller rendre compte au roi, il fait le crochet par Saint-Paul-Trois-Châteaux. Craignant d’arriver les mains vides à la cour, il cueille un bouquet de muguet qui lui aussi supportera miraculeusement le voyage jusqu’à Fontainebleau. Devant le roi le chevalier aura ces mots : “Sire, que ce muguet tricastin vous porte bonheur”. À cet instant, le roi partage brins et clochettes blanches avec les dames de la cour et donne le top départ à une tradition séculaire.

 

5° version

Comme pour conserver une part de mystère à cette histoire, certains prétendent qu’en réalité tout se noua à Saint-Paul même. La Reine-mère Catherine de Médicis revenait de Provence où elle était allée chez son astrologue Nostradamus, c’est lors d’une pause en Tricastin qu’on lui offrit du muguet qu’elle s’empressa de remettre au roi. Charles IX le distribua à la cantonade et du haut de son autorité royale ordonna que le même geste soit répliqué chaque 1°mai… 
 

 

C'est donc entre 1560 et 1566 que remonte la tradition d'offrir du muguet au premier mai, mais nul ne sait vraiment comment Charles IX s'est procuré cette brassée de muguet, toujours est-il que c'est de lui que viendrait la coutume d'offrir un brin de muguet le premier mai.


Depuis et dans toute l’Europe, le muguet est un porte-blonheur, symbole de renouveau, de pureté et de joie. 

Charles IX

 

 

XVI° siècle


C'est en parfumerie que le muguet est surtout connu, même s'il y est rarement utilisé sous sa forme naturelle. Dès le XVI° siècle, le muguet était un parfum apprécié, notamment des hommes.


On appelait d'ailleurs les jeunes courtisans "les muguets"  qui muguètent (qui courtisent les dames)

bal cour Valois - XVI° siecle


 

Le muguet, est employé au XVIe siècle, en Allemagne (ainsi que le relate Matthioli, 1554), 


..."contre les palpitations et pour "fortifier le cœur ", le muguet reste utilisable en cardiologie, au voisinage de la digitale et du strophantus africain. Le mode d'administration et la posologie appellent la plus grande attention en raison de la toxicité du produit."..... 
 


 

Philippe Néri (Filippo Neri), (1515 -1595), fondateur de la congrégation de l'Oratoire, est une figure très importante de la Réforme catholique entreprise avec le concile de Trente.


Au début du mois de mai, il exhortait les familles à manifester leur affection pour Marie,  au moyen des fleurs, si abondantes en ce mois.


Béatifié le 11 mai 1615 par le pape Paul V et canonisé le 12 mars 1622 par le pape Grégoire XV, son caractère enjoué lui valut le surnom de "Saint de la joie ". Dans la liturgie catholique, il est commémoré le 26 mai.
 

 

 

XVII° siècle


Mademoiselle de Blois portant un brin de muguet".


Tableau de Pierre Mignart  (1612-1695)
 

Mademoiselle de Blois - Pierre Mignard

Mademoiselle de Blois - Pierre Mignard

 

18° siècle


En 1724, La dévotion à la Vierge Marie se généralise, grâce au collège des Jésuites de Rome et à la publication par le père Jacolet s.j. du livret "Mensis Marianus" – "le mois de Marie".


Appelé mois de Marie, le mois de mai est le plus ancien et le plus connu des mois consacrés, officiellement depuis cette date. 
 

Mois de Marie

Mois de Marie

 

 

Le Muguet est appelé au VIII° siècle "Lys de la vallée", en référence à son nom savant lilium convallium (lis des vallées) donné par les apothicaires. C'est ce qui permet à Linné de lui donner en 1753 son nom binomial latin Convallaria majalis (littéralement convallaire de mai). Il indique que la plante pousse en mai dans les vallées. Sa dénomination lys des vallées se retrouve également dans son nom anglais "lily of the valley".


 

 


Calendrier républicain


Le mois de floréal était le huitième mois du calendrier républicain français.
Il correspondait, à quelques jours près (selon l'année), à la période allant du 20 avril au 19 mai du calendrier grégorien.


Il tirait son nom "de l'épanouissement des fleurs d'avril en mai", selon les termes du rapport présenté à la Convention nationale le 3 brumaire an II (24 octobre 1793) par Fabre d'Églantine, au nom de la "commission chargée de la confection du calendrier".


Il fut aboli le 1er janvier 1806 (11 nivôse an XIV) par Napoléon Ier.
Dans le calendrier républicain français, 


le 7° jour (26 avril) du mois de Floréal (20 avril - 30 avril), est officiellement dénommé


"jour du Muguet"


Le Soleil entre au signe du Taureau 
Sitôt que Flore en sa magnificence, 
Promet dans ses présents des trésors aux humains 
On aime à voir la candeur l'innocence 
Que la Jeune Beauté couronne de ses mains

 

Floréal


 

Puis cette date fut choisie au 18ème siècle pour être la date du renouvellement des baux ou des contrats de travail. 


La tradition de pouvoir vendre le muguet sur la voie publique remontant à Claude-François de Payan, lui aussi natif de Saint-Paul-Trois-Châteaux, ami de Robespierre.

 
En France, la vente du muguet par les particuliers et les associations non munis d'une autorisation et sur la voie publique est officiellement tolérée le 1er mai  en respectant toutefois les autres obligations légales (il s'agit par exemple de muguet du jardin ou des bois et non pas de muguet acheté, sinon ce serait de la revente). 

 

 

 

XIX° siècle 

 

Le muguet en peinture


Franz Xaver Winterhalter  (1805-1873) - premier mai 1851


Cette image représente l'offre par le duc de Wellington d'un cadeau à la reine Victoria, au prince Albert et au prince Arthur, dans une scène qui ressemble à l'Adoration des mages. 


Le tableau a été commandé par la reine Victoria pour commémorer le 1 mai 1851, qui a eu une triple signification : 


il a été le premier anniversaire du prince Arthur, le quatre-vingt deuxième anniversaire du parrain du prince, le duc de Wellington, et le jour de l'ouverture de l'exposition universelle. 


Le prince Arthur tient vers le bas le muguet de mai, un cadeau traditionnel du 1er mai qui apporterait le bonheur. Le Crystal Palace est visible en arrière-plan.
 

Franz Xaver Winterhalter  (1805–1873) - premier mai 1851

 

XVI° siècle


Le muguet en peinture - 


Marx Reichlich (1460-1520)

muguet en peinture - Marx Reichlich (1460-1520)

 

18° siècle

 

Le muguet et la peinture

 

Claude Hoin (1750-1817) - Allegorie du printemps

Claude Hoin (1750-1817) - Allegorie du printemps

 

 

Frank Bernard Dicksee (1853-1928) femme au brin de muguet

Frank Bernard Dicksee (1853-1928) femme au brin de muguet

 

 

Frank Bernard Dicksee (1853-1928) Titania

Frank Bernard Dicksee (1853-1928) Titania

 

Autrefois, des bals étaient organisés pour le premier mai. Il avait lieu en journée, sans les parents, les jeunes filles et les jeunes gens s'y retrouvaient, arborant chacun, un brin de muguet à la boutonnière, ou au corsage !.


On offrait du muguet à tous ceux que l'on aimait, famille et amis. 


L'usage voulait plus particulièrement que le jeune homme offre du muguet à son amoureuse, 


Comme présage de bonheur, on fleurissait de muguet la maison d'un  bébé. 
 

 

 

XIX° siècle

Blanche-Neige

conte des frères Grimm - 1812


.......Le chasseur laissa Blanche-Neige seule dans la forêt. Elle errait dans les bois lorsqu'elle accrocha accidentellement son collier, les perles en se dispersant, se transformèrent en fleurs parfumées., du muguet.
 

 

1875

 

Péjorativement, un muguet est un homme qui se parfume (autrefois à l'essence de muguet)et qui se pare avec soin pour plaire aux femmes.


mugueter  signifie courtiser, faire le galant et est attesté dès le XVIe siècle. Dès 1587, il s’emploie au sens de convoiter. 


Oeuvres de Molière - Tome II -1875 -l'école des maris


Sganarelle
....
Ne voudriez-vous point, dis-je, sur ces matières,
De vos jeunes muguets* m'inspirer les manières ?


*Il parait venir d'un parfum longtemps à la mode, l'essence de muguet
....

 

 

Hauteroche - le Cocher supposé, sc. 3


....Dis-moi un peu, quel est ce muguet qui se rencontre à toutes les promenades que fait ma nièce ? Louis Reybaud - Mémoires de Jérôme Paturot, I, 2...


....Mon père, dit-elle au président, j'éprouve le besoin de répondre à ce muguet ; je demande la parole...
 

 

 

XIX° siècle

 

Robe de mariée 1887

 

 

XIX° siècle

 

L’idée du Premier Mai est d’origine américaine. En octobre 1884, Le Labour, Union Syndicale réunie à Chicago, décide de placer à l’ordre du jour la conquête de la journée de huit heures. Dans ce but, elle fixe une journée nationale de grève au 1er mai 1886.

Le Congrès suivant, réuni en décembre 1885, à Washington, confirme cette décision. Il ajoute que la réduction du temps de travail serait soumise à la signature des employeurs ; la grève ne serait déclarée que dans les usines dont les patrons n’accepteraient pas les huit heures.

premier mai - 1886 à Haymarket
 

En France, dès 1890, les manifestants du 1er mai ont pris l’habitude de défiler en portant à la boutonnière un triangle rouge. Celui-ci symbolise la division de la journée en trois parties égales : travail, sommeil, loisirs. Le triangle est quelques années plus tard remplacé par la fleur d’églantine. 

 

Cette tradition se perd jusqu'au 1er mai 1895 qui voit le chansonnier Félix Mayol (1872-1941)  débarque à Paris, gare Saint-Lazare, et se voir offrir un bouquet de muguet par son amie parisienne Jenny Cook. Une anecdote publiée dans ses mémoires rapporte que, faute de trouver un camélia, les hommes élégants portant à l'époque une fleur au revers de leur redingote, il prit un brin de muguet le soir de sa première sur la scène du Concert parisien. La première étant un triomphe, il conserve ce muguet qui devient son emblème et relance peut-être cette coutume.

 

Au 19ème siècle, cette date était une journée annuelle de grève pour obtenir la journée de huit heures de travail avant de devenir la journée internationale des travailleurs.
 

Félix Mayol


 

Si la musique joua un rôle important dans la légende du muguet, la mode ne fut pas en reste. 


En 1900, les grands couturiers parisiens offrent, à l'occasion d'une grande fête, à chaque femme un brin de muguet. Une idée charmante pour les couturières qui choisiront dès lors, d'en donner chaque année à leurs clientes.
 

En 1907, à Paris, le brin muguet, symbole du printemps en Île-de-France, est porté à la boutonnière.


Ce n'est qu'au début du XX° siècle qu'il sera associé à la Fête du travail, qui date elle-même de 1889.

 

En fait, sous Pétain, la fête des Travailleurs devient la fête du Travail et l'Églantine rouge (Rosa canina ou Rosa rubiginosa), associée à la gauche, est remplacée par le Muguet.
 

Le 23 avril 1919, le Sénat français ratifie la journée de huit heures et fait du 1er mai suivant, à titre exceptionnel, une journée chômée.

 

C'est en 1921 que le Rugby Club Toulonnais adopte ses couleurs et son emblème : "De rouge et noir orné de muguet"… ceci en hommage au chanteur à succès toulonnais Félix Mayol, "bienfaiteur" du RCT, qui portait toujours un brin de muguet au revers de sa jaquette.

 

Le muguet est aussi le symbole du Rugby club toulonnais depuis 1921, en l'honneur à Félix Mayol.
 

 

 

La vente du muguet dans les rues de Nantes commença peu après 1932, avec l'instauration de la fête du lait de mai par Aimé Delrue. 


En France, la vente du muguet par les particuliers et les associations non munis d'une autorisation et sur la voie publique est officiellement tolérée le 1er mai 1935 en respectant toutefois les autres obligations légales (il s'agit par exemple de muguet du jardin ou des bois et non pas de muguet acheté, sinon ce serait de la revente). 

 

Le 1er mai 1936, le muguet est associé pour la première fois à la Fête du Travail.


Les manifestations du 1er mai 1936 prennent une résonance particulière car elles surviennent deux jours avant le deuxième tour des élections législatives qui vont consacrer la victoire du Front populaire et porter à la tête du gouvernement français le leader socialiste Léon Blum.
 

 

 

Le muguet ne deviendra que très tardivement le symbole de la fête du Travail sous le gouvernement de Vichy. Le 24 avril 1941, plus précisément, lorsque le maréchal Pétain imposera le 1er mai comme "la Fête du Travail et de la Concorde sociale". Exit l'églantine rouge, emblème de la journée internationale des travailleurs. Désormais, les Français fêteront le muguet !

 

Christian Dior en fait sa fleur fétiche et l’emblème de sa Maison de couture. Sa collection 1954 "Ligne Muguet" lui est dédiée. Chaque mannequin en porte un brin lors des défilés.

robe muguet Christian Dior 1954


Le muguet, en soliflore, a fait la célébrité du parfum Diorissimo, créé en 1956 par Edmond Roudnitska.
 

 


 

XX° siècle


Ouvrage : Et maintenant une histoire II, Les fêtes civiles 
May d'Alençon, née Madeleine-Eugénie Lécole (Paris 7e, 14 février 1898 - Rouen, 16 septembre 1968, est un auteur français.


Premier Mai


Il faisait un temps affreux, ce soir-là, dans la vallée d’Alpenrose. Dès la nuit venue, le vent était tombé des montagnes environnantes, s’abattant avec des rafales de pluie et de grêle sur les bâtiments du couvent.


Par bonheur, ceux-ci étaient solides, bâtis de bon granit de la montagne ; ils avaient vu bien d’autres tempêtes mais les hurlements du vent dans les couloirs, les sifflements dans les cheminées, le fracas d’une ardoise ou d’une branche qui s’écrasait, étaient vraiment impressionnants.


Et l’on pensait au voyageur perdu dans la montagne, au berger attardé, au pauvre sans logis.


"Que Dieu les conduise jusqu’à la porte du couvent, murmura le bon frère hôtelier qui, un imposant trousseau de clés à la main, revenait de la tournée qu’il faisait chaque soir dans le monastère. Que Dieu les conduise ici : ils trouveront chaleur, bon gîte et réconfort.


"Quel temps ! quel temps ! dit-il encore, est-ce un temps de mars ? L’hiver ne veut point laisser la place…"


Et il s’attrista en pensant à son jardin — car frère Bonaventure était jardinier en même temps qu’hôtelier du couvent. La semaine passée, encouragé par un rayon printanier, il avait sorti de leur abri d’hiver des fleurs, des plants que cette tempête était en train d’anéantir. Quel malheur ! Quel malheur ! Il en avait beaucoup de peine car, grâce à ses soins et à ses capacités, les jardins du monastère étaient magnifiques ; on venait de loin pour les admirer....

 

***

Soudain, un violent coup de cloche à la porterie le fit sursauter, l’arrachant à ses regrets.


"Quoi ? Serait-ce un voyageur ? "


Il se hâta de toute la vitesse de ses vieilles jambes et, tout apitoyé à l’avance, il ouvrit la lourde porte avec des mots de compassion et de bienvenue.


"Entrez, entrez, qui que vous soyez ; vous êtes envoyé de Dieu, venez vous chauffer et vous réconforter."


Celui qui était là en avait bien besoin : trempé, grelottant dans des vêtements usés, il semblait à bout de forces. Il se laissa conduire près d’un grand feu, fit honneur aux mets chauds que le bon frère Bonaventure lui servait en causant amicalement avec lui, puis s’endormit, épuisé de fatigue, dans le lit confortable qui lui fut offert.


Le lendemain matin, le frère hôtelier fut bien surpris de trouver son voyageur levé, dispos, et qui, le bâton à la main et la besace au côté, se préparait à partir.


"Quoi, déjà ? Vous ne restez pas quelques jours ici ?" 


L’inconnu expliqua qu’il avait un long voyage à faire et qu’il voulait profiter du beau temps.


"Du beau temps, mais oui ! La tempête s’est calmée à l’aube, le ciel est bleu et le soleil luit ; le mois de mars réserve des surprises : cette éclaircie est peut-être passagère, je veux en profiter.


— Visitez au moins notre monastère, fit le bon frère désolé de voir son hôte si pressé ; hier, il faisait nuit, et vous n’avez rien vu."


Le voyageur bien volontiers suivit son hôte à travers les salles et la chapelle, au long des cloîtres : le monastère était très beau ; les moines eux-mêmes ajoutaient chaque année quelque sculpture ou quelque statue. Puis nos deux compagnons visitèrent le jardin. Hélas ! que de dégâts la tempête n’avait-elle pas causés : plants arrachés, feuilles naissantes déchiquetées ! Le frère Bonaventure ne se lassait pas de gémir.


"Le printemps réparera tout cela, fit l’étranger croyez-moi, et je veux vous faire présent d’une fleur qui ne fleurit certainement pas ici : je ne l’ai vue qu’en des régions fort éloignées. Vous m’avez si bien reçu, si bien réconforté, que je suis heureux de vous faire plaisir."


Ce disant, l’étranger tira de sa besace quelques racines de peu d’apparence, et en fit présent au moine.


Celui-ci, dès le départ de son hôte, les planta en bonne place dans son jardin.


****

Et voici que, quelques semaines après, sortirent de terre de petits cornets verts qui étaient des feuilles roulées. Juste pour le mois de mai, celles-ci s’ouvrirent, laissant s’échapper des grappes de délicieuses clochettes d’un blanc si pur, d’un parfum si pénétrant, que frère Bonaventure alerta toute la communauté afin qu’elle vienne admirer cette merveille. Tous s’extasièrent à l’envi.


"Ces fleurs sont un don de Dieu et de la Vierge pour récompenser l’hospitalité ! Ce sont des fleurs bénies, les fleurs du mois de Marie, les "lis de la vallée".


Les "lis de la vallée", comme on les appelait, firent l’admiration des gens du pays qui se pressèrent en foule pour les contempler. Et la renommée des jolies fleurs s’étendit beaucoup plus loin encore, jusqu’aux provinces éloignées.


****

Le bon frère Bonaventure était devenu encore plus fier de son jardin. Les lis, bien soignés, prospéraient chaque année ; le plant s’agrandissait, devenait magnifique, et le frère jardinier pouvait maintenant donner une petite grappe de jolies clochettes à chaque visiteur.


Durant tout le mois de mai, c’est un défilé de pèlerins qui sonnent à la porte du couvent. Tout affairé et tout content, frère Bonaventure se multiplie pour bien accueillir tout ce monde ; il n’a plus le temps de rien faire d’autre, à peine le temps de prier, et il se sent fier, plus fier qu’un grand inventeur ou qu’un grand général. Et le temps passa.


Mais frère Bonaventure, s’il était un bon jardinier et un excellent hôtelier, était surtout un saint homme. Un beau jour, tandis qu’il méditait sur l’humilité, il courba la tête et se frappa la poitrine :


"Quoi, moi qui suis le dernier de tous, je sens en moi orgueil et vanité à cause du lis de la vallée que je suis le seul à posséder. Jour et nuit, je ne pense plus qu’à la beauté de cette fleur. Que faire ? Tout saccager ? Je n’en ai pas le droit, car le lis chante les louanges du mois de Marie. O bonne Vierge, éclairez-moi. "


Jusqu’au soir, le pauvre frère resta triste et pensif.


C’était un beau soir d’avril, avec une telle douceur dans l’air que tout : gens, bêtes et plantes, semblaient vivre et respirer avec béatitude. Le soleil s’était couché, mais une lune ronde et lumineuse l’avait remplacé et éclairait le cloître et le jardin comme au crépuscule.


Quelle est cette ombre qui se glisse furtivement au jardin, un outil à la main, un sac sur l’épaule ? Ce n’est pas l’heure du travail, les religieux sont retirés chacun dans leur cellule. Ne reconnaissez-vous pas le dos voûté, la barbe blanche du frère Bonaventure ?

Que va-t-il donc faire à cette heure ?
Parmi toutes ses plantes qu’il connaît si bien, notre travailleur nocturne n’a pas grand mal à trouver le plant des lis de la vallée. Ils ne sont pas encore fleuris, mais les feuilles roulées sont prêtes à découvrir les jolies grappes blanches et odorantes. On croirait déjà respirer leur doux parfum. Frère Bonaventure enfonce la bêche, déterre soigneusement avec ses racines tout le plant, sans regret, sans hésitation. Le grand sac est plein, ouf ! le voilà sur l’épaule. Et, plus voûté encore, sans laisser la bêche, frère Bonaventure sort par la petite porte du couvent.


Le voilà dans la campagne. Vite, vite, il gagne le bois. Comme il est beau sous la lune ! Les feuilles nouvelles s’agitent avec un frémissement de soie, des parfums d’arbres en fleurs flottent dans l’air. Mais le frère ne s’attarde pas. Il cherche, ici et là, les plus jolies clairières, les banquettes moussues des chemins, les pentes bien exposées et, quand le terrain lui semble propice, il enfonce la bêche et plante une touffe des précieux lis de la vallée.


A l’aube, le moine revint las, essoufflé, mais heureux.


"Je ne serai pas le seul à posséder les fleurs de Marie. Elles seront à tous, je resterai l’humble jardinier."


En effet, au bout de peu de temps, une ravissante floraison de clochettes odorantes couvrit le sol de la forêt, célébrant le mois de mai et la beauté du renouveau. Il y en a partout, partout, même dans nos régions, de ces jolis lis de la vallée qu’on appelle aussi muguet de mai.
 

 

François-Marie Robert-Dutertre (1815-1898) poète

Recueil : Les loisirs lyriques (1866)


Le mois de mai


........

Sous les amoureuses baleines

Des zéphirs qui rident les flots,

Le muguet au bord des fontaines

Agite ses petits grelots ;

Et pour que, plus belle, elle éclate,

La main d'un sylphe printanier

Viens, dans son corset écarlate,

Lacer la fleur du grenadier.

.........
 

 

 

Amédée Pommier (1804-1877) poète

Recueil : Les sonnets sur le Salon de 1851 (1860).

 


Le déjeuner champêtre

.......

Beautés à falbalas aimant à se repaître

Des propos doucereux de ces charmants muguets

Dont on croit sur la toile entendre les caquets,

Wattier rend tout cela non moins bien que le maître.

......

Scène de repas champêtre Jean-Antoine Watteau  (1684-1721)


 

Charles Guérin (1873-1907) poète

Recueil : Joies grises (1894)

 

Mélodie païenne

Venez ce soir, m'amie, à la vesprée ;

Pendant qu'au bourg on danse la bourrée,

Vous passerez par la porte du clos,

Et je vous attendrai sous les bouleaux,

Près de la source au soleil empourprée.

 

Dans la forêt de muguets diaprée,

Par nos pas surprise fuira l'Orée,

Et nos voix feront vibrer les échos.

Venez ce soir,

 

Et je vous dirai, ô mie adorée,

Mon amour à vos lèvres murmurée,

Eclose en baisers sur vos yeux mi-clos ;

 

Et dans votre gorge aux clairs et blancs flots

Si vous voulez que ma main égarée...

Venez ce soir.
 

Femme au muguet - Horace Günter (1868-1946)

 

Théophile Gautier (1811-1872) poète

Recueil : La comédie de la mort (1838).

 

Villanelle rythmique


Quand viendra la saison nouvelle,

Quand auront disparu les froids,

Tous les deux, nous irons, ma belle,

Pour cueillir le muguet au bois ;

Sous nos pieds égrenant les perles

Que l'on voit au matin trembler,

Nous irons écouter les merles

Siffler.

...........
 

 


 

Théophile Gautier (1811-1872)

Recueil : Émaux et Camées (1852)

 


Premier sourire du printemps


........

Sur le cresson de la fontaine

Où le cerf boit, l'oreille au guet,

De sa main cachée il égrène

Les grelots d'argent du muguet.

.........

 

Paul Verlaine (1844-1896) poète

Recueil : Jadis et naguère (1884)

 

Pantoum négligé

 

Trois petits pâtés, ma chemise brûle.

Monsieur le Curé n'aime pas les os.

Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule,

Que n'émigrons-nous vers les Palaiseaux !

 

Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule,

On dirait d'un cher glaïeul sur les eaux.

Vivent le muguet et la campanule !

Dodo, l'enfant do, chantez, doux fuseaux.

 

Que n'émigrons-nous vers les Palaiseaux !

Trois petits pâtés, un point et virgule ;

On dirait d'un cher glaïeul sur les eaux.

Vivent le muguet et la campanule !

 

Trois petits pâtés, un point et virgule ;

Dodo, l'enfant do, chantez, doux fuseaux.

La libellule erre emmi* les roseaux.

Monsieur le Curé, ma chemise brûle !


*emmi : au milieu de

voir les explications de ce poème sur le site suivant :

http://www.umr7023.cnrs.fr/sites/sfl/IMG/pdf/2010_pantoum_neglige_TAP.pdf

 

 

Charles Frémine (1841-1906) poète


 

Un brin de muguet

 

Tu veux des vers ? Quel goût étrange !

Mais pour me demander des vers,

N’as-tu pas mis, mon petit ange,

Ton bonnet un peu de travers ?

 

Crois-tu donc un vers sans cheville

Moins rare qu’un denier romain,

Et que la Muse est une fille

Que l’on a toujours sous la main ?

 

Non, Marie ! – Elle te ressemble ;

Elle a son logis familier,

Mais nous ne montons pas ensemble

Tous les soirs le même escalier.

 

Et bien ! puisqu’elle est en voyage

Et qu’en vain j’ai l’oreille au guet,

A défaut de son bavardage,

Accepte ce brin de muguet.

 

Prends cette fleur que j’ai choisie ;

Sur ton sein qu’elle aille mourir ;

C’est la plus fraîche poésie

Que je puisse aujourd’hui t’offrir.

 

Et toutes les fleurs des poètes

Jamais n’embaumeraient ton coeur,

Mieux que les blanches cassolettes

Que balance un muguet en fleur !

 

 


 

Charles Le Goffic (1863-1932) poète 

Recueil : Le bois dormant (1900)

 

Chanson Paimpolaise

 

Les marins ont dit aux oiseaux de mer :

Nous allons bientôt partir pour l'Islande,

Quand le vent du Nord sera moins amer

Et quand le printemps fleurira la lande.

Et les bons oiseaux leur ont répondu :

"Voici les muguets et les violettes.

Les vents sont plus doux ; la brume a fondu :

Partez, ô marins, sur vos goélettes."

.......


 

Maurice Carême (1899-1978) poète


Le muguet

 

Cloches naïves du muguet,

Carillonnez ! car voici Mai !

 

Sous une averse de lumière,

Les arbres chantent au verger,

Et les graines du potager

Sortent en riant de la terre.

 

Carillonnez ! car voici Mai !

Cloches naïves du muguet !

 

Les yeux brillants, l'âme légère,

Les fillettes s'en vont au bois

Rejoindre les fées qui, déjà,

Dansent en rond sur la bruyère.

 

Carillonnez ! car voici Mai !

Cloches naïves du muguet !


 


 

Robert Desnos (1900-1945) poète français, 

 

Un bouquet de muguet

Un bouquet de muguet,

Deux bouquets de muguet,

Au guet ! Au guet !

Mes amis, il m'en souviendrait,

Chaque printemps au premier mai

Trois bouquets de muguet,

Gai ! Gai !

Au premier mai,

Franc bouquet de muguet.

 

 

Le muguet et la publicité vintage

 

Muguet Coty Eric années 1940


 

Muguet Coty Eric 1945


 

Muguet Coty Eric 1948


 

Coty Muguet Des Bois Parfumé (1950)


 

Publicité "au Muguet"


 

Muguet étiquette Jouffroy - fromage


 

Muguet étiquette Garnaud - Fromage
 

 

 

Le muguet et les timbres porte bonheur


 

timbres poste


timbres poste


timbres poste


 

 

Le muguet en chanson

 

Francis Lemarque - le temps du muguet

… comme un vieil ami retrouvé
… le temps du muguet ne dure jamais
plus longtemps que le mois de mai
quand tous ses bouquets déjà se sont fanés...

 

 

Jean-Jacques Debout - "Le muguet est en clochettes"

 

Yves Montand - Joli mai 

 

 

Pierre Destailles - Tout ça parc' qu'au Bois de Chaville

 

Sans oublier cette comptine d'enfance


À la ronde du muguet

Sans rire et sans parler

Le premier qui rira ira au piquet
 

 

 

Le 1er mai, on offre traditionnellement du muguet "porte-bonheur" car il fleurit aux alentours de cette date. Cette tradition est très présente, entre autres, en France, en Suisse, en Belgique et en Andorre. 



Dans le langage des fleurs,

 

le muguet signifie "retour du bonheur "

On l'offre

comme porte-bonheur.
- Lorsqu’on veut marquer la joie du retour du bonheur dans sa vie, 

- Lorsqu’on veut souhaiter à la personne à qui on l’offre de retrouver le bonheur au plus vite.

- Pour une réconciliation, afin de retrouver le bonheur d’être ensemble, pour une relation amicale comme une relation amoureuse.


Pour le 13eme anniversaire de mariage on fête les noces de muguet. (le chiffre 13 et le muguet porte bonheur)

Audrey Hepburn - muguet

 


Si de plus, on trouve un brin de muguet à treize clochettes, , c'est l'apogée du bonheur ! 
 

 

Mythologie des fleurs - le muguet de mai - premier mai
Mythologie des fleurs - le muguet de mai - premier mai
Mythologie des fleurs - le muguet de mai - premier mai
Mythologie des fleurs - le muguet de mai - premier mai
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