4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 14:15

 

 

Maurice Carême (1899-1978), poète et écrivain belge de langue française.

 


Le Cerisier

 

Un cerisier se mit à rire

Sans savoir pourquoi.

Les moineaux, tous à la fois,

Rirent de l’entendre rire.

 

Ce rire gagna les maisons

Et, par-dessus les bois,

Déferla jusqu’à l’horizon.

 

"Que se passe-t-il dans le monde ?"

Dit Dieu, surpris.

Il vint à la fenêtre ronde

Du Paradis.

 

Et comme, autour du cerisier,

Le monde riait aux éclats

Sans savoir pourquoi,

 

Dieu lui-même dut se cacher

Le visage entre les mains

Pour que les anges et les saints

Ne le voient pas rire pour rien.

Maurice Carême (1899-1978) - poète et écrivain belge - Le Cerisier
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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 14:14

 

 

Francis Jammes (1868-1938), poète français, également romancier, dramaturge et critique. 

Recueil : "Vers"

 


Les Cerises

 

Le banc serait de lierre et de pierre effritée.

Auprès du vieux parterre où de tristes ricins

Ombrageraient la poule et ses petits poussins

Je vous dorloterais, ô mon enfant gâtée.

 

Les roses cerisiers à l’écorce argentée,

Dont les fruits sont pareils aux coraux abyssins,

Pleurant leurs larmes d’or au-dessus des fusains,

Nous diraient la chanson des moineaux enchantée.

 

Et je vous cueillerais sur ces frais cerisiers

Des cerises qu’un brin de bois lierait pareilles

Pour vous les mettre ainsi que des pendants d’oreilles :

 

Et, me baissant un peu pour que vous me baisiez

Au front, je vous rendrais dans vos cheveux en boucles

Vos baisers, en mordant vos rouges escarboucles.

Margarita Pueva - Les cerises

Margarita Pueva - Les cerises

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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 14:13

 

 

François Coppée (1842-1908) poète, dramaturge et romancier français.

 


La Cueillette des Cerises


Espiègle ! j'ai bien vu tout ce que vous faisiez,

Ce matin, dans le champ planté de cerisiers

Où seule vous étiez, nu-tête, en robe blanche.

Caché par le taillis, j'observais. Une branche,

Lourde sous les fruits mûrs, vous barrait le chemin

Et se trouvait à la hauteur de votre main.

Or, vous avez cueilli des cerises vermeilles,

Coquette ! et les avez mises à vos oreilles,

Tandis qu'un vent léger dans vos boucles jouait.

Alors, vous asseyant pour cueillir un bleuet

Dans l'herbe, et puis un autre, et puis un autre encore,

Vous les avez piqués dans vos cheveux d'aurore ;

Et, les bras recourbés sur votre front fleuri,

Assise dans le vert gazon, vous avez ri ;

Et vos joyeuses dents jetaient une étincelle.

Mais pendant ce temps-là, ma belle demoiselle,

Un seul témoin, qui vous gardera le secret,

Tout heureux de vous voir heureuse, comparait,

Sur votre frais visage animé par les brises,

Vos regards aux bleuets, vos lèvres aux cerises.

Louis Icart - eau forte - cueillette des cerises

Louis Icart - eau forte - cueillette des cerises

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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 14:13

 

 

Jean-Baptiste Clément (1837-1903) chansonnier montmartrois, journaliste, syndicaliste et communard français. 

Le Temps des cerises est une chanson dont les paroles sont écrites en 1866 par Jean Baptiste Clément et la musique composée par Antoine Renard en 1868.

 

 

Le temps des cerises

 

Quand nous en serons au temps des cerises,

Et gai rossignol et merle moqueur

Seront tous en fête.

Les belles auront la folie en tête

Et les amoureux du soleil au coeur.

Quand nous en serons au temps des cerises,

Sifflera bien mieux le merle moqueur.

 

Mais il est bien court, le temps des cerises,

Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant

Des pendants d'oreilles.

Cerises d'amour aux robes pareilles

Tombant sous la feuille en gouttes de sang.

Mais il est bien court le temps des cerises,

Pendants de corail qu'on cueille en rêvant.

 

Quand vous en serez au temps des cerises,

Si vous avez peur des chagrins d'amour

Evitez les belles.

Moi qui ne crains pas les peines cruelles,

Je ne vivrai pas sans souffrir un jour.

Quand vous en serez au temps des cerises,

Vous aurez aussi des chagrins d'amour.

 

J'aimerai toujours le temps des cerises :

C'est de ce temps-là que je garde au coeur

Une plaie ouverte,

Et dame Fortune, en m'étant offerte,

Ne saurait jamais calmer ma douleur.

J'aimerai toujours le temps des cerises

Et le souvenir que je garde au coeur.

Emile Munier - Cueillette des cerises

Emile Munier - Cueillette des cerises

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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 14:11

 

 

Alphonse Daudet (1840-1897), écrivain et auteur dramatique français.

Les Amoureuses, 1858

 

 

Les Cerisiers


I


Vous souvient-il un peu de ce que vous disiez,

Mignonne, au temps des cerisiers ?

 

Ce qui tombait du bout de votre lèvre rose,

Ce que vous chantiez, ô mon doux bengali,

Vous l’avez oublié, c’était si peu de chose,

Et pourtant, c’était bien joli…

 

Mais moi je me souviens (et n’en soyez pas surprise),

Je me souviens pour vous de ce que vous disiez.

Vous disiez (à quoi bon rougir ?)…donc vous disiez…

Que vous aimiez fort la cerise,

La cerise et les cerisiers.

 


II


Vous souvient-il un peu de ce que vous faisiez,

Mignonne, au temps des cerisiers ?

 

Plus grands sont les amours, plus courte est la mémoire

Vous l’avez oublié, nous en sommes tous là ;

Le cœur le plus aimant n’est qu’une vaste armoire.

On fait deux tours, et puis voilà.

 

Mais moi je me souviens (et n’en soyez surprise),

Je me souviens pour vous de ce que vous faisiez…

Vous faisiez (à quoi bon rougir ?)…donc vous faisiez…

Des boucles d’oreille en cerise,

En cerise de cerisiers.

 


III


Vous souvient-il d’un soir où vous vous reposiez,

Mignonne, sous les cerisiers ?

 

Seule dans ton repos ! Seule, ô femme, ô nature !

De l’ombre, du silence, et toi…quel souvenir !

Vous l’avez oublié, maudite créature,

Moi je ne puis y parvenir.

 

Voyez, je me souviens (et n’en soyez surprise),

Je me souviens du soir où vous vous reposiez…

Vous reposiez (pourquoi rougir ?)…vous reposiez…

Je vous pris pour une cerise ;

C’était la faute aux cerisiers.

Emile Vernon (1872-1920) - le temps des cerises

Emile Vernon (1872-1920) - le temps des cerises

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4 avril 2022 1 04 /04 /avril /2022 14:09

 

 

Victor Hugo (1802-1885) poète, dramaturge, écrivain, romancier et dessinateur romantique français. Il est considéré comme l'un des plus importants écrivains de la langue française.

 

 

Quand les guignes furent mangées,

 

Quand les guignes furent mangées,

Elle s'écria tout à coup :

J'aimerais bien mieux des dragées.

Est-il ennuyeux, ton Saint-Cloud !

 

On a grand-soif ; au lieu de boire,

On mange des cerises ; vois,

C'est joli, j'ai la bouche noire

Et j'ai les doigts bleus ; laisse-moi. -

 

Elle disait cent autres choses,

Et sa douce main me battait.

Ô mois de juin ! rayons et roses !

L'azur chante et l'ombre se tait.

 

J'essuyai, sans trop lui déplaire,

Tout en la laissant m'accuser,

Avec des fleurs sa main colère,

Et sa bouche avec un baiser.

 Victor Hugo (1802-1885) - poète, dramaturge - Quand les guignes furent mangées,
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28 mars 2022 1 28 /03 /mars /2022 23:57

 

 

Max Elskamp (1862-1931) poète symboliste belge. Il fut membre de l'Académie royale de langue et de littérature française

 


Le matin

 

Et la première est d’un matin

Dit tout en bleu, dit tout en blanc,

Et la première est d’un matin

Ici pour le commencement,

 

De paix d’abord, cloches sonnant,

Et Flandre étant – Vive la Rose –

Douce à chacun à sa façon,

Suivant son bien, suivant ses choses.

 

Or Mai mettant les fleurs en cause,

Et la première est d’un matin,

Or Mai mettant les fleurs en cause,

Et la première est d’un jardin,

 

Voici qu’il sent le romarin,

Et qu’on dirait – Vive la Vie –

Voici qu’il sent le romarin,

Et qu’on dirait qu’on se marie,

 

Et la première est d’un matin

Ainsi de paix et d’ornement,

Avec du pain, avec du vin,

Ici pour le commencement.
 

Max Elskamp (1862-1931) - poète symboliste belge - Le matin
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28 mars 2022 1 28 /03 /mars /2022 23:48

 

 

Jules Laforgue (1860-1887) poète franco-uruguayen symboliste.

Connu pour être un des inventeurs du vers libre, il mêle, en une vision pessimiste du monde, mélancolie, humour et familiarité du style parlé.

 


Veillée d’avril

 

Il doit être minuit. Minuit moins cinq. On dort.

Chacun cueille sa fleur au vert jardin des rêves,

Et moi, las de subir mes vieux remords sans trêves,

Je tords mon cœur pour qu’il s’égoutte en rimes d’or.

 

Et voilà qu’à songer me revient un accord,

Un air bête d’antan, et sans bruit tu te lèves

Ô menuet, toujours plus gai, des heures brèves

Où j’étais simple et pur, et doux, croyant encor.

 

Et j’ai posé ma plume. Et je fouille ma vie

D’innocence et d’amour pour jamais défleurie,

Et je reste longtemps, sur ma page accoudé,

 

Perdu dans le pourquoi des choses de la terre,

Ecoutant vaguement dans la nuit solitaire

Le roulement impur d’un vieux fiacre attardé.
 

Jules Laforgue (1860-1887) - poète franco-uruguayen symboliste - Veillée d’avril
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28 mars 2022 1 28 /03 /mars /2022 13:40
 
 
 
Théophile Gautier (1811-1872), poète, romancier et critique d'art français.
 

 
 
Premier sourire du printemps
 
 
Tandis qu'à leurs oeuvres perverses
Les hommes courent haletants,
Mars qui rit, malgré les averses,
Prépare en secret le printemps.
 
Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement lorsque tout dort,
Il repasse des collerettes
Et cisèle des boutons d'or.
 
Dans le verger et dans la vigne,
Il s'en va, furtif perruquier,
Avec une houppe de cygne,
Poudrer à frimas l'amandier.
 
La nature au lit se repose ;
Lui descend au jardin désert,
Et lace les boutons de rose
Dans leur corset de velours vert.
 
Tout en composant des solfèges,
Qu'aux merles il siffle à mi-voix,
Il sème aux prés les perce-neiges
Et les violettes aux bois.
 
Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l'oreille au guet,
De sa main cachée il égrène
Les grelots d'argent du muguet.
 
Sous l'herbe, pour que tu la cueilles,
Il met la fraise au teint vermeil,
Et te tresse un chapeau de feuilles
Pour te garantir du soleil.
 
Puis, lorsque sa besogne est faite,
Et que son règne va finir,
Au seuil d'avril tournant la tête,
Il dit : " Printemps, tu peux venir ! "
 
 Leopold Franz Kowalski

Leopold Franz Kowalski

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26 mars 2022 6 26 /03 /mars /2022 22:24


 

Charles-Nérée Beauchemin (1850-1931)  écrivain et médecin québécois.

Les floraisons matutinales

 

L’avril boréal

 

Est-ce l’avril ? Sur la colline

Rossignole une voix câline,

De l’aube au soir.

Est-ce le chant de la linotte ?

Est-ce une flûte ? est-ce la note

Du merle noir ?

 

Malgré la bruine et la grêle,

Le virtuose à la voix frêle

Chante toujours ;

Sur mille tons il recommence

La mélancolique romance

De ses amours.

 

Le chanteur, retour des Florides,

Du clair azur des ciels torrides

Se souvenant,

Dans les bras des hêtres en larmes

Dis ses regrets et ses alarmes

À tout venant.

 

Surpris dans son vol par la neige,

Il redoute encor le cortège

Des noirs autans ;

Et sa vocalise touchante

Soupire et jase, pleure et chante

En même temps.

 

Fuyez, nuages, giboulées,

Grêle, brouillards, âpres gelées,

Vent boréal !

Fuyez ! La nature t’implore,

Tardive et languissante aurore

De floréal.

 

Avec un ciel bleu d’améthyste,

Avec le charme vague et triste

Des bois déserts,

Un rythme nouveau s’harmonise.

Doux rossignol, ta plainte exquise

Charme les airs !

 

Parfois, de sa voix la plus claire,

L’oiseau, dont le chant s’accélère,

Égrène un tril :

Dans ce vif éclat d’allégresse,

C’est vous qu’il rappelle et qu’il presse,

Beaux jours d’avril.

 

Déjà collines et vallées

Ont vu se fondre aux soleillées

Neige et glaçons ;

Et, quand midi flambe, il s’élève

Des senteurs de gomme et de sève

Dans les buissons.

 

Quel souffle a mis ces teintes douces

Aux pointes des frileuses pousses ?

Quel sylphe peint

De ce charmant vert véronèse

Les jeunes bourgeons du mélèze

Et du sapin ?

 

Sous les haleines réchauffées

Qui nous apportent ces bouffées

D’air moite et doux,

Il nous semble que tout renaisse.

On sent comme un flot de jeunesse

Couler en nous.

 

Tout était mort dans les futaies ;

Voici, tout à coup, plein les haies,

Plein les sillons,

Du soleil, des oiseaux, des brises,

Plein le ciel, plein les forêts grises,

Plein les vallons.

 

Ce n’est plus une voix timide

Qui prélude dans l’air humide,

Sous les taillis ;

C’est une aubade universelle ;

On dirait que l’azur ruisselle

De gazouillis.

 

Devant ce renouveau des choses,

Je rêve des idylles roses ;

Je vous revois,

Prime saison, belles années,

De fleurs de rêve couronnées,

Comme autrefois.

 

Et, tandis que dans les clairières

Chuchotent les voix printanières,

Et moi j’entends

Rossignoler l’âme meurtrie,

La tant douce voix attendrie

De mes printemps.
 

oiseaux printemps - Millette

oiseaux printemps - Millette

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