4 novembre 2022 5 04 /11 /novembre /2022 17:54

 

 

Catheau - Ex Libris - auteur 

24 mars 2010

 

Noyer noyé

 

Sous la robe orbée des paupières bombées de la nuit

Dans l’eau lente du regard et le scaphandre des souvenirs

Flotte l’ombre matinale d’un autrefois déjà lointain

 

Le grand noyer noyé par un après-midi froid de mars

Dans la stridence démente des scies méchantes

Dans le bourdonnement énervé des dures tronçonneuses

Dans la pâle ignorance de ceux qui ne savent plus

Que ses cheveux de racines caressaient le cœur de la terre

Se métamorphosaient mystérieusement en indolents lombrics

Faisaient fortes et noires les fourmis zélées et opiniâtres

Aspiraient l’obscure senteur de l’humus âcre et puissant

Le grand noyer noyé qui ignorait qu’il deviendrait sabots endurants

Qui avait résisté au feu au froid à la folie et à la foudre

Qui m’offrait ses chatons en chenilles sur son écorce grise

Qui pleuvait de bonnes bogues vives et vertes au soleil de septembre

Qui me récompensait d’un en-cas de cerneaux irritants sous la langue

Qui me promettait le râpeux vin de noix après la messe du dimanche

Et le gâteau crissant des colliers de noix beiges fracassées sous le fer

Et l’huile forte et douce des salades plantées au potager d’été

 

Le grand noyer noyé au houppier en épi aux feuillages épais

Qui vit tomber au vent sa frondaison céleste et solitaire

Saignant de son écorce ses fissures écorchées

Où soudain ont coulé les larmes alourdies de sève translucide

 

A sombré doucement dans mon rêve éveillé

Catheau - Ex Libris - auteur - Noyer noyé
Partager cet article
Repost0
3 novembre 2022 4 03 /11 /novembre /2022 18:39

 

 

Nounoute 59 - auteur 

17 Octobre 2008


 

Les noix du Périgord

 

Dans cette belle région du Périgord

Les noix sont un véritable trésor

Avec leurs noiseraies embellissant le décor…

Ces arbres en pleine maturité

Nous apportent tout le long de l’été

Avec leur feuillage d’un vert foncé

Un endroit pour se mettre au frais…

Mais voici l’automne et le temps a changé

Et bientôt les noix vont tomber…

Les pluies de cette saison vont bien aider

A cette multitude de fruits à s’écaler…

Pour le peu que le vent soit de la partie

Très vite, ils formeront sur le sol un tapis…

Il s’ensuit un bel exercice pour les reins,

Le ramassage se faisant avec les mains,

Courbé, à genoux, avec ou sans entrain

Il faut éviter de remettre au lendemain

Car toutes les nuits, la fraîcheur va bon train

Et au petit matin elle a fait grossir le butin…

La récolte sera étalée sur une grille pour sécher

Mise en sac et pendue au grenier…

Enfin, cet hiver je serais récompensé

D’avoir de beaux cerneaux pour confectionner

De jolis gâteaux personnalisés à déguster…

Nounoute 59 - auteur  - Les noix du Périgord
Partager cet article
Repost0
3 novembre 2022 4 03 /11 /novembre /2022 17:56

 

 

Nâzım Hikmet Ran (1901-1963) poète turc, puis citoyen polonais, 

 

 

Le noyer


Je suis tout imprégné de mer et sur ma tête écument les nuées

Dans le jardin de Gulhané, voilà que je suis un noyer

Un vieux noyer tout émondé, le corps couvert de cicatrices

Nul ne le sait, ni toi, ni même la police.

 

Dans le jardin de Gulhané, voilà que je suis un noyer

Et tout mon feuillage frémit comme au fond de l'eau le poisson

Et comme des mouchoirs de soie, mes feuilles froissent leurs frissons

Arrache-les, ô mon amour, pour essuyer tes pleurs.

Or mes feuilles, ce sont mes mains, j'ai justement cent mille mains

De cent mille mains je te touche et je touche Istanbul

Mes feuilles ce sont mes yeux, et je regarde émerveillé

De cent mille yeux je te contemple et je contemple Istanbul

Et mes feuilles battent et battent comme cent mille coeurs

 

Dans le jardin de Gulhané, voilà que je suis un noyer

Nul ne le sait, ni toi, ni même la police.

Nâzım Hikmet Ran (1901-1963) - poète turc, (citoyen polonais) - Le noyer
Partager cet article
Repost0
3 novembre 2022 4 03 /11 /novembre /2022 17:03


 

Charles Trenet (1913-2001) auteur-compositeur-interprète français.

1948



Une noix

 

Une noix

Qu'y a-t-il à l'intérieur d'une noix

Qu'est-ce qu'on y voit,

quand elle est fermée

On y voit la nuit en rond

et les plaines et les monts

Des rivières et des vallons,

on y voit toute une armée

Des soldats bardés de fer

qui joyeux partent pour la guerre

Et fuyant l'orage des bois,

on voit les chevaux du roi,

près d'la rivière


Une noix

Qu'y a-t-il à l'intérieur d'une noix

Qu'est-ce qu'on y voit

Quand elle est fermée

On y voit mille soleils,

tous à tes yeux bleus pareils

On y voit briller la mer

et dans l'espace d'un éclair

Un voilier noir qui chavire

On y voit les écoliers

qui dévorent leurs tabliers,

des abbés à bicyclette,

le 14 Juillet en fête

Et ta robe au vent du soir

On y voit des reposoirs

qui s'apprêtent


Une noix

Qu'y a-t-il à l'intérieur d'une noix

Qu'est-ce qu'on y voit

Quand elle est ouverte...

Quand elle est ouverte,

on n'a pas le temps d'y voir

On la croque et puis bonsoir

On n'a pas le temps d'y voir

On la croque et puis bonsoir

Les découvertes

Ha, une noix

 Charles Trenet (1913-2001) - auteur-compositeur-interprète français - Une noix
Partager cet article
Repost0
3 novembre 2022 4 03 /11 /novembre /2022 16:51

 

Tristan Derème, (de son vrai nom Philippe Huc, 1889-1941) poète français, 


Recueil : Les noix


 

La chouette


Dans un grand noyer habitait une chouette. 

C’est elle qui nous dénonçait à l’oncle Théodore 

quand nous avions mangé des noix. 

Vous ne me croyez pas ?

Je vous supplie d’entendre mon histoire.


On nous avait donc défendu de manger des noix, sinon au dessert ; 

et l’oncle Théodore nous avait dit gravement :

"Si vous désobéissez, je serai prévenu par la chouette, qui est vigilante. 

Elle habite le noyer. Vous ne la voyez pas mais elle vous voit, 

et si vous prenez une seule noix, dès que vous oserez arracher 

cette peau épaisse et verte qui enveloppe la coquille, elle vous lancera 

sur les doigts l’un de ses regards redoutables et je saurai tout."

Nous étions fort interdits.

 

Pendant plusieurs jours, 

nous n’osâmes toucher à ces fruits défendus. 

Mais il nous vint ensuite à l’idée que l’oncle, pour nous effrayer, 

avait sans doute exagéré beaucoup le pouvoir de la chouette.

Au demeurant, cet oiseau devait se soucier assez peu de faire punir

des enfants qu’elle ne connaissait que de vue. Bref, un soir affreux,

mon oncle, à table, considérant mon pouce et mon index :

"La chouette, dit-il, a regardé tes doigts ! 

Le feu de son œil les a noircis. Qu’as-tu fait ?" 

J’avouai en pleurant.


Ne me dites pas que c’est la peau des noix qui a fait de telles taches.

Je le sais maintenant. Je l’ignorais alors.

L’année suivante, sous l’arbre, et redoutant toujours le regard

dangereux, je mis les vieux gants de mon oncle et constatai le soir,

délicieusement, que les yeux de l’oiseau ne perçaient pas le cuir.

Tristan Derème, (Philippe Huc, 1889-1941) - poète français - Recueil : Les noix - La chouette
Partager cet article
Repost0
3 novembre 2022 4 03 /11 /novembre /2022 16:19

 

 

Louis Codet (1876-1914) écrivain français.

 

La noix 


J'ai pelé la petite noix

Dont j'ai cassé la coque blanche

Entre deux pierres,

La curieuse coque de bois.

J'ai pelé la petite noix;

On dirait un jouet d'ivoire,

Un curieux jouet chinois.

L'odeur fraîche et un peu amère

De ces grands bois

M'a parfumé la bouche entière !

J'ai croqué la petite noix,

Ce curieux jouet chinois.

 Louis Codet (1876-1914) - Ecrivain français - La noix 
Partager cet article
Repost0
2 novembre 2022 3 02 /11 /novembre /2022 22:54

 

 

Maurice Rollinat (1846-1903) poète français 

Recueil : Paysages et paysans (1899).


 

Les trois noyers


Qui les planta là, dans ces flaques,

Au cœur même de ces cloaques ?

Aucun ne le sait, mais on croit

Au surnaturel de l'endroit.

 

Narguant les ans et les tonnerres,

Les trois grands arbres centenaires

Croissent au plus creux du pays,

Aussi redoutés que haïs.

 

À leur groupe un effroi s'attache.

Nul n'oserait brandir sa hache

Contre l'un de ces trois noyers

Qu'on appelle les trois sorciers.

 

Car, si le hasard les rassemble,

Il fait aussi qu'ils se ressemblent :

Ils sont d'aspect énorme et rond,

Jumeaux de la tête et du tronc.

 

Ils ont la même étrange mousse,

Et le même gui monstre y pousse.

Ils sont également tordus,

Bossués, ridés et fendus.

 

Et, de tous points, jusqu'au gris marbre

De leur écorce, les trois arbres

Pour les yeux forment en effet

Un trio sinistre parfait.

 

Par le glacé de leur ombrage

Ils rendent à ce marécage

L'humidité qu'y vont pompant

Leurs grandes racines-serpent.

 

Au-dessus du jonc et de l'aune

Leur feuillage verdâtre et jaune

Tour à tour fixe et clapotant

Est tout le portrait de l'étang.

 

On ne voit que le noir plumage

Du seul corbeau dans leur branchage ;

Et c'est le diable, en tapinois,

Qui, tous les ans, cueille leurs noix.

 

On dit qu'ils ont les facultés,

Les façons de l'humanité,

Qu'ils parlent entre eux, se déplacent,

Qu'ils se rapprochent, s'entrelacent.

 

On ajoute, même, tout bas,

Qu'on les a vus, du même pas,

Cheminer roides, côte à côte,

Dressant au loin leur taille haute.

 

Et l'on prétend que leurs crevasses,

Autant d'âpres gueules vivaces,

Ont fait plus d'un repas hideux

Des pâtres égarés près d'eux.

 

Enfin, tous trois ont leur chouette

Qui, le jour, n'étant pas muette,

Pousse des plaintes de damné

Dès que le ciel s'est charbonné.

 

Et chacune prédit un sort :

L'une clame la maladie,

Une autre annonce l'agonie,

La troisième chante la mort.

 

C'est pourquoi, funeste et sacrée,

L'horreur épaissit désormais

Leur solitude. Pour jamais

On se sauve de leur contrée !

Maurice Rollinat (1846-1903) - poète français - Les trois noyers
Partager cet article
Repost0
1 novembre 2022 2 01 /11 /novembre /2022 23:47

 

 

L’école de médecine de Salerne (Schola Medica Salernitana),  fondée en Europe au Moyen Âge, vers le IX° siècle atteint son apogée au XI° siècle et XII° siècle.

Au XIe siècle, la ville de Salerne produit avec une relative abondance céréales, fruits et noix. Ce qui en fait l'une des villes les plus saines d'Italie.


Noix après le repas ...


Du bien et du mal que font les noix

Puisque beaucoup font tant de cas

De la noix après le repas,

Il en faut toucher quelque chose,

Et pour mieux suivre notre glose,

Je dis que par dessus les noix

Des communes on fait le choix,

Qu'à l'estomac elles sont bonnes,

Et ne nuisent point aux personnes,

Pourvu que selon notre aveu

En tout temps l'on en mange peu,

Et que d'une dent martiale

L'on mâche bien ce qu'on avale,

Ainsi les noix dans jeune, ou vieux

Font que la viande se cuit mieux,

Mais l'excès nous gêne la panse

Et la tête plus qu'on ne pense ;

Que si cet excès est plus grand

Je ne veux pas être garant,

Qu'un flux de sang quoi qu'il en gronde

N'envoie un homme en l'autre monde,

Je maintiens aussi que la noix

Gâte la parole et la voix, 

Et qu'elle nuit à la poitrine

Mais qu'elle sert de Médecine,

Et d'un antidote bénin

Contre la force du venin, 

Car son huile très onctueuse

De la qualité vénéneuse

Emousse si bien la vertu,

Que le venin devient vaincu,

Soit qu'elle relâche le ventre

Aussitôt qu'elle est dans son centre,

Ou bien par le vomissement

Qu'elle le chasse promptement

L’école de médecine de Salerne (IX° - XII° siècle) - Noix après le repas
Partager cet article
Repost0
1 novembre 2022 2 01 /11 /novembre /2022 15:14

 

Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794) dramaturge, romancier, poète et fabuliste français.


(Fables, livre IV, 12)

 


La guenon, le singe et la noix.

 

Une jeune guenon cueillit une noix dans sa coque verte.

Elle y porte la dent, fait la grimace :

- "Ah! certes, dit-elle, ma mère mentit

quand elle m’assura que les noix étaient bonnes". 


Puis, croyez aux discours de ces vieilles personnes

qui trompent la jeunesse !

- Au diable soit le fruit et elle jeta la noix.

Un singe la ramasse,

vite entre deux cailloux la casse,

l’épluche, la mange et lui dit : 

"Votre mère eut raison, ma mie.

Les noix ont fort bon goût.

Mais il faut les ouvrir.

Souvenez-vous que, dans la vie

sans un peu de travail,on n’a pas de plaisir".

Illustration JJ Grandville

Illustration JJ Grandville

Partager cet article
Repost0
25 octobre 2022 2 25 /10 /octobre /2022 22:20

 

Jean Froissart (1337-1405) important chroniqueur français de l'époque médiévale. Il mentionne à deux reprises des jeux nécessitant des noix. Il dresse la liste des jeux de son enfance.  

Entre autres, il utilisait les coquilles de noix comme hochet

(écrit entre 1362 et 1373)

 


 L’Epinette amoureuse  


Quand venait le temps du Carême,

j’avais sous une escabelle

une riche provision de coquilles,

que je n’aurais cédée pour aucun denier.

Un après-midi,

alors que je jouais à la coquille trouée

avec les  enfants de ma rue,

au moment d’agiter et de lancer la coquille,

je leur criais : "Hochez fort,

car le bandeau tient vraiment bon !"

...    

Nous creusions aussi des fossettes,

où nous faisions rouler des noix :

quelle tristesse c’était pour celui qui manquait son coup !

 Jean Froissart (1337-1405) - chroniqueur français de l'époque médiévale - L’Epinette amoureuse  
Partager cet article
Repost0

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recherche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Catégories

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Evans - Jura

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mes Blogs Amis À Visiter