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29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 00:19


Sophie d'Arbouville (1810-1850) Poète et nouvelliste française.

Recueil : Poésies et nouvelles (1840).

 


Une voix du ciel


Je suis l'astre des nuits. Je brille, pâle et blanche,

Sur la feuille qui tremble au sommet d'une branche,

Sur le ruisseau qui dort, sur les lacs, bien plus beaux

Quand mes voiles d'argent s'étendent sur leurs eaux.

Mes rayons vont chercher les fleurs que je préfère,

Et font monter au ciel les parfums de la terre ;

Je donne la rosée au rameau desséché,

Que l'ardeur du soleil a, sur le sol, penché.

Sitôt que je parais, tout se tait et repose,

L'homme quitte les champs, et l'abeille la rose :

Plus de bruit dans les airs, plus de chant dans les bois ;

Devant mon doux regard nul n'élève sa voix,

De la terre ou du ciel aucun son ne s'élance,

J'arrive avec la nuit, et je règne en silence !

Je cache mes rayons quand le cri des hiboux

Vient troubler mon repos et mon calme si doux.

 

Je suis l'astre des nuits ; je brille, pâle et blanche,

Sur le cœur attristé, sur le front qui se penche,

Sur tout ce qui gémit, sur tout ce qui se plaint,

Sur tous les yeux en pleurs qu'aucun sommeil n'atteint.

 

Quelques heureux, parfois, me donnent un sourire,

S'aiment, et devant moi trouvent doux de le dire ;

J'écoute avec bonheur leurs longs serments d'amour,

Je leur promets tout bas de n'en rien dire au jour.

Mais les plus beaux rayons de mon blanc diadème

Sont pour vous qui souffrez !... C'est vous surtout que j'aime

Donnez-moi vos soupirs et donnez-moi vos pleurs ;

Laissez-moi deviner vos secrètes douleurs,

Le rêve inachevé qui n'a point de parole,

Que nul ne sut jamais et que nul ne console !

J'ai pour les cœurs brisés, ainsi que pour les fleurs,

Une fraîche rosée endormant les douleurs.

Écoutez-moi ce soir, vous saurez un mystère

Ignoré jusqu'ici du reste de la terre,

Secret que je révèle à ceux de mes élus,

Qui m'ont le plus aimée et qui rêvent le plus.

 

Je vous dirai pourquoi je brille, pâle et blanche,

Sur le cœur attristé, sur le front qui se penche,

Sur tout ce qui gémit, sur tout ce qui se plaint,

Sur tous les yeux en pleurs qu'aucun sommeil n'atteint.

 

Votre vie, ici-bas, est un triste voyage,

Dont le ciel, où je suis, est le port, le rivage ;

Elle a bien des écueils, la route où vous passez...

Et vous n'arrivez pas sans vous être blessés !

Vous n'abordez pas tous sur la céleste plage,

Ceux qui se sont souillés demeurent à l'écart ;

Coupables et souffrants, dans une morne attente,

Ils s'arrêtent au seuil du séjour où l'on chante.

Un ange, dont les pleurs voilent le doux regard,

Leur barre le chemin et murmure : "Plus tard !"

— Parmi ces exilés traînant au loin leur chaîne,

Parmi les longs sanglots de ces âmes en peine,

Errantes loin de Dieu, du soleil et du jour,

Moi, je prends en pitié les coupables d'amour.

J'appelle auprès de moi ces Âmes de la terre,

Qu'un Dieu juste éloigna du séjour de lumière,

Parce qu'en sa présence elles gardaient encor

Un souvenir d'amour, au delà de leur mort.

Je leur donne ma nuit, mes rayons, mes étoiles,

Je donne à leur exil l'abri de mes longs voiles,

Et les larmes, le soir, qui coulent de leurs yeux,

Semblent à vos regards des étoiles des cieux ;

Ce ne sont que des pleurs... des pleurs d'âmes souffrantes,

Qui, la nuit, dans l'espace avec moi sont errantes.

 

Vous, encor sur la terre où s'agitent vos cœurs,

Levez les yeux vers moi ! j'ai près de moi vos sœurs.

Oh ! veillez bien sur vous... et priez bien pour elles !

Entendez-vous leurs pleurs ? car si mes nuits sont belles,

Pourtant Dieu n'est pas là ! le seul repos, c'est Lui...

Il fait jour près de Dieu, — je ne suis que la nuit !

 

Je vous ai dit pourquoi je brille pâle et blanche

Sur le cœur attristé, sur le front qui se penche,

Sur tout ce qui gémit, sur tout ce qui se plaint,

Sur tous les yeux en pleurs qu'aucun sommeil n'atteint.
 

 Sophie d'Arbouville (1810-1850) - Poète et nouvelliste française - Une voix du ciel
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29 novembre 2021 1 29 /11 /novembre /2021 00:19

 

Sophie d'Arbouville (1810-1850) Poète et nouvelliste française.

Extrait de:  Poésies et nouvelles (1840)

 

 

L'Ange de la poésie et la jeune femme

 

L'ANGE DE LA POESIE

Éveille-toi, ma sœur, je passe près de toi !

De mon sceptre divin tu vas subir la loi ;

Sur toi, du feu sacré tombent les étincelles,

Je caresse ton front de l'azur de mes ailes.

À tes doigts incertains, j'offre ma lyre d'or,

Que ton âme s'éveille et prenne son essor !...

 

Le printemps n'a qu'un jour, tout passe ou tout s'altère ;

Hâte-toi de cueillir les roses de la terre,

Et chantant les parfums dont s'enivrent tes sens,

Offre tes vers au ciel comme on offre l'encens !

Chante, ma jeune sœur, chante ta belle aurore,

Et révèle ton nom au monde qui l'ignore.

 

LA JEUNE FEMME.

Grâce !.. éloigne de moi ton souffle inspirateur !

Ne presse pas ainsi ta lyre sur mon cœur !

Dans mon humble foyer, laisse-moi le silence ;

La femme qui rougit a besoin d'ignorance.

Le laurier du poète exige trop d'effort...

J'aime le voile épais dont s'obscurcit mon sort.

Mes jours doivent glisser sur l'océan du monde,

Sans que leur cours léger laisse un sillon sur l'onde ;

Ma voix ne doit chanter que dans le sein des bois,

Sans que l'écho répète un seul son de ma voix.

 

L'ANGE DE POÉSIE.

Je t'appelle, ma sœur, la résistance est vaine.

Des fleurs de ma couronne, avec art je t'enchaîne :

Tu te débats en vain sous leurs flexibles nœuds.

D'un souffle dévorant j'agite tes cheveux,

Je caresse ton front de ma brûlante haleine !

 

Mon cœur bat sur ton cœur, ma main saisit la tienne ;

Je t'ouvre le saint temple où chantent les élus...

Le pacte est consommé, je ne te quitte plus !

Dans les vallons lointains suivant ta rêverie,

Je prêterai ma voix aux fleurs de la prairie ;

Elles murmureront : "Chante, chante la fleur

Qui ne vit qu'un seul jour pour vivre sans douleur."

Tu m'entendras encor dans la brise incertaine

Qui dirige la barque en sa course lointaine ;

Son souffle redira : "Chante le ciel serein ;

Qu'il garde son azur, le salut du marin !"

J'animerai l'oiseau caché sous le feuillage,

Et le flot écumant qui se brise au rivage ;

L'encens remplira l'air que tu respireras...

Et soumise à mes lois, ma sœur, tu chanteras !

 

LA JEUNE FEMME.

J'écouterai ta voix, ta divine harmonie,

Et tes rêves d'amour, de gloire et de génie ;

Mon âme frémira comme à l'aspect des cieux...

Des larmes de bonheur brilleront dans mes yeux.

Mais de ce saint délire, ignoré de la terre,

Laisse-moi dans mon cœur conserver le mystère ;

 

Sous tes longs voiles blancs, cache mon jeune front ;

C'est à toi seul, ami, que mon âme répond !

Et si, dans mon transport, m'échappe une parole,

Ne la redis qu'au Dieu qui comprend et console.

Le talent se soumet au monde, à ses décrets,

Mais un cœur attristé lui cache ses secrets ;

 

Qu'aurait-il à donner à la foule légère,

Qui veut qu'avec esprit on souffre pour lui plaire ?

Ma faible lyre a peur de l'éclat et du bruit,

Et comme Philomèle, elle chante la nuit.

Adieu donc ! laisse-moi ma douce rêverie,

Reprends ton vol léger vers ta belle patrie !

 

L'ange reste près d'elle, il sourit à ses pleurs,

Et resserre les nœuds de ses chaînes de fleurs ;

Arrachant une plume à son aile azurée,

Il la met dans la main qui s'était retirée.

En vain elle résiste, il triomphe... il sourit...

Laissant couler ses pleurs, la jeune femme écrit.
 

Alfred de Curzon (1820-1895)

Alfred de Curzon (1820-1895)

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26 novembre 2021 5 26 /11 /novembre /2021 14:51

 

Antoine-Étienne Fontaney (1803-1837) Poète, écrivain, journaliste et poète romantique français.

Recueil : Ballades, mélodies et poésies diverses (1829).


 

Un ange

 

Dans toutes les douleurs humaines

Toujours avec nous de moitié,

Quel instinct secret vers nos peines

Guide ainsi ta tendre pitié ?

 

Dès ce jeune âge où l'existence

Comprend à peine le malheur,

D'où te vient cette expérience

De toutes les vertus du cœur ?

 

N'es-tu qu'une simple mortelle ?

N'as-tu rien en toi de divin ?

Partout où l'on souffre on t'appelle,

Et qui jamais t'appelle en vain ?

 

A nos larmes, dans nos prières,

Nous sentons tes pleurs se mêler ;

Et, plus que nous, de nos misères

C'est toi qu'il faudrait consoler !

 

Que ta bienfaisance est aimable,

Et que de grâce a ta bonté !

Tu voudrais rendre inépuisable

Le trésor de ta charité.

 

Le Ciel devait te le permettre ;

Mais quand tous tes heureux sont faits,

Si tu n'as plus même à promettre,

Tes refus sont d'autres bienfaits.
 

Nancy Noel - ange

Nancy Noel - ange

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25 novembre 2021 4 25 /11 /novembre /2021 22:33

 

 

Maurice Rollinat (1846-1903), poète, musicien et interprète français.

Recueil : Les névroses (1883).

Sonnet.

 

L'ange pâle


À la longue, je suis devenu bien morose :

Mon rêve s'est éteint, mon rire s'est usé.

Amour et Gloire ont fui comme un parfum de rose ;

Rien ne fascine plus mon cœur désabusé.

 

Il me reste pourtant un ange de chlorose,

Enfant pâle qui veille et cherche à m'apaiser ;

Sorte de lys humain que la tristesse arrose

Et qui suspend son âme aux ailes du baiser.

 

Religieux fantôme aux charmes narcotiques !

Un fluide câlin sort de ses doigts mystiques ;

Le rythme de son pas est plein de nonchaloir.

 

La pitié de son geste émeut ma solitude ;

À toute heure, sa voix infiltreuse d'espoir

Chuchote un mot tranquille à mon inquiétude.

Maurice Rollinat (1846-1903) - poète, musicien français - L'ange pâle
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25 novembre 2021 4 25 /11 /novembre /2021 22:32

 

Maurice Rollinat (1846-1903), poète, musicien et interprète français.

Recueil : Les névroses (1883) 

Sonnet.

 

 

L'ange gardien


Archange féminin dont le bel œil, sans trêve,

Miroite en s'embrumant comme un soleil navré,

Apaise le chagrin de mon cœur enfiévré,

Reine de la douceur, du silence et du rêve.

 

Inspire-moi l'effort qui fait qu'on se relève,

Enseigne le courage à mon corps éploré,

Sauve-moi de l'ennui qui me rend effaré,

Et fourbis mon espoir rouillé comme un vieux glaive.

 

Rallume à ta gaîté mon pauvre rire éteint ;

Use en moi le vieil homme, et puis, soir et matin,

Laisse-moi t'adorer comme il convient aux anges !

 

Laisse-moi t'adorer loin du monde moqueur,

Au bercement plaintif de tes regards étranges,

Zéphyrs bleus charriant les parfums de ton cœur !
 

Maurice Rollinat (1846-1903) -  poète, musicien français - L'ange gardien
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25 novembre 2021 4 25 /11 /novembre /2021 22:32

 

René-François Sully Prudhomme (1839-1907) poète français, premier lauréat du prix Nobel de littérature en 1901. 

Recueil : Les solitudes (1869).

 

Le réveil


Si tu m'appartenais (faisons ce rêve étrange !),

Je voudrais avant toi m'éveiller le matin

Pour m'accouder longtemps près de ton sommeil d'ange,

Egal et murmurant comme un ruisseau lointain.

 

J'irais à pas discrets cueillir de l'églantine,

Et, patient, rempli d'un silence joyeux,

J'entr'ouvrirais tes mains, qui gardent ta poitrine,

Pour y glisser mes fleurs en te baisant les yeux.

 

Et tes yeux étonnés reconnaîtraient la terre

Dans les choses où Dieu mit le plus de douceur,

Puis tourneraient vers moi leur naissante lumière,

Tout pleins de mon offrande et tout pleins de ton cœur.

 

Oh ! Comprends ce qu'il souffre et sens bien comme il aime,

Celui qui poserait, au lever du soleil,

Un bouquet, invisible encor, sur ton sein même,

Pour placer ton bonheur plus près de ton réveil !
 

Tamara de Lempicka emme endormie

Tamara de Lempicka emme endormie

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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 17:16

 

Antoine Tenant de Latour (1808-1881) Poète et écrivain français

Recueil : Loin du foyer (1835).

 


L'ange

 

Il est, au pied du Christ, à côté de sa mère,

Un ange, le plus beau des habitants du ciel,

Un frère adolescent de ceux que Raphaël

Entre ses bras divins apporta sur la terre.

 

Un léger trouble effleure à demi sa paupière,

Sa voix ne s'unit pas au cantique éternel,

Mais son regard plus tendre et presque maternel

Suit l'homme qui s'égare au vallon de misère.

 

De clémence et d'amour esprit consolateur,

Dans une coupe d'or, sous les yeux du Seigneur,

Par lui du repentir les larmes sont comptées,

 

Car de la pitié sainte il a reçu le don ;

C'est lui qui mène à Dieu les âmes rachetées

Et ce doux séraphin se nomme : le pardon !


 

Andrea Mantegna  (1431–1506) - Le Christ Rédempteur souffrant

Andrea Mantegna (1431–1506) - Le Christ Rédempteur souffrant

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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 17:15


 

Jules Louis Laforgue (1860-1887) poète franco-uruguayen symboliste.

Connu pour être un des inventeurs du vers libre, il mêle, en une vision pessimiste du monde, mélancolie, humour et familiarité du style parlé.

 

 

Complainte de l'ange incurable

 

Je t'expire mes Cœurs bien barbouillés de cendres ;

Vent esquinté de toux des paysages tendres !

 

Où vont les gants d'avril, et les rames il'an tan ?

L'âme des hérons fous sanglote sur l'étang.

 

Et vous, tendres 

D'antan ?

 

Le hoche-queue pépie aux écluses gelées ;

L'amante va, fouettée aux plaintes des allées.

 

Sais-tu bien, folle pure, où sans châle tu vas ? —

Passant oublié des yeux gais, j'aime là-bas...
 

_______


En allées

Là-bas !

 

Le long des marbriers (Encore un beau commerce !)

Patauge aux défoncés un convoi, sous l'averse.

 

Un trou, qu'asperge un prêtre âgé qui se morfond.

Bâille à ce libéré de l'être ; et voici qu'on

 

Le déverse

Au fond.

 

Les moulins décharnés, ailes nier allègres.

Vois, s'en font les grands bras du haut des coteaux maigres !

 

Ci-gît n'importe qui.

Seras-tu différent.

 

Diaphane d'amour, ô

Chevalier-Errant ?

 

Claque, ô maigre

Errant !

 

Hurler avec les loups, aimer nos demoiselles,

Serrer ces mains sauçant dans de vagues vaisselles !

 

Mon pauvre vieux, il le faut pourtant ! et puis, va.

Vivre est encor le meilleur parti ici-bas.

 

Non ! vaisselles

D'ici-bas !

 

Au-delà plus sûr que la Vérité ! des ailes

D'Hostie ivre et ravie aux cités sensuelles !

 

Quoi ! Ni Dieu, ni l'art, ni ma Sœur Fidèle ; mais

Des ailes ! par le blanc suffoquant ! à jamais,

 

Ah ! des ailes

À jamais !

______

 

Tant il est vrai que la saison dite d'automne

N'est aux cœurs mal fichas rien moins que folichonne.
 

Jules Louis Laforgue (1860-1887) - poète franco-uruguayen - Complainte de l'ange incurable
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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 17:15

 

François-Marie Robert-Dutertre (1815-1898) poète, écrivain, homme politique libre-penseur français.

Recueil : Les loisirs lyriques (1866).

 

L'ange envolé.

 

Mon ange a reployé ses ailes

Et dort glacé sous un linceul ;

Coulez, ô larmes éternelles,

Car ici-bas je reste seul.

 

Ô chère ombre au ciel envolée,

Chaque nuit sous les noirs cyprès

Versant des pleurs sur ton blanc mausolée,

Je viens épancher mes regrets.

 

Cette douce sœur de mon âme,

Pour charmer mon cœur attristé,

Me parlait encore de sa flamme

Sur le seuil de l'éternité.

 

Ô chère ombre au ciel envolée,

Chaque nuit sous les noirs cyprès

Versant des pleurs sur ton blanc mausolée,

Je viens épancher mes regrets.

 

Si jusqu'à toi, de cette terre

S'élève mon chant désolé,

Sois attentive à ma prière

En ton beau royaume étoilé.

 

Ô chère ombre au ciel envolée,

Chaque nuit sous les noirs cyprès

Versant des pleurs sur ton blanc mausolée,

Je viens épancher mes regrets.
 

François-Marie Robert-Dutertre (1815-1898) - poète, écrivain - L'ange envolé.
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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 17:14

 

Philippe Delaveau (1950)  poète et écrivain français, également traducteur et critique d'art, 

 


Fra Angelico

 

Les morts ressusciteront dans les champs de lavande, vigoureux

Comme le vin nouveau dans la tonne de chêne; danseront,

Criant de joie dans l'éternel été.

Les crépuscules, l'aube

Seront pour les étoiles de l'allée, une charmille.

La joie

Sera le nom des fleurs et l'odeur de la nuit, une lumière.

Comment saurai-je l'innocence des jours renouvelés, dit

Près du bleu de la croix, si sombre, l'angélique frère.

Et d'amples paysages se dessillent au lointain; des tombes

Entrouvertes, les morts se dressent, en tunique d'azur - comment

Saurai-je peindre l'insoupçonnable et l'inconnu ?

Ferme tes yeux

D'abord, laisse ta barque transparente, sur le sillage

Prendre le rythme et geindre, avant de t'élancer

Dans la clarté de l'aube verte et sache ta science

S'humilier devant l'ombre propice.

Il vient, mais l'entends-tu

Glissant parmi les portes immortelles?

Que ton art soit habile pour le dire,

Et le mur frais, les teintes justes assemblées dans le concile

Des couleurs.

Et l'on murmure alors le récit des splendeurs,

Que l'Ange embouchera la trompette d'argent; que des flancs

Du navire descendent, pour des embrassements sans fin,

Les rois mendiants et les célestes pauvres.
 

Ange tenant une trompette, détail du Triptyque de Linaivoli, 1433

Ange tenant une trompette, détail du Triptyque de Linaivoli, 1433

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