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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 15:51

Mythologie

 

L'ancolie

L'Ancolie, symbole de la renaissance, dit-on, rend courageux et hardi.


Selon Albert le Grand (XIIIe siècle), son nom scientifique latin aquilegia serait dérivé "d'aquila"  aigle et rappellerait que certains botanistes avaient vu les serres du rapace dans les éperons de ses cinq pétales.


Dans le latin des botanistes aquilegia,(aquilinia par Jules Charles de L'Écluse), d'où, par altération, ancolie, ancholie.


On dit que la plante a été nommée "aquilegia, 
- soit parce que ses nectaires offraient une forme recourbée comme le bec recourbé de l'aigle, 

- soit parce qu'on lui attribuait de rendre la vue perçante ou aux serres crochues comme celle de l'aigle,"aquila", 

- soit de la ville d'Aquilée (province Udine en Italie), dans le territoire de laquelle elle est abondante.


Quelques étymologistes traduisent aquilegia par réservoir d'eau c'est effectivement la signification littérale de ce mot , mais elle n'est point appliquable à l'ancolie. 


Source :
Charles Dufresne, sieur Du Cange (dictionnaire médiéval) on trouve aquilea, aquilée, plante supposée bonne pour les yeux. 
Flore médicale de François Pierre Chaumeton - 1920 
On suppose qu 'ancolie a subi l 'influence du mot mélancolie.

 

Mythologie des fleurs - L'ancolie

Cette plante à fleurs du genre Aquilegia, est une renonculacée vivace. 


Les fleurs, au sommet d'un bouquet de longues tiges, sont élégantes, comportant des sépales pétaloïdes et des pétales en forme de cornet avec un éperon recourbé à l'arrière, et des étamines un peu plus courtes que les pétales,  offrant une large palette de coloris blanc, bleu clair, jaune pâle, rose, brun, bordeaux et le bleu, avec des feuilles divisées en trois, duveteuses, de couleur vert parfois teinté de bleu turquoise.


Elle croît dans les bois clairs et le long des haies, en France en particulier sur le Massif Jurassien, et dans la plupart des autres régions de l'Europe. 
Les chèvres sont les seules à brouter l'ancolie, les autres bestiaux la négligent. Cette plante, appartient d'ailleurs à une famille où les poisons âcres abondent.


Cette vivace rustique, délicate et fine, recherchée par les jardiniers fleurit du printemps à l'été.
 

Mythologie des fleurs - L'ancolie

L'ancolie, nom de l'aquilégie vulgaire, dite aussi gant de Notre-Dame, gant de bergère, de cornette, aiglantine, colombine, fleur de parfait amour, manteau royal, herbe de lion, ancolie des jardins, ou encore tourette.


Plante cultivée dans les jardins à cause de la beauté de sa fleur.


Les anglais l'on nommée "columbine" comparant ces sortes d'ergots à ceux de l'innocente colombine. 
Les bergers l’appelaient "colombine"
Les nonnes "gants de fée" ou de "Marie"
Les brigands "la main de sorcière" 

 

Mythologie des fleurs - L'ancolie

L'ancolie est une plante mellifère avec une pollinisation logiquement assurée par des insectes. Un nectar attractif est secrété par des nectaires qui tapissent l’intérieur de l’éperon. Vu l’étroitesse et la longueur de ce dernier, le nombre d’insectes pollinisateurs est limité. Il se restreint souvent à une espèce de Bourdon à longue trompe.


D’autres insectes, parmi lesquels les abeilles, percent l’éperon depuis l’extérieur de la fleur pour s’abreuver du nectar mielleux. Ce faisant, ils volent seulement leur nourriture sans assurer la pollinisation.


La dissémination des graines est particulièrement diffusée par les oiseaux.
 

Mythologie des fleurs - L'ancolie

Dans la mythologie Scandinave, l’Ancolie symbolise comme d'autres fleurs "la Déesse Nordique de l’amour et de la fertilité nommée Freyja" ou Frigg.  


Freyja aimait les fées. Elle pouvait passer des heures à profiter de leurs jeux joyeux et de la danse gracieuse à la lumière de la lune. Pour ces petites créatures, la déesse a laissé un nectar doux et les fleurs les plus parfumées comme cadeau. De ses cheveux tombaient des fleurs printanières et elle déposait la rosée matinale et la lumière du Soleil derrière son passage.


En arrivant chez les Aesirs, sa réputation de Déesse puissante de la fertilité et de la nature l'avait précédé et elle dévoila le secret du Seior, la sorcellerie.
 

Mythologie des fleurs - L'ancolie

Des grimoires anciens contiennent des recettes de philtres magiques où figure la fleur d'ancolie.

trois columbines violettes -  Sharon Freeman

trois columbines violettes - Sharon Freeman

trois columbines violettes -  Sharon Freeman

trois columbines violettes - Sharon Freeman

Les fairies (fées) concerne le petit peuple issu de la mythologie celtique,
Elles sont dotées de pouvoirs magiques


La fée ancolie
 

fée ancolie - columbine

fée ancolie - columbine

Dans la Rome antique, Numa Pompilius, second des rois légendaires de Rome (715-672 av. J.-C.), fondateur du collège des Vestales, interdit à ses prêtresses du culte, qui devaient respecter le vœu de chasteté, l’usage de cette plante. 

Vestale - Jacques Louis David

Vestale - Jacques Louis David


Lorsqu’elle rencontrait sur son chemin une touffe fleurie d’Ancolie, la vestale devait se voiler la face dans un pan de son manteau et passer rapidement en détournant la tête.
 

Vestale, vierges antiques- Jean Raoux.

Vestale, vierges antiques- Jean Raoux.

L'ancolie, fleur d'alchimiste :


Dante (1265-1321) se servait aussi de l’ancolie comme symbole, plante mâle et femelle (hermaphrodite)représentant le parfait amour. Penché sur l'athanor, il recherchait la création de la perfection absolue.  


La Dame de Dante semble être tout autant la Femme que l’Ancolie.
 

Flore - Francesco Melzi (1491-

Flore - Francesco Melzi (1491-

Cette fleur légèrement toxique mais néanmoins très jolie était considérée au Moyen Age comme l'un des attributs du Diable. 


Le surnom de "Bonne Femme" lui a également été administré au Moyen-Âge 
 


 

Mythologie des fleurs - L'ancolie

Les graines de l’Ancolie entrèrent longtemps dans la composition des parfums car la plante était réputée aphrodisiaque, et rendait apparemment irrésistible. 


Pour cette même raison, les courtisanes en firent grand usage. Elles en mâchaient les graines, 
 

Livre d'heures de Simon de Varie (1455) - JeanFouquet

Livre d'heures de Simon de Varie (1455) - JeanFouquet

La fleur d'ancolie était souvent représentée dans les enluminures du moyen âge

Ici dans les Heures de Charles d'Angoulême - Testard, Robinet 

Heures de Charles d'Angoulême Testard, Robinet

Heures de Charles d'Angoulême Testard, Robinet

Sur la Miniature du XIIIe siecle representant la construction d'une église a Saint-Denis

Miniature du XIIIe siecle representant la construction d'une eglise a Saint-Denis

Miniature du XIIIe siecle representant la construction d'une eglise a Saint-Denis

Au Moyen-Âge, Les gens de la Maison de Guise portaient l’Ancolie d’azur tigée et feuillée de sinople. Avant d’entrer en lice, au cours d'un tournoi, ils criaient la devise : "Guise à l’Ancolie".


Pierre de Versoris (1528 -1588) avocat au Parlement de Paris à partir de 1552, chef du conseil d'affaires de la maison de Guise et garde de leurs sceaux et député du Tiers état aux États généraux de 1576-1577 -

(blason  D'argent, à la face de gueules, accompagné de 3 ancolies d'azur)
 

Blason Pierre de Versoris (1528 -1588) - maison de Guise

Blason Pierre de Versoris (1528 -1588) - maison de Guise

Simon de Varie à genoux en prière - Jean Fouquet (1415-1481)

Simon de Varie à genoux en prière - Jean Fouquet (1415-1481)

Elle est aussi le symbole de la mélancolie. 

On retrouve cette association avec la mélancolie dès le XVème siècle 
dans le poème "L'amant rendu cordelier à l'observance d'amour" attribué à Martial d'Auvergne.

 

....."assez tost la messe chanter

Fist l'en ou il eut grant mistere

En laquelle devés noter

Que l'amant en ung oratoire

Estoit la tendu de soye noire

Ouvré aparans fleurs d'acolies

Puis sur luy avoit ung suaire

Tout couvert de merencolies"......
 

Columbine - Catherine G McElroy

Columbine - Catherine G McElroy

Jean Froissard (1337-1410)
Le temps des ancolies - Le Littré
dans la description du jardin d'Eden où s'effectue le songe,


......"Et li pluiseur aiment moult l'anquelie",....

......"Moult par estoit li lieu jolis ;

Anquelies, roses et lys

A l'environ d'illuec croissoient....."
 

jardin - Ginger Cook

jardin - Ginger Cook

Eustache Deschamps, dit Morel (v.1340-1404), d'après le manuscrit français


..."La violette donne aussi  Douce odeur ; 

si fait la soussie, La marguerite, l'angorie,"..... 
 

au XVIe s.
Pierre de Ronsard  (1524-1585) - poète 
dans le chant pastoral


....."Pour sacrifice à la nymphe Pomonne

Et l'ancolie en semence s'enflant

Et le Narcisse que le vent va soufflant."........
 

Vertumne et Pomone (1518/22) par Francesco Melzi - l'ancolie en bas au centre

Vertumne et Pomone (1518/22) par Francesco Melzi - l'ancolie en bas au centre

l'ancolie symbole religieux


- Les auteurs religieux voyaient celle d'une colombe, forme sous laquelle est traditionnellement représenté l'Esprit saint. Pour cette raison, au Moyen Âge, l'ancolie fut aussi appelée  columbina (columbine en anglais, colomba en latin, ce qui signifie colombe)

plusieurs tableaux de grands maîtres l'attestent.
 

 Sainte Famille - Joos van Cleve

Sainte Famille - Joos van Cleve

Le nom anglais "colombine" évoque la colombe du Saint-Esprit, dont elle symbolise les sept dons (intelligence, conseil, sagesse, connaissance, piété, force et crainte) cités par le prophète Isaïe. 

Ou encore les sept douleurs de la Vierge Marie (la prophétie de Siméon, la fuite en Egypte, la disparition de Jésus au Temple, la rencontre sur la via Dolorosa, la crucifixion, la déposition de la Croix, la mise au tombeau).


Source :
Les fleurs dans la peinture - Musées royaux des Beaux Arts de Belgique

Heure de Notre-Dame de Pitié Annonciation (1401-1500)

Heure de Notre-Dame de Pitié Annonciation (1401-1500)

- Ces cinq pétales sont aussi comparées à cinq colombes, ce qui fait de cette fleur un symbole de l’Esprit saint. Dans l’art, elle accompagnera notamment les scènes de l’Annonciation ou du Baptême du Christ.


- Ces cinq pétales, évoque au fidéle la main de la Sainte-Vierge d'où "Gants de Notre-Dame",  l'autre nom donné à cette fleur.
 

Jean Fouquet - Les heures de Simon de Varie  - Marie tenant l'enfant Christ

Jean Fouquet - Les heures de Simon de Varie - Marie tenant l'enfant Christ

On trouve l'ancolie comme symbole de l’Esprit-Saint au milieu des lys et des roses dans la couronne de la Vierge du Retable de l’Agneau Mystique de Jan Van Eyck. 
 

 l’Agneau Mystique de Jan Van Eyck

l’Agneau Mystique de Jan Van Eyck

- La consonance de l'ancolie avec "mélancolie" évoque aussi la douleur de la Vierge Marie.

 
- Signification funèbre à la Renaissance au nombre des symboles de la Passion du Christ.

Dans  le tableau La mort de la Vierge de Hans Multscher 1437, l'on aperçoit un vase d'ancolies  en bas à droite

 

La mort de la Vierge -  Hans Multscher 1437

La mort de la Vierge - Hans Multscher 1437

L'ancolie est  aussi souvent présente dans les peintures du 15e siècle et 16e siècle.


Dans le tableau de Léonard de Vinci - Bacchus ou Saint-Jean le Baptiste, en bas du tableau à gauche
 

Bacchus ou Saint-Jean Le Baptiste  Léonard de Vinci ou son atelier.

Bacchus ou Saint-Jean Le Baptiste Léonard de Vinci ou son atelier.

et Flore par Francesco Melzi,

Flore tient les ancolies dans ses mainsl

Flore - Francesco Melzi

Flore - Francesco Melzi

 

L'ancolie de Edwin P. James (1797-1861)


Au cours de l'expédition (1819-1820), Edwin P. James a accompli la première ascension de montagne en Amérique du Nord, et a été le premier à collecter de nombreuses espèces de plantes alpines, y compris ce qu'il a appelé "la montagne Columbine",  Aquilegia coerulea E.James , pour devenir en 1899 la fleur d'État du Colorado, maintenant avec le nom commun Colorado Blue Columbine.


"Il a été enterré à côté de sa femme dans le cimetière de Rock Spring ... Plusieurs années plus tard, la "Des Moines County Medical Society" a planté autour de sa tombe le Rocky Mountain Blue Columbine ( Aquilegia coerulea E. James) qu'il a découvert et nommé lors de la longue expédition" 

 

La chanson "Where the Columbines Grow" par AJ Fynn a été adopté comme première chanson officielle de l'État du Colorado en 1915
 

La chanson "Where the Columbines Grow" par AJ Fynn a été adopté comme première chanson officielle de l'État du Colorado en 1915


Vers des terres où brillent les étoiles tropiques;

Où le cri de l'aigle de montagne audacieux

Répond aux notes de la colombe

Est-ce que l'Ouest vêtu de pourpre, la terre qui est la meilleure,

La terre pionnière que nous aimons.
 
Refrain
 
C'est la terre où poussent les ancolines,

Surplombant les plaines bien en dessous,

Tandis que la brise fraîche d'été dans les arbres à feuilles persistantes

Chante doucement là où les ancolies poussent.


  
Le bison est parti des hautes terres,

Le cerf du canyon s'est enfui,

La maison du loup est déserte,

L'antilope gémit pour ses morts,

Le cri de guerre ne fait plus écho,

L'Indien n'est qu'un nom,

Et les nymphes du bosquet dans leur solitude,

Mais l'ancolie fleurit tout de même.


 
Que la violette illumine le ruisseau,

Au soleil du début du printemps,

Laissez le trèfle blond décorer le pré vert,

Aux jours où les orioles chantent,

Que la verge d'or annonce l'automne,

Mais, sous le ciel d'été,

Dans sa belle demeure occidentale, que la Columbine fleurisse

Jusqu'à ce que nos grands fleuves de montagne s'assèchent.
 

Rocky Mountain Blue Columbine (Aquilegia coerulea E. James)

Rocky Mountain Blue Columbine (Aquilegia coerulea E. James)

On préparait  un sirop d'une belle couleur bleue, qui décèle, mieux que celui de violette, les acides et les alcalis.

Le sirop de fleurs d'ancolie calmait la toux

Mythologie des fleurs - L'ancolie


Elle était utilisée en médecine contre la gale et la teigne


On se servait des semences pour favoriser la sécrétion urinaire


Les feuilles de l'ancolie servaient à soigner les plaies mais son utilisation médicinale est restreinte car, elle contient de l'acide cyanhydrique qui la rend toxique.


Aujourd'hui l'ancolie est utilisée en homéopathie.


L 'ancolie est liée a la tristesse , la solitude ou encore la folie.


On lui attribuait également le pouvoir de guérir l 'avarice 


Jadis on la plaçait sous les matelas pour éliminer l’infertilité.


Elle était censée protéger les jeunes couples contre la sorcellerie et le mauvais-œil.
 

Mythologie des fleurs - L'ancolie

Dans le langage des fleurs


L'ancolie est symbole de tristesse, de solitude et de folie.


D'après Marthe Seguin-Fontes dans "le langage des fleurs" (éd. du Chêne), l'ancolie signifie "folie, caprice". Cette interprétation viendrait de l'analogie de sa forme avec celle des bonnets d'étoffe portés par les fous au Moyen-Âge...De fou du roi, plus précisément.


L'ancolie ressemble aussi à un sceptre surmonté d’un capuchon à grelots considéré comme le symbole de la folie que se servait comme attribut les bouffons de cour
 

Le fou - Psalterium Caroli VIII regis

Le fou - Psalterium Caroli VIII regis

 et aussi la mélancolie, les feuilles de l’ancolie dont les formes … recueillent, elles aussi les gouttes de rosée, la pluie,...... les larmes…

goutte d'eau sur feuilles d'ancolie

goutte d'eau sur feuilles d'ancolie

En bouquet comme en poésie, l'ancolie est mélancolique. Elle symbolise l'infidélité, l'amour trahi.


L'ancolie des champs prie l'être aimé d'oublier le passé et de croire au renouveau d'un sentiment toujours vivace.


L'ancolie est aussi un aveu de folie, certes, mais de folie d'amour...........


Un bouquet d'ancolies blanches expriment des sentiments de tristesse et de solitude, 


Un bouquet d'ancolies bleues expriment l'amour avec tristesse


Un bouquet d'ancolies roses expriment des sentiments de tristesse et de tendresse.


Un bouquet d'ancolies pourpres montrent que l'on se bat pour récupérer  un amour perdu.
 

Mythologie des fleurs - L'ancolie

Guillaume Apollinaire  (1880-1918) - poète
Alcools, 1913

 

Clotilde

 

L’anémone et l’ancolie

Ont poussé dans le jardin

Où dort la mélancolie

Entre l’amour et le dédain

 

Il y vient aussi nos ombres

Que la nuit dissipera

Le soleil qui les rend sombres

Avec elles disparaîtra

 

Les déités des eaux vives

Laissent couler leurs cheveux

Passe il faut que tu poursuives

Cette belle ombre que tu veux
 

Mythologie des fleurs - L'ancolie

Francis Jammes (1868-1938) - poète 
Recueil : "Clairières dans le ciel"

 

Deux ancolies se balançaient…

 

Deux ancolies se balançaient sur la colline.

Et l’ancolie disait à sa sœur l’ancolie :

Je tremble devant toi et demeure confuse.

Et l’autre répondait : si dans la roche qu’use

l’eau, goutte à goutte, si je me mire, je vois

que je tremble, et je suis confuse comme toi.

 

Le vent de plus en plus les berçait toutes deux,

les emplissait d’amour et mêlait leurs cœurs bleus.
 

Mythologie des fleurs - L'ancolie

Christine De Pisan (1364 - 1430) - poète


Ancolie


Je vous rends la fleur d'ancolie.

Je suis en grand mélancolie,

Amies, que vous n'aiez changée;

Car vous m'avez trop estrangée.

Dites m'en le vrai, sans ruser,

Sans plus m'en faire en vain muser.

 

Traduction Barbara Botton


Ancolie


Je vous rends la fleur d’ancolie

Je suis en grande mélancolie,

Ami, c’est bien de votre gré

Car vous m’avez trop ignorée.

Dites-moi vrai sans décevoir,

Sans me faire de faux espoirs.

Maître du Boccace de Genève (15e siècle) dit Colin d'Amiens, enlumineur français

Maître du Boccace de Genève (15e siècle) dit Colin d'Amiens, enlumineur français

Jean-Loup Trassard (1933)
collection L'Imaginaire (n° 578), Gallimard


L'ancolie 


"Les récits présentés ici m'ont aidé à faire affleurer, avec son poids et sa durée, une épaisseur de terre où s'enracine l'arbre sur lequel n'a cessé de tirer une balançoire, où rôde encore le mythe des loups, où de vieux pièges se ferment sur une poignée de neige. La maison d'enfance y est centre d'un cercle qui va s'élargissant : les fermes demeurent tapies dans les écarts et les chemins s'effacent dont l'encre cherche à retrouver la pente. Au fond du sabot que façonnent les mots s'ouvrent des étangs peu éclairés, une immense forêt où des temps encore plus anciens se tiennent cachés. L'ancolie fleurissait toujours sous un même pommier, dans un seul petit pré. Chaque année nous rendions visite à ce point bleu de l'espace. L'un des ancrages où se tient le temps de maintenant est la verticalité de cette tige, aussi fine que tendue".

Mythologie des fleurs - L'ancolie

Théodore Agrippa d' Aubigné (1552-1630)  

 

"Nous ferons, ma Diane, un jardin fructueux

 

..........Vous y verrez mêlés mille beautés écloses,

Soucis, oeillets et lys, sans épines les roses,

Ancolie et pensée, et pourrez y choisir."

 

Nous ferons, ma Diane, un jardin fructueux :

J'en serai laboureur, vous dame et gardienne.

Vous donnerez le champ, je fournirai de peine,

Afin que son honneur soit commun à nous deux.

 

Les fleurs dont ce parterre éjouira nos yeux

Seront vers florissants, leurs sujets sont la graine,

Mes yeux l'arroseront et seront sa fontaine

Il aura pour zéphyrs mes soupirs amoureux.

 

Fruits sucrés de durée, après des fleurs d'attente,

Et puis nous partirons à votre choix la rente :

A moi toute la peine, et à vous le plaisir.
 

jardin - Ann Hardy

jardin - Ann Hardy

 

Calligraphie (1590-1596) - enluminure par Joris Hoefnage (flamand)

Calligraphie (1590-1596) - enluminure par Joris Hoefnage (flamand)

Calligraphie (1590-1596) - enluminure par Joris Hoefnage (flamand)

Mythologie des fleurs - L'ancolie
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22 mars 2020 7 22 /03 /mars /2020 00:52

Mythologie 


La pervenche 
 

Au printemps, les pervenches forment d'épais tapis de verdure et offrent de délicates fleurs bleues, blanches ou violettes.

"Pâle fleur, timide pervenche, Je sais la place où tu fleuris, Le gazon où ton front se penche, Pour humecter tes yeux flétris ! - A. de Lamartine"

 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

La pervenche est une plante herbacée vivace appartenant à la famille des Apocynacées. Elle fleurit d’avril à juin, mais la plante peut fleurir sporadiquement plus tard. On la trouve dans toute la France et au-delà à travers l’Europe, et pour la grande pervenche en Europe du Sud, en Afrique du Nord et en Asie Mineure, où elle croît dans les forêts de feuillus, les sous-bois et éventuellement au bas des haies.


Le nom botanique du genre Vinca viendrait soit du latin vincere signifiant vaincre en raison de la vivacité de ces plantes ou de vincire pour lier, enlacer ou nouer grâce à ces longues tiges sarmenteuses et rampantes.
 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

. Vinca major :  Grande pervenche, fleur bleue-violet-mauve, feuillage vert ou vert et beige.

On la nomme aussi Violette carrée, Bergère, 

Ses feuilles et ses fleurs sont plus grandes que celles de la petite pervenche. 
 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

. Vinca  minor : Petite pervenche, fleur bleue, feuillage vert ou vert et beige.

Ses autres noms populaire : Pervenche, Violette de serpent, Violette des sorciers, Petit sorcier, Vanchée, Buis bâtard, Violette des morts, Bergère, Pucelage,

Dans le Massif du Jura ainsi qu’en Vallée de Joux, la Petite Pervenche peut monter, en altitude, jusqu’à 1 100m.
 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

On peut dire que les fleurs bleues, ont inspiré bien des poètes.


Novalis (1772-1801) - poète et romancier - dans son roman "Henri d'Ofterdingen"


Situé dans un univers médiéval mythique, c'est dans cet ouvrage qu'apparaît l'expression devenue célèbre de "fleur bleue" (Die blaue Blume). Chez Novalis, cette fleur symbolise l'amour absolu qu'Henri porte à Mathilde mais aussi l'union du rêve et du monde réel, qui était un des grands objectifs du romantisme" 


extrait du roman :
"Ce qui l’attira d’un charme irrésistible, c’était, au bord même de la source, une Fleur svelte, d’un bleu éthéré, qui le frôlait de ses larges pétales éclatants. Tout autour d’elle, d’innombrables fleurs de toutes nuances, emplissaient l’air de leurs senteurs les plus suaves. Lui, cependant, ne voyait que la Fleur bleue, et il la contempla longuement avec une indicible tendresse. Il allait enfin s’en approcher quand elle se mit soudain à tressaillir et à changer d’aspect ; les feuilles devinrent plus brillantes et se serrèrent contre la tige qui s’allongeait ; la fleur s’inclina vers lui et les pétales formèrent en s’écartant une collerette bleue où flottait un visage délicat."


peut- être était-ce la pervenche ?
 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

Comme dans le poème de Philippe Jaccottet (1925)

Poésie/Gallimard n°71 - page(s) 444-445

(Pléïade : Airs, poèmes 1961-1964)

Extrait :


" Fleurs couleur bleue

bouches endormies

sommeil des profondeurs

 

Vous pervenches

en foule

parlant d’absence au passant"
 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

Il existe d’autres variétés au feuillage doré, au feuillage beige, au feuillage bi-color….

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

Les fleurs sont pollinisées par les abeilles et les bourdons.  


Ce sont d'excellentes plantes couvre-sol au beau feuillage persistant.


La pervenche est une plante mellifère : Du fait de la floraison précoce au printemps, elle est importante notamment lors pour la reprise des ruches et leurs colonies d’abeilles comme source de nourriture d'appoint.


la couleur des fleurs de la pervenche est vibrante aux yeux des abeilles. Il a été démontré que la vision des abeilles était particulièrement sensible aux ondes correspondant à la teinte bleu-violacé des pétales de la pervenche. En outre, la rétine des abeilles,comme celle de la plupart des insectes, est sensible aux UV.L’observation d’une fleur de pervenche au travers d’un filtre UV révèle que le tube de la corolle absorbe très fortement les UV, tandis que la base des pétales les réfléchit au contraire assez fortement. Le contraste ainsi créé constitue un puissant signal visuel, qui guide les déplacements de l’abeille vers le tube corollaire, au fond duquel du nectar est secrété.  (Abeilles et Fleurs n° 768 - Février 2015)
 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 
Mythologie des fleurs -  La pervenche 

Autrefois, la pervenche était surtout utilisée pour assécher les tissus, cicatriser les plaies et traiter des maladies de la peau. Ses bienfaits pour l’activité cérébrale ont été découverts récemment.


Rodolphus Agricola (1444-1485) dans ses écrits parus en 1539, indiquait la pervenche comme remède de l'angine. 


Les anciens disaient " Elle étanche le sang de quelque part qu'il coule ". 
Ils la préconisaient contre les hémorragies. Une feuille fraîche écrasée entres les doigts et introduite dans la narine, arrête le saignement de nez.

 

grandes pervenches - grandes heures Anne de Bretagne - herbier

grandes pervenches - grandes heures Anne de Bretagne - herbier

Autrefois on en faisait des colliers autour du cou des vaches pour ne pas qu'elles attrapent de maladie.
 

vache au collier de pervenches - Gaston Vuillier

vache au collier de pervenches - Gaston Vuillier

La magie :


comme toutes fleurs et plantes lunaires, la pervenche est employée en magie pour inciter au mariage, protéger le foyer, les épouses et les enfants.


La pervenche entrait tout naturellement dans les philtres d’amour, pour redonner vigueur aux liaisons rompues et faire revenir les amants volages.
Elle permettait aussi de réconcilier les amis et la famille.


La pervenche était toujours présente dans les maisons des sorcières, car elle les protégeait des magies négatives et préservait l'harmonie environnante. La fleur séchée, mélangée à de l'encens et d'autres herbes, était employée en fumigation dans les maisons susceptibles d'être infestées par des esprits maléfiques. 


Si, après en avoir jeté des tiges dans le foyer, on prononçait certaines invocations ou formules propres à attirer les âmes des trépassées, les volutes de la fumée faisaient apparaître les figures des êtres chers.
Elle était aussi capable de ramener au monde visible ceux qui appartiennent au monde invisible. 

 

On pouvait l’utiliser pour jeter un sort ou pour en annuler un autre, prédire un mariage ou la mort.

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

 

Un dicton dit :


"la pervenche, contre tout mal, prend sa revanche", 

 

Suspectée de détenir un démon...de nombreux rituels de cueillette sont nés !


"O pervenche,

Laisse toi prendre avec tes nombreuses qualités,

viens à moi ornée de ta vertu,

Pourvois-moi de telle façon

Que je sois toujours prospère,

Protégé contre les poisons et autres maux"
 


 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

Dans la mythologie celte


La Dame Blanche (Grande déesse) connue dans les pays celtiques comme Dryade de la Mort et identifiée avec Macha. Reine des Morts, c’est l’aspect harpie de la Déesse. Elle représente mort, ruine et destruction.


Dans les anciens folklores français, italien, britannique, cette fleur aux cinq pétales bleus, consacrée à la Grande Déesse, passe pour être la fleur de la Mort.


"Au moyen âge, on plaçait une guirlande de pervenches sur les têtes de ceux que l'on conduisait au lieu de leur exécution. La fleur à cinq pétales bleus est consacrée à la Déesse ;  ses solides lianes vertes auront été les liens dont elle se sera servie envers sa victime." (Le mythe celte - Robert Graves) 


La Pervenche pouvait aussi être  tressée autour des couronnes des mariées. 
 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

Georges Chaulet (1931-2012) écrivain .

nous a conté l'histoire du "prince charmant chez la fée Pervenche"
(Hachette-Jeunesse - bibliothèque rose)


"AH, Prince! C'est encore quelque diablerie! J'ai bien envie de me sauver! - Du courage, La Malice! Diablerie ou pas, nous devons franchir ces flammes..."

Et le prince Charmant se précipite hardiment à travers la muraille de feu.
Passé ce premier obstacle, combien il en restera encore à renverser avant que tous deux arrivent chez la fée Pervenche!

Heureusement, l'écuyer La Malice a plus d'un tour dans son sac... à malices!
 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

 

les fairies (fées) concerne le petit peuple issu de la mythologie celtique,

Elles sont dotées de pouvoirs magiques

 

La fée Pervenche et l'elfe

fée pervenche - Cicély Mary Barker

fée pervenche - Cicély Mary Barker

Elfe - Joséphine Elfe - Joséphine Wall

Elfe - Joséphine Elfe - Joséphine Wall

Elle est parfois associée au culte de la Vierge Marie

 

Contes et légendes d'Allemagne, de Suisse et d'Autriche

De Elena Balzamo, Reinhard Kaiser, Aux origines du monde,


Dans l'ancien testament la pervenche n'est pas mentionnée et voici pourquoi.

Lorsque la Sainte Vierge Marie eut l'âge de se marier, beaucoup de prétendants, hommes distingués, vinrent demander sa main, car elle était extraordinairement belle, si belle que le soleil refusait de se coucher quant il lui arrivait d'éclairer son visage.

Etant également très pieuse, elle avait décidé d'épouser le plus pieux des prétendants, quel que fussent sa naissance et son rang. Elle pria ardemment le Seigneur de lui envoyer un signe permettant de reconnaître son futur époux. Sa prière fut exaucée, et elle put annoncer aux prétendants :
Je donnerai ma main à celui dont la canne verdira.

Ces propos jetèrent un trouble.

Un soir, la jeune fille était assise avec ses parents devant la porte de leur maison, profitant de l'agréable fraîcheur. Un pauvre charpentier, qui se prénommait Joseph, arriva en tenant à la main un bâton recouvert de pousses vertes. La Vierge reconnut aussitôt le signe, et peu de temps après elle épousa le pieux charpentier.

Le jour de leurs noces, celui-ci ficha son bâton dans le sol, et aussitôt une multitude de vrilles jaillirent dans le sol, et les pousses vertes continuèrent à proliférer, de plus en plus nombreuses, de plus en plus denses. Elles restèrent vertes même à l'époque où toutes les autres plantes furent dépouillées de leurs feuilles.

Telle est l'origine de la pervenche.  
 

Vierge à la pervenche - Rubens

Vierge à la pervenche - Rubens

En Flandre, elle jonche le chemin que suit les futurs mariés pour se rendre à l’église, la fleur symbolise l'innocence de la fiancée, les feuilles la pérennité de sentiments amoureux.


"La pervenche porte bonheur à une fille lorsqu'elle est offerte par un tout jeune homme."
 

Demoiselle aux pervenches - Fanny Caille 1847-1893

Demoiselle aux pervenches - Fanny Caille 1847-1893

Dans le langage des  fleurs,  

 


Les tiges de la pervenche forment comme une corde, elle exprime donc 
-"la fidélité et l’amitié".

 

 Parce qu'elle conserve toute l'année ses petites feuilles ovales d'un vert foncé et luisant, elle est 

-"Symbole de l'éternité..",

 

Sa délicatesse, sa couleur bleue, en font un 

-"symbole de modestie, de douceur, du doux souvenir, de mélancolie et de la joie revenue".

"je me languis de vous"

"Tendre souvenir"

"Je ne rêve qu'à vous"

"Vous êtes mon premier amour"
 

Bouquet de pervenches - Anne Cotterill

Bouquet de pervenches - Anne Cotterill

Alphonse Karr n'oublia pas d'évoquer la symbolique de cette fleur "souvenir"

: "....La Pervenche avec ....ses fleurs d'un bleu si frais et si charmant, et que dans les campagnes on appelle violette des morts".


(Source : Plantes et arbres remarquables des rues, squares et jardins de Rouen ...de Bernard Boullard)
 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

En Littérature


Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) décrit dans l''épisode de la pervenche, le bonheur, à travers le souvenir, que peut procurer la vue de cette simple petite fleur bleue.

En 1734, sur le chemin des Charmettes, il avait entrevu une pervenche. Trente années plus tard, en 1764, en herborisant avec son ami Du Peyrou, il rencontre pour la seconde fois de sa vie cette petite fleur bleue qui le transporte des années en arrière, au temps heureux.

 

" Ici commence le court bonheur de ma vie".

 "Le premier jour que nous allâmes coucher aux Charmettes, Maman était en chaise à porteurs et je la suivais à pied. Le chemin monte, elle était assez pesante, et craignant de trop fatiguer ses porteurs, elle voulut descendre à peu près à moitié chemin pour faire le reste à pied. En marchant elle vit quelque chose de bleu dans la haie et me dit : « voilà de la pervenche » je ne me baissai pas pour l’examiner car j’ai la vue trop courte pour distinguer à terre les plantes de ma hauteur.
Je jetai seulement en passant un coup d’œil sur celle-là, et près de trente ans se sont passés sans que j’aie revu de la pervenche ou que j’y aie fait attention.
 En 1764 étant à Cressier avec mon ami M. Du Peyrou, nous montions une petite montagne au sommet de laquelle il a un joli salon qu’il appelle avec raison Bellevue. Je commençais à herboriser un peu. En montant et regardant parmi les buissons je pousse un cri de joie : Ah voilà de la pervenche ; et c’en était en effet. Du Peyrou s’aperçut du transport, mais il en ignorait la cause ; il l’apprendra, je l’espère, lorsqu’un jour il lira ceci ".

 

Portrait de Rousseau à Ermenonville - Georges-Frédéric Meyer (1735-1779)

Portrait de Rousseau à Ermenonville - Georges-Frédéric Meyer (1735-1779)

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

 

André Lemoyne (1822-1907) - poète

Recueil : Les charmeuses (1864).

À André Theuriet.

 

Fleurs d'avril

 

Le bouvreuil a sifflé dans l'aubépine blanche ;

Les ramiers, deux à deux, ont au loin roucoulé,

Et les petits muguets, qui sous bois ont perlé,

Embaument les ravins où bleuit la pervenche.

 

Sous les vieux hêtres verts, dans un frais demi-jour,

Les heureux de vingt ans, les mains entrelacées,

Echangent, tout rêveurs, des trésors de pensées

Dans un mystérieux et long baiser d'amour.

 

Les beaux enfants naïfs, trop ingénus encore

Pour comprendre la vie et ses enchantements,

Sont émus en plein cœur de chauds pressentiments,

Comme aux rayons d'avril les fleurs avant d'éclore.

 

Et l'homme ancien qui songe aux printemps d'autrefois,

Oubliant pour un jour le nombre des années,

Ecoute la voix d'or des heures fortunées

Et va silencieux en pleurant sous les bois.
 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

Alphonse de Lamartine (1790-1869)

Recueil : Méditations poétiques inédites (1849)

 


La Pervenche

 

Pâle fleur, timide pervenche,

Je sais la place où tu fleuris,

Le gazon où ton front se penche

Pour humecter tes yeux flétris !

 

C'est dans un sentier qui se cache

Sous ses deux bords de noisetiers,

Où pleut sur l'ombre qu'elle tache

La neige des fleurs d'églantiers.

 

L'ombre t'y voile, l'herbe égoutte

Les perles de nos nuits d'été,

Le rayon les boit goutte à goutte

Sur ton calice velouté.

 

Une source tout près palpite,

Où s'abreuve le merle noir;

Il y chante, et moi j'y médite

Souvent de l'aube jusqu'au soir.

 

Ô fleur, que tu dirais de choses

À mon amour, si tu retiens

Ce que je dis à lèvres closes

Quand tes yeux me peignent les siens !
 

Pervenches - aquarelle Martine Réau-Gensollen

Pervenches - aquarelle Martine Réau-Gensollen

Robert Desnos (1900-1945) - poète 

Recueil : "Chantefleurs"

 

La Pervenche et la primevère

 

Doña Dolorès Primevère,

Lady Roxelane Pervenche

Un beau dimanche,

Montent en haut du belvédère.

Rêveuse pervenche,

Douce primevère,

Radieuse atmosphère.
 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

Gérard Lemaire (1942-2016) -poète

 

Le bleu de la pervenche


Le bleu de la pervenche
Tranquillement plus bleu

La fleur s'élargit au-dessus
De l'herbe indiscrète

 La pervenche rayonne
Sa nature n'est qu'un chant

Ses larges pétales reines livrent
Le plus pur trésor

Son bleu au fond des yeux
Plus intense que tout autre

Il est bleu d'un monde
Celui qu'aucune main ne touche

Ce bleu fait parole
Sur les lèvres du muet

 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

 

La pervenche dans cette ballade enfantine traditionnelle, auteur anonyme (chanson populaire française).

 

Aux marches du palais. bis
Y a une tant belle fille, lon la,
Y a une tant belle fille............
......................
(....)La belle si tu voulais, (bis)
Nous dormirions ensemble, lon-la
Nous dormirions ensemble.

Dans un grand lit carré, (bis)
Couvert de toiles blanches, lon-la
Couvert de toiles blanches.

Aux quatre coins du lit, (bis)
Un bouquet de pervenches, lon-la
Un bouquet de pervenches.

(....) Et nous y dormirions (bis)
Jusqu'à la fin du monde, lon-la
Jusqu'à la fin du monde. »

 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

Victor  Hugo (1802-1885) - poète 

Les chansons des rues et des bois

dans 

 

L'Église


(...)
C'était l'église en fleurs, bâtie

Sans pierre, au fond du bois mouvant,

Par l'aubépine et par l'ortie

Avec des feuilles et du vent.

 

Le porche était fait de deux branches,

D'une broussaille et d'un buisson;

La voussure, toute en pervenches,

Était signée: Avril, maçon.

 

Dans cette vive architecture,

Ravissante aux yeux attendris,

On sentait l'art de la nature;

On comprenait que la perdrix,

 

Que l'alouette et que la grive

Avaient donné de bons avis

Sur la courbure de l'ogive,

Et que Dieu les avait suivis.
(...)

 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

Paul Bulliard (1911-1943) - Instituteur et  Poète français

St-Jean d'Aulph, 21 avril 1939.

poème extrait de "La Chanson simple"

 

 

Pervenches

 

Ce matin j'ai cueilli, dans la douce rosée

La pervenche d'azur en un coin d'ombre frais :

J'ai cru que ton regard, quand ma main s'est posée

- Regard limpide en l'herbe humide - m'appelait. 

 

 Et je suis revenu portant dans ce bouquet

Tes yeux adolescents, cette fleur de toi-même

Qui reflète un troublant infini, et que j'aime...

Ô les cieux, le printemps, des yeux dans un bouquet ! 

 

J'ai placé dans un vase, auprès de ton portrait

La pervenche d'azur qui te donnait sa vie,

Et le bleu de la fleur, à la photographie

Passa : ton regard cher lentement s'éclairait...

 

Aujourd'hui je t'attends: et j'ai le tendre espoir

Que tu viendras enfin et que je pourrai voir

Plus profond, plus subtil, plus beau que la pervenche,

Ton regard doux et bleu, où ton âme se penche. 
 

Bouquet de pervenches - Rita Le Bagousse

Bouquet de pervenches - Rita Le Bagousse

Jean François Victor Aicard (1848-1921) est un poète, romancier et dramaturge français.

Recueil : Les jeunes croyances (1867)


 

Le parfum des pervenches

 
Bonne Vierge, écoutez ma voix, je vous en prie ! 

Hier, parmi les bouquets vivants de la prairie, 

Je cueillis, en tressant ma guirlande, une fleur 

Dont le calice bleu n'exhalait nulle odeur.

 

« La pervenche, pour nous, dit ma mère chérie, 

Est toujours sans parfums célestes, car Marie 

Par les anges en fait dérober la senteur,

 Et leurs tremblantes mains la portent à son cœur.

 

« Mais quand l'hiver flétrit les plantes qui frissonnent, 

Pour embaumer les cieux les chérubins moissonnent 

Les âmes des petits innocents comme toi. »

 

Vierge, ayant écouté, tout joyeux, ces paroles, 

J'ai des fleurs du jardin ravagé les corolles, 

Pour que tes messagers n'y trouvent plus que moi !
 

Pervenches - François Barraud

Pervenches - François Barraud

Marcel Proust (1871-1922)

Du côté de chez Swann


"Ses yeux bleuissaient comme une pervenche impossible à cueillir et que pourtant elle m'eut dédiée."
 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 

Et chanté par Bourvil le voleur de pervenches

 

Le voleur de pervenches

Il est encore en prison

Il a volé deux pervenches

Pour en faire deux chansons

Il a fait la première

Pour les beaux yeux de Sylvie

La deuxième pour sa mère

Les deux femmes de sa vie

Bienheureux le voleur

Quand il vole des fleurs

Pour l'amour et le coeur

La, la, la, la . . . .

 

Le voleur de pervenches

A le coeur en liberté

Les prisons sans dimanche

N'empêchent pas d'aimer

Et pour sa récompense

Un miracle est arrivé

Car il pleut des pervenches

La prison s'est écrasée

Bienheureux prisonnier

Ton amour t'a payé

D'un printemps tout entier

La, la, la, la . . . .

 

Le voleur de pervenches

S'est enfuit de sa prison

Il a des fleurs dans les manches

Et l'printemps aux talons

Toutes ces fleurs pour sa mère

Pour Sylvie et ses beaux yeux

Il a fleurit toute la terre

Les printemps sont toujours bleus

La, la, la, la . . 
 

Mythologie des fleurs -  La pervenche 
Mythologie des fleurs -  La pervenche 
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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 00:07

Les fleurs par les grands peintres -

 

Blanche Odin - Violettes

Les fleurs par les grands peintres -   Blanche Odin - Violettes

Les fleurs par les grands peintres - Blanche Odin - Violettes

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 00:06

Les fleurs par les grands peintres -

 

Blanche Odin - Violettes

Les fleurs par les grands peintres -   Blanche Odin - Violettes

Les fleurs par les grands peintres - Blanche Odin - Violettes

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 00:04

Les fleurs par les grands peintres -

 

Blanche Odin - Violettes

Les fleurs par les grands peintres -   Blanche Odin - Violettes

Les fleurs par les grands peintres - Blanche Odin - Violettes

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 00:01

Les fleurs par les grands peintres -

 

Blanche Odin - Violettes

 

Les fleurs par les grands peintres -   Blanche Odin - Violettes

Les fleurs par les grands peintres - Blanche Odin - Violettes

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20 mars 2020 5 20 /03 /mars /2020 00:00

Les fleurs par les grands peintres -

 

Henry Meynell Rheam (1859-1920)

Violettes, 1904.

Les fleurs par les grands peintres -   Henry Meynell Rheam (1859-1920) Violettes, 1904.

Les fleurs par les grands peintres - Henry Meynell Rheam (1859-1920) Violettes, 1904.

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 23:58

Les fleurs par les grands peintres -

 

Antoine Vollon (1833-1900),

Nature morte aux violettes.

Les fleurs par les grands peintres -   Antoine Vollon (1833-1900),  Nature morte aux violettes.

Les fleurs par les grands peintres - Antoine Vollon (1833-1900), Nature morte aux violettes.

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 22:29

 

Mythologie


La primevère
 

 

Elle est annonciatrice du printemps (Primo vere) et en Angleterre, une fleur porte-bonheur.

La forme caractéristique de sa corolle lui vaut le surnom de "clef des fleurs". 

Mythologie des fleurs - la primevère

 

Ce sont les Anglais qui, dès le XVIIe siècle, donnent aux primevères leurs lettres de noblesse, en en créant d’innombrables variétés.

Mythologie des fleurs - la primevère

 

Les Primevères forment un genre (Primula) de plantes herbacées de la famille des Primulacées.

Mythologie des fleurs - la primevère


Ce genre auquel on rattache maintenant Cortusa, Dionysia et Dodecatheon comprend un grand nombre d'espèces, originaires pour l'essentiel des zones tempérées de l'hémisphère nord.


La primevère commune des jardins est une des premières fleurs du printemps (primo vere) signifie au début du printemps en latin). C'est une plante vivace, souvent cultivée en annuelle. Elle fleurit de février à mai, est rustique et possède un feuillage semi-persistant.
 

Mythologie des fleurs - la primevère

 

Les primevères sauvages, Primula elatior et Primula veris, dont les fleurs retombantes se présentent en ombelle au sommet d'une longue tige, sont également connues sous le nom de coucous.

Mythologie des fleurs - la primevère

 

Selon les régions, elle est parfois appelée  coucou, brérelle, primerolle, coqueluchon, herbe à la paralysie, herbe de saint Paul, clés de Saint-Pierre, primevère de printemps, champion, printanière et primevère vraie.


En allemand on appelle le coucou "himmelschüsselchen" "himmel" ciel "shüssel" clé "chen" petit (ce qui signifie petite clé du ciel),


Ce sont des plantes de pleine lumière des prés, des talus et des bois clairs.
 

Mythologie des fleurs - la primevère

 

Les oiseaux apprécient tout particulièrement les fleurs de primevères pour leur sève particulièrement sucrée.

Primevères et nid d'oiseau - Oliver Clare (1853-1927)

Primevères et nid d'oiseau - Oliver Clare (1853-1927)

 

La primevère est un emblème du règne végétal de Vénus et le symbole de l'amour. 


Vénus est dans la mythologie romaine, la déesse de l'amour, de la beauté et de la séduction, elle est la déesse la plus désirée de tous les dieux ; elle est équivalente à Aphrodite dans la mythologie grecque

 

Vénus et Adonis - Rubens

Vénus et Adonis - Rubens

Mythologie des fleurs - la primevère

 

Au Moyen Âge, la primevère symbolise les clefs de Notre-Dame

Notre-Dame des Clefs, église Notre-Dame la Grande de Poitiers

Notre-Dame des Clefs, église Notre-Dame la Grande de Poitiers

 

Cette Petite Fleur du Paradis devint l'une des favorites des jardins médiévaux.

Mythologie des fleurs - la primevère

 

Dans la mythologie scandinave, la primevère est associée à freyja, 


Sœur jumelle de Freyr , Freyja était la déesse Vanes de la Terre et de la Fertilité. La mystique aux yeux bleus et à la chevelure dorée, était la déesse de l'Amour et de la Beauté.


Elle captivait les enfants avec cette touffe de fleurs ressemblant à un trousseau de clés, qui lui servait à ouvrir les portes de son palais aux richesses féériques. Il est dit qu’elle en ouvre la porte, d’où son surnom "La Clé de la Dame"
 

Freyja et primevères

Freyja et primevères

Howard Butterworth - primevère

Howard Butterworth - primevère

 

La légende raconte que St Pierre ayant entendu une rumeur comme quoi les hommes projetaient de rentrer au paradis par la porte de derriere au lieu des portes dont il avait les clés, se trouvait dans un état de contrariété face à ce manque de respect, qu'il en perdit son trousseau de clés qui du ciel tomba sur terre, où il prit racine, et fut transformé en massifs de primevères pour que les âmes condamnées à l'errance ne puissent pas s'en servir.

Saint- Pierre - Rubens

Saint- Pierre - Rubens

Mythologie des fleurs - la primevère

Dans la tradition chrétienne, cette fleur donnait accès au royaume des cieux.  


Les chrétiens vont aussi l'associer à la jeune fille Vierge.
 

 jeune fille et couronne de primevères - Sir Frank Bernard Dicksee (1853-1928)

jeune fille et couronne de primevères - Sir Frank Bernard Dicksee (1853-1928)

 

Dans le "discours des fleurs" de Georges Brassens, 
il dit :

 

"Entre toutes les belles que voici

Je devines celle que tu preferes :

C'est pas le coquelicot Dieu merci !

Ni le coucou mais la primevère."

 

- Le coquelicot est un symbole de virilite (rapport au coq).
  "ardeur fragile, aimons-nous au plus tôt "

- L'oiseau coucou est symbole d'infidélite.

- Le coucou, c'est la lychnis fleur de coucou, dite amourette des prés"

- La primevère est le symbole de la jeunesse et du renouveau, d'un amour    naissant, d'un éveil nouveau, des premiers désirs., symbole de "la jeune    fille Vierge"
 

Bouquet de primevères (détail)1893 - Alfred Guillou

Bouquet de primevères (détail)1893 - Alfred Guillou

Dans le langage des fleurs 


La primevère est liée à l’amour. Symbole de jeunesse, offerte à un premier amour.


couleur blanche

- pureté
- mon amour est pur

 

couleur jaune -

- Reçois mes tendres pensées

 

couleur rouge - rose

- Ta présence me fait renaître

 

couleur bleue 
- Ma tendresse accompagne mes sentiments envers toi 

 

Mythologie des fleurs - la primevère
Mythologie des fleurs - la primevère


On dit que la primevère préserve la jeunesse et la beauté, et repousse les étrangers lorsqu'elle est placée à l’extérieur de la maison, près de la porte d’entrée.
 

Primevères - Pieter Wagemans

Primevères - Pieter Wagemans

La primevère fait partie des herbes sacrées des druides. 

l'oracle druidique des plantes

l'oracle druidique des plantes

La primevère fait partie des herbes sacrées des druides. 


Dans la mythologie Galloise, c'est, dit-on, à base de fleurs et entre autres de primevères, que fut conçue la femme-fleur Blodeuwedd, la déesse du printemps, de la terre en floraison, des fleurs, de la sagesse et des initiations.
 

Blodeuwedd - d'après un dessin de Margaret Ellis

Blodeuwedd - d'après un dessin de Margaret Ellis

Pour les celtes c'etait une fleur sacrée, associée au Fées, toucher une pierre des fées avec un bouquet de primevères vous ouvrait la porte sur le monde des fées et ses trésors a condition d'avoir cueilli le bon nombre de fleurs sinon c'était la malédiction assurée.


Une autre légende dit que lorsqu'un être humain a la chance de cueillir la première primevère du printemps, celle-ci lui confie une clé d'or qui lui permettra de se glisser au cœur d'une colline enchantée dans laquelle se trouvent les plus beaux trésors que la terre ait jamais portés. L'élu de la primevère pourra emporter tout ce qu'il désire, à condition de ne pas oublier la clé magique en partant. Car, sans ce sésame, jamais il ne pourra retrouver son chemin et demeurera prisonnier de la colline d'or.
 

Alan Lee

Alan Lee

 

Un conte d'après un livre d'Edouard Brasey, Démons et Merveilles


.........Trois frères menaient une existence pauvre et indigente. Ils partageaient une cabane dans la montagne, et gagnaient péniblement leur vie en exerçant le métier épuisant et ingrat de bûcheron. Endurcis par la misère et les privations, les deux frères aînés étaient jaloux et avides des biens qu’ils n’avaient pas. Seul le troisième, le plus jeune, gardait encore un cœur pur. Mais cela ne le rendait pas plus riche pour autant.


Un jour, au fort de l’hiver, le frère ainé rentrait seul de la forêt, sa cognée sous le bras, lorsqu’il aperçut une magnifique fleur jaune qui avait poussé au milieu de la neige. C’était la première primevère de l’année. Séduit par sa beauté, le frère ainé la cueillit et la planta dans son chapeau. Puis il reprit son chemin. Mais, au bout de quelques pas, il remarqua que son chapeau pesait de plus en plus lourd sur sa tête. Lorsqu’il l’ôta, il eut la surprise de découvrir une fée, toute jaune, à la place de la primevère, qui lui tendait une clé d’or. Elle lui dit alors : – « Voici la clé qui te permettra d’ouvrir la colline d’or. Mais fais bien attention ! Choisis avec discernement et n’emporte que ce qu’elle contient de plus précieux… 


Elle glissa la clé dans la main du premier frère et se volatilisa dans l’air froid. L’homme venait à peine de se remettre de sa surprise, qu’il aperçut alors à quelques pas de lui, la colline d’or. Sans réfléchir davantage, il introduisit la clé dans la serrure de l’adorable petite porte qu’on apercevait creusée dans la colline, et pénétra alors à l’intérieur. La colline recelait en effet les plus beaux bijoux et trésors que la terre eut jamais portés… Devant lui se trouvait des piles de pièces d’or et de pierres précieuses, des rivières de perles les plus pures, de délicats et étonnants objets. N’écoutant que son envie et sa cupidité, il remplit ses poches, autant qu’il le pouvait. Puis il sortit de la colline, sans plus penser au conseil de la fée de la primevère.

Aussitôt, la porte claqua bruyamment. Il s’écria alors : « Zut ! J’ai oublié la clé d’or dans la colline ! Tant pis, avec tout ce que j’ai emporté, je ne manquerai assurément de rien avant longtemps ». Et au lieu de rentrer partager le trésor avec ses frères qui l’attendaient, il se dirigea vers la ville pour dilapider son trésor.
Pendant ce temps, les deux autres frères, ne voyant pas leur aîné rentrer et l’ayant cherché, en vain, dans la forêt, en conclurent qu’il était mort. Ils continuèrent donc leur travail, plus pauvrement et misérablement encore qu’avant. Un jour, vers la fin de l’hiver le frère puîné, alors qu’il marchait dans la forêt, remarqua une belle primevère au bord du chemin. « Elle est tellement belle, se dit-il, je vais la planter sur mon chapeau ». Au bout de quelques pas, il sentit son chapeau aussi lourd que s’il l’avait rempli de pierres. Il le retira alors et découvrit, comme son frère aîné, la fée, qui lui tendait une clé d’argent. Celle-ci réitéra son avertissement : « Grâce à cette clé, tu pourras pénétrer dans la colline d’argent. Mais prends garde à n’emporter que ce qu’elle contient de plus précieux … »


Il saisit la clé, tandis que la fée se volatilisait. En face de lui, se trouvait une colline d’argent, au pied de laquelle se trouvait une porte. Il se dépêcha de l’ouvrir, curieux et étonné. A l’intérieur, ce n’était qu’argenterie et coffres débordant d’objets d’argent massif. Il prit tout ce qu’il pouvait et sortit, en oubliant la clé : « Zut ! J’ai oublié la clé d’argent dans la colline ! Tant pis, avec tout ce que j’ai emporté, je ne manquerai assurément de rien pendant longtemps ». Et sur ce, il se précipita vers la ville, où il dilapida tout son argent avec son frère, qu’il avait alors rapidement retrouvé.


Le benjamin, inquiet de ne pas voir son aîné rentrer, le chercha dans la forêt, pendant des jours et des jours, en vain. La neige fondit, et le printemps arriva, recouvrant les champs de ses belles nuances colorées. Un jour, il remarqua une grande et belle fleur jaune, qui avait poussé sur un parterre d’herbe tendre, au bord du chemin : « Que cette fleur est belle, je vais la porter sur mon cœur ». Il l’accrocha aussitôt sur le revers de sa chemise. Plus il marchait, plus il se sentait léger. Au bout de quelques pas, il se retrouva nez à nez avec la fée de la primevère, qui lui tendait une clé de cristal : « Voici la clé qui te permettra d’ouvrir la colline de cristal. Mais fais bien attention : n’emmène que ce qui te paraîtra le plus précieux … »


Et elle s’évapora. A sa place se trouvait la colline de cristal, entièrement transparente, à la base de laquelle se trouvait une petite porte, qu’il ouvrit. A l’intérieur se trouvaient de beaux vases de cristal, des objets précieux et des figurines finement ouvragées. Parmi elles se tenait une poupée de cristal dont les traits étaient si beaux, et si vivants, que le frère en tomba instantanément amoureux. « Qu’elle est belle, se dit-il. Pour moi, il s’agit du plus précieux des biens se trouvant ici. Le reste, je m’en moque … » Le jeune homme ressortit alors de la colline avec pour seul bagage la clé de cristal et la poupée. Il rentra chez lui et installa la poupée à coté de lui, sur une chaise, pour mieux la contempler avant de s’endormir.


Cette nuit-là, pour la première fois depuis des mois, il dormit parfaitement, et fit des rêves délicieux. A son réveil, il se tourna immédiatement vers la poupée de cristal … Mais ce qui était la veille une poupée, était maintenant une magnifique jeune femme en chair et en os qui lui souriait : « En me choisissant, tu as su écouter ton cœur et tu en es à présent récompensé. Car les trésors et bijoux s’épuisent vite, alors qu’un amour véritable peut durer toute la vie.


Le jeune homme épousa sans plus tarder la jeune femme. Ils furent très heureux, eurent beaucoup d’enfants, et comme il avait eu soin de garder la clé de la colline, ils ne manquèrent jamais de rien. Les deux autres frères, en revanche, après avoir dépensé leurs dernières richesses, se retrouvèrent encore plus pauvres qu’au début. Ils furent expulsés à l’étranger et on n’entendit plus jamais parler d’eux. Mais par leur faute, la clé d’or et d’argent de la fée de la primevère sont à jamais perdues. Seule la clé de cristal existe encore. C’est celle, qui dans ton cœur, il te faut chercher …
 

fée primevère - Cicely Mary Barker

fée primevère - Cicely Mary Barker

Certaines fleurs sont dotées de merveilleux pouvoirs féeriques.

Ainsi les primevères permettent de découvrir les trésors gardés par les fées.

fée primevère - Cicely Mary Barker

fée primevère - Cicely Mary Barker

Dans l’Antiquité, elle était déjà connue pour soigner la paralysie. Sous louis XV, on la nommait " "Herbe à la paralysie" et guérissait surtout la paralysie de la langue et le bégaiement. 

Mythologie des fleurs - la primevère

 

Son usage officinal apparait avec la nonne allemande Hildegarde de Bingen (1098-1179) dans son "Jardin de santé". Dans ce manuscrit célébre, elle surnomme la primevère "clé des portes du paradis"   et la préconisait  pour lutter contre la mélancolie et l’apoplexie, sortes de  "paralysie de l’âme". 
 

Mythologie des fleurs - la primevère

Au XVIIIème siècle, le botaniste suédois Carl von Linné (1707-1778) vante ses propriétés sédatives, particulièrement dans la lutte contre l'insomnie. 


Sébastian Kneipp (1821-1897) prêtre est à l'origine de cures naturelles. Il la préconisait contre l’arthrite.
 

Mythologie des fleurs - la primevère

L'odeur que les fleurs de cette plante exhalent semble annoncer une action sur le système nerveux, comme calmantes et antispasmodiques, analogue à celle des fleurs de tilleul, de moscatelline et de caille-lait jaune.


D'après Mattbiole, Ray, Bartholin, Chomel, Lieutaud, etc., la primevère serait douée de grandes vertus. Ces auteurs l'ont vantée contre la paralysie (ainsi que l'indique son nom d’herbe de la paralysie), l'apoplexie, les affections hystériques, les vertiges, les maux de tête nerveux, la gastralgie, l'insomnie, etc.
 

Mythologie des fleurs - la primevère


On raconte qu'en Angleterre, Benjamin Disraeli (1804-1881) Premier Ministre Conservateur, grand séducteur, appréciait particulièrement les primevères. Lorsqu’il fit de la reine Victoria l’impératrice des Indes (1877), la souveraine le remercia en lui offrant un bouquet de primevères et le titre de premier comte de Beaconsfield. 


Lors des funérailles de Disraeli, la Reine Victoria (1819-1901) fit personnellement envoyer une couronne de primevères avec un mot écrit de sa main. 


En son souvenir, le 19 avril est devenu le jour de la primevère
1883, il fut fondé en son honneur la "Ligue de la primevère" (Primrose League), notamment par Randolph Churchill (1849-1895), le père de Winston.

 
On ne vit alors que primevères partout, aux boutonnières des hommes, sur les chapeaux et les robes des femmes


Ses membres déposaient chaque 19 avril (jour du décès de Disraeli) des bouquets de coucous sur sa tombe et des couronnes sur ses statues. L
La Ligue de la primevère (Primrose league) fut active jusque dans les années 1860.

 

insigne Primrose League

insigne Primrose League

primevères - Serguei Toutounov

primevères - Serguei Toutounov


Katherine Mansfield (1888-1923)

écrivaine et poète écrit dans son journal :

 

 "Une jeune fille est passée sous ma fenêtre, elle vendait des primevères. J'en ai acheté de grosses bottes, je les ai délivrées de leurs liens si serrés, je les ai laissées s'étirer, se détendre, les pauvres petites, dans une coupe bleu ciel où l'on met des primevères chaque année. En me penchant sur elles, j'ai vu leurs visages pâles et las me regarder de cet air perplexe et inquiet qu'ont parfois les très petits enfants. On eut dit que le printemps était entré dans ma chambre, chantant très bas, tout bas"
 

Primevères -  Henry James Johnstone

Primevères - Henry James Johnstone

 

et dans Le Voyage indiscret 

 

Le soleil dardait à travers la verrière de la gare de longs rayons bleu et or ; un petit garçon allait et venait le long de la rame avec un panier de primevères. Il y avait quelque chose chez les gens - chez les femmes surtout - quelque chose de paresseux et pourtant d'ardent. Le jour le plus émouvant de l'année, le premier vrai jour de printemps avait découvert sa délicieuse beauté tiède, même aux yeux de Londres. 
 

Primevère - Alfred Mucha

Primevère - Alfred Mucha

Robert Desnos (1900-1945) - poète

Recueil : "Chantefleurs"

 

La Pervenche et la primevère

Doña Dolorès Primevère,

Lady Roxelane Pervenche

Un beau dimanche,

Montent en haut du belvédère.

Rêveuse pervenche,

Douce primevère,

Radieuse atmosphère.
 

Mythologie des fleurs - la primevère

Robert Desnos (1900-1945) - poète

Recueil : "Chantefleurs"


Le Coucou

 

Coucous des bois et des jardins,

J’ai le cœur joyeux, j’ai le cœur tranquille.

Coucou fleuri, coucou malin,

Je viendrai te cueillir demain.

J’ai le cœur joyeux, j’ai le cœur tranquille,

De bon matin.
 

Mythologie des fleurs - la primevère

 

Sybille Rembard, Beauté Fractionnée, 2002

 

Primevère de printemps


Veillés par une primevère solitaire

nous nous sommes retrouvés à la lisière du monde.

Les pétales nous regardaient surpris

la terre encore blanche de neige

les rayons du soleil embrumés.

L’hiver est parti, tu l’as senti.

Nous avons osé le désir éphémère

ensemble

nous nous sommes laissés éblouir.

La chaleur de tes mains m’a caressée sans me toucher

pétale primitif

Ton regard m’a modelée

neige de printemps

Ton souffle a enluminé mon âme

rayon de certitudes

Tes mots ont su, pour un instant, orner notre futur

Eternellement embrumé.
 

Mythologie des fleurs - la primevère

 Athanase Vantchev de Thracy (1940) - poète


Les chastes primevères brillent 


De toute la splendeur de leurs fleurs d’or

Dans la blancheur immaculée de la neige.

Toi, Ange à la transparente élégance,

Tu erres dans l’empire des rêves, 

Tendrement appuyée au rebord 

Fleuri de la fenêtre.

Je regarde les fleurs joviales des primevères

Et cueille, discrètement, les sourires

De tes lèvres.

Toi, mon livre blanc,

Ombre lumineuse jaillie d’une vie antérieure.

Toi, qui connais le sublime bonheur d’être triste !

Reste, reste ainsi, calme, songeuse, immobile,

Ô lumière dans la lumière du matin,

Ma primevère couleur de soleil, 

Ma dernière lettre d’amour de la vie ! 
 

Mythologie des fleurs - la primevère

Serge Reggiani nous a chanté :

 


Primevère


C'est un bourgeon, c'est un bouton,

C'est pas plus haut qu'un quart de taon,

Qu'un frisson sur ma peau,

Mais ça renferme en miniature

Toute l'ambition de la nature,

De la graine au copeau...

Ça pousse calme, prend son temps,

Pour exploser dès le printemps

Dans un immense cri,

Dans l'écho libre, dans mon sang,

Qui fait de moi un renaissant avril

Et je fleuris...

 

Primevère, après le grand sommeil,

Le soleil grand ouvert,

Primevère, la vie sur une tige

Fait la pige a l'hiver,

Dans le repli d'une corolle,

Dans la cambrure d'un pétale,

Ces musiques et paroles

Du grand absent des cathédrales,

Primevère, je sais bien que tu meurs,

Ma rumeur éphémère,

Primevère, je sais bien que tu manges

Joliment la lumière,

Mais les nuits de janvier

Enneigent les calendriers,

L'univers fait l'amour

Prépare l'éternel retour...

 

 

Je suis muguet, je suis lilas,

La vie me tue, la vie est là,

Qui nargue mon destin,

Ma prisonnière, mon infidèle,

Je désespère et l'hirondelle

Arrive ce matin...

Mon moindre soupir est un chant,

J'ai l'âme en friche dans un champs

Si riche de moissons,

Que tout un univers de blé

N'y pourra jamais ressembler

L'espoir est ma chanson...

 

Primevère, après le grand sommeil,

Le soleil grand ouvert,

Primevère, la vie sur une tige

Fait la pige a l'hiver,

Dans le repli d'une corolle,

Dans la cambrure d'un pétale,

Ces musiques et paroles

Du grand absent des cathédrales,

Primevère, je sais bien que tu meurs,

Ma rumeur éphémère,

Primevère, je sais bien que tu manges

Joliment la lumière,

Mais les nuits de janvier

Enneigent les calendriers,

L'univers fait l'amour,

Prépare l'éternel retour...

 

Primevère, primevère...
 

Paul Jones (1921-1997) - primevères

Paul Jones (1921-1997) - primevères

J.J. Grandville (1806-1843) - illustrateur

 

Primevère et Perce-neige

 

—Primevère! Primevère! réveille-toi!

—Qui m’appelle?

—C’est Perce-Neige, ton ami, qui a froid et qui voudrait se réchauffer à ton haleine!

—Pourquoi ai-je dormi si longtemps! Il fait si bon respirer la brise printanière,

voir l’herbe verte, sentir la tiède odeur des bourgeons,se mirer dans le clair ruisseau!

—Sans moi tu dormirais encore, c’est à moi que tu dois
les sourires de cette riante matinée d’avril.

Si tu savais comme tu es jolie dans ton petit corsage blanc,
comme tes joues sont fraîches,

comme tu t’inclines gracieusement sous la brise qui t’effleure!

Penche vers moi ta corolle, et laisse-moi te donner un baiser.

—Le printemps n’aime pas l’hiver; la jeunesse n’aime pas la vieillesse.
Tu vas mourir et tu parles d’aimer!

—Mes forces se sont épuisées à percer les dures neiges de l’hiver;
mais ton parfum me ranime, Primevère; l’amour me fera revivre.

—N’entends-tu pas dans l’air comme un battement d’ailes invisibles?
Il arrive le jeune Zéphire;

c’est lui que je veux aimer, c’est lui qui aura mon premier baiser.

—J’ai fleuri jusqu’à ce jour malgré la glace; je sens venir le printemps;
me faudra-t-il mourir sans entendre le doux chant des oiseaux,
sans sentir la chaleur vivifiante du soleil et de l’amour!

—Les vieillards ne sont faits ni pour le soleil ni pour l’amour;
l’air chaud du printemps et des passions brise leur poitrine débile.
Malheur à celui qui aime trop tard!

Pendant qu’elle parlait, Zéphire planait sur la Primevère;
haleine et parfum, tout se confondit.

Le vent, ému de ce baiser, passa sur la tête du Perce-Neige;
il mourut tué par la première brise.

 

JJ Granville Primevère et perce-neige

JJ Granville Primevère et perce-neige

 (Revue des Deux-Mondes, 1er février 1877)

Citation :


"La galanthine (perce-neige) et la primevère parent nos bois, et les violettes se baignent dans l'humidité du matin" 
 

La primevère et la violette

La primevère et la violette

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19 mars 2020 4 19 /03 /mars /2020 01:07

Les fleurs par les grands peintres -

 

Elizabeth Whitehead - Violettes

 

Les fleurs par les grands peintres -   Elizabeth Whitehead - Violettes

Les fleurs par les grands peintres - Elizabeth Whitehead - Violettes

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