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7 janvier 2022 5 07 /01 /janvier /2022 22:29


 

Emile Verhaeren (1855-1916) poète belge flamand, d'expression française.

 


La neige


La neige tombe, indiscontinûment,

Comme une lente et longue et pauvre laine,

Parmi la morne et longue et pauvre plaine,

Froide d’amour, chaude de haine.

 

La neige tombe, infiniment,

Comme un moment –

Monotone – dans un moment ;

La neige choit, la neige tombe,

Monotone, sur les maisons

Et les granges et leurs cloisons ;

La neige tombe et tombe

Myriadaire, au cimetière, au creux des tombes.

 

Le tablier des mauvaises saisons,

Violemment, là-haut, est dénoué ;

Le tablier des maux est secoué

A coups de vent, sur les hameaux des horizons.

 

Le gel descend, au fond des os,

Et la misère, au fond des clos,

La neige et la misère, au fond des âmes ;

La neige lourde et diaphane,

Au fond des âtres froids et des âmes sans flamme,

Qui se fanent, dans les cabanes.

 

Aux carrefours des chemins tors,

Les villages sont seuls, comme la mort ;

Les grands arbres, cristallisés de gel,

Au long de leur cortège par la neige,

Entrecroisent leurs branchages de sel.

 

Les vieux moulins, où la mousse blanche s’agrège,

Apparaissent, comme des pièges,

Tout à coup droits, sur une butte ;

En bas, les toits et les auvents

Dans la bourrasque, à contre vent,

Depuis Novembre, luttent ;

Tandis qu’infiniment la neige lourde et pleine

Choit, par la morne et longue et pauvre plaine.

 

Ainsi s’en va la neige au loin,

En chaque sente, en chaque coin,

Toujours la neige et son suaire,

La neige pâle et inféconde,

En folles loques vagabondes,

Par à travers l’hiver illimité monde.
 

cimetière oublié Julius Clover

cimetière oublié Julius Clover

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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 23:05

 

 

Paul Verlaine (1844-1896) écrivain et poète français 

Romances sans paroles (1874)

 

 

Dans l’interminable …


Dans l’interminable

Ennui de la plaine,

La neige incertaine

Luit comme du sable.

 

Le ciel est de cuivre

Sans lueur aucune,

On croirait voir vivre

Et mourir la lune.

 

Comme des nuées

Flottent gris les chênes

Des forêts prochaines

Parmi les buées.

 

Le ciel est de cuivre

Sans lueur aucune.

On croirait voir vivre

Et mourir la lune.

 

Corneille poussive

Et vous, les loups maigres,

Par ces bises aigres

Quoi donc vous arrive ?

 

Dans l’interminable

Ennui de la plaine

La neige incertaine

Luit comme du sable.
 

Paul Verlaine  (1844-1896) - écrivain et poète français - Dans l’interminable …
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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 23:04

 

 

Jules Aldolphe Aimé Louis Breton (1827-1906) peintre et poète français.

Les champs et la mer, 1883


Beau soir d’hiver


La neige – le pays en est tout recouvert –

Déroule, mer sans fin, sa nappe froide et vierge,

Et, du fond des remous, à l’horizon désert,

Par des vibrations d’azur tendre et d’or vert,

Dans l’éblouissement, la pleine lune émerge.

 

A l’Occident s’endort le radieux soleil,

Dans l’espace allumant les derniers feux qu’il darde

A travers les vapeurs de son divin sommeil,

Et la lune tressaille à son baiser vermeil

Et, la face rougie et ronde, le regarde.

 

Et la neige scintille, et sa blancheur de lis

Se teinte sous le flux enflammé qui l’arrose.

L’ombre de ses replis a des pâleurs d’iris,

Et, comme si neigeaient tous les avrils fleuris,

Sourit la plaine immense ineffablement rose.
 

Jules Breton (1827-1906) - peintre et poète français - Beau soir d’hiver
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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 23:03

 

 

François-Joseph Fabié (1846-1928) poète régionaliste français.
Le Moulin de Roupeyrac, sa maison natale, est aujourd'hui un musée consacré à sa vie et à son œuvre.

La Poésie des Bêtes, 1886

 


Les Moineaux

 

La neige tombe par les rues,

Et les moineaux, au bord du toit,

Pleurent les graines disparues.

"J’ai faim !" dit l’un ; l’autre : "J’ai froid !"

 

"Là-bas, dans la cour du collège,

Frères, allons glaner le pain

Que toujours jette – ô sacrilège ! –

Quelque écolier qui n’a plus faim".

 

A cet avis, la bande entière

S’égrène en poussant de grands cris,

Et s’en vient garnir la gouttière

Du vieux collège aux pignons gris.

 

C’est l’heure vague où, dans l’étude,

Près du poêle au lourd ronflement,

Les écoliers, de lassitude,

S’endorment sur le rudiment.

 

Un seul auprès de la fenêtre,

– Petit rêveur au fin museau, –

Se plaint que le sort l’ait fait naître

Ecolier, et non pas oiseau.
 

François Fabié (1846-1928) - poète régionaliste français - Les Moineaux
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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 23:03

 

 

Paul Éluard, nom de plume d'Eugène Grindel (1895-1952), poète français.

Le Livre ouvert I

 


Pour vivre ici


Je fis un feu, l'azur m'ayant abandonné,

Un feu pour être son ami,

Un feu pour m'introduire dans la nuit d'hiver,

Un feu pour vivre mieux.

 

Je lui donnai ce que le jour m'avait donné:

Les forêts, les buissons, les champs de blé, les vignes,

Les nids et leurs oiseaux, les maisons et leurs clés,

Les insectes, les fleurs, les fourrures, les fêtes.

 

Je vécus au seul bruit des flammes crépitantes,

Au seul parfum de leur chaleur;

J'étais comme un bateau coulant dans l'eau fermée,

Comme un mort je n'avais qu'un unique élément.

Paul Éluard (1895-1952) - poète français - Pour vivre ici
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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 23:02

 

 

Ondine Valmore (1821-1853) poétesse et femme de lettres française

 

 

3 Novembre 1852

Mère



C’est l’hiver et le noir décembre

Gémit dans le bois attristé ;

A la fenêtre de ta chambre

Pend un vieux pampre dévasté;

La bise qui gronde à ta porte

Siffle autour de ton front charmant ;

Sans songer aux fleurs qu’elle emporte,

Pourquoi souris-tu si gaîment ?

 

Oh ! dit-elle en levant la tête,

Que me fait le temps triste ou beau !

Tous mes jours sont des jours de fête.

J’ai dans le coeur un chant d’oiseau.

 

Mais du sein de la terre ouverte

S’élèvent les blondes moissons;

Vois la feuille odorante et verte

Habiller rochers et maisons :

Quant tout frémit, s’éveille et chante,

Quand ta vitre brille au soleil,

Pourquoi la gaîté rayonnante

A-t-elle fui ton front vermeil ?

 

Oh ! dit-elle en baissant la tête,

Que me fait le temps triste ou beau !

Comment saurais-je que c’est fête ?

Mon coeur a perdu son oiseau.

 

Ondine Valmore (1821-1853) - poétesse et femme de lettres française - Mère
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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 23:01

 

 

Alfred Victor de Vigny ou comte de Vigny (1797-1863) écrivain, romancier, dramaturge et poète français.

Poèmes antiques et modernes

 


La neige


I

Qu’il est doux, qu’il est doux d’écouter des histoires,

Des histoires du temps passé,

Quand les branches d’arbres sont noires,

Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé !


Quand seul dans un ciel pâle un peuplier s’élance,

Quand sous le manteau blanc qui vient de le cacher

L’immobile corbeau sur l’arbre se balance,

Comme la girouette au bout du long clocher !

 

Ils sont petits et seuls, ces deux pieds dans la neige.

Derrière les vitraux dont l’azur le protège,

Le Roi pourtant regarde et voudrait ne pas voir,

Car il craint sa colère et surtout son pouvoir.

 

De cheveux longs et gris son front brun s’environne,

Et porte en se ridant le fer de la couronne ;

Sur l’habit dont la pourpre a peint l’ample velours

L’empereur a jeté la lourde peau d’un ours.

 

Avidement courbé, sur le sombre vitrage

Ses soupirs inquiets impriment un nuage.

Contre un marbre frappé d’un pied appesanti,

Sa sandale romaine a vingt fois retenti.

 

Est-ce vous, blanche Emma, princesse de la Gaule ?

Quel amoureux fardeau pèse à sa jeune épaule ?

C’est le page Eginard, qu’à ses genoux le jour

Surprit, ne dormant pas, dans la secrète tour.

 

Doucement son bras droit étreint un cou d’ivoire,

Doucement son baiser suit une tresse noire,

Et la joue inclinée, et ce dos où les lys

De l’hermine entourés sont plus blancs que ses plis.

 

Il retient dans son coeur une craintive haleine,

Et de sa dame ainsi pense alléger la peine,

Et gémit de son poids, et plaint ses faibles pieds

Qui, dans ses mains, ce soir, dormiront essuyés ;

 

Lorsqu’arrêtée Emma vante sa marche sûre,

Lève un front caressant, sourit et le rassure,

D’un baiser mutuel implore le secours,

Puis repart chancelante et traverse les cours.

 

Mais les voix des soldats résonnent sous les voûtes,

Les hommes d’armes noirs en ont fermé les routes ;

Eginard, échappant à ses jeunes liens,

Descend des bras d’Emma, qui tombe dans les siens.

 

II

Un grand trône, ombragé des drapeaux d’Allemagne,

De son dossier de pourpre entoure Charlemagne.

Les douze pairs debout sur ses larges degrés

Y font luire l’orgueil des lourds manteaux dorés.

 

Tous posent un bras fort sur une longue épée,

Dans le sang des Saxons neuf fois par eux trempée ;

Par trois vives couleurs se peint sur leurs écus

La gothique devise autour des rois vaincus.

 

Sous les triples piliers des colonnes moresques,

En cercle sont placés des soldats gigantesques,

Dont le casque fermé, chargé de cimiers blancs,

Laisse à peine entrevoir les yeux étincelants.

 

Tous deux joignant les mains, à genoux sur la pierre,

L’un pour l’autre en leur coeur cherchant une prière,

Les beaux enfants tremblaient en abaissant leur front

Tantôt pâle de crainte ou rouge de l’affront.

 

*

 

D’un silence glacé régnait la paix profonde.

Bénissant en secret sa chevelure blonde,

Avec un lent effort, sous ce voile, Eginard

Tente vers sa maîtresse un timide regard.

 

Sous l’abri de ses mains Emma cache sa tête,

Et, pleurant, elle attend l’orage qui s’apprête :

Comme on se tait encore, elle donne à ses yeux

A travers ses beaux doigts un jour audacieux.

 

L’Empereur souriait en versant une larme

Qui donnait à ses traits un ineffable charme ;

Il appela Turpin, l’évêque du palais,

Et d’une voix très douce il dit : Bénissez-les.

 

Qu’il est doux, qu’il est doux d’écouter des histoires,

Des histoires du temps passé,
 

Eugène Lavieille - paysage d'hiver

Eugène Lavieille - paysage d'hiver

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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 23:01

 

 

William Chapman (1850-1917) journaliste, poète et traducteur canadien.

 

 

Il neige


C'est un après-midi du Nord.

Le ciel est blanc et morne. Il neige ;

Et l'arbre du chemin se tord

Sous la rafale qui l'assiège.

 

Depuis l'aurore, il neige à flots ;

Tout s'efface sous la tourmente.

A travers ses rauques sanglots

Une cloche au loin se lamente.

 

Le glas râle dans le brouillard,

Qu'aucune lueur n'illumine...

Voici venir un corbillard,

Qui sort de la combe voisine.

 

Un groupe, vêtu de noir, suit,

Muet, le lourd traîneau funèbre.

Déjà du ciel descend la nuit,

Déjà la route s'enténèbre.

 

Et toujours du bronze éploré

Tombe la lugubre prière;

Et j'entends dans mon coeur navré

Tinter comme un glas funéraire.

 

Je me souviens... Je me revois,

Sur le blanc linceul de la terre,

Dans la bise, en pleurs, aux abois,

Suivant le cercueil de mon père.

 

Je ne puis détacher mon oeil,

Voilé d'une larme dernière,

Du silencieux groupe en deuil

Qui marche vers le cimetière.

 

Je sens, saisi d'un vague effroi,

Qui me retient à la fenêtre,

Qu'en la marche du noir convoi

Fuit quelque chose de mon être.

 

Soudain dans le champ de la mort

Disparaît le sombre cortège...

C'est un après-midi du Nord.

Le ciel est blanc et morne. Il neige.
 

William Chapman (1850-1917) - journaliste, poète et traducteur canadien - Il neige
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6 janvier 2022 4 06 /01 /janvier /2022 23:00


 

Olivier Calemard de la Fayette (1877-1906), poète symboliste français

 


Pour fêter le retour normal de l'âpre hiver 


Pour fêter le retour normal de l'âpre hiver,

J'ai gravi, dès le jour, ma montagne rouillée.

Le vent du nord-ouest a soufflé tout hier.

 

J'en voulais savourer la rafale mouillée,

Jeux de pluie aux clartés du ravin partiel,

Sur le treillis brumeux des branches dépouillées.

 

La lumière est instable aux décors irréels

Des vallons d'ombre ensoleillés de claire brume

Où se joignent, pour fuir, des lambeaux d'arc-en-ciel.

 

Le roc ruisselle et luit et les pics d'argent fument.

Sous le vent brusque obstinément ailé de nuit,

Et l'aile sombre éteint le rayon qui s'allume ;

 

Et tout le paysage pâle tourne et luit,

Cependant qu'au taillis fauve des petits chênes

Chaque feuille légère et plaintive bruit.

 

Et le mont tout entier pleure des larmes vaines.
 

 Olivier Calemard de la Fayette (1877-1906) - poète symboliste français - Pour fêter le retour normal de l'âpre hiver 
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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 17:55

 

 

Jules Verne (1828-1905)  écrivain français dont l'œuvre est, pour la plus grande partie, constituée de romans d'aventures évoquant les progrès scientifiques du XIX° siècle.



Quand par le dur hiver...

Sonnet

 

Quand par le dur hiver tristement ramenée

La neige aux longs flocons tombe, et blanchit le toit,

Laissez geindre du temps la face enchifrenée.

Par nos nombreux fagots, rendez-moi l'âtre étroit !

 

Par le rêveur oisif, la douce après-dinée !

Les pieds sur les chenets, il songe, il rêve, il croit

Au bonheur ! - il ne veut devant sa cheminée

Qu'un voltaire bien doux, pouvant railler le froid !

 

Il tisonne son feu du bout de sa pincette ;

La flamme s'élargit, comme une étoile jette

L'étincelle que l'oeil dans l'ombre fixe et suit ;

 

Il lui semble alors voir les astres du soir poindre ;

L'illusion redouble ; heureux ! il pense joindre

A la chaleur du jour le charme de la nuit !
 

William Hays - nuit de neige

William Hays - nuit de neige

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