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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 17:54

 

 

Guy de Maupassant (1850-1893) écrivain et journaliste littéraire français 

Recueil : Des vers


 

Nuit de neige


La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.

Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.

Mais on entend parfois, comme une morne plainte,

Quelque chien sans abri qui hurle au coin d'un bois.

 

Plus de chansons dans l'air, sous nos pieds plus de chaumes.

L'hiver s'est abattu sur toute floraison ;

Des arbres dépouillés dressent à l'horizon

Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

 

La lune est large et pâle et semble se hâter.

On dirait qu'elle a froid dans le grand ciel austère.

De son morne regard elle parcourt la terre,

Et, voyant tout désert, s'empresse à nous quitter.

 

Et froids tombent sur nous les rayons qu'elle darde,

Fantastiques lueurs qu'elle s'en va semant ;

Et la neige s'éclaire au loin, sinistrement,

Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

 

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !

Un vent glacé frissonne et court par les allées ;

Eux, n'ayant plus l'asile ombragé des berceaux,

Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

 

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas

Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;

De leur oeil inquiet ils regardent la neige,

Attendant jusqu'au jour la nuit qui ne vient pas.

 

Nuit De Neige, Peinture par Hélène Molina

Nuit De Neige, Peinture par Hélène Molina

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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 17:54

 

 

André Lemoyne (1822-1907) poète et romancier français.

 


Matin d'hiver

À Mademoiselle Marguerite Coutanseau.

 

La neige tombe en paix sur Paris qui sommeille,

De sa robe d'hiver à minuit s'affublant.

Quand la ville surprise au grand jour se réveille,

Fins clochers, dômes ronds, palais vieux, tout est blanc.

 

Moins rudes sont les froids, et la Seine charrie :

D'énormes blocs de glace aux longs reflets vitreux

Éclaboussent d'argent l'arche du pont Marie,

Poursuivent leur voyage et se choquent entre eux.

 

Les cloches qui tintaient à si grandes volées,

Pour fêter dignement les jours carillonnés,

N'ont plus qu'un timbre mat et des notes voilées,

Comme si leurs battants étaient capitonnés.

 

Les barques des chalands au long des quais rangées,

De leur unique voile ont fermé l'éventail,

Et toutes dans la glace, en bon ordre figées,

Sont prises dans leur coque et jusqu'au gouvernail.

 

Enrobant le Soleil sous deux ailes de flamme,

Un goéland du Havre ou de Pont-Audemer

Vient comme un Saint-Esprit planer sur Notre-Dame :

On reconnaît de loin le grand oiseau de mer.

 

Ce fut par de joyeux et clairs matins de neige,

Où l'aurore allumait ses premiers feux pourprés,

Qu'autrefois les Normands, blonds fils de la Norvège,

Dressaient la haute échelle à Saint-Germain-des-Prés.
 

Thomas Kinkade - Paris sous la neige

Thomas Kinkade - Paris sous la neige

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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 17:53


 

Ondine Valmore (1821-1853) poétesse et femme de lettres française



La voix

 

La neige au loin couvre la terre nue ;

Les bois déserts étendent vers la nue

Leurs grands rameaux qui, noirs et séparés,

D'aucune feuille encor ne sont parés ;

La sève dort et le bourgeon sans force

Est pour longtemps engourdi sous l'écorce ;

L'ouragan souffle en proclamant l'hiver

Qui vient glacer l'horizon découvert.

Mais j'ai frémi sous d'invisibles flammes

Voix du printemps qui remuez les âmes,

Quand tout est froid et mort autour de nous,

Voix du printemps, ô voix, d'où venez-vous ?...

Jean Baudoin - paysage de neige

Jean Baudoin - paysage de neige

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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 17:53

 

 

Jacques Delille (1738-1813) souvent appelé l’abbé Delille,  poète et traducteur français.


 

Le coin du feu


Suis-je seul ? je me plais encore au coin du feu.

De nourrir mon brasier mes mains se font un jeu ;

J'agace mes tisons ; mon adroit artifice

Reconstruit de mon feu le savant édifice.

J'éloigne, je rapproche, et du hêtre brûlant

Je corrige le feu trop rapide ou trop lent.

Chaque fois que j'ai pris mes pincettes fidèles,

Partent en pétillant des milliers d'étincelles :

J'aime à voir s'envoler leurs légers bataillons.

Que m'importent du Nord les fougueux tourbillons ?

La neige, les frimas qu'un froid piquant resserre,

En vain sifflent dans l'air, en vain battent la terre,

Quel plaisir, entouré d'un double paravent,

D'écouter la tempête et d'insulter au vent !

Qu'il est doux, à l'abri du toit qui me protège,

De voir à gros flocons s'amonceler la neige !

Leur vue à mon foyer prête un nouvel appas :

L'homme se plaît à voir les maux qu'il ne sent pas.

Mon coeur devient-il triste et ma tête pesante ?

Eh bien, pour ranimer ma gaîté languissante,

La fève de Moka, la feuille de Canton,

Vont verser leur nectar dans l'émail du Japon.

Dans l'airain échauffé déjà l'onde frissonne :

Bientôt le thé doré jaunit l'eau qui bouillonne,

Ou des grains du Levant je goûte le parfum.

Point d'ennuyeux causeur, de témoin importun :

Lui seul, de ma maison exacte sentinelle,

Mon chien, ami constant et compagnon fidèle,

Prend à mes pieds sa part de la douce chaleur.

 

Et toi, charme divin de l'esprit et du coeur,

Imagination ! de tes douces chimères

Fais passer devant moi les figures légères !

A tes songes brillants que j'aime à me livrer !

Dans ce brasier ardent qui va le dévorer,

Par toi, ce chêne en feu nourrit ma rêverie

Quelles mains l'ont planté ? quel sol fut sa patrie ?

Sur les monts escarpés bravait-il l'Aquilon ?

Bordait-il le ruisseau ? parait-il le vallon ?

Peut-être il embellit la colline que j'aime,

Peut-être sous son ombre ai-je rêvé moi-même.

Tout à coup je l'anime : à son front verdoyant,

Je rends de ses rameaux le panache ondoyant,

Ses guirlandes de fleurs, ses touffes de feuillage,

Et les tendres secrets que voilà son ombrage.

Tantôt environné d'auteurs que je chéris,

Je prends, quitte et reprends mes livres favoris ;

A leur feu tout à coup ma verve se rallume ;

Soudain sur le papier je laisse errer ma plume,

Et goûte, retiré dans mon heureux réduit,

L'étude, le repos, le silence, et la nuit.

Tantôt, prenant en main l'écran géographique,

D'Amérique en Asie, et d'Europe en Afrique,

Avec Cook et Forster, dans cet espace étroit,

Je cours plus d'une mer, franchis plus d'un détroit,

Chemine sur la terre et navigue sur l'onde,

Et fais dans mon fauteuil le voyage du monde.

Agréable pensée, objets délicieux,

Charmez toujours mon coeur, mon esprit et mes yeux !

Par vous tout s'embellit, et l'heureuse sagesse

Trompe l'ennui, l'exil, l'hiver et la vieillesse.
 

Maurice Rollinat et son chien - Allan Österlind   , vers 1898,  Musées de la Ville de Châteauroux

Maurice Rollinat et son chien - Allan Österlind , vers 1898, Musées de la Ville de Châteauroux

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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 17:52

 

 

Jean Richepin (1849-1926), poète, romancier et auteur dramatique français.

 

Première gelée

 

Voici venir l'Hiver, tueur des pauvres gens.

 

Ainsi qu'un dur baron précédé de sergents,

Il fait, pour l'annoncer, courir le long des rues

La gelée aux doigts blancs et les bises bourrues.

On entend haleter le souffle des gamins

Qui se sauvent, collant leurs lèvres à leurs mains,

Et tapent fortement du pied la terre sèche.

Le chien, sans rien flairer, file ainsi qu'une flèche.

Les messieurs en chapeau, raides et boutonnés,

Font le dos rond, et dans leur col plongent leur nez.

Les femmes, comme des coureurs dans la carrière,

Ont la gorge en avant, les coudes en arrière,

Les reins cambrés. Leur pas, d'un mouvement coquin,

Fait onduler sur leur croupe leur troussequin.

 

Oh ! comme c'est joli, la première gelée !

La vitre, par le froid du dehors flagellée,

Étincelle, au dedans, de cristaux délicats,

Et papillotte sous la nacre des micas

Dont le dessin fleurit en volutes d'acanthe.

Les arbres sont vêtus d'une faille craquante.

Le ciel a la pâleur fine des vieux argents.

 

Voici venir l'Hiver, tueur des pauvres gens.

 

Voici venir l'Hiver dans son manteau de glace.

Place au Roi qui s'avance en grondant, place, place !

Et la bise, à grands coups de fouet sur les mollets,

Fait courir le gamin. Le vent dans les collets

Des messieurs boutonnés fourre des cents d'épingles.

Les chiens au bout du dos semblent traîner des tringles.

Et les femmes, sentant des petits doigts fripons

Grimper sournoisement sous leurs derniers jupons,

Se cognent les genoux pour mieux serrer les cuisses.

Les maisons dans le ciel fument comme des Suisses.

Près des chenets joyeux les messieurs en chapeau

Vont s'asseoir ; la chaleur leur détendra la peau.

Les femmes, relevant leurs jupes à mi-jambe,

Pour garantir leur teint de la bûche qui flambe

Étendront leurs deux mains longues aux doigts rosés,

Qu'un tendre amant fera mollir sous les baisers.

Heureux ceux-là qu'attend la bonne chambre chaude !

Mais le gamin qui court, mais le vieux chien qui rôde,

Mais les gueux, les petits, le tas des indigents...

 

Voici venir l'Hiver, tueur des pauvres gens.
 

Agathe Rostel pauvres gens

Agathe Rostel pauvres gens

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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 17:52

 

 

Jean Richepin (1849-1926), poète, romancier et auteur dramatique français.

 


La petite qui tousse


Les aiguilles des vents froids

Prennent les nez et les doigts

Pour pelote.

Quel est sur le trottoir blanc

Cet être noir et tremblant

Qui sanglote ?

 

La pauvre enfant ! Regardez.

La toux, par coups saccadés,

La secoue,

Et la bise qui la mord

Met les roses de la mort

Sur sa joue.

 

Les violettes sont moins

Violettes que les coins

De sa lèvre,

Que le dessous de ses yeux

Meurtri par les baisers bleus

De la fièvre.

 

Tousse ! tousse ! Encor ! Tantôt

On croit ouïr le marteau

D' une forge ;

Tantôt le râle plus clair

Comme un clairon sonne un air

Dans sa gorge.

 

Tousse ! tousse ! tousse ! Encor !

Oh ! le rauque et dur accord

Qui ricane !

Ce clairon large et profond

Sonne pour ceux qui s'en vont

La diane.

 

Tousse ! C'est le cri perçant

Du noyé lourd qui descend

Sous l'écume,

Tousse ! C'est lointain, lointain,

Ainsi qu'un glas qui s'éteint

Dans la brume.

 

Tousse ! tousse ! un dernier coup !

Elle laisse sur son cou

Choir sa tête,

Tel sous la bise un flambeau ;

Et pour la paix du tombeau

Elle est prête.

 

Elle épousera ce soir,

Sans bouquet, sans encensoir,

Sans musiques,

Plus tôt qu'on n'aurait pensé,

L'hiver, ce vieux fiancé

Des phtisiques.
 

Jean Richepin (1849-1926) - poète, romancier et auteur dramatique français - La petite qui tousse
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5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 17:51

 

 

Maurice Rollinat (1846-1903), poète, musicien et interprète français.

 

Un jour d'hiver


Arqué haut sur les monts et d'un bleu sans nuages

Qu'un triomphant soleil embrase éblouissant,

Le ciel, par la vallée où la chaleur descend,

Anime, en plein hiver, la mort des paysages.

 

Il semble qu'ici, là, la mouche revoltige,

Tourne dans la poussière ardente du rayon ;

On va voir le martin-pêcheur, le papillon,

L'un raser le ruisseau, l'autre effleurer la tige !

 

Le ravin clair bénit l'horizon rallumé ;

Du branchage et du tronc l'arbre désembrumé

Contemple, radieux, le luisant de la pierre.

 

Et, dans l'espace, au loin, partout, les yeux surpris

Ont la sensation d'un été chauve et gris

Dont la stérilité rirait à la lumière.
 

Maurice Rollinat (1846-1903) - poète, musicien et interprète français - Un jour d'hiver
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4 janvier 2022 2 04 /01 /janvier /2022 20:13

 

 

Paul-Jean Toulet (1867-1920) écrivain et poète français, célèbre pour ses Contrerimes, une forme poétique qu'il a créée.

Contrerimes

 

Pâle matin de Février

 

Pâle matin de Février

Couleur de tourterelle

Viens, apaise notre querelle,

Je suis las de crier ;

 

Las d’avoir fait saigner pour elle

Plus d’un noir encrier…

Pâle matin de Février

Couleur de tourterelle.

 Paul-Jean Toulet (1867-1920) - écrivain et poète français - Pâle matin de Février
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4 janvier 2022 2 04 /01 /janvier /2022 20:12

 

 

Paul-Jean Toulet (1867-1920) écrivain et poète français, célèbre pour ses Contrerimes, une forme poétique qu'il a créée.

 

 

Le Garno


L'hiver bat la vitre et le toit.

Il fait bon dans la chambre,

A part cette sale odeur d'ambre

Et de plaisir. Mais toi,

 

Les roses naissent sur ta face

Quand tu ris près du feu...

Ce soir tu me diras adieu,

Ombre, que l'ombre efface.
 

Paul-Jean Toulet (1867-1920) - écrivain et poète français - Le Garno
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4 janvier 2022 2 04 /01 /janvier /2022 20:12

 

 

Éphraïm-Georges Michel, dit Éphraïm Mikhaël,- poète symboliste français 


 

Dimanches parisiens


Sous le ciel gris lavé d'opale

Et qu'un soleil aux rayons lents

Poudre d'or vaporeux et pâle,

Elles vont it pas nonchalants ;

Roses de froid sous les voilettes

Elles passent, laissant dans l'air

Une senteur de violettes

Mourantes, et de blonde chair.

***

Elles ne vont ni vers l'église

Où, sur les mystiques autels,

L'encens qui monte symbolise

L'élan des esprits immortels ;

 

Ni vers les discrètes alcôves

Où le mousseux déroulement

Des rideaux jusqu'aux tapis fauves

Ruisselle langoureusement.

 

Sur les promenades banales

Elles vont montrer leurs velours

Et les richesses hivernales

Des manteaux orgueilleux et lourds.

 

Elles passent, frêles poupées

Aux yeux cruellement sereins,

Adorablement occupées

A bien cambrer leurs souples reins,

 

A faire entrevoir leur chair d'ambre

Et leurs cheveux d'or blond ou roux,

Et, sur le verglas de Décembre,

Leur robe a de royaux froufrous.

Mais le long dimanche, plus triste

Que les plus monotones nuits,

Dans leurs yeux de froide améthyste

A mis la fièvre des ennuis.

***

Ô Promeneuses des jours blêmes

D'hiver et des dimanches longs,

Nous, les chiffonneurs de poèmes,

Mignonnes, nous vous ressemblons,

 

Et, sans Amour et sans Prières,

Nous allons montrer, indolents,

Notre manteau de Rimes fières

Qui fait des froufrous insolents.

 

Mais un Ennui vague ensommeille

Notre marche lente à travers

Une vie égale, et pareille

Aux dimanches gris des hivers.
 

Jean Beraud - Parisiennes  - patinage bois de Boulogne

Jean Beraud - Parisiennes - patinage bois de Boulogne

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