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8 mars 2022 2 08 /03 /mars /2022 20:33

 

 

Lionel Groulx (1878-1967) Historien, prêtre-éducateur et intellectuel 

Les Rapaillages, Montréal, éditions Le Devoir, 1916, p. 9-11.  

 


 

La leçon des érables

 


   Hier que dans les bois et les bruyères roses,

   Me promenant rêveur et mâchonnant des vers, 

   J'écoutais le réveil et la chanson des choses,

   Voici ce que m'ont dit les grands érables verts : 

 

   "Si notre front là-haut si fièrement s'étale ;

   "Si la sève robuste a fait nos bras si forts,

   "C'est que buvant le suc de la terre natale,

   "Nous plongeons dans l'humus des grands érables morts. 

 

   "Si nos rameaux font voir de hautaines verdures,

   "C'est pour perpétuer, au siècle où tout s'éteint,

   "La gloire des géants aux fières chevelures

  "Qui verdirent pour nous depuis l'âge lointain.

 

   "Dans nos feuilles, parfois, une brise commence,

   "Dolente, le refrain des vieux airs disparus.

   "Écoutez : elle chante et l'âme et la romance

   "Des aïeux survivants en nos feuillages drus. 

 

   "Tantôt, l'air solennel des graves mélopées  

   "Incline, avec le vent, notre haut parasol ;

   "Un orgue ébranle en nous le son des épopées ;

   "Nous respirons vers Dieu la prière du sol ! 

 

   "Prier, chanter avec la brise aérienne

   "Et l'âme du terroir et l'âme des aïeux ; 

   "Et puis, se souvenir afin qu'on se souvienne,

  "Voilà par quels devoirs l'on grandit jusqu'aux cieux !"

 

                 ***        

       

   Ainsi, dans la forêt, près des bruyères roses,

   M'ont parlé l'autre jour les grands érables verts.

   Et, songeur, j'ai connu le prix des nobles choses

   Qui font les peuples grands, plus grands que leurs revers. 

 

   Ils gardent l'avenir ceux qui gardent l'histoire,

   Ceux dont la souvenance est sans mauvais remords,

   Et qui, près des tombeaux où sommeille la gloire,

   À l'âme des vivants, mêlent l'âme des morts. 

 

   Ils le gardent surtout ceux dont les lèvres fières

   Ont gardé les refrains du parler maternel : 

   Épopée ou romance où l'âme de nos pères

   Vient prier et vibrer d'un accent éternel. 

 

   Gardons toujours les mots qui font aimer et croire,

   Dont la syllabe pleine a plus qu'une rumeur.

   Tout noble mot de France est fait d'un peu d'histoire,

   Et chaque mot qui part est une âme qui meurt !

 

   En parlant bien sa langue on garde bien son âme.

   Et nous te parlerons, ô verbe des aïeux,

   Aussi longtemps qu'au pôle une immortelle flamme

   Allumera le soir ses immuables feux ; 

 

   Que montera des blés la mâle villanelle,

   Que mugira le bronze en nos clochers ouverts,

   Et que se dressera dans la brise éternelle

   Le panache hautain des grands érables verts ! 

Lionel Groulx (1878-1967) - Historien, prêtre-éducateur et intellectuel - La leçon des érables
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8 mars 2022 2 08 /03 /mars /2022 20:32

 

 

Albert Lozeau (1878-1924) poète canadien-français.

 

 

Érable rouge

 


Dans le vent qui les tord les érables se plaignent,

Et j'en sais un, là-bas, dont tous les rameaux saignent !

 

Il est dans la montagne, auprès d'un chêne vieux,

Sur le bord d'un chemin sombre et silencieux.

 

L'écarlate s'épand et le rubis s'écoule

De sa large ramure au bruit frais d'eau qui coule.

 

Il n'est qu'une blessure où, magnifiquement,

Le rayon qui pénètre allume un flamboiement !

 

Le bel arbre ! On dirait que sa cime qui bouge

A trempé dans les feux mourants du soleil rouge !

 

Sur le feuillage d'or au sol brun s'amassant,

Par instant, il échappe une feuille de sang.

 

Et quand le soir éteint l'éclat de chaque chose,

L'ombre qui l'enveloppe en devient toute rose !

 

La lune bleue et blanche au lointain émergeant,

Dans la nuit vaste et pure y verse une eau d'argent.

 

Et c'est une splendeur claire que rien n'égale,

Sous le soleil penchant ou la nuit automnale !

Albert Lozeau (1878-1924) - poète canadien-français - Érable rouge
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8 mars 2022 2 08 /03 /mars /2022 20:31

 

 

Lucien Rainier (Joseph Melançon - 1877-1956) poète québécois, membre de l'École littéraire de Montréal.


Montréal, Éditions du Devoir, 1931.

Avec ma vie,

Juin 1908.


 

Sur la mort de Louis Fréchette


                                    I

 

Un érable est tombé... Dans le clair paysage

de la patrie, il dessinait un grand contour ;

son ombre enveloppait la terre avec amour ;

des oiseaux merveilleux chantaient dans son feuillage.

 

Et, vers l’appel divin du soleil, chaque jour,

montait plus haut sa fière cime, quand l’orage,

d’un formidable choc, a soudain clos son âge...

Ceux-là qui l’ont perdu le pleurent sans retour.

 

Un érable est tombé... La débordante sève

n’alimentera plus, au prochain avenir,

sa verte frondaison de pensée ou de rêve...

 

Mais tu lui resteras fidèle, ô Souvenir !

Écoutez : sur le monde, un vent de gloire emporte

l’écho mélodieux de sa ramure morte !...


                                    II


Poète ! si ton corps dans l’ombre disparaît,

ton poème à jamais resplendit sur l’histoire !

Cette patrie en deuil, qu’illumine ta gloire,

pare ton souvenir d’un immortel regret.

 

Tu chantas sa beauté : fleuve, plaine ou forêt ;

son passé de défaite auguste ou de victoire ;

et ta voix, dont résonne encor notre mémoire,

puisait dans un cœur franc l’éclat d’un verbe vrai.

 

Sois béni, pour ton œuvre abondante et vivace !...

Quand ils diront ton nom, les hommes de ma race

seront de gratitude et d’orgueil envahis ;

 

et les enfants liront tes vers, dans les écoles,

pour apprendre, aux leçons de tes nobles paroles,

à vénérer leur Dieu, leur langue et leur pays !...

 

 


 

André Masson (1896-1987) L'Erable sous l'orage - 1943/1944

André Masson (1896-1987) L'Erable sous l'orage - 1943/1944

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8 mars 2022 2 08 /03 /mars /2022 20:30

 

 

Nérée Beauchemin (1850-1931) Poète, écrivain et médecin québécois.

Recueil : Patrie intime (1928).

 


L'érable

 


L'érable au torse dur et fort,

Ébrèche le fer qui l'assaille,

Et, malgré mainte et mainte entaille,

Résiste aux plus grands coups du Nord.

 

L'hiver, dont le cours s'éternise,

De givre et de neige a tissé

Le linceul de l'arbre glacé.

L'érable est mort ! hurle la bise.

 

L'érable est mort ! clame au soleil

Le chêne orgueilleux qui s'élance.

L'érable prépare en silence

Le triomphe de son réveil.

 

Sous le velours âpre des mousses

La blessure ancienne a guéri,

Et la sève d'un tronc meurtri

Éclate en glorieuses pousses.

 

Des profondeurs d'un riche fond,

L'arbre pousse ; il semble qu'il veuille

Magnifier, de feuille en feuille,

Le miracle d'un coeur fécond.

 

Il n'a fallu qu'une heure chaude

Pour que soudain, l'on vît fleurir,

Sur les bourgeons, lents à s'ouvrir,

La pourpre, l'or et l'émeraude.

 

L'érable vit ! chante en son vol

Tout le choeur des forêts en fête :

L'érable, de la souche au faîte

Frémit au chant du rossignol.

 

Contre la bise et l'avalanche,

Le roi majestueux des bois

A pris, et reprendra cent fois,

Sa victorieuse revanche.

 

L'érable symbolise bien

La surnaturelle endurance

De cette âpre race de France

Qui pousse en plein sol canadien :

 

Robuste et féconde nourrice

Dont le flanc, tant de fois blessé,

Des rudes coups d'un fier passé

Porte l'illustre cicatrice.

Nérée Beauchemin (1850-1931) - Poète, écrivain et médecin québécois - L'érable
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8 mars 2022 2 08 /03 /mars /2022 20:28

 

 

Pierre Petitclair (1813 - 1860) écrivain québécois. Il a écrit plusieurs pièces de théâtre.

Anthologie de la poésie québécoise

du XIX° siècle (1790-1890)

par John Hare - Cahiers du Québec / Hurtubise HMH, 1979

 

 

L'érable


 

Parti du nord, l'hiver, en frissonnant,

Déroule aux champs son froid manteau de neige !

L'arbuste meurt, et le hêtre se fend.

Seul au désert, comme un roi sur son siège,

Un arbre encore ose lever son front.

Par les frimas couronné d'un glaçon ;

Cristal immense, où brillent scintillantes

D'or et de feux mille aigrettes flottantes,

Flambeau de glace, étincelant la nuit,

Pour diriger le chasseur qui le suit :

Du Canada c'est l'érable chérie,

L'arbre sacré, l'arbre de la patrie.

 

Mais quand zéphyr amollit les sillons,

Que le printemps reparaît dans la plaine,

Le charme cesse ; ils tombent ces glaçons,

Comme des bals la parure mondaine

Dont la beauté s'orne tous les hivers.

L'arbre grisâtre échauffé par les airs,

Verse des pleurs de sa souche entr'ouverte,

Comme un rocher suinte une écume verte ;

Mais douces pleurs, nectar délicieux,

C'est un breuvage, un mets digne des dieux ;

Du Canada, c'est l'érable chérie,

L'arbre sacré, l'arbre de la patrie.

 

L'été s'avance avec ses verts tapis ;

Et libre enfin du bourgeon qui la couvre,

En festins verts sur chaque rameau gris,

Comme un trident une feuille s'entr'ouvre ;

L'arbre s'ombrage, épaissit ses rameaux,

Fait pour l'amour des voûtes, des berceaux.

Sur le chasseur, l'émigré qui voyage,

Le paysan, il étend son feuillage,

Dôme serré qui brave tour à tour

Les vents d'orage et les rayons du jour :

Du Canada, c'est l'érable chérie,

L'arbre sacré, l'arbre de la patrie.

 

L'automne enfin sur l'aile d'Aquilon,

Comme un nuage emporte la feuillée,

Et verse à flots sur l'humide vallon,

Brume, torrent, froid, brouillard et gelée.

L'érable aussi dépouille son orgueil,

Et des forêts sait partager le deuil ;

Mais en mourant, sa feuille, belle encore,

Des feux d'Iris et du fard de l'aurore,

Tombe et frémit, en quittant son rameau,

Comme le vent siffle aux mâts d'un vaisseau :

Du Canada, c'est l'érable chéri,

L'arbre sacré, l'arbre de la patrie.

Pierre Petitclair (1813-1860) - écrivain québécois -  L'érable
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1 mars 2022 2 01 /03 /mars /2022 14:00

 

 

Camille Soubise (1833-1901) / F. Doria, auteur -

 

 

La Chanson Des Peupliers

 


Le soir descend sur la colline,

La lune monte dans les cieux

Et les bois fleuris d'aubépine

Sont pleins de bruits harmonieux !

Quelle est cette voix qui soupire

Dans la brume, au déclin du jour ?

On dirait une immense lyre,

Préludant à des chants d'amour !

 

Le vent souffle, dans les ramures,

Dans les genêts, dans les sentiers

Entendez-vous ces doux murmures ?

C'est la chanson des peupliers !

 

Voici le chœur errant des brises,

À leurs accords il vient s'unir,

Camille Soubise (1833-1901) / F. Doria,  - auteur - La Chanson Des Peupliers
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1 mars 2022 2 01 /03 /mars /2022 13:15

 

 

 

Edmond Vandercammen (1901-1980) peintre et poète belge d'expression française.

 

 

 

Le peuplier

 

 

Le temps est-il ce peuplier

Que j’interroge à ma fenêtre ?

Comme moi, il a ses saisons,

Les songes renaissant

D’une mémoire paysanne,

Mais sa durée est compromise

Par les tempêtes enivrées

Que lui réservent les automnes.

 

 

 À quelle altitude céleste

Portera-t-il le poids de ses années ?

A mon réveil je le salue :

Il me répond

Par une danse dans le vent.

 

 

 Je lui propose un long voyage

Dans la campagne des ancêtres :

Il me répond par le gémissement

De ses racines fatiguées.
 

 
Edmond Vandercammen (1901-1980) - peintre et poète belge d'expression française - Le peuplier
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1 mars 2022 2 01 /03 /mars /2022 13:10

 

 

Nâzım Hikmet Ran (1901-1963) poète turc, puis citoyen polonais

(Poésie du Monde – Seghers 2003)


 

Le peuplier

 

L’arbre, on l’admire toute la nuit

Dans l’eau, c’est un cyprès d’argent

Pour Nédime, poète d’Istanbul.

 

Essénine de Riazan

Aime les mariées en blanc

Bouleaux tristes et mélancoliques.

 

Un peuplier frissonne en moi

Où que je sois j’entends sa voix

Depuis que je suis en exil.

 

Comme chaque arbre le peuplier

Se tient debout sa vie durant

Guettant sans répit des choses.

 

Il guette tout au long des routes

Les villages d’Anatolie

Durant l’été chaud et roussi.

 

Il m’a guetté moi aussi

Et il criait dans la nuit

Face aux grilles de la prison.

 

Témoin de nos déchéances

Témoin de notre malchance

Témoin de nos espoirs.

 

Témoin aussi de nos misères

Et du travail de la terre,

Ah ! Sacré peuplier va.

 

Mais chanter les peupliers,

Se contenter de les aimer

A quoi bon, mon cher pays !

 

Penché sur la terre noire

Essuyant mon front en sueur

Je n’ai pu planter un seul peuplier. 

Nâzım Hikmet Ran (1901-1963) - poète turc, puis citoyen polonais - Le peuplier
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1 mars 2022 2 01 /03 /mars /2022 13:10

 

 

René Char (1907-1988) poète et résistant français.


Le Nu perdu, 1971.

 

Effacement du peuplier

 

L’ouragan dégarnit les bois.

J’endors, moi, la foudre aux yeux tendres.

Laissez le grand vent où je tremble

S’unir à la terre où je crois.

 

Son souffle affile ma vigie.

Qu’il est trouble le creux du leurre

De la source aux couches salies !

 

Une clé sera ma demeure,

Feinte d’un feu que le cœur certifie ;

Et l’air qui la tint dans ses serres.

René Char (1907-1988) - poète et résistant français - Effacement du peuplier
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1 mars 2022 2 01 /03 /mars /2022 13:10

 

 

Octavio Paz (1914-1998) poète, essayiste et diplomate mexicain,

 


Quatre peupliers

 

Comme derrière elle-même va cette ligne

qui se poursuit dans les limites horizontales

et dans l’occident toujours fugitif

où elle se cherche se dissipe

 

– comme cette même ligne

par le regard levée

change toutes ses lettres

en une colonne diaphane

résolue en une non touchée

ni entendue ni vue mais pensée

fleur de voyelles et de consonnes

– comme cette ligne qui n’en finit pas de s’écrire

et avant de se consumer se redresse

sans cesser de s’écouler mais vers le haut :

les quatre peupliers.

 

Aspirés

par la hauteur vide et là en bas,

dans une flaque faite ciel, dupliquée,

les quatre sont un seul peuplier

et ils n’en sont aucun.

 

Derrière, frondaisons en flammes

qui s’éteignent – le soir à la dérive –

d’autres peupliers déjà haillons spectraux

interminablement ondulent

interminablement immobiles.

 

Le jaune glisse vers le rose,

la nuit dans le violet s’insinue.

 

Entre le ciel et l’eau

il y a une frange bleue et verte :

soleil et plantes aquatiques,

calligraphie ardente

écrite par le vent.

 

C’est un reflet suspendu dans un autre.

 

Passages : palpitations de l’instant.

Le monde perd corps,

il est une apparition, il est quatre peupliers,

quatre mélodies mauves.

 

De fragiles branches grimpent par les troncs.

Elles sont un peu de lumière avec un peu de vent.

 

Va-et-vient immobile. Avec les yeux

je les entends murmurer des paroles d’air.

 

Le silence s’en va avec le fleuve,

revient avec le ciel.

 

Réel est ce que je vois :

quatre peupliers sans poids

plantés sur un vertige.

 

Une fixité qui se précipite

vers le bas, vers le haut,

vers l’eau du ciel dormante

en un svelte effort sans dénouement

pendant que le monde lève l’ancre vers l’obscur.

 

Pulsation de clartés dernières :

quinze minutes assiégées

que Claude Monet voit d’une barque.

 

Dans l’eau s’abîme le ciel,

en elle-même l’eau fait naufrage,

le peuplier est un coup de feu bleu :

ce monde n’est pas solide.

 

Entre être et ne pas être titube l’herbe,

les éléments s’allègent,

les contours s’estompent,

moires, reflets, réverbérations,

scintillement de formes et présences,

brume d’images, éclipses,

nous sommes ce que je vois : miroitements.

Claude Monet - les peupliers 1891

Claude Monet - les peupliers 1891

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