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20 novembre 2021 6 20 /11 /novembre /2021 23:44

 

Alphonse de Lamartine (1790-1869) poète

 

Le chêne - suite de Jehova

 

Voilà ce chêne solitaire

Dont le rocher s'est couronné,

Parlez à ce tronc séculaire,

Demandez comment il est né.

 

Un gland tombe de l'arbre et roule sur la terre,

L'aigle à la serre vide, en quittant les vallons,

S'en saisit en jouant et l'emporte à son aire

Pour aiguiser le bec de ses jeunes aiglons;

 

Bientôt du nid désert qu'emporte, la tempête

Il roule confondu dans les débris mouvants,

Et sur la roche nue un grain de sable arrête

Celui qui doit un jour rompre l'aile des vents;

 

L'été vient, l'Aquilon soulève

La poudre des sillons, qui pour lui n'est qu'un jeu,

Et sur le germe éteint où couve encor la sève

En laisse retomber un peu !

 

Le printemps de sa tiède ondée

L'arrose comme avec la main ;

Cette poussière est fécondée

Et la vie y circule enfin!

 

La vie ! à ce seul mot tout oeil, toute pensée,

S'inclinent confondus et n'osent pénétrer ;

Au seuil de l'Infini c'est la borne placée ;

Où la sage ignorance et l'audace insensée

Se rencontrent pour adorer !

 

Il vit, ce géant des collines !

Mais avant de paraître au jour,

Il se creuse avec ses racines

Des fondements comme une tour.

Il sait quelle lutte s'apprête,

Et qu'il doit contre la tempête

Chercher sous la terre un appui;

Il sait que l'ouragan sonore

L'attend au jour !.., ou, s'il l'ignore,

Quelqu'un du moins le sait pour lui !

 

Ainsi quand le jeune navire

Où s'élancent les matelots,

Avant d'affronter son empire,

Veut s'apprivoiser sur les flots,

Laissant filer son vaste câble,

Son ancre va chercher le sable

Jusqu'au fond des vallons mouvants,

Et sur ce fondement mobile

Il balance son mât fragile

Et dort au vain roulis des vents !

 

Il vit ! Le colosse superbe

Qui couvre un arpent tout entier

Dépasse à peine le brin d'herbe

Que le moucheron fait plier !

Mais sa feuille boit la rosée,

Sa racine fertilisée

Grossit comme une eau dans son cours,

Et dans son coeur qu'il fortifie

Circule un sang ivre de vie

Pour qui les siècles sont des jours !

 

Les sillons où les blés jaunissent

Sous les pas changeants des saisons,

Se dépouillent et se vêtissent

Comme un troupeau de ses toisons ;

Le fleuve naît, gronde et s'écoule,

La tour monte, vieillit, s'écroule ;

L'hiver effeuille le granit,

Des générations sans nombre

Vivent et meurent sous son ombre,

Et lui ? voyez ! il rajeunit !

 

Son tronc que l'écorce protège,

Fortifié par mille noeuds,

Pour porter sa feuille ou sa neige

S'élargit sur ses pieds noueux ;

Ses bras que le temps multiplie,

Comme un lutteur qui se replie

Pour mieux s'élancer en avant,

Jetant leurs coudes en arrière,

Se recourbent dans la carrière

Pour mieux porter le poids du vent !

 

Et son vaste et pesant feuillage,

Répandant la nuit alentour,

S'étend, comme un large nuage,

Entre la montagne et le jour ;

Comme de nocturnes fantômes,

Les vents résonnent dans ses dômes,

Les oiseaux y viennent dormir,

Et pour saluer la lumière

S'élèvent comme une poussière,

Si sa feuille vient à frémir!

 

La nef, dont le regard implore

Sur les mers un phare certain,

Le voit, tout noyé dans l'aurore,

Pyramider dans le lointain !

Le soir fait pencher sa grande ombre

Des flancs de la colline sombre

Jusqu'au pied des derniers coteaux.

Un seul des cheveux de sa tête

Abrite contre la tempête

Et le pasteur et les troupeaux !

 

Et pendant qu'au vent des collines

Il berce ses toits habités,

Des empires dans ses racines,

Sous son écorce des cités ;

Là, près des ruches des abeilles,

Arachné tisse ses merveilles,

Le serpent siffle, et la fourmi

Guide à des conquêtes de sables

Ses multitudes innombrables

Qu'écrase un lézard endormi !

 

Et ces torrents d'âme et de vie,

Et ce mystérieux sommeil,

Et cette sève rajeunie

Qui remonte avec le soleil ;

Cette intelligence divine

Qui pressent, calcule, devine

Et s'organise pour sa fin,

Et cette force qui renferme

Dans un gland le germe du germe

D'êtres sans nombres et sans fin !

 

Et ces mondes de créatures

Qui, naissant et vivant de lui,

Y puisent être et nourritures

Dans les siècles comme aujourd'hui;

Tout cela n'est qu'un gland fragile

Qui tombe sur le roc stérile

Du bec de l'aigle ou du vautour !

Ce n'est qu'une aride poussière

Que le vent sème en sa carrière

Et qu'échauffe un rayon du jour !

 

Et moi, je dis : Seigneur ! c'est toi seul, c'est ta force,

Ta sagesse et ta volonté,

Ta vie et ta fécondité,

Ta prévoyance et ta bonté !

Le ver trouve ton nom gravé sous son écorce,

Et mon oeil dans sa masse et son éternité !

Alphonse de Lamartine (1790-1869) - poète - Le chêne - suite de Jehova
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20 novembre 2021 6 20 /11 /novembre /2021 23:43

 

Jean-Michel Bollet - poète

 

Le chêne 


Affrontant les étés et les rudes hivers,

Avec ténacité et la frondaison digne

Qu’il soit couvert de neige ou de feuillages verts,

Il est respecté par son caractère insigne.

 

Ses amis sont les champs depuis cent et mille ans

Et la terre tournée avec bœufs et charrue

Des forçats-paysans aux pas collants mi-lents

Qui sont une figure aujourd’hui disparue.

 

Se voient s’enfler autour de l’écorce des nœuds

Et s’allonger ses bras que la sève alimente

Soutenant le nid du geai qui prend soin des oeufs

Pour qu’un jour son petit éclos le complimente.

 

Les villageois d’antan, ivres de leur jeunesse

Allaient sous son ombrage et s’asseyaient dessus

Ses inertes serpents faisant mal à la fesse

Dont la queue s’enterrait dans des endroits cossus.

 

Il sentait bon la mousse et après une averse

D’autres odeurs passaient qu’ils jouaient à nommer :

Foin fraîchement coupé venu grâce à la herse,

Chaud lisier fermenté propre à les assommer.

 

Et comme était douce la sieste familière

Après la soupe aux pois et la saucisse au lard

En leur offrant une présence hospitalière

Qu’adoraient ces trapus, soiffards et rigolards...

 

Tôt, le matin, chacun, l’observe et le détaille :

Il est calme ou nerveux, serré ou évasé ;

Il nous prédit le vent, une pluie en bataille

Ou un soleil de plomb sur le mont embrasé.

 

Quand nous serons passés, toi tu nous survivras ;

Chêne, nous diras-tu où ira notre route ?

Tu vis des dos courbés, des fardeaux sur les bras :

Aurons-nous encore un peu de mie sous la croûte ?

 

Mais, tu n’en as cure et tu poursuis ta croissance

En poussant tes bourgeons poisseux et qui seront

Couronnés de feuillage et qui dans le vent dansent

En faisant grincer tes branches liées au tronc.

 

Et ton énorme pied commande à tous tes doigts

D’aller chercher à la fois boisson, nourriture

Qui reviennent donner de la force à tes bois

Prêts à se défendre contre la pourriture.

 

Chêne majestueux, tu servis les auspices

De Saint Louis qui te choisit pour présider

La solennité de l’action de justice

En s’appuyant sur toi comme pour le guider.

 

Tu es associé aux quatre-vingt années

De vraie fidélité par les époux humains

Et tes feuilles sur le képi sont alignées

Comme le laurier sur les empereurs romains.

 

Arbre, je te touche de mes mains tout entières ;

Je ne peux t’enlacer : laisse-moi t’embrasser,

Tu es de toutes les espèces forestières

La seule cuirassée qu’on ne peut terrasser.

 

Et si tu me donnais un petit peu de toi

Pour construire en bas de mon village ma ferme ?

Tu pourrais allonger quelques doigts sous mon toit

Et un autre à l’entrée pour que la porte ferme.

 

Ah, comme je voudrais te laisser mon empreinte

En mourant avec toi dans un espace creux

Quand tu seras très vieux et que tu auras crainte

D’entendre croasser le commun corbeau freux.

 

Dis, quand je te quittais, chaque soir, attendri

Par tes enchantements, je pleurais en silence ;

Une fois, je maudis douze ailes de perdrix

Volant par-dessus toi : mon dieu, quelle insolence !

 Jean-Michel Bollet - poète - Le chêne 
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19 novembre 2021 5 19 /11 /novembre /2021 23:54

 

Alfred Victor de Vigny (1797-1863) écrivain, romancier, dramaturge et poète français.

Recueil : "Poèmes antiques et modernes"

Écrit en 1815.

 

Idylle dans le goût de Théocrite

 

La Dryade

 

Honorons d’abord la Terre, qui, la première entre les dieux, rendit
ici les oracles…

J’adore aussi les nymphes.
Eschyle.

 

Vois-tu ce vieux tronc d’arbre aux immenses racines ?

Jadis il s’anima de paroles divines ;

Mais par les noirs hivers le chêne fut vaincu.

Et la dryade aussi, comme l’arbre, a vécu.

(Car, tu le sais, berger, ces déesses fragiles,

Envieuses des jeux et des danses agiles,

Sous l’écorce d’un bois où les fixa le sort,

Reçoivent avec lui la naissance et la mort.)

Celle dont la présence enflamma ces bocages

Répondait aux pasteurs du sein de verts feuillages,

Et, par des bruits secrets, mélodieux et sourds,

Donnait le prix du chant ou jugeait les amours.

Bathylle aux blonds cheveux, Ménalque aux noires tresses,

Un jour lui racontaient leurs rivales tendresses.

L’un parait son front blanc de myrte et de lotus ;

L’autre, ses cheveux bruns de pampres revêtus,

Offrait à la dryade une coupe d’argile ;

Et les roseaux chantants enchaînés par Bathylle,

Ainsi que le dieu Pan l’enseignait aux mortels,

S’agitaient, suspendus aux verdoyants autels.

J’entendis leur prière, et de leur simple histoire

Les Muses et le temps m’ont laissé la mémoire.

 

MÉNALQUE.

Ô déesse propice ! écoute, écoute-moi !

Les faunes, les sylvains dansent autour de toi,

Quand Bacchus a reçu leur brillant sacrifice ;

Ombrage mes amours, ô déesse propice !

 

BATHYLLE.

Dryade du vieux chêne, écoute mes aveux !

Les vierges, le matin, dénouant leurs cheveux,

Quand du brûlant amour la saison est prochaine,

T’adorent ; je t’adore, ô dryade du chêne !

 

MÉNALQUE.

Que Liber protecteur, père des longs festins,

Entoure de ses dons tes champêtres destins,

Et qu’en écharpe d’or la vigne tortueuse

Serpente autour de toi, fraîche et voluptueuse !

 

BATHYLLE.

Que Vénus te protège et t’épargne ses maux,

Qu’elle anime, au printemps, tes superbes rameaux ;

Et, si de quelque amour, pour nous mystérieuse,

Le charme te liait à quelque jeune yeuse,

Que ses bras délicats et ses feuillages verts

A tes bras amoureux se mêlent dans les airs !

 

MÉNALQUE.

Ida ! j’adore Ida, la légère bacchante :

Ses cheveux noirs, mêlés de grappes et d’acanthe,

Sur le tigre, attaché par une griffe d’or,

Roulent abandonnés ; sa bouche rit encor

En chantant Évoé ; sa démarche chancelle ;

Les pieds nus, ses genoux que la robe décèle,

S’élancent, et son oeil, de feux étincelant,

Brille comme Phébus sous le signe brûlant.

 

BATHYLLE.

C’est toi que je préfère, ô toi, vierge nouvelle,

Que l’heure du matin à nos désirs révèle !

Quand la lune au front pur, reine des nuits d’été,

Verse au gazon bleuâtre un regard argenté,

Elle est moins belle encor que ta paupière blonde,

Qu’un rayon chaste et doux sous son long voile inonde.

 

MÉNALQUE.

Si le fier léopard, que les jeunes sylvains

Attachent rugissant au char du dieu des vins,

Voit amener au loin l’inquiète tigresse

Que les faunes, troublés par la joyeuse ivresse,

N’ont pas su dérober à ses regards brûlants,

Il s’arrête, il s’agite, et de ses cris roulants

Les bois sont ébranlés ; de sa gueule béante,

L’écume coule à flots sur une langue ardente ;

Furieux, il bondit, il brise ses liens,

Et le collier d’ivoire et les jougs phrygiens :

Il part, et, dans les champs qu’écrasent ses caresses,

Prodigue à ses amours de fougueuses tendresses.

Ainsi, quand tu descends des cimes de nos bois,

Ida ! lorsque j’entends ta voix, ta jeune voix,

Annoncer par des chants la fête bacchanale,

Je laisse les troupeaux, la bêche matinale,

Et la vigne et la gerbe où mes jours sont liés :

Je pars, je cours, je tombe et je brûle à tes pieds.

 

BATHYLLE.

Quand la vive hirondelle est enfin réveillée,

Elle sort de l’étang, encore toute mouillée,

Et, se montrant au jour avec un cri joyeux,

Au charme d’un beau ciel, craintive, ouvre les yeux ;

Puis, sur le pâle saule, avec lenteur voltige,

Interroge avec soin le bouton et la tige ;

Et, sûre du printemps, alors, et de l’amour,

Par des cris triomphants célèbre leur retour.

Elle chante sa joie aux rochers, aux campagnes,

Et, du fond des roseaux excitant ses compagnes :

"Venez ! dit-elle ; allons, paraissez, il est temps !

Car voici la chaleur, et voici le printemps."

Ainsi, quand je te vois, ô modeste bergère !

Fouler de tes pieds nus la riante fougère,

J’appelle autour de moi les pâtres nonchalants,

A quitter le gazon, selon mes vœux, trop lents ;

Et crie, en te suivant dans ta course rebelle :

"Venez ! oh ! venez voir comme Glycère est belle !"

 

MÉNALQUE.

Un jour, jour de Bacchus, loin des jeux égaré,

Seule je la surpris au fond du bois sacré :

Le soleil et les vents, dans ces bocages sombres,

Des feuilles sur ses traits faisaient flotter les ombres ;

Lascive, elle dormait sur le thyrse brisé ;

Une molle sueur, sur son front épuisé,

Brillait comme la perle en gouttes transparentes,

Et ses mains, autour d’elle, et sous le lin errantes,

Touchant la coupe vide, et son sein tour à tour,

Redemandaient encore et Bacchus et l’Amour.

 

BATHYLLE.

Je vous adjure ici, nymphes de la Sicile,

Dont les doigts, sous les fleurs, guident l’onde docile ;

Vous reçûtes ses dons, alors que sous nos bois,

Rougissante, elle vint pour la première fois.

Ses bras blancs soutenaient sur sa tête inclinée

L’amphore, œuvre divine aux fêtes destinée,

Qu’emplit la molle poire, et le raisin doré,

Et la pêche au duvet de pourpre coloré ;

Des pasteurs empressés l’attention jalouse

L’entourait, murmurant le nom sacré d’épouse ;

Mais en vain : nul regard ne flatta leur ardeur ;

Elle fut toute aux dieux et toute à la pudeur.

 

Ici, je vis rouler la coupe aux flancs d’argile ;

Le chêne ému tremblait, la flûte de Bathylle

Brilla d’un feu divin ; la dryade un moment,

Joyeuse, fit entendre un long frémissement,

Doux comme les échos dont la voix incertaine

Murmure la chanson d’une flûte lointaine.

 

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19 novembre 2021 5 19 /11 /novembre /2021 23:53

 

Jean de La Fontaine (1621-1695) poète français de grande renommée, principalement pour ses Fables et dans une moindre mesure pour ses contes. 

1668

 

Le chêne et le roseau

 

Le Chêne un jour dit au Roseau :

Vous avez bien sujet d'accuser la Nature ;

Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.

Le moindre vent qui d'aventure

Fait rider la face de l'eau,

Vous oblige à baisser la tête :

Cependant que mon front, au Caucase pareil,

Non content d'arrêter les rayons du Soleil,

Brave l'effort de la tempête.

Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphir.

Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage

Dont je couvre le voisinage,

Vous n'auriez pas tant à souffrir :

Je vous défendrais de l'orage ;

Mais vous naissez le plus souvent

Sur les humides bords des Royaumes du vent.

La nature envers vous me semble bien injuste.

— Votre compassion, lui répondit l'Arbuste,

Part d'un bon naturel ; mais quittez ce souci.

Les vents me sont moins qu'à vous redoutables.

Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici

Contre leurs coups épouvantables

Résisté sans courber le dos ;

Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots

Du bout de l'horizon accourt avec furie

Le plus terrible des enfants

Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.

L'Arbre tient bon ; le Roseau plie.

Le vent redouble ses efforts,

Et fait si bien qu'il déracine

Celui de qui la tête au Ciel était voisine,

Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts.

Georges Fraipont (1873-1912) le chêne et le roseau

Jean de La Fontaine (1621-1695) - poète français - Le chêne et le roseau
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19 novembre 2021 5 19 /11 /novembre /2021 23:52

 

Jean de La Fontaine (1621-1695) poète fabuliste française

 

Le Gland et la Citrouille


Dieu fait bien ce qu'il fait. Sans en chercher la preuve

En tout cet Univers, et l'aller parcourant,

Dans les Citrouilles je la trouve.

Un villageois considérant,

Combien ce fruit est gros et sa tige menue :

A quoi songeait, dit-il, l'Auteur de tout cela ?

Il a bien mal placé cette Citrouille-là !

Hé parbleu ! Je l'aurais pendue

A l'un des chênes que voilà.

C'eût été justement l'affaire ;

Tel fruit, tel arbre, pour bien faire.

C'est dommage, Garo, que tu n'es point entré

Au conseil de celui que prêche ton Curé :

Tout en eût été mieux ; car pourquoi, par exemple,

Le Gland, qui n'est pas gros comme mon petit doigt,

Ne pend-il pas en cet endroit ?

Dieu s'est mépris : plus je contemple

Ces fruits ainsi placés, plus il semble à Garo

Que l'on a fait un quiproquo.

Cette réflexion embarrassant notre homme :

On ne dort point, dit-il, quand on a tant d'esprit.

Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme.

Un gland tombe : le nez du dormeur en pâtit.

Il s'éveille ; et portant la main sur son visage,

Il trouve encor le Gland pris au poil du menton.

Son nez meurtri le force à changer de langage ;

Oh, oh, dit-il, je saigne ! et que serait-ce donc

S'il fût tombé de l'arbre une masse plus lourde,

Et que ce Gland eût été gourde ?

Dieu ne l'a pas voulu : sans doute il eut raison ;

J'en vois bien à présent la cause.

En louant Dieu de toute chose,

Garo retourne à la maison.

 Jean de La Fontaine (1621-1695) poète fabuliste française
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28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 23:18

 

Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945), poétesse, romancière, journaliste, historienne, sculptrice et dessinatrice française.

(Ferveur, 1902)

 

 

Une pomme

 

L’odeur de mon pays était dans une pomme.

Je l’ai mordue avec les yeux fermés du somme,

Pour me croire debout dans un herbage vert.

L’herbe haute sentait le soleil et la mer,

L’ombre des peupliers y allongeaient des raies,

Et j’entendais le bruit des oiseaux, plein les haies,

Se mêler au retour des vagues de midi…

 

Combien de fois, ainsi, l’automne rousse et verte

Me vit-elle, au milieu du soleil et, debout,

Manger, les yeux fermés, la pomme rebondie

De tes prés, copieuse et forte Normandie ?…

Ah! je ne guérirai jamais de mon pays!

N’est-il pas la douceur des feuillages cueillis

Dans la fraîcheur, la paix et toute l’innocence?

 

Et qui donc a jamais guéri de son enfance ?…

Lucie Delarue-Mardrus (1874-1945) - poétesse - Une pomme
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27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 21:13


 

Guillaume Alexis Florent Prevel (1978) poète


Le pommier en fleurs


Joli pommier aux fleurs pastel

Reprend vigueur et force

Des racines jusqu’à l’écorce

Sous l’ombre furtive des premières hirondelles

 

Et laisse se poser sur tes petits bouquets

Roses pâles et ceux violacés

Les papillons courageux des soleils frisquets

Et réchauffe-les pour moi dans tes branches enlacées.

Henri Eisenberg pommier en fleurs

Henri Eisenberg pommier en fleurs

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27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 21:12

 

Jules Supervielle, (1884-1960) poète et écrivain franco-uruguayen.

 

Le pommier

 

A force de mourir et de n’en dire rien

Vous aviez fait un jour jaillir, sans y songer,

Un grand pommier en fleurs au milieu de l’hiver

Et des oiseaux gardaient de leurs becs inconnus

L’arbre non saisonnier, comme en plein mois de mai,

Et des enfants joyeux de soleil et de brume

Faisaient la ronde autour, à vivre résolus.

Ils étaient les témoins de sa vitalité.

Et l’arbre de donner ses fruits sans en souffrir

Comme un arbre ordinaire, et, sous un ciel de neige,

De passer vos espoirs de toute sa hauteur.

Et son humilité se voyait de tout près.

Oui, craintive, souvent, vous vous en approchiez.

Édouard Edmond Doigneau (1865-1954) - cueillette des pommes

Édouard Edmond Doigneau (1865-1954) - cueillette des pommes

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27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 21:11

 

Pierre Gamarra (1919-2009) écrivain français, romancier, poète et critique. Il est aussi l'auteur d'essais et de pièces de théâtre.

 

Pépin de pomme

 

Graine de pomme dans ma main,

Goutte brune, tendre pépin,

Je tiens le pommier dans ma main.

 

 Je tiens le tronc et les ramures

Et les feuilles et les murmures,

La chanson des oiseaux vivants

Et les mille routes du vent.


 
Graine fine, pépin léger,

Dans ma main, je tiens le pommier,

Pépin menu, graine fragile,

Si je te jette au sol profond,

Par dessous les pluies et les neiges,

Voici les fleurs, voici les fruits,

La lune sur les pommes bleues,

Le soleil sur les pommes rouges,

Et mon coeur qui bouge, qui bouge

Dans la romance des pommiers.

Pierre Gamarra (1919-2009) - écrivain français, romancier, poète -
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27 octobre 2021 3 27 /10 /octobre /2021 21:10

 

1961


Eugène Guillevic (1907-1997) poète français. 

Carnac - éditions Gallimard, 1961.


 Le pommier

 

"Dans l'arbre privé de fruits et de feuilles

Qui déjà se lasse

 

Des rameaux jouant pour ne pas trop voir

Le soleil couchant

 

Une pomme est restée

Au milieu des branches.

 

Et rouge à crier

Crie au bord du temps"

Eugène Guillevic (1907-1997) - poète français. -  Le pommier
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