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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 00:58
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.


Céres Eleusine

        La nuit des vergers bleus d’acanthes,
        Des jardins pourpres d’aloès,
        Attend l’Evohé des Bacchantes
        Et les mystères de Cérès.

        Dans le temple aux flammes païennes,
        Le soir, accroupi comme un sphinx,
        Contemple les Musiciennes,
        Evocatrices de Syrinx.

        Une étrange et pâle prêtresse,
        Délaissant l’autel de Vénus,
        Apporte à la Bonne Déesse
        Les daturas et les lotus.

        Car la blonde enlace la brune,
        Et les servantes d’Ashtaroth,
        Aux vêtements de clair de lune,
        Te narguent, Deus Sabaoth.

        Les nonnes et les courtisanes,
        Mêlant la belladone au lys,
        Chantent les Te Deum profanes
        Et les joyeux De profundis.


Antoine Watteau (1684-1721)
Ceres
15ceres23
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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 00:22
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.




Velléda
Évocations 

Son pas a la douceur des brises sous les branches,
Et les perles du gui, les violettes blanches
Parent suavement ses cheveux aux blonds verts.

Les roses, découvrant leurs rires entr’ouverts,
Effleurent Velléda, la jeune Druidesse.

Les chênes éternels, dont elle est la Prêtresse,
Lui dirent autrefois, d’un murmure lassé,
Ce qu’ils ont recueilli de l’ombre et du passé.

La sagesse et la paix des arbres sont en elle.
L’hiver l’ensevelit, l’été la renouvelle.

Vierge, elle aime d’amour la neige sur les bois,
Et le chant des oiseaux ruisselle dans sa voix.
Ses yeux verts ont gardé la fraîcheur des feuillages.

Sa grave solitude ignore les visages.
Les arbres seuls ont appris ses rêves fervents.

Par les terribles nuits où s’acharnent les vents,
Son être se déchire en des clameurs hautaines,
Tordu comme le corps tourmenté des grands chênes
Que brise aveuglément le souffle des hivers,
Et ses regards d’effroi reflètent les éclairs.
D’incohérents sanglots et d’étranges paroles
Se heurtent, sourdement, entre ses lèvres folles,
Les cris de l’ouragan se mêlent à ses cris.

La foule écoute, avec des regards assombris,
La pâle Prophétesse aux colères divines.
La Prophétesse voit des meurtres, des ruines,
Dans le sang de l’automne et la pourpre du soir,
Des empires brisés, des temples sans espoir,
Des fuites de vaincus au profond des vallées,
Et des voiles de deuil de femmes exilées.
Sa chair froide est en proie aux livides sueurs…

À l’aube de sa mort, d’incertaines lueurs
De soleil brilleront sur l’immense détresse
De la forêt et sur la blême Druidesse,
Ceinte de lys des bois que l’orage a broyés,
Expirante, parmi les chênes foudroyés.

Voillemot André Charles (1823-1893)
Velléda
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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 01:47
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.



Gellô
Évocations 
Γέλλως παιδοφιλώτερα.
Ψάπφα.


Gellô fut autrefois une vierge aux cheveux
Plus doux que le reflet de la lune sur l’onde,
Et mourut sans frémir de l’angoisse profonde,
Sans avoir connu le mensonge des aveux.
Elle hait le désir qui profane l’Épouse,
Elle erre dans la nuit, inquiète et jalouse.

Elle cueille la fleur des bouches sans baisers,
Car elle aime d’amour les vierges aux seins frêles,
Et les emporte au loin sur un lit d’asphodèles
Où traînent longuement les sanglots apaisés.
Tu ne connaîtras point les effrois de l’Épouse,
O vierge ! car voici Gellô pâle et jalouse.

Bacchante de la Mort ivre de chasteté,
Elle te parera de violettes blanches,
Des jeunes frondaisons et des premières branches.
Elle t’entourera d’un printemps sans été…
Tu ne connaîtras point les réveils de l’Épouse,
O vierge ! car voici Gellô pâle et jalouse…


Illustration mcp
Gellô
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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 00:48
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.


Thrène
Sillages

 
        A.
        Femmes, pour revêtir ce corps dans le tombeau
        Avez-vous su tisser un linceul assez beau ?

        B.
        Avec un soin pieux nous l’avons embaumée,
        Cette morte qui fut pour nous la sœur aimée.

        A.
        Joignez les mains, priez pour l’âme qui s’enfuit,
        Et s’éloigne, très triste et seule, dans la nuit…

        B.
        Nous pleurons sur la mort de celle qui fut belle
        Et pour qui nous tramons ce linceul de dentelle…

        A.
        Prouvez-lui votre amour et votre loyauté
        En servant dans la mort sa dernière beauté !

        B.
        Tissons pour cette morte adorable et chérie
        Un voile comparable au voile de Marie…

        A.
        Disposez avec art ses cheveux sur son front,
        Sachant qu’à votre tour d’autres vous pareront.

        B.
        Nous cueillons, en pleurant, les tristes asphodèles…
        Dieu bienfaisant, donnez à cette âme des ailes !


Illustration mcp
Thrène
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7 janvier 2014 2 07 /01 /janvier /2014 00:39
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.


Aurore triste
Amour triste
Évocations

L’aurore a la pâleur verdâtre d’une morte,
Elle semble une frêle et tremblante Alkestis
Qui, les pas vacillants, vient frapper à la porte
Où l’amour l’accueillait en souriant, jadis.

Elle a quitté les flots qui roulent des étoiles,
Les jardins nébuleux où dort Perséphoné,
Ceinte de pavots blancs et vierge sous les voiles,
Et le doux crépuscule au sourire fané.

Elle a quitté l’Hadès et l’éternel automne,
Le reflet des roseaux et l’ombre des iris
Sur l’onde sans reflux, qui jamais ne frissonne.
L’aube semble une frêle et tremblante Alkestis.

Longtemps elle s’attarde au seuil de la demeure
Dont hier elle fut la parure et l’espoir,
Et contemple le monde où la volupté pleure,
Avec des yeux nouveaux qui s’attristent de voir.


Illustration mcp
Aurore triste
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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 01:50
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.


Les Solitaires
Évocations 

Ceux-là dont les manteaux ont des plis de linceuls
Savent la volupté divine d’être seuls.

Leur sagesse a pitié de l’ivresse des couples,
De l’étreinte des mains, des pas aux rythmes souples.

Ceux dont le front se cache en l’ombre des linceuls
Savent la volupté divine d’être seuls.

Ils contemplent l’aurore et l’aspect de la vie
Sans dégoût, et plus d’un qui les plaint les envie.

Ceux qui cherchent la paix du soir et des linceuls
Savent la volupté divine d’être seuls.

L’eau profonde des puits cachés les désaltère.
Ils écoutent germer les roses sous la terre,

Ils perçoivent l’écho des couleurs, le reflet
Des sons, le printemps bleu, l’automne violet,

Ils goûtent la saveur du vent et des ténèbres,
Et leurs yeux sont pareils à des torches funèbres.

Ceux-là dont les manteaux ont des plis de linceuls
Savent la volupté divine d’être seuls.

Illustration mcp
Solitaire
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29 décembre 2013 7 29 /12 /décembre /2013 03:03
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.


Regard en arrière
Sillages

 
    J’admirais autrefois les splendides vainqueurs
    Vers qui monte la flamme extatique des cœurs.

    Mais je n’aime aujourd’hui que les vaincues très calmes
    Dont le sang fier ternit la verdure des palmes.

    Moi qui compte à pas lents le chemin du retour,
    J’aimais hier la gloire évidente du jour.

    Mais je sers aujourd’hui la nuit, ma souveraine,
    Qui seule inspire une âme orgueilleuse et sereine.

    Parmi le peuple, hier encor je contemplais
    D’un regard ébahi le fronton des palais.

    Je n’aime maintenant que les grandes ruines
    Où tardent, en pleurant, les présences divines.

    Je me tais, je m’enfuis et d’un geste lassé
    Je drape sur mon cœur la pourpre du passé.

    Qu’un hasard guide enfin mon désespoir tranquille
    Vers l’eau d’une oasis ou les berges d’une île,

    Où je puisse dormir, mon voyage accompli,
    Dans la sécurité profonde de l’oubli.

Illustratrion mcp
Regard en arrière
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28 décembre 2013 6 28 /12 /décembre /2013 02:24
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.


Toi, notre Père Odin
À l’heure des mains jointes

 
Le vent d’hiver s’élance, audacieux et fort,
Ainsi que les Vikings, en leur nobles colères.
La tempête a soufflé sur les pins séculaires
Et les flots ont bondi… Venez, mes Dieux du Nord !

Vos yeux ont le reflet des lames boréales,
Les abîmes vous sont de faciles chemins,
Et vous êtes grands et sveltes comme les pins,
O maîtres des cieux froids et des races loyales !
Mes Dieux du Nord, hardis et blonds, réveillez-vous
De votre long sommeil dans les neiges hautaines,
Et faites retentir vos appels sur les plaines
Où se prolonge au soir le hurlement des loups.

Venez, mes Dieux du Nord aux faces aguerries,
Toi, notre père Odin, toi dont les cheveux d’or,
Freya, sont pleins d’odeurs, et toi, valeureux Thor,
Toi, Fricka volontaire, et vous, mes Valkyries !

Ecoutez-moi, mes Dieux, pareils aux clairs matins :
Je suis la fille de vos Skaldes vénérables,
De ceux qui vous louaient, debout auprès des tables
Où les héros buvaient l’hydromel des festins.

Venez, mes Dieux puissants, car notre hiver est proche,
Nous allons rire avec les joyeux ouragans,
Nous abattrons le chêne épargné par les ans,
Et les monts trembleront jusqu’en leur cœur de roche !
Nous poserons nos pieds triomphants sur les mers,
Nous nous réjouirons de la danse des vagues ;
Pour nous s’animeront les brumes, formes vagues,
Et pour nous brilleront les sillons de l’éclair.

Les mouettes crieront vers nous et vers l’orage
Que nous apporterons dans le creux de nos mains…
Or voici qu’on entend les combats surhumains
Et le cri des vaincus sur le blême rivage.

Voici, mes Dieux, que vous riez comme autrefois
Et que l’aigle tournoie au-dessus de son aire.
Nous avons déchaîné la meute du tonnerre,
Et les falaises ont reconnu notre voix.

La terre écoutera nos farouches musiques,
Et les cieux révoltés ploieront sous notre effort…
Venez à moi qui vous attends, mes Dieux du Nord !
Je suis la fille de vos Skaldes héroïques…


Odin et Saga (fille d'Odin) déesse de la poésie
odin-et-saga-deesse-de-la-poesie.jpg
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27 décembre 2013 5 27 /12 /décembre /2013 01:49
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.



To the Sunset Goddess
Évocations
 
 
Tes cheveux sont pareils aux feuillages d’automne,
Déesse du Couchant, des Ruines, du Soir !
Le sang du crépuscule est ta rouge couronne,
Tu choisis les marais stagnants pour ton miroir.

L’odeur des lys fanés et des branches pourries
S’exhale de ta robe aux plis lassés : tes yeux
Suivent avec langueur les pâles rêveries :
Dans ta voix pleure encor le sanglot des adieux.

Tu ressembles à tout ce qui penche et décline.
Passive, et comprimant la douleur sans appel
Dont ton corps a gardé l’attitude divine,
Tu parais te mouvoir dans un souffle irréel.

Ah ! l’ardeur brisée, ah ! la savante agonie
De ton être expirant dans l’amour, ah ! l’effort
De tes râles ! — Au fond de l’angoisse infinie,
Je savoure le goût et l’odeur de la Mort.

Illustration mcp
Coucher de soleil
http://img1.picmix.com/output/pic/original/6/7/2/2/2762276_deb36.jpg
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24 décembre 2013 2 24 /12 /décembre /2013 01:22
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.


Locusta
Cendres et poussières

 
        Nul n’a mêlé ses pleurs au souffle de ma bouche,
        Nul sanglot n’a troublé l’ivresse de ma couche,
        J’épargne à mes amants les rancœurs de l’amour.

        J’écarte de leur front la brûlure du jour,
        J’éloigne le matin de leurs paupières closes,
        Ils ne contemplent pas l’accablement des roses.

        Seule je sais donner des nuits sans lendemains.

        Je sais les strophes d’or sur le mode saphique,
        J’enivre de regards pervers et de musique
        La langueur qui sommeille à l’ombre de mes mains.

        Je distille les chants, l’énervante caresse
        Et les mots d’impudeur murmurés dans la nuit.
        J’estompe les rayons, les senteurs et le bruit.

        Je suis la tendre et la pitoyable Maîtresse.

        Car je possède l’art des merveilleux poisons,
        Insinuants et doux comme les trahisons
        Et plus voluptueux que l’éloquent mensonge.

        Lorsque, au fond de la nuit, un râle se prolonge
        Et se mêle à la fuite heureuse d’un accord,
        J’effeuille une couronne et souris à la Mort.

        Je l’ai domptée ainsi qu’une amoureuse esclave.
        Elle me suit, passive, impénétrable et grave,
        Et je sais la mêler aux effluves des fleurs

        Et la verser dans l’or des coupes des Bacchantes.

        J’éteins le souvenir importun du soleil
        Dans les yeux alourdis qui craignent le réveil
        Sous le regard perfide et cruel des amantes.

        J’apporte le sommeil dans le creux de mes mains.
        Seule je sais donner des nuits sans lendemains.
Illustration mcp
Locusta
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