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5 avril 2014 6 05 /04 /avril /2014 01:49
Émile Verhaeren,
né à Saint-Amand dans la province d'Anvers, Belgique, le 21 mai 1855 et mort à Rouen le 27 novembre 1916,
est un poète belge flamand, d'expression française, influencé par le symbolisme, il pratique le vers libre avec lyrisme sur un ton d'une grande musicalité.


La dame en noir
Les flambeaux noirs

- Dans la ville d'ébène et d'or, 
Sombre dame des carrefours, 
Qu'attendre, après tant de jours, 
Qu'attendre encor ?

- Les chiens du noir espoir ont aboyé, ce soir, 
Vers les lunes de mes deux yeux, 
Si longuement, vers mes deux yeux silencieux, 
Si longuement et si terriblement, ce soir, 
Vers les lunes de mes deux yeux en noir.

Dites, quels feux agitent-ils mes crins, 
Pour affoler ainsi ces chiens, 
Et quelle ardeur règne en mes reins 
Et dans mon corps toisonné d'or ?

- Sombre dame des carrefours, 
Qu'attendre, après de si longs jours, 
Qu'aittendre ?

- Vers quel paradis noir font-ils voile mes seins,
Et vers quels horizons ameutés de tocsins ?
Dites, quel Walhalla tumultueux de fièvres
Ou quels chevaux cabrés vers l'amour sont mes lèvres ?

Dites, quel incendie et quel effroi 
Suis-je ? pour ces grands chiens, qui me lèchent ma rage, 
Et quel naufrage espèrent-il en mon orage 
Pour tant chercher leur mort en moi ?

- Sombre dame des carrefours, 
Qu'attendre après de si longs jours ?

- Mes yeux, comme des pierres d'or, 
Luisent pendant les nuits charnelles :
Je suis belle comme la mort 
Et suis publique aussi comme elle.

Aux douloureux traceurs d'éclairs 
Et de désirs sur mes murailles, 
J'offre le catafalque de mes chairs 
Et les cierges des funérailles.

Je leur donne tout mon remords 
Pour les soûler au seuil du porche, 
Et le blasphème de mon corps 
Brandi vers Dieu comme une torche.

Ils me savent comme une tour 
De fer et de siècles vêtue, 
Et s'exècrent en mon amour 
Qui les affole et qui les tue.

Ce qu'ils aiment - coeur saccagé, 
Esprit dément, âme incertaine 
C'est le dégoût surtout que j'ai 
De leurs baisers ou de leur haine.

C'est de trouver encore en moi 
Leur pourpre et noire parélie 
Et mon drapeau de rouge effroi 
Echevelé dans leur folie.

- Sombre dame des carrefours, 
Qu'attendre, après de si longs jours, 
Qu'attendre ?

- A cette heure de vieux soleil chargé de soir 
Qui se projette en éclats d'or sur le trottoir, 
Quand la ville s'allonge en un serpentement 
De feux et de chemins, vers cet aimant 
Toujours debout à l'horizon : la femme, 
Les chiens du désespoir 
Ont aboyé vers les yeux de mon âme, 
Si longuement vers mes deux yeux, 
Si longuement et si lointainement, ce soir, 
Vers les lunes de mes deux yeux en noir !

Dites, quel brûlement et quelle ardeur mes crins 
Font-ils courir au long de mon corps d'or ? 
Et de quelle fureur s'animent-ils mes reins, 
Devant les yeux hallucinés des chiens ?

Et moi aussi, dites, quel Walhalla de fièvres 
Vient à mon tour m'incendier les lèvres 
Et vers quels horizons ameutés de tocsins 
Et quels paradis noirs font-ils voile, mes seins ?

Dites, quel appel et quel effroi 
Viennent ce soir me chasser hors de moi, 
Sur les places, dans les villes, 
Reine foudroyante et servile ?

- Sombre dame des carrefours, 
Qu'attendre, après de si longs jours, 
Qu'attendre ?

- Hélas ! quand viendra-t-il, celui 
Qui doit venir - peut-être aujourd'hui -
Qui doit venir vers mon attente 
Fatalement, et qui viendra ?

La démence incurable et tourmentante, 
Qui donc en lui la sentira 
Monter jusqu'à mes seins qui hallucinent ? 
Vers les deux mains de ceux qui assassinent 
Mon corps se dresse ardent et blême ;
Je suis celle qui ne craint rien 
Et dont personne ne s'abstient : 
Je suis tentatrice suprême. 
Dites ? Qui donc doit me vouloir, ce soir, au fond d'un bouge ?

- Sombre dame des carrefours, 
Qu'attendre après de si longs jours, 
Qu'attendre ?

- J'attends tel homme an couteau rouge.


Illustration mcp
La dame en noir
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2 avril 2014 3 02 /04 /avril /2014 01:33
Émile Verhaeren,
né à Saint-Amand dans la province d'Anvers, Belgique, le 21 mai 1855 et mort à Rouen le 27 novembre 1916,
est un poète belge flamand, d'expression française, influencé par le symbolisme, il pratique le vers libre avec lyrisme sur un ton d'une grande musicalité. 

Chaque heure, où je songe à ta bonté

Chaque heure, où je songe à ta bonté
Si simplement profonde, 
Je me confonds en prières vers toi.

Je suis venu si tard
Vers la douceur de ton regard,
Et de si loin vers tes deux mains tendues,
Tranquillement, par à travers les étendues!

J'avais en moi tant de rouille tenace
Qui me rongeait à dents rapaces,
La confiance
J'étais si lourd, j'étais si las
J'étais si vieux de méfiance,
J'étais si lourd, j'étais si las
Du vain chemin de tous mes pas.

Je méritais si peu la merveilleuse joie
De voir tes pieds illuminer ma voie,
Que j'en reste tremblant encore et presque en pleurs 
Et humble à tout jamais, en face du bonheur.


Illustration mcp
Je songe à ta bonté
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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 23:56
Émile Verhaeren,
né à Saint-Amand dans la province d'Anvers, Belgique, le 21 mai 1855 et mort à Rouen le 27 novembre 1916,
est un poète belge flamand, d'expression française, influencé par le symbolisme, il pratique le vers libre avec lyrisme sur un ton d'une grande musicalité. 




Tu arbores parfois cette grâce bénigne

Tu arbores parfois cette grâce bénigne
Du matinal jardin tranquille et sinueux
Qui déroule, là-bas, parmi les lointains bleus, 
Ses doux chemins courbés en cols de cygne.

Et, d'autres fois, tu m'es le frisson clair
Du vent rapide et exaltant
Qui passe, avec ses doigts d'éclair, 
Dans les crins d'eau de l'étang blanc.

Au bon toucher de tes deux mains 
Je sens comme des feuilles 
Me doucement frôler ; 
Que midi brûle le jardin,
Les ombres, aussitôt, recueillent
Les paroles chères dont ton être a tremblé.

Chaque moment me semble, grâce à toi, 
Passer ainsi, divinement en moi ;
Aussi, quand l'heure vient de la nuit blême,
Où tu te cèles en toi-même
En refermant les yeux,
Sens-tu mon doux regard dévotieux,
Plus humble et long qu'une prière,
Remercier le tien sous tes closes paupières
Illustration mcp
Sebs-tu mon doux regard ?
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24 mars 2014 1 24 /03 /mars /2014 00:03
Émile Verhaeren,
né à Saint-Amand dans la province d'Anvers, Belgique, le 21 mai 1855 et mort à Rouen le 27 novembre 1916,
est un poète belge flamand, d'expression française, influencé par le symbolisme, il pratique le vers libre avec lyrisme sur un ton d'une grande musicalité. 


Avec mes sens, avec mon coeur ...

Avec mes sens, avec mon coeur et mon cerveau,
Avec mon être entier tendu comme un flambeau
Vers ta bonté et vers ta charité
Sans cesse inassouvies,
Je t'aime et te louange et je te remercie
D'être venue, un jour, si simplement,
Par les chemins du dévouement,
Prendre, en tes mains bienfaisantes, ma vie.

Depuis ce jour,
Je sais, oh ! quel amour
Candide et clair ainsi que la rosée 
Tombe de toi sur mon âme tranquillisée.

Je me sens tien, par tous les liens brûlants 
Qui rattachent à leur brasier les flammes ;
Toute ma chair, toute mon âme 
Monte vers toi, d'un inlassable élan ; 
Je ne cesse de longuement me souvenir
De ta ferveur profonde et de ton charme,
Si bien que, tout à coup, je sens mes yeux s'emplir,
Délicieusement, d'inoubliables larmes.

Et je m'en viens vers toi, heureux et recueilli, 
Avec le désir fier d'être à jamais celui 
Qui t'est et te sera la plus sûre des joies.
Toute notre tendresse autour de nous flamboie ;
Tout écho de mon être à ton appel répond ; 
L'heure est unique et d'extase solennisée
Et mes doigts sont tremblants, rien qu'à frôler ton front, 
Comme s'ils y touchaient l'aile de tes pensées.


Illustration mcp
Amour candide
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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 00:13
Émile Verhaeren,
né à Saint-Amand dans la province d'Anvers, Belgique, le 21 mai 1855 et mort à Rouen le 27 novembre 1916,
est un poète belge flamand, d'expression française, influencé par le symbolisme, il pratique le vers libre avec lyrisme sur un ton d'une grande musicalité. 


Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie

Dis-moi, ma simple et ma tranquille amie,
Dis, combien l'absence, même d'un jour,
Attriste et attise l'amour ,
Et le réveille, en ses brûlures endormies ?

Je m'en vais au-devant de ceux
Qui reviennent des lointains merveilleux
Où, dès l'aube, tu es allée ;
Je m'assieds sous un arbre, au détour de l'allée ;
Et, sur la route, épiant leur venue,
Je regarde et regarde, avec ferveur, leurs yeux
Encor clairs de t'avoir vue.

Et je voudrais baiser leurs doigts qui t'ont touchée,
Et leur crier des mots qu'ils ne comprendraient pas,
Et j'écoute longtemps se cadencer leur pas
Vers l'ombre où les vieux soirs tiennent la nuit penchée.
Illustration mcp
Je m'assied sous un arbre
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11 mars 2014 2 11 /03 /mars /2014 00:45
Émile Verhaeren,
né à Saint-Amand dans la province d'Anvers, Belgique, le 21 mai 1855 et mort à Rouen le 27 novembre 1916,
est un poète belge flamand, d'expression française, influencé par le symbolisme, il pratique le vers libre avec lyrisme sur un ton d'une grande musicalité. 

Viens lentement t'asseoir

Viens lentement t'asseoir
Près du parterre dont le soir
Ferme les fleurs de tranquille lumière,
Laisse filtrer la grande nuit en toi :
Nous sommes trop heureux pour que sa mer d'effroi
Trouble notre prière.

Là-haut, le pur cristal des étoiles s'éclaire :
Voici le firmament plus net et translucide
Qu'un étang bleu ou qu'un vitrail d'abside ;
Et puis voici le ciel qui regarde à travers.

Les mille voix de l'énorme mystère
Parlent autour de toi,
Les mille lois de la nature entière
Bougent autour de toi,
Les arcs d'argent de l'invisible
Prennent ton âme et sa ferveur pour cible.
Mais tu n'as peur, oh ! simple coeur,
Mais tu n'as peur, puisque ta foi
Est que toute la terre collabore
A cet amour que fit éclore
La vie et son mystère en toi.

Joins donc les mains tranquillement
Et doucement adore ;
Un grand conseil de pureté
Flotte, comme une étrange aurore,
Sous les minuits du firmament.


Illustration mcp
Viens lentement t'asseoir
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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 01:18
Max Elskamp, est né le 5 mai 1862 à Anvers où il est mort le 10 décembre 1931.

C' est un poète symboliste belge, qui  fut membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises.


A ma mère

Ô Claire, Suzanne, Adolphine,
Ma Mère, qui m'étiez divine,

Comme les Maries, et qu'enfant,
J'adorais dès le matin blanc

Qui se levait là, près de l'eau,
Dans l'embrun gris monté des flots,

Du fleuve qui chantait matines
À voix de cloches dans la bruine ;

Ô ma Mère, avec vos yeux bleus,
Que je regardais comme cieux,

Penchés sur moi tout de tendresse,
Et vos mains elles, de caresses,

Lorsqu'en vos bras vous me portiez
Et si douce me souriiez,

Pour me donner comme allégresse
Du jour venu qui se levait,

Et puis après qui me baigniez
Nu, mais alors un peu revêche,

Dans un bassin blanc et d'eau fraîche,
Aux aubes d'hiver ou d'été.

Ô ma Mère qui m'étiez douce
Comme votre robe de soie,

Et qui me semblait telle mousse
Lorsque je la touchais des doigts,

Ma Mère, avec aux mains vos bagues
Que je croyais des cerceaux d'or,

Lors en mes rêves d'enfant, vagues,
Mais dont il me souvient encor ;

Ô ma Mère aussi qui chantiez,
Parfois lorsqu'à tort j'avais peine,

Des complaintes qui les faisaient
De mes chagrins choses sereines,

Et qui d'amour me les donniez
Alors que pour rien, je pleurais.

Ô ma Mère, dans mon enfance,
J'étais en vous, et vous en moi,

Et vous étiez dans ma croyance,
Comme les Saintes que l'on voit,

Peintes dans les livres de foi
Que je feuilletais sans science,

M'arrêtant aux anges en ailes
À l'Agneau du Verbe couché,

Et à des paradis vermeils
Où les âmes montaient dorées.

Et vous m'étiez la Sainte-Claire,
Et dont on m'avait lu le nom,

Qui portait comme de lumière
Un nimbe peint autour du front.

*

Mais temps qui va et jours qui passent,
Alors, ma Mère, j'ai grandi,

Et vous m'avez été l'amie
Aux heures où j'avais l'âme lasse,

Ainsi que parfois dans la vie
Il en est d'avoir trop rêvé

Et sur la voie qu'on a suivie
De s'être ainsi souvent trompé.

Et vous m'avez lors consolé
Des mauvais jours dont j'étais l'hôte,

Et m'avez aussi pardonné
Parfois encore aussi mes fautes,

Ma Mère, qui lisiez en moi,
Ce que je pensais sans le dire,

Et saviez ma peine ou ma joie
Et me l'avériez d'un sourire.

*

Claire, Suzanne, Adolphine,
Ô ma Mère, des Écaussinnes,

À présent si loin qui dormez,
Vous souvient-il des jours d'été,

Là-bas en Août, quand nous allions,
Pour les visiter nos parents

Dans leur château de Belle-Tête,
Bâti en pierres de chez vous,

Et qui alors nous faisaient fête
À vous, leur fille, ainsi qu'à nous,

En cette douce Wallonie
D'étés clairs là-bas, en Hainaut,

Où nous entendions d'harmonie,
Comme une voix venue d'en-haut,

Le bruit des ciseaux sur les pierres
Et qui chantaient sous les marteaux,

Comme cloches sonnant dans l'air
Ou mer au loin montant ses eaux,

Tandis que comme des éclairs
Passaient les trains sous les ormeaux.

Ô ma Mère des Écaussinnes,
C'est votre sang qui parle en moi,

Et mon âme qui se confine
En Vous, et d'amour, et de foi,

Car vous m'étiez comme Marie,
Bien que je ne sois pas Jésus,

Et lorsque vous êtes partie,
J'ai su que j'avais tout perdu.


Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
Mère et enfant
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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 00:16
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.
   
Les Vendeuses de Fleurs

        Elles attendent, dans l’or bleu d’un réverbère,
        Quand la nuit des cités tragiques délibère
        Au pied d’un réverbère.

        Elles attendent… Et, frissonnant de dégoût,
        Les Fleurs, sous leurs doigts gris, leur haleine d’égout,
        Ont blêmi de dégoût.

        L’âpre fraternité de leurs petites haines
        Epie en frémissant les Vendeuses obscènes
        Que menacent leurs haines.

        Les violettes ont une âme de venin…
        Les lilas, affectant un sourire bénin,
        Composent leur venin.

        Les Vendeuses, mâchant des relents de rogommes,
        Roulent leurs yeux pareils aux yeux rouges des hommes
        Où luisent les rogommes.

        Maléfiques, les Fleurs distillent l’opium
        Et le haschisch de leurs parfums… Le simple rhum
        S’aiguise d’opium.

        Les Fleurs font miroiter leurs gloires orgiaques
        Dans la boue, et font rire, au creux sombre des flaques,
        Les rêves orgiaques.

        Les Fleurs ont recueilli les miasmes du Sud.
        Leur mémoire, profonde ainsi qu’un soir Talmud,
        Sait les poisons du Sud.

        Les Vendeuses, avec des rires d’hystériques,
        Jettent, en éructant leurs impudents cantiques,
        Des appels d’hystériques,

        Et leur bave sanglante a souillé le trottoir…
        Les Vendeuses, avec des clameurs d’abattoir,
        Roulent sur le trottoir.


Louis-Marie de Schryver (1862-1942)
 La marchande de fleurs
Louis-Marie-de-Schryver-1862-1942-la-marchande-de-fleurs.jpg
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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 00:58
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.

       

  Lucidité
          Cendres et poussières

 
            Tendre à qui te lapide et mortelle à qui t’aime,
            Tu fais de l’attitude un règne de poème,
            O femme dont la grâce enfantine et suprême
            Triomphe dans la fange et les pleurs et le sang !

            Tu n’aimes que la main qui meurtrit ta faiblesse,
            La parole qui trompe et le baiser qui blesse,
            L’antique préjugé qui ment avec noblesse
            Et le désir d’un jour qui sourit en passant.

            Férocité passive, hypocritement douce,
            Pour t’attirer, il faut que le geste repousse :
            Ta chair inerte appelle, en râlant, la secousse.
            Tu n’as que le respect du geste triomphant.

            Esclave du hasard, des choses et de l’heure,
            Etre ondoyant en qui rien de vrai ne demeure,
            Tu n’accueilles jamais la passion qui pleure
            Ni l’amour qui languit sous ton regard d’enfant.

            Le baume du banal et le fard du factice,
            Créature d’un jour ! contentent ton caprice,
            Et ton corps se dérobe entre les mains et glisse…

            Jamais tu n’entendis le cri du désespoir.
            Jamais tu ne compris la gravité d’un songe,
            D’un reflet dont le charme expirant se prolonge,
            D’un écho dans lequel le souvenir se plonge,
            Jamais tu ne pâlis à l’approche du soir.


Illustration mcp
Lucidité
lucidite--mcp.jpg
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14 février 2014 5 14 /02 /février /2014 01:55
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.

À la Femme aimée
Études et préludes

 
        Lorsque tu vins, à pas réfléchis, dans la brume,
        Le ciel mêlait aux ors le cristal et l’airain.
        Ton corps se devinait, ondoiement incertain,
        Plus souple que la vague et plus frais que l’écume.
        Le soir d’été semblait un rêve oriental
                                De rose et de santal.

        Je tremblais. De longs lys religieux et blêmes
        Se mouraient dans tes mains, comme des cierges froids.
        Leurs parfums expirants s’échappaient de tes doigts
        En le souffle pâmé des angoisses suprêmes.
        De tes clairs vêtements s’exhalaient tour à tour
                                L’agonie et l’amour.

        Je sentis frissonner sur mes lèvres muettes
        La douceur et l’effroi de ton premier baiser.
        Sous tes pas, j’entendis les lyres se briser
        En criant vers le ciel l’ennui fier des poètes
        Parmi des flots de sons languissamment décrus,
                                Blonde, tu m’apparus.

        Et l’esprit assoiffé d’éternel, d’impossible,
        D’infini, je voulus moduler largement
        Un hymne de magie et d’émerveillement.
        Mais la strophe monta bégayante et pénible,
        Reflet naïf, écho puéril, vol heurté,
                                Vers ta Divinité.




Illustration mcp
"Blonde tu m'apparus
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