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12 juillet 2013 5 12 /07 /juillet /2013 00:36
François L’Hermite, sieur du Soliers, dit Tristan L’Hermite, 

né à Janaillat (Creuse) au château de Soliers, dans la Marche, 1601 et mort à Paris le 7 septembre 1655, 

est un poète et dramaturge français.



Jalousie

Telle qu'était Diane, alors qu'imprudemment 
L'infortuné chasseur la voyait toute nue, 
Telle dedans un bain Clorinde s'est tenue, 
N'ayant le corps vêtu que d'un moite élément.

Quelque dieu dans ces eaux caché secrètement 
A vu tous les appas dont la belle est pourvue, 
Mais s'il n'en avait eu seulement que la vue, 
Je serais moins jaloux de son contentement.

Le traître, l'insolent, n'étant qu'une eau versée, 
L'a baisée en tous lieux, l'a toujours embrassée ; 
J'enrage de colère à m'en ressouvenir.

Cependant cet objet dont je suis idolâtre 
Après tous ces excès n'a fait pour le punir 
Que donner à son onde une couleur d'albâtre.

Gustave Courbet (1819-1877)
La femme à la vague
3 Courbet 1868la femme à la vague
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9 juillet 2013 2 09 /07 /juillet /2013 00:27
Jean Tortel,
 
né à Saint-Saturnin-lès-Avignon (Vaucluse) le 4 avril 1904 et mort le 2 mars 19931, 

est un poète et essayiste français.


La baigneuse est innocente

La baigneuse est innocente
Elle est blanche elle est dorée
Elle est transparente
Invisible à beaucoup

Et surprise entre l’eau et les feuilles
Fléchit légèrement les seins cachés
Par de longs doigts qui tremblent

Je ne sais d’où cette clarté surgit
Ou de l’irrespirable gouffre
Ou bien d’un espace inconnu
Aux corps impurs

Et seule
Mais ruisselle mais scintille
Seule et mouillée

Embarrassés des basses branches
Qui bougent pour toucher un corps
Nu absolument nu
Engagée sans pudeur à travers les désirs

Auguste Renoir (1841-1919)
Jeune baigneuse
11-jeune-femme-se-baignant-renoir.jpg

(Jean Tortel)
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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 00:54

Camille-André Lemoyne,

né à Saint-Jean-d'Angély le 27 novembre 1822 et mort 28 février 1907 dans cette même ville,

est un poète et romancier français.

André Lemoyne figure dans la liste des poètes nommés dans la lettre de Rimbaud à Paul Demeny, dite Lettre du Voyant.




Recueil : Les charmeuses (1864).
Baigneuse.

Si je suis reine au bal dans ma robe traînante, 
Noyant mon petit pied dans un flot de velours, 
Je suis belle en sortant de mes grands cerceaux lourds : 
Je n'ai rien à gagner dans leur prison gênante.

Voyant mes cheveux d'or ondoyer sur mes reins, 
La Vénus à la Conque aurait pâli d'envie. 
Comme elle, sur les eaux, tritons et dieux marins, 
Tout frémissants d'amour, longtemps m'auraient suivie.

Ingres n'a pas trouvé de plus riche dessin. 
Quel merveilleux accord dans la grâce des lignes ! 
Ni taches, ni rousseurs... Pas de vulgaires signes 
Jurant sur les tons purs de l'épaule ou du sein.

Ma bouche est un écrin meublé de perles fines. 
J'ai de grands yeux plus doux que la fleur d'un bluet. 
Pour me faire si blanche avec ce corps fluet, 
Ma mère au fond d'un rêve a dû voir des hermines.

Que n'étais-je à la cour de France au temps jadis ! 
Quels sonnets m'eût chantés la Pléiade charmée ! 
Sous le ciel d'Italie, aux jours de Léon Dix, 
Le divin Sanzio m'eût peinte et m'eût aimée !

Depuis longtemps déjà vous avez les yeux clos 
(Hélas ! comme à regret je fleuris la dernière), 
Diane de Poitiers, la belle Ferronnière, 
Et Marion Delorme, et Ninon de Lenclos !

Ah ! dans l'ordre des temps quelles métamorphoses ! 
Les poètes sont morts... les amours sont grossiers... 
Adieu le gentilhomme ! — Il faut plaire aux boursiers. 
Gros phalènes ventrus se vautrant sur les roses.

Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867)
Venus Anadyomene
Jean-Auguste-Dominique-Ingres---Venus-Anadyomene.jpg
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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 00:51
Charles-Augustin Sainte-Beuve
 
né le 23 décembre 1804 à Boulogne-sur-Mer et mort le 13 octobre 1869 à Paris

est un critique littéraire et écrivain français. 


À Madame Récamier.
Une jeune femme au bain
(Sur un portrait de Gérard.)

Dans ce frais pavillon de marbre et de verdure,
Quand le flot naturel avec art détourné,
Pour former un doux lac, vient baiser sans murmure
Le pourtour attiédi du pur jaspe veiné ;

Quand le rideau de pourpre assoupit la lumière,
Quand un buisson de rose achève la cloison ;
Chaste au sortir du bain ; ayant laissé derrière
Humide vêtement, blanche écume et toison ;

De fine mousseline à peine revêtue,
Assise, un bras fuyant, l'autre en avant penché ;
Son beau pied, non chaussé, d'albâtre et de statue,
S'éclairant, au parvis, d'un reflet détaché,

Au parvis étoilé, d'où transpire et s'exhale
Par les secrets d'un art, magicien flatteur,
Quelque encens merveilleux, quelque rose, rivale
Des roses du buisson à naïve senteur ;

Simple, et pour tout brillant, dans l'oubli d'elle-même,
À part ce blanc de lys et ces contours neigeux,
N'ayant de diamant, d'or et de diadème,
Que cette épingle en flèche attachant ses cheveux ;

N'ayant que ce dard-là, cette pointe légère,
Pour dire que l'abeille aurait bien son courroux,
Et pour nous dire encor qu'elle n'est pas bergère,
Un cachemire à fleurs coulant sur ses genoux ;

Sans miroir, sans ennui, sans un pli qui l'offense,
Sans rêve trop ému ni malheur qu'on pressent,
Mêlant un reste heureux d'insouciante enfance
À l'éclair éveillé d'un intérêt naissant ;

Qu'a-t-elle, et quelle est donc, ou mortelle ou déesse,
Dans son cadre enchanté de myrte et de saphir,
Cette élégante enfant, cette Hébé de jeunesse,
Hébé que tous les Dieux prendraient peine à servir ?

Elle est trouvée enfin la Psyché sans blessure,
La Nymphe sans danger dans les bains de Pallas ;
C'est Ariane heureuse, une Hélène encor pure,
Hélène avant Paris, même avant Ménélas !

Une Armide innocente, et qui de même enchaîne ;
Une Herminie aimée, ignorant son lien ;
Aux bosquets de Pestum une jeune Romaine
Songeant dans un parfum à quelque Émilien !

C'est celle que plus tard, non plus Grecque naïve,
Fleur des palais d'Homère et de l'antique ciel,
Mais Béatrix déjà, plus voilée et pensive,
Canove ira choisir pour le myrte immortel !

Mais à quoi tout d'abord rêve-t-elle à l'entrée
De son bel avenir, au fond de ses berceaux ?
À quoi s'oublie ainsi la jeune Idolâtrée ?
À quelle odeur subtile ? à quel soupir des eaux ?

À quel chant de colombe ?... à sa harpe éloignée ?
À l'abeille, au rayon ?... au piano de son choix ?
Peut-être au char magique où luit la Destinée,
Au frère du Consul, à ceux qui seront Rois ?

À l'épée, au génie, à la vertu si sainte,
À tout ce long cortège où chacun va venir
La nommer la plus belle, et dans sa chaste enceinte,
S'irriter, se soumettre, et bondir, et bénir ?

Car qui la vit sans craindre, en ces heures durables,
En ces printemps nombreux et si souvent nouveaux,
Les sages et les saints eux-mêmes égarables,
Les pères et les fils, enchaînés et rivaux ?

Heureuse, elle l'est donc ; tout lui chante autour d'elle ;
Un cercle de lumière illumine ses pas ;
C'est miracle et féerie ! — Arrêtez, me dit-elle ;
Heureuse, heureuse alors, oh ! ne le croyez pas !

— Elle a dit vrai... — Du sein de la fête obligée,
En plein bal, que de fois (écoutez cet aveu),
Songeant au premier mot qui l'a mal engagée,
Retrouvant tout d'un coup l'irréparable vœu,

Le retrouvant cruel, mais respectable encore,
(Car, même dans le trouble et sous l'attrait, toujours,
La Décence à pas lents, la Crainte qui s'honore,
De leur ton cadencé notèrent ses détours),

Que de fois donc, sentant cette lutte trop forte,
Du milieu des rivaux qui n'osent l'effleurer,
En hâte de sortir, un pied hors de la porte,
Elle se mit, ainsi que Joseph, à pleurer !

Et pleurant sous les fleurs, et de sa tête ornée
Épanchant les ennuis dans un amer torrent,
Elle dit comme Job : « Que ne suis-je pas née ! »
Tant le bonheur d'hymen lui semble le plus grand !

Que de fatigue aussi, de soins (si l'on y pense),
Que d'angoisse pour prix de tant d'heureux concerts,
Triomphante Beauté, que l'on croit qui s'avance
D'une conque facile à la crête des mers !

L'Océan qui se courbe a plus d'un monstre humide,
Qu'il lance et revomit en un soudain moment.
Quel sceptre, que d'efforts, ô mortelle et timide,
Pour tout faire à vos pieds écumer mollement !

Ces lions qu'imprudente, elle irrite, elle ignore,
Dans le cirque, d'un geste, il faut les apaiser ;
Il faut qu'un peuple ardent qui se pousse et dévore
À ce ruban tendu s'arrête sans oser.

Ô fatigue du corps ! ô fatigue de l'âme !
Scintillement du front qui rougit et pâlit !
Que sa rosée a froid ! Cette rougeur de flamme
Cache un frisson muet qu'en vain elle embellit !

Ah ! c'est depuis ce temps, même depuis l'automne,
Quand la fête est ailleurs, quand l'astre pâle a lui,
Quand tout débris sauvé, toute chère couronne,
Au souvenir sacré se confond aujourd'hui ;

Lorsque causant des morts, des amitiés suprêmes,
Dans ce salon discret, le soir, à demi-voix,
Pour vous qui les pleurez, pour les jeunes eux-mêmes,
Le meilleur du discours est sur ceux d'autrefois,

C'est seulement alors, qu'assurée avec grâce,
Recouvrant les douleurs d'un sourire charmant,
Vous acceptez la vie, et, repassant sa trace,
Vous lui pardonnez mieux qu'aux jours d'enchantement.

Le dévouement plus pur, l'amitié plus égale,
Les mêmes, quelques-uns, chaque fois introduits,
Le bienfait remplissant chaque heure matinale,
Le génie à guérir, à sauver des ennuis ;

Au soir, quelque lecture ; aux jours où l'on regrette,
Un chant d'orage encor sur un clavier plus doux ;
Puis l'entretien que règle une muse secrète,
Tout un bel art de vivre éclos autour de vous :

Sur le mal, sur le bien, sur l'amour ou la gloire,
Sur tout objet, cueillir un rayon adouci,
En composer un mieux, à quoi vous voulez croire,
Voilà, voilà votre art, votre bonheur aussi !

Aimez-le, goûtez-en la pâleur inclinée ;
Il fuyait ce bain grec où nous vous admirons.
— Rappelons-nous l'aveu de la plus fortunée,
Mortels, sous tant de jougs où gémissent nos fronts !

François Pascal Simon, baron Gérard (1770-1837)
Portrait de Juliette de Récamier
Francois-Gerardjuliette_recamier.jpg
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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 02:14
Joseph Auguste Maurice Rollinat,
 
né à Châteauroux (Indre) le 29 décembre 1846 et mort à Ivry-sur-Seine le 26 octobre 1903, est un poète français.

Ses textes, allant du pastoral au macabre en passant par le fantastique, valent à Rollinat une consécration en 1883.



La baigneuse


Le temps chauffe, ardent, radieux ; 
Le sol brûle comme une tôle 
Dans un four. Nul oiseau ne piaule, 
Tout l'air vibre silencieux...
Si bien que la bergère a confié son rôle
A son chien noir aussi bon qu'il est vieux.


Posant son tricot et sa gaule, 
Elle ôte, à mouvements frileux, 
Robe, chemise, et longs bas bleus :
Sa nudité sort de sa geôle.
Tout d'abord, devant l'onde aux chatoiements vitreux 
Elle garde un maintien peureux, 
Mais enfin, la chaleur l'enjôle, 
Elle fait un pas et puis deux...
Mais si l'endroit est hasardeux ? 
Si l'eau verte que son pied frôle 
Allait soudainement lui dépasser l'épaule ?
Mieux vaut se rhabiller ! mais avant, sous un saule, 
D'un air confus et curieux, 
Elle se regarde à pleins yeux 
Dans ce miroir mouvant et drôle.


Berthe Morisot (1841-1895)
La bergère allongée
berthe-morisot-la-bergere-allongee.jpg

Berthe Morisot (1841-1895)
La bergère nue allongée
berthe-morisot-bergere-nue-couchee.jpg

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5 juillet 2013 5 05 /07 /juillet /2013 01:42
Victor Hugo 

né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris,
 
est un poète, dramaturge et prosateur romantique considéré comme l’un des plus importants écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé qui a compté dans l’Histoire du XIXe siècle.

Sara la baigneuse
(inspiré du tableau de Paul Delaroche)

Sara, belle d'indolence,
Se balance
Dans un hamac, au-dessus
Du bassin d'une fontaine
Toute pleine
D'eau puisée à l'Ilyssus ;

Et la frêle escarpolette
Se reflète
Dans le transparent miroir,
Avec la baigneuse blanche
Qui se penche,
Qui se penche pour se voir.

Chaque fois que la nacelle,
Qui chancelle,
Passe à fleur d'eau dans son vol,
On voit sur l'eau qui s'agite
Sortir vite
Son beau pied et son beau col.

Elle bat d'un pied timide
L'onde humide
Où tremble un mouvant tableau,
Fait rougir son pied d'albâtre,
Et, folâtre,
Rit de la fraîcheur de l'eau.

Reste ici caché : demeure !
Dans une heure,
D'un oeil ardent tu verras
Sortir du bain l'ingénue,
Toute nue,
Croisant ses mains sur ses bras.

Car c'est un astre qui brille
Qu'une fille
Qui sort d'un bain au flot clair,
Cherche s'il ne vient personne,
Et frissonne,
Toute mouillée au grand air.

Elle est là, sous la feuillée,
Eveillée
Au moindre bruit de malheur ;
Et rouge, pour une mouche
Qui la touche,
Comme une grenade en fleur.

On voit tout ce que dérobe
Voile ou robe ;
Dans ses yeux d'azur en feu,
Son regard que rien ne voile
Est l'étoile
Qui brille au fond d'un ciel bleu.

L'eau sur son corps qu'elle essuie
Roule en pluie,
Comme sur un peuplier ;
Comme si, gouttes à gouttes,
Tombaient toutes
Les perles de son collier.

Mais Sara la nonchalante
Est bien lente
A finir ses doux ébats ;
Toujours elle se balance
En silence,
Et va murmurant tout bas :

" Oh ! si j'étais capitane,
" Ou sultane,
" Je prendrais des bains ambrés,
" Dans un bain de marbre jaune,
" Prés d'un trône,
" Entre deux griffons dorés !

" J'aurais le hamac de soie
" Qui se ploie
" Sous le corps prêt à pâmer ;
" J'aurais la molle ottomane
" Dont émane
" Un parfum qui fait aimer.

" Je pourrais folâtrer nue,
" Sous la nue,
" Dans le ruisseau du jardin,
" Sans craindre de voir dans l'ombre
" Du bois sombre
" Deux yeux s'allumer soudain.

" Il faudrait risquer sa tète
" Inquiète,
" Et tout braver pour me voir,
" Le sabre nu de l'heiduque,
" Et l'eunuque
" Aux dents blanches, au front noir !

" Puis, je pourrais, sans qu'on presse
" Ma paresse,
" Laissez avec mes habits
" Traîner sur les larges dalles
" Mes sandales
" De drap brodé de rubis. "

Ainsi se parle en princesse,
Et sans cesse
Se balance avec amour,
La jeune fille rieuse,
Oublieuse
Des promptes ailes du jour.

L'eau, du pied de la baigneuse
Peu soigneuse,
Rejaillit sur le gazon,
Sur sa chemise plissée,
Balancée
Aux branches d'un vert buisson.

Et cependant des campagnes
Ses compagnes
Prennent toutes le chemin.
Voici leur troupe frivole
Qui s'envole
En se tenant par la main.

Chacune, en chantant comme elle,
Passe, et mêle
Ce reproche à sa chanson :
- Oh ! la paresseuse fille
Qui s'habille
Si tard un jour de moisson !


Hippolyte De La Roche, dit Paul Delaroche (1797-1856)
Jeune fille à la balançoire ou Sarah la baigneuse
DELAROCHE-Hippolyte-jeune-fille-a-la-balancoire-ou-sarah-.jpg

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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 02:16

 


Charles-Julien Lioult de Chênedollé, 
né à Vire le 4 novembre 1769 et mort le 2 décembre 1833 au château du Coisel à Burcy, 
est un poète français.




La jeune femme
parmi les ruines de Rome
Hic spirat amor.

J'errais aux campagnes de Rome,
Et, promenant au loin mes pas silencieux, 
Je lisais le néant de l'homme
Écrit de toutes parts sur ce sol glorieux.

Du Capitole au front superbe
J'aimais à contempler les environs déserts, 
Et je voyais ramper sur l'herbe
L'orgueil de cent palais que la ronce a couverts.

Au pied d'un portique en ruine
Qu'ébranlait de sa faux Saturne triomphant, 
Je vis une jeune Sabine
Qui, calme, fraîche et belle, allaitait son enfant.

Je m'approche de cette femme
Qui de ces lieux, pour moi, doublait l'enchantement, 
Et de sa bouche je réclame
Quelques légers détails sur ce grand monument.

" Étranger, me répondit-elle,
" J'ai regret de tromper ta curiosité ;
" Mais, pour ces débris... tout mon zèle
" Ne peut t'apprendre rien sur leur antiquité.

" D'autres t'en rediront la gloire,
" Par d'autres ces débris te seront expliqués ;
" Pour moi, j'en ignore l'histoire :
" À peine mon regard les avait remarqués. "

Ainsi, pleine de sa tendresse, 
Goûtant d'un seul bonheur le long charme innocent, 
Cette femme, en sa douce ivresse,
Aimait !... toute sa vie était dans le présent.

Les Sabines de Jacques-Louis DAVID (1748-1825)
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Charles-Julien Lioult de Chênedollé
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/37/Charles-Julien_Lioult_Chenedolle.jpg/220px-Charles-Julien_Lioult_Chenedolle.jpg

Gravure de Charles Devrits

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 21:00

Théophile Gautier, 

né à Tarbes le 30 août 1811 et mort à Neuilly-sur-Seine le 23 octobre 1872, 

est un poète, romancier et critique d'art français.
Il fait la connaissance du futur Nerval au Collège Charlemagne et s'intéresse très jeune à la poésie. En 1829 il rencontre Victor Hugo qu'il reconnaît pour son maître et participe activement au mouvement romantique comme lors de la fameuse bataille d'Hernani, le 25 février 1830. Il évoquera avec humour cette période en 1833 dans Les Jeunes-France.


Le poème de la femme
Marbre de Paros

Un jour, au doux rêveur qui l'aime,
En train de montrer ses trésors,
Elle voulut lire un poème,
Le poème de son beau corps.

D'abord, superbe et triomphante
Elle vint en grand apparat,
Traînant avec des airs d'infante
Un flot de velours nacarat :

Telle qu'au rebord de sa loge
Elle brille aux Italiens,
Ecoutant passer son éloge
Dans les chants des musiciens.

Ensuite, en sa verve d'artiste,
Laissant tomber l'épais velours,
Dans un nuage de batiste
Elle ébaucha ses fiers contours.

Glissant de l'épaule à la hanche,
La chemise aux plis nonchalants,
Comme une tourterelle blanche
Vint s'abattre sur ses pieds blancs.

Pour Apelle ou pour Cléoméne,
Elle semblait, marbre de chair,
En Vénus Anadyomène
Poser nue au bord de la mer.

De grosses perles de Venise
Roulaient au lieu de gouttes d'eau,
Grains laiteux qu'un rayon irise,
Sur le frais satin de sa peau.

Oh ! quelles ravissantes choses,
Dans sa divine nudité,
Avec les strophes de ses poses,
Chantait cet hymne de beauté !

Comme les flots baisant le sable
Sous la lune aux tremblants rayons,
Sa grâce était intarissable
En molles ondulations.

Mais bientôt, lasse d'art antique,
De Phidias et de Vénus,
Dans une autre stance plastique
Elle groupe ses charmes nus.

Sur un tapis de Cachemire,
C'est la sultane du sérail,
Riant au miroir qui l'admire
Avec un rire de corail ;

La Géorgienne indolente,
Avec son souple narguilhé,
Etalant sa hanche opulente,
Un pied sous l'autre replié.

Et comme l'odalisque d'Ingres,
De ses reins cambrant les rondeurs,
En dépit des vertus malingres,
En dépit des maigres pudeurs !

Paresseuse odalisque, arrière !
Voici le tableau dans son jour,
Le diamant dans sa lumière ;
Voici la beauté dans l'amour !

Sa tête penche et se renverse ;
Haletante, dressant les seins,
Aux bras du rêve qui la berce,
Elle tombe sur ses coussins.

Ses paupières battent des ailes
Sur leurs globes d'argent bruni,
Et l'on voit monter ses prunelles
Dans la nacre de l'infini.

D'un linceul de point d'Angleterre
Que l'on recouvre sa beauté :
L'extase l'a prise à la terre ;
Elle est morte de volupté !

Que les violettes de Parme,
Au lieu des tristes fleurs des morts
Où chaque perle est une larme,
Pleurent en bouquets sur son corps !

Et que mollement on la pose
Sur son lit, tombeau blanc et doux,
Où le poète, à la nuit close,
Ira prier à deux genoux.

La Grande Odalisque de Jean Auguste Dominique Ingres (1814)
280px-Jean_Auguste_Dominique_Ingres-_La_Grande_Odalisque-_1.jpg


Théophile Gautier
http://www.litteratureaudio.com/img/Theophile_Gautier_par_Auguste_de_Chatillon.jpg
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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 20:39

Victor Hugo, 
né le 26 février 1802 à Besançon et mort le 22 mai 1885 à Paris, 

est un poète, dramaturge et prosateur romantique considéré comme l’un des plus importants écrivains de langue française. Il est aussi une personnalité politique et un intellectuel engagé qui a compté dans l’Histoire du XIXe siècle.



La captive.

Si je n'étais captive, 
J'aimerais ce pays, 
Et cette mer plaintive, 
Et ces champs de maïs, 
Et ces astres sans nombre, 
Si le long du mur sombre 
N'étincelait dans l'ombre 
Le sabre des spahis.

Je ne suis point tartare 
Pour qu'un eunuque noir 
M'accorde ma guitare, 
Me tienne mon miroir. 
Bien loin de ces Sodomes, 
Au pays dont nous sommes, 
Avec les jeunes hommes 
On peut parler le soir.

Pourtant j'aime une rive 
Où jamais des hivers 
Le souffle froid n'arrive 
Par les vitraux ouverts. 
L'été, la pluie est chaude, 
L'insecte vert qui rôde 
Luit, vivante émeraude, 
Sous les brins d'herbe verts.

Smyrne est une princesse 
Avec son beau chapel ; 
L'heureux printemps sans cesse 
Répond à son appel, 
Et, comme un riant groupe 
De fleurs dans une coupe, 
Dans ses mers se découpe 
Plus d'un frais archipel.

J'aime ces tours vermeilles, 
Ces drapeaux triomphants, 
Ces maisons d'or, pareilles 
A des jouets d'enfants ; 
J'aime, pour mes pensées 
Plus mollement bercées, 
Ces tentes balancées 
Au dos des éléphants.

Dans ce palais de fées, 
Mon cœur, plein de concerts, 
Croit, aux voix étouffées 
Qui viennent des déserts, 
Entendre les génies 
Mêler les harmonies 
Des chansons infinies 
Qu'ils chantent dans les airs.

J'aime de ces contrées 
Les doux parfums brûlants, 
Sur les vitres dorées 
Les feuillages tremblants, 
L'eau que la source épanche 
Sous le palmier qui penche, 
Et la cigogne blanche 
Sur les minarets blancs.

J'aime en un lit de mousses 
Dire un air espagnol, 
Quand mes compagnes douces, 
Du pied rasant le sol, 
Légion vagabonde 
Où le sourire abonde, 
Font tournoyer leur ronde 
Sous un rond parasol.

Mais surtout, quand la brise 
Me touche en voltigeant, 
La nuit, j'aime être assise, 
L'œil sur la mer profonde, 
Tandis que, pâle et blonde, 
La lune ouvre dans l'onde 
Son éventail d'argent.

comtemplation de Jean-François Portaels (1818-1895)
Jean-Francois-Portaels-femme-orientale---caramelcaramelo.b.jpg

Victor Hugo
http://www.charles-tocanier.fr/blog/mentors/images/Victor_hugo.jpg
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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 02:05
Guillaume Colletet est un poète français, né le 12 mars 1598 à Paris et mort le 11 février 1659. Il fut membre de l'Académie française.
Dans sa jeunesse, il avait fait partie du groupe de jeunes poètes libertins qui entouraient Théophile de Viau ; il est l'auteur du sizain placé en tête du recueil du Parnasse satyrique et qui en dévoilait le contenu :
Tout y chevauche, tout y fout,
L'on fout en ce livre par tout,
Afin que le lecteur n'en doute ;
Les odes foutent les sonnets,
Les lignes foutent les feuillets,
Les lettres mêmes s'entrefoutent !




Les beautés empruntées


Vous devez les appas qui vous rendent si belle 
Aux puissantes faveurs de Nature et des Dieux ; 
Vous devez au Soleil la splendeur de vos yeux, 
Et votre teint de rose à la rose nouvelle.


Vous devez à Junon votre grâce immortelle, 
Vos belles mains d'albâtre à l'Aurore des cieux ; 
Vous devez à Thétis vos pieds impérieux, 
Et votre renommée à ma Muse éternelle.


Si vous rendez un jour ce que vous empruntez,
Aux rayons du Soleil l'éclat de vos beautés,
Votre teint à ces fleurs que le printemps anime,


Votre grâce à Junon, à l'Aurore vos mains, 
Vos beaux pieds à Thétis, votre gloire à ma rime, 
Il ne vous restera que vos petits dédains.

portrait de Émile Vernon (1872-1919)
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