Bonaventure des Périers (1510-V. 1543 ou 1544) est un auteur de poésie
Un jour de mai, alors que l'aube naissante
Rafraîchissait la clarté du matin,
Afin d’un peu récrier mes esprits,
Dans le grand verger, le long de la pourpre,
Je marche dans l'herbe fraîche et sèche,
Là où je vis la rosée du matin,
Et sur les choux ses gouttes rondelettes,
Courir, couler pour toutes s’entrelacer
Le rossignol, ainsi qu'une buccine,
Par son doux chant, fit signe au rosier,
Qu'il ouvrait ses boutons pour la rose,
Et découvrait tous ses biens au beau jour ;
L'aube naissante avait une couleur vermeille,
Et vous étiez si semblable aux roses,
Que Vous vous doutiez si la beauté
Tenait des fleurs son teint,
Ou si elle donnait aux fleurs le sien,
Plus beau que mille choses :
Un même teint avait l'aube et les roses.
Déjà elles commencent à déployer leurs ailes,
Les beaux boutons ; l'un était fin et tendre,
Encore tapis sous sa coiffe verte ;
l’autre montrait sa crête découverte,
Dont l'extrémité était légèrement rougeâtre :
De ce bouton sortait la première rose ;
Mais celui-ci, démêlant gentiment
Les menus plis de son accoutrement,
Pour contempler sa chair refaite,
En moins de rien, fût rose toute faite,
En un instant elle devint sèche et blême,
Et n'était plus qu'une demie rose.
Avec une telle allure, me complaignit de l’âge
Qui me parut trop soudain et volage,
Et je dis ainsi : Hélas ! à peine sont-elles nées,
Ces belles fleurs, qu’elles sont déjà fanées,
Je n'avais pas achevé ma complainte,
Que la chevelure peinte que j'avais vue
En la rose brillante,
Tomba aussi par chute violente
Dessus la terre, étant gabe et jolie
D'ainsi se voir tout à coup embellie
Du teint de la chute des fleurs
Sur son chef brun et en son vert giron.
Tant de joyaux, tant de nouveautés belles,
Tant de cadeaux, tant de nouvelles beautés,
Bref, tant de biens que nous voyons fleurir,
Un jour les fait naître et mourir.
Mais si des fleurs la beauté si peu dure,
Ah ! N’en faisons nulle plainte à la nature.
De la durée des roses est aussi longue que celle d'un jour ;
On doit penser que les heures de ce jour
Sont les années de leur si bref séjour ?
Elles sont déjà coulées de vieillesse,
Sans être accolées de jeunesse.
Celle qu’hier le soleil, regardait
d'un cœur si bon qu'il retarda sa course
Pour la choisir parmi l’épaisse nue
Du soleil même était inconnue
A ce matin, où l'on ne voyait plus en elle
Sa grande beauté qui semblait éternelle.
Or, si ces fleurs un seul instant ravit,
Ce néanmoins, chacune d'elles vit
Son âge entier. Vous donc, jeunes filles,
Cueillez bientôt les roses vermeilles,
Puisque la vie à ma mort exposée
Se passe ainsi que roses ou rosée.
Traduction Mc Palys
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