14 juin 2026
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Marie-Claude Palys (1947) auteur
Éloge de Messidor : Le Chant de la Coriandre
I. L’Éveil de Messidor
Sous le ciel radieux de l'an républicain,
Quand juin tire sa révérence au destin,
S'ouvre le temps doré, le temps des fruits majeurs :
Messidor l'ondoyant, le mois des moissonneurs.
Né du latin messis, la récolte sacrée,
Et du grec ancien dỗron, la manne donnée,
Il chante le présent des plaines enflammées,
Où la brise caresse les tiges dorées.
C’est le poète Fabre d’Églantine, au cœur pur,
Qui puisa ses pinceaux au grand livre d’azur,
Nommant chaque journée au rythme des saisons,
Des outils de la terre et des floraisons.
Et si l'an quatorzième effaça sa mémoire,
Le calendrier garde, gravé dans son histoire,
Ce refrain de la terre, ce souffle souverain,
Qui mène nos esprits de juin jusqu'en juillet.
Le onzième matin de ce mois de lumière,
Fait monter un parfum de la glèbe première :
le vingt-neuf juin s'avance, et l'été lui confère
Le titre officiel de Jour de la Coriandre.
II. Le Portrait de l'Ombellifère
Coriandrum sativum, fille des Apiacées,
Élève vers le ciel ses tiges élancées.
Herbacée annuelle au feuillage changeant,
Elle grandit, ramifiée, sous le soleil cuisant,
Atteignant en sa fleur la fière majesté
D'un mètre quarante d'une verte clarté.
Ses tiges, au grand jour, s’habillent de reflets,
Parfois teintées de pourpre ou de rouges secrets.
Puis l'ombelle s'épanouit en un dôme discret,
Où le blanc et le rose s'unissent en secret.
Petites fleurs légères, au calice fendu,
Offrant leur doux nectar au peuple suspendu :
Abeilles et bourdons y trouvent leur festin.
Mais si la fleur exhale un parfum clandestin,
Parfois jugé fétide au temps de sa jeunesse,
La chaleur de l'été va changer sa rudesse :
Sous une haute ardeur, ses fruits vont mûrir,
Et d'huiles précieuses, enfin, s'enrichir.
L'histoire de son nom voyage en nos contrées,
Du grec koríandron aux langues romanes nées.
Le latin la disait au genre neutre écrit,
Mais le français voulut, après un long conflit,
Que « la » coriandre soit, en sa douce nuance,
Au féminin d'amour adoptée par la France.
III. L'Odyssée du Temps : Du Néolithique aux Rois
Son berceau reste un mystère, un secret d'Orient,
Poussant au Proche-Orient sous un ciel d'occident.
Pourtant, dans le secret de la grotte sacrée
De Nahal Hemar, à la terre desséchée,
Quinze petits fruits morts, témoins du temps jadis,
Disent six mille ans avant que le Christ ne surgisse.
Sur le papyrus d'Égypte, en l'an mille cinq cents,
Elle s'inscrit déjà parmi les grands présents,
Remède pour les vivants, baume pour le trépas,
Accompagnant les rois vers leur dernier repas.
Dans le noir sépulcre du jeune Toutankhamon,
Elle veillait, fidèle, au creux du panthéon,
Preuve que l'homme, aux rives du Nil ancien,
Cultivait cette herbe au parfum magicien.
À Pylos la Mycénienne, en l'âge du Bronze fier,
Les tablettes de terre en gardent la lumière :
Offrande pour les dieux, onguents pour les palais,
Elle était le parfum que le temple réclamait.
Les Hébreux la mêlaient à leurs tendres galettes,
Les Romains l’utilisaient pour que leur viande reste fraîche.
Tandis qu'en l'Ayurveda, sous le nom de Kustumbur,
L'Inde saluait l'herbe au pouvoir le plus pur,
Capitaine des sens, maîtresse du destin,
Capable d'apaiser le grand feu du chagrin.
IV. La Voix des Sages et des Textes
Hippocrate le grand, le père de nos arts,
Écrit en son Régime, loin des sombres regards :
« Elle éveille les corps aux jeux de la paresse,
Favorise l’hymen et sa sainte promesse. »
Puis Nicandre de Colophon, poète et médecin,
Chante ses sortilèges au milieu du chemin :
« Quel funeste breuvage et quel trouble indomptable,
Quand on boit de ses fruits la coupe détestable !
L'esprit s'égare alors en propos insensés,
Comme une Bacchante aux cheveux dispersés ! »
Mais le grand Virgile, le Cygne de Mantoue,
En fait un doux tableau que le matin secoue.
Dans son humble Moretum, le paysan s'éveille,
Et cherche dans son clos une fraîche merveille :
« Creusant la terre noire au fil de ses longs doigts,
Il arrache l'ail blanc qui pousse sous les bois,
La rue au vert rigide, et l'ache à la crinière,
Et les coriandres tremblantes dans la lumière. »
La Bible elle-même, au livre de l'Exode,
Pour peindre la manne lui consacre une ode :
« La maison d'Israël lui donna ce grand nom ;
Elle semblait de coriandre le grain blond ;
Blanche comme la neige au désert du Sinaï,
Et son goût était tel qu'un gâteau de miel cuit. »
À l'École de Salerne, au Moyen Âge instruit,
On répétait ce vers que la raison conduit :
« Pour bien digérer, il faut prendre
De la semence de coriandre,
Elle rend l'estomac plus sain... »
En France, elle s'installe dès l'Antique saison,
Du premier au cinquième siècle en nos maisons.
Et Charlemagne enfin, en son noble décret,
Le Capitulaire De Villis, ordonne son secret :
Qu'elle soit cultivée au domaine royal,
Plante de la Couronne au prestige impérial.
V. Vertus, Magie et Secrets Cachés
Dans le secret des fleurs, au livre des beautés,
La Baronne de Fresne en a peint les vérités :
Son nom cache un insecte au parfum redouté,
Mais son vrai langage est « Mérite Caché ».
Elle offre la santé au creux de ses petits grains,
Riche en vitamines K pour les lendemains,
Bêta-carotène et force antioxydante,
Elle est antibactérienne et douce anxiolytique.
Mêlée à l'anis vert, au carvi, au fenouil,
Elle guérit l'estomac des maux qui le tourmentent.
Elle entre au Vespetrò, liqueur des grands repas,
Et dans l'Eau des Carmes pour soutenir les pas.
En Iran, on l'implore au milieu de la nuit,
Pour chasser l'anxiété et l'insomnie qui fuit.
Aux quatre coins du monde, elle est une magie :
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Chez les Mayas et Celtes, elle bannit l'hérésie,
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Éloignant les esprits des menteurs et des ombres.
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En Égypte, elle brise les démons les plus sombresNés des excès de chair et des sombres festins.
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Les Romains l'épousaient à l'ail de leurs jardinsPour tresser les liens d'un puissant philtre d'amour.
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Au Moyen Âge, on la jetait au feu du jourPour purger la maison des spectres de la nuit.
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Les Mille et Une Nuits célèbrent son produit,Aphrodisiaque d'or aux vertus de délice.
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En Chine, elle promet l'immortel édifice.
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Les Arabes la mêlent, aux heures de l'exorcisme,Au benjoin, à la myrrhe, en un saint mysticisme.
VI. L'Héritage Culinaire
Aujourd'hui globale, aimée de tous les sens,
Elle parfume l'Asie et ses plats bienfaisants,
L'Amérique latine et la Méditerranée.
Ses feuilles fraîches, par le vent couronnées,
Deviennent condiments, et ses fruits séchés,
Épices de base des currys inchangés.
Qu'on l'appelle longue, chinoise ou vietnamienne,
Bolivienne ou sauvage, elle reste la reine.
Terminons ce voyage au jardin des secrets,
Où la coriandre offre ses quatre bienfaits :
Les Quatre Promesses de la Coriandre
Amour
Santé
Longévité
Guérison
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