16 juin 2026 2 16 /06 /juin /2026 16:40

 

Marie-Claude Palys (1947) auteur
L’Écho de Messidor
La menthe
Écoutons la chanson du temps qui s'enroule,
Où le mois des moissons doucement se déroule.
Messidor le doré, par le don et le grain,
Égrène ses longs jours au soleil souverain.
De juin jusqu'à juillet, sous la brise légère,
Ondoie le blé divin sur la plaine entière.
Fabre d'Églantine, au cœur de la tourmente,
Nomma son vingt-et-unième jour « Jour de la Menthe ».
Et si l’an quatorze a vu mourir l'ère nouvelle,
Le doux parfum d'été, lui, toujours se rappelle :
Chaque neuf de juillet, au cadran grégorien,
La menthe se réveille et tisse son lien.
Le Chant de la Plante

 

Mentha, fille des champs, des rives, des jardins,
Famille des Lamiacées aux secrets divins.
Plante herbeuse et vivace, aux racines profondes,
Tu offres tes vertus aux peuples de ce monde.
Le Maroc te cultive et t'élève en grand roi
Pour l'or de ses thés verts qui se boivent sous le toit.
Dix-sept cent cinquante-trois, Linné l'inventoriste,
De tes dix premiers noms dresse la sainte liste.
Puis d'août à fin octobre, en de fins verticilles,
Tes petites fleurs naissent, modestes et fragiles,
Teignant d'un blanc rosé, d'un pourpre ou d'un violacé,
Les épis allongés que le vent a bercés.
Qu'elle soit Aquatique, Poivrée ou Sylvestre, Verte,
Pouliot, des Champs, son essence est terrestre.
Pour l'huile et le menthol, trois reines ont le pas :
Aquatica, Spicata et Canadensis là-bas.
L'Inde et la Chine en font des trésors de commerce,
Tandis que l'Occident dans ses soins les déverse.

 

La Nymphe des Enfers

 

Aux sources de la Grèce, une nymphe pleurait,
Menthé, fille du fleuve où l'ombre demeurait.
Hadès l'avait aimée, mais quand vint Perséphone,
La couche du grand Dieu changea de souveraine.
La nymphe, par dépit, cria sa jalousie ;
La reine des Enfers, de colère saisie,
La piétina au sol, écrasant sa beauté.
Hadès, pris de pitié pour sa fidélité,
Ne pouvant lui rendre sa grâce de jeune fille,
Changea le corps brisé en herbe qui vacille.
Pour que de sa douleur subsiste la grandeur,
Il donna à la menthe une entêtante odeur.

 

À travers l'Histoire et les Âges

 

Dans les tombes d'Égypte et les temples sacrés,
Ses longs brins de fraîcheur étaient jadis ancrés.
Les Grecs en parfumaient leurs lits et leurs demeures,
Les Romains y voyaient l'esprit qui s'éveille aux heures.
Pline la couronnait pour mieux réfléchir,
Et d'Hippocrate à Dioscoride, on l'aimait pour guérir.
« La menthe a une odeur qui éveille l’esprit
Et une saveur qui excite l’appétit. » — Pline l'Ancien
Puis vint le temps chrétien et sa sombre légende,
Où la menthe fut fuie comme une triste offrande :
Pour avoir trop parlé sous les pas d'Hérode,
La Vierge la maudit d'une parole froide :
« Tu fleuriras, dit-elle, mais n'auras point de graine ».
Pourtant, au Moyen Âge, elle redevient reine.
Charlemagne l'inscrit au grand livre des lois,
Le Capitulaire de Villis l'exige chez les rois.
L'abbesse Hildegarde en soigne les estomacs,
Et le botaniste Ray redécouvre ses éclats.
En Italie, on l'éparpille au passage des saints,
En Angleterre, à la Saint-Jean, on la cueille au matin.

 

 

Saveurs, Vertus et Traditions

 

Aujourd'hui la science y trouve un vrai remède,
Un baume pour les corps là où la morphine cède.
Elle est carminative, tonique et stimulante,
Antiseptique, spasmolytique et bienfaisante.
Dans nos verres joyeux, elle se fait boisson :
Diabolo-menthe vert aux accents d'un film tendre,
Feuille d'automne ou Cowboy qu'on aime à surprendre,
Valse avec la bière, ou Cercueil noir et fort.
Elle accompagne le nem, le taboulé d'abord,
Et sous le ciel d'Asie, elle soigne les douleurs.
En Ayurvéda, elle équilibre les humeurs.
Le druide la prend pour aiguiser ses sens,
Et le vieux Messager de Berne, en ses vers denses,
Chantait le Pouliot mélangé au bon vin
Pour chasser la tristesse et le mal de l'humain.

 

Le Secret du Sommeil

 

Un vieux proverbe dit, au détour d'un chemin :
« La femme est une feuille de menthe :
Plus on la froisse, plus elle embaume. »
Déposée en bouquet dans la chambre à coucher,
La menthe sait comment les paupières sceller.
Et la tige cueillie à la chute du jour,
Glissée sous l'oreiller avec un vœu d'amour,
Ouvre les portes d'or des rêves prophétiques…
Elle reste à jamais, sous son habit de foi :
Force, Protection, Paix, Vertu, Guérison.

 

 Marie-Claude Palys (1947) auteur - L’Écho de Messidor - La menthe
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