16 juin 2026 2 16 /06 /juin /2026 13:33


 

Marie-Claude Palys (1947) auteur


 

Le Don Doré de Messidor

La groseille

 

Écoutons le poète, au rythme des saisons,

Invoquer Messidor et ses douces moissons.

Né du latin messis, le temps du don s'éveille,

Offrant en son milieu le beau jour des groseilles.

Quand l'épi sous le vent ondoie et se dore,

Le calendrier d'Églantine s'honore

De chanter la nature en ce mois de juillet,

Où l'arbre s'abandonne au soleil qui luit.

Si l'an quatorze vit s'éteindre l'ère ancienne,

La mémoire du fruit reste républicaine.

Et chaque cinq juillet, fidèle au rendez-vous,

Le jour de la groseille étincelle pour nous.


 

Le Portrait du Groseillier

 

Arbuste du genre Ribes, humble et mystérieux,

Le groseillier s'habille en habits précieux.

Ses feuilles, vert moyen, s'ancrent sur les rameaux,

Où de petits renflements guident les yeux nouveaux.

Il attend pour fleurir les journées continues,

Où la lumière s'offre en ces terres connues.

Puis naissent les panicules aux fleurs vert pâle,

Promesses d'un trésor qui doucement s'exhale.

Les vertes baies d'abord, translucides et claires,

Deviennent jaune citron sous les feux solaires,

Se teintent d'orangé, de bariolages fiers,

Pour finir rouge feu au regard des hivers.

Quand le fruit est bien mûr et que la feuille jaunit,

Le plant offre ses perles au monde réuni :

Aux oiseaux de passage, aux mains de la cueillette,

Il livre sa beauté pour que l'été se fête.

 

 

Variétés, Terroirs et Richesses

 

Qu'elles soient rouges ou blanches, en grappes suspendues,

Dans la Drôme ou la Loire, leurs cultures sont vues.

La Pologne et l'Europe en font leurs grands marchés,

Tandis que sous le Nord, les plants sont attachés.

Ils aiment la fraîcheur et craignent la détresse

Des soleils trop ardents et de la sécheresse.

 

Jonkheer van Tets, au rouge si éclatant ; 

Gloire des Sablons, au rose palpitant ;

Versaillaise blanche, perle de pureté ; 

Groseille-raisin, parfum du mois d'aoûté. 

Et là-bas, chez l'Anglais, la variété marine,

La groseille à maquereau, épineuse et divine,

Verte ou violette, en sauce ou bien en pot,

Donne son nom curieux au poisson des flots.


 

Énergie et Santé

 

Petite baie de jus, à quatre-vingts pour cent

Remplie d'une eau limpide au goût rafraîchissant,

Elle cache en son cœur des trésors de bienfaits,

Des minéraux sacrés que la terre a parfaits.

Le potassium abonde, et le fer, et le zinc,

Le calcium s'y mêle en un divin instinct.

Mais son plus bel atout reste sa vitamine,

Que le flavonoïde escorte et illumine.

Pour la peau, les vaisseaux, c'est un antioxydant,

Et ses fibres régulent le corps en attendant.

Faible en sucre, elle est reine, proche du citron,

Pour tonifier le sang et soigner la maison.

Gourmandises d'Été

 

L'été brûle au dehors, les marchés sont joyeux,

La star acidulée captive tous les yeux.

Brillante, gourmande, elle apporte le pep's

Aux mousses, aux sorbets, réveillant nos concepts.

En clafoutis moelleux, en tartes, en crumbles,

Elle séduit les grands et les enfants plus humbles.

On en fait des gelées, de riches confitures,

De douces boissons pour les grandes chaleurs futures.

Laissez parler l'esprit, créez à l'infini :

Avec ce fruit vermeil, le dessert est béni.


 

Mémoire et Langage du Passé

 

Venue de Scandinavie ou du Nouveau Monde,

La groseille au Moyen Âge est entrée dans la ronde.

En Lorraine, au jardin, elle a trouvé son nid,

Arbrisseau indigène que le temps bénit.

Le langage des fleurs nous confie ses secrets,

À travers les auteurs, les siècles et les traits :

« Vous me plaisez », disait Goyet en son traité ;
« Délices des enfants », Lachaume l'a chanté.
« Vous faites mes délices », répliquait Zaccone ;
L'abbé Magnat y voit la grâce qui pardonne.
Et pour Emma Faucon, bravant la Sibérie,
L'arbuste dit : « Je vis heureux dans ma patrie. »

Une vieille légende, au pays de l'Iran,

Dit que le premier couple, au matin du grand temps,

Maschia et Maschiâna, sortirent d'un seul élan

D'un groseillier sacré créé par le Dieu blanc.


 

Épilogue

 

Et pour clore le livre aux pages de lumière,

Retenons de Jaccottet la phrase printanière,

Qui résume l'enfance et sa douce clarté :

« Le rire d'un enfant, comme une grappe de groseilles rouges. »


 

Marie-Claude Palys (1947) auteur - Le Don Doré de Messidor - La groseille
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