17 juin 2026 3 17 /06 /juin /2026 17:32
Marie-Claude Palys (1947) auteur
Messidor : L'Épi d'Or et l'Oiseau de Numidie
La pintade
Chant I : Le Don de la Moisson

 

Du latin messis, la faux s'éveille et moissonne,
Du grec ancien dôron, la terre enfin nous donne.
C'est le présent doré, le grand mois de Messidor,
Où les plaines de juin ondulent en vagues d'or.
Fabre d’Églantine, au cœur de la tourmente,
Nomma ces jours sacrés d'une voix poétique et tendre,
Inspiré par le ciel, les saisons, la tourmente,
Pour que le paysan puisse enfin s'y reconnaître.
Et l'an XIV passa, s'effaçant dans l'histoire,
Fermant le grand cahier de cette ère de gloire,
Mais au cœur de l'été, quand le soleil flamboie,
Le vingt-cinquième jour garde un accent de joie.

 

 

 

Chant II : Le Jour de la Pintade

 

Entendez-vous le cri, ce cacabement farouche,
Qui s'élève au matin dès que l'aube nous touche ?
C'est le treize juillet, jour de la Pintade fière,
Oiseau vêtu de nuit, couronné de lumière.
Numida meleagris, fille du sol d'Afrique,
Porte sur son manteau une carte cosmique :
Un plumage de deuil, sombre comme la terre,
Où des milliers d'étoiles scintillent en mystère.
Les sœurs de Méléagre, pleurant leur frère mort,
Furent changées ainsi par un divin arrêt du sort ;
Artémis, touchée par leurs larmes infinies,
***Paisa leur douleur en perles de pluie,
Laissant sur leur dos gris ces gouttes cristallines,
Qui font de cet oiseau une beauté divine.

 

Chant III : De Saqqara aux Terres de France

 

Hiéroglyphe de vie, oiseau-neh du passé,
Sur les murs d'Ounas, ton profil est gravé.
Poule de Numidie pour le Romain vainqueur,
Poule de Turquie aux reflets de stupeur,
Tu devins pintada, la dame bien fardée,
Quand l'Espagne t'offrit ta parure dorée.
Puis la France t'accueille en ses riches vallées,
Des Pays de la Loire aux plaines ensoleillées.
Devenue domestique, tu restes sauvageonne,
Tu n'obéis à rien, tu ne crains personne.
Tu aimes te percher tout en haut des grands arbres,
Pour fuir le vieux renard qui rôde sous les marbres.
Méléagriculture au geste minutieux,
Qui préserve ton goût si fier, si précieux,
À mi-chemin du prince et du gibier des bois,
Tu régales les rois et le peuple à la fois.

 

Chant IV : Le Miroir du Sahel

 

Dans la case de terre où le temps s'est arrêté,
Le devin du Burkina lit ta sainte vérité.
Tu es le premier-né du grand dieu créateur Amma,
Gardienne de l'ordre, sentinelle d'ici-bas.
Quand le danger s'avance, ton cri perce la nue,
Tu es l'ancre du sol, l'intuition reconnue.
Au Mali, au Burkina, dans l'éclat des mariages,
Tu es le pacte vivant qui traverse les âges.
On t'échange en silence, monnaie de pur honneur,
Pour sceller l'alliance et chasser le malheur.
Sur les draps de Bogolan et les bronzes de cire,
Ton motif hypnotique continue de nous dire
Que l'homme et l'univers marchent du même pas,
Et que celui qui t'aime ne s'égarera pas.

 

Épilogue : L'Amie du Jardinier

 

Tu cours plus que tu ne voles, bossue de Jules Renard,
Tu rages dans la cour, un peu folle, un peu à part.
Mais quel don de la vie pour le jardin qui penche !
Tu manges les tiques, les vers et la larve blanche.
Désherbeuse écologique, compagne de l'humain,
Tu ramènes l'abondance et le pain de demain.
Chantons-la, célébrons-la, miracle du vivant,
La Pintade sacrée au milieu des enfants.
Rendons-lui ses honneurs, sa couronne de corne,
Pour que notre culture jamais ne devienne morne.
***
« Paisa » sens d'une richesse poétique, symbolique et métaphorique.
Dans le contexte du poème, le verbe « paisa » est une licence poétique pour « apaisa » (du verbe apaiser, raccourci pour le rythme du vers).
Voici comment comprendre cette image :
  • L'apaisement par la métamorphose : Artémis transforme le chagrin éternel des sœurs de Méléagre en quelque chose de beau et de permanent. Leurs larmes incessantes ne sont plus perdues dans le sol ; elles deviennent les taches blanches indélébiles sur les plumes de l'oiseau.
  • Les « perles de pluie » : C'est une métaphore pour désigner ces petites gouttes blanches et rondes qui constellent le plumage de la pintade.
  • La richesse du sacré : Si richesse il y a, elle est spirituelle et cosmologique. Comme mentionné plus bas dans l'histoire et les mythes africains, ce plumage tacheté est perçu comme une voûte étoilée, un ordre cosmique et un symbole d'abondance pour les récoltes.
C'est donc la transmutation de la souffrance en une parure sacrée et éternelle : la douleur des femmes est devenue le trésor visuel de l'oiseau.
MC Palys (1947)
 Marie-Claude Palys (1947) auteur - Messidor : L'Épi d'Or et l'Oiseau de Numidie  - La pintade
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