16 juin 2026
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Marie-Claude Palys (1947) auteur
Messidor, le Don Doré du Ciel
La cerise
Au dixième souffle de l'An Républicain,
Quand le soleil de juin embrase le matin,
Naît le mois de Messidor, fils de la moisson,
Du latin messis et du grec dỗron.
C'est le présent doré, le cadeau des saisons,
Où les épis ondoyants dessinent l'horizon.
Fabre d'Églantine, poète au cœur rêveur,
Lui donna pour parure la flore et la pudeur.
Et si l'An XIV vit mourir ce calendrier,
Dans le cœur du temps, le mythe est resté gravé :
Chaque année, quand juillet passe le pas de l'été,
Le 15ème jour vient pour nous régaler.
C'est le Jour de la Cerise, éclatant et vermeil,
Généralement éclos sous un sept juillet de soleil.
Le Bel Arbre d'Orient et son Nom Voyageur
Le cerisier, noble prince du genre Prunus,
Porte la robe blanche des arbres de Vénus.
Qu’il vienne de Chine ou des jardins du Japon,
Il offre dès avril sa tendre floraison.
Ses fleurs roses et blanches, en bouquets suspendus,
Annoncent le trésor des fruits tant attendus.
Le Voyage des Mots :
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Du latin médiéval ceresarius gravé
dans le grand grimoire du Capitulare de Villis,
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Au grec ancien kerasion, né de la cité antique de Kerasos.
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L'Anglais murmure Cherry, le Normand dit cherise,
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L'Espagnol peint sa cereza sous la brise,
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L'Allemand offre sa Kirsche, le Turc crie kiraz,
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Et l'Occitan fait naître la griotte de son agriòta rafraîchissante.
Devenu nom de famille, de hameau, de lieu-dit,
Le cerisier s'enracine là où la terre vit.
De la Drupe Sauvage aux Douceurs de la Table
La cerise est une drupe, un astre de clarté,
Une sphère charnue à la peau veloutée.
Rouge sombre, noire d’ébène ou jaune de soleil,
Elle cache sous sa chair un secret sans pareil.
Depuis le Néolithique et ses lointains rivages,
L'homme cueille le merisier, ce grand frère sauvage.
Puis Lucullus la ramena des guerres du Pont à Rome,
Pour offrir sa douceur à la table des hommes.
Le sage Théophraste en décrivit la fleur,
Et le médecin Diphilius en vanta la valeur.
LA FAMILLE DES CERISES
Sucrées
.Bigarreaux (burlat)
.Guignes(Belle de mai)
Acidulées
.Griottes (Montmorency
Amères et douces
.Amarelles (Amarena)
.Cerises vraies
De Céret, dès le printemps, part le premier cageot,
Destiné chaque année au palais du Château,
Tandis que le Vaucluse, la Drôme et le Gard
Gorgent d'or et de sucre nos paniers de l'hectare.
Entre Ciel, Sciences et Recettes Millénaires
Dans l'art chrétien, son rouge est le sang du Calvaire,
Posé sur la Cène, mystique lumière.
Pour Dioscoride, elle libère les corps tendus,
Et Louis XV en fit le plus noble des fruits perdus.
On l'aimait à Meudon, à l'Hôtel Saint-Pol,
Elle voyageait en paniers jusqu'au pavé du sol.
Aujourd'hui, elle se fait gourmande et se décline :
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Au naturel : fraîche, croquante et divine,
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En bouteille : Kirsch d'Alsace ou Guignolet d'Anjou,
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En douceur : Clafoutis fondant qui plaît à coup sûr,
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En tisane : Ses queues soignent les maux les plus durs.
Elle prête son nom à la petite tomate,
À la couleur du café, à l'art qui s'acclimate.
Même le forgeron, devant son métal chaud à 900 °C,
Salue le "rouge cerise" qui danse dans l'âtre.
La Muse des Peintres et des Poètes
Les pinceaux de Sano di Pietro et du Titien
Ont posé la Madone sur ce fond de jardin ;
Jeanne Chaudet, Seignac et le grand Bourdichon
Ont croqué la fillette et sa douce tentation.
Les poètes ont chanté ce temps si éphémère :
L'école de Salerne en fit une panacée salutaire.
Rousseau y trouva son idylle et sa joie,
Et Jules Verne en fit des pipes de bois.
Jean-Baptiste Clément en fit un chant de cœur,
Une plaie révoltée, une sainte douleur :
"J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur..."
Et les enfants chantent encore dans les cours de récréation :
« Un, deux, trois, j'irai dans les bois...
dix, onze, douze, elles seront toutes rouges ! »
Victor Hugo les mangea, Daudet en fit des parures,
François Coppée les suspendit aux oreilles des filles pures.
Et Jacques Prévert, d'un trait de plume éternel,
Résuma notre monde en un vers fraternel :
« La vie est une cerise
La mort est un noyau
L'amour un cerisier. »
sous le ciel de Messidor Elle reste pour toujours,
Le fruit de la promesse, de la bienveillance et de l’amour.
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