14 juin 2026 7 14 /06 /juin /2026 19:51


 

Marie-Claude Palys (1947) auteur
Messidor, le Temps des Épis d'Or
La Faucille
I. Le Présent de la Terre

 

Entendez-vous le chant de Messidor ?
Dixième éclat du rêve républicain,
Né du latin messis, la moisson d'or,
Et du grec dôron, le présent divin.
Fabre d’Églantine, poète des saisons,
Y vit l'onde rutilante des grands champs,
Mariquant l'été de ses floraisons,
Sous les soleils de juin et juillet ardents.
Et si l'histoire effaça l'An Quatorze au matin,
Messidor vit toujours dans le cœur du jardin.
II. Le Geste et l'Outil

 

Le vingt-huitième jour de juin s’avance,
C’est le jour sacré de la Faucille.
Lame courbe d'acier en plein réveil,
Manche de bois où la paume s'habille.
Bien avant la faux, bien avant les machines,
Elle pliait le blé, l’orge et l'avoine.
Aujourd'hui encore, elle chemine
Le long des vieux murs, là où l'homme glane.
Elle revient au jardin, complice et sauvage,
Pour caresser l'herbe et retrouver l'ancêtre,
Rapprochant nos mains du premier paysage,
Pour le seul plaisir de se sentir renaître.

 

III. La Longue Marche du Silex

 

Voyageons dans le temps, il y a douze mille ans,
En Palestine, au creux des grottes de Mugharet.
Le Natoufien taillait dans l’os blanc des vivants,
Des dents de silex pour mordre le secret.
Au Maghreb capsien, en Mésopotamie d'argile,
L'homme inventait le geste qui nourrit.
À Yazilikaya, douze dieux immobiles
Portaient l'harpé comme une arme de nuit.
Et chez les Pharaons, sous les rois Hyksos,
On l'offrait aux tombes pour le grand voyage ;
Toutankhamon dort avec son bois doré, d'os,
Et de verre coloré, défiant les âges.
IV. Des Druides aux Veillées d'Hiver

 

Voyez les druides de la vieille Gaule,
Vêtus de blanc sous le ciel de l'Armorique,
Trancher le gui sacré qui pousse sur l'épaule
Des grands chênes, d'un geste prophétique.
Dans le Jura, à Briod, cinq cents lames de bronze
Disent le commerce et l'antique atelier.
Et pour que la chair sous le fer ne renonce,
L’hiver, au coin du feu, on sculptait le métier :
Le gant de bois protecteur, façonné dans l'ombre,
Trois doigts ou quatre, laissant le pouce souverain,
Pour ramasser la javelle sans nombre
Et protéger la main du faucheur souverain.
Le Sang et les Mythes

 

Dans la Théogonie du vieux poète Hésiode,
C'est une faucille d’adamante, forgée par Gaïa,
Que Cronos brandit pour clore la période
Du règne d'Ouranos, qui alors s'effondra.
Du sang sur la terre naissent les Géants sombres,
Et de l'écume des mers, Aphrodite surgit.
Cronos, dieu des moissons malgré ses décombres,
Donna son nom au mois où le blé mûrit.
V. Le Trésor du Patrimoine

Le Fer du Combat :
Au XVIe siècle, elle devient l'arme
des manuels de Paulus Hector Mair. 
L'Ombre du Rituel :
A Drawsko en Pologne, au XVIIe siècle,
on la plaçait sous le cou de ceux
dont on craignait le retour d'entre les morts.
L'Union des Mains :  
Croisée au marteau sous le ciel de Lénine,
elle devint le symbole du paysan lié à l'ouvrier d'usine. 
L'Afrique et la Vie :  
Là-bas, elle demeure le signe de la prospérité,
de la fertilité promise.  

 

VI. Conclusion : L'Éternel Renouveau

 

Compagne de la Mort sous les traits de la Faucheuse,
Elle est pourtant le symbole du changement,
L'ingéniosité d'une humanité laborieuse,
Notre lien charnel au sol, tout simplement.
Plus qu'un outil de fer, un trésor qui demeure,
Traversant les cultures, les âges et les droits,
La faucille écrit encore, à chaque heure,
Le respect de la terre et la mémoire des rois.
 Marie-Claude Palys (1947) auteur - Messidor, le Temps des Épis d'Or  - La Faucille
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