28 juin 2026 7 28 /06 /juin /2026 14:05

Marie-Claude Palys (1947) auteure

La Campanule

 

Je suis la Campanule,
petite cloche du jardin,
mon nom vient du latin
campana,
et résonne comme un doux tintement lointain.

On me nomme parfois
Doigtier, Gants de Notre-Dame,
Ortie bleue ou Miroir de Vénus,
autant de noms tissés de charme et de légende.

Rustique et discrète,
je traverse les saisons avec patience.
Lorsque l'hiver étend son manteau de silence,
je m'assoupis sous la terre,
gardant mes rêves de fleurs
jusqu'au retour des beaux jours.

Alors je renais,
plus belle encore,
dans les jardins, les rocailles,
les sous-bois et les prairies.
Mes corolles délicates,
en clochettes ou en étoiles,
s'épanouissent avec grâce
sous les caresses du soleil.

Bleues comme un ciel d'été,
violettes comme un crépuscule,
blanches comme une aile de colombe,
ou parfois roses et tendres,
mes fleurs illuminent les massifs
de leurs couleurs apaisantes.

Je ne demande presque rien.
Un peu de lumière,
un coin de terre accueillant,
et je fleuris généreusement,
offrant au jardin
une présence douce et fidèle.

Parmi mes nombreuses cousines,
certaines courent sur les vieux murs,
d'autres s'étendent en tapis fleuris.
Quelques-unes dressent de grandes clochettes
aux nuances de bleu, de lilas ou de rose,
comme autant de petites lanternes
suspendues à l'été.

Je suis aussi l'amie des abeilles
et des papillons.
Mon nectar généreux les attire,
et leurs ailes légères
font danser l'air autour de moi.

Dans les champs de blé,
on me voit parfois apparaître en août.
Au coucher du soleil,
je referme doucement mes clochettes,
comme pour conserver les derniers secrets du jour.

Je suis le symbole
de la beauté simple et naturelle,
celle qui n'a nul besoin d'artifice
pour toucher les cœurs.

Je parle de gratitude,
de reconnaissance sincère,
de fidélité et de dévouement,
de ces liens précieux
qui résistent au temps.

Mes fleurs légèrement inclinées
évoquent la modestie,
la douceur et l'humilité,
mais derrière cette apparente fragilité
se cache une étonnante force.

Je suis aussi la fleur de l'espérance,
celle qui annonce les joies à venir
et les lendemains lumineux.

Quand je me pare de bleu clair,
je murmure la paix intérieure,
la confiance et la sérénité.

Lorsque mes pétales deviennent violets,
je parle de spiritualité,
de réflexion profonde
et de tendresse silencieuse.

Vêtue de blanc,
j'incarne la pureté,
la vérité et le renouveau.
Je porte les mots que l'on n'ose parfois pas dire :
le pardon,
la réconciliation,
et les nouveaux départs.

Plus rare dans ma robe rose,
je chante l'affection délicate,
les sentiments naissants,
les attachements sincères
et les promesses murmurées à demi-voix.

Ainsi je vis,
petite cloche des jardins,
balancée par le vent,
offrant à qui me regarde
une leçon de simplicité :

qu'il suffit parfois d'une fleur,
d'un peu de lumière
et d'un instant de paix,
pour entendre chanter le bonheur.

 Marie-Claude Palys (1947) auteure - La Campanule
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