4 juillet 2026 6 04 /07 /juillet /2026 16:44
Marie-Claude Palys (1947) auteure
Le Chant de l’Ivraie : Du Calendrier à la Légende
I. L’Ombre du Calendrier


 

Dans le doux balancement des âges et du temps,
Quand Fabre d'Églantine, au souffle du printemps,
Nommait les jours nouveaux selon la PDF de la Terre,
Écartant les vieux saints pour chanter la matière,
Il fit du Quartidi 4 Thermidor un miroir,
Le trois-cent-quatrième jour où s'installe le soir.
Généralement éclos sous un ciel de juillet,
Quand le vingt-deux s'habille d'un soleil violet,
Ce jour fut dédié à l'herbe vagabonde :
L'Ivraie, fille de l'ombre où la clarté s'inonde.


 

II. Les Racines du Nom et de l'Ivresse


 

« Blé enivrant, ray-grass enivrant »
Du vieux latin soufflé : ebriaca herba, l'herbe ivre,
Qui trouble la raison de celui qui la livre.
Et la Zizanie antique, au détour des chemins,
Vient du grec zizánion, secret des Sumériens,
zizán rimait presque avec le mot froment,
Triste sœur du blé née d'un destin changeant.
Poacée herbeuse, sauvage ou bien nourricière,
Elle aime les climats où l'humidité claire
Rencontre la douceur d'un soleil caressant,
D'Europe aux tièdes terres du sous-continent.
Sous le nom de Ray-grass, les Anglais l'ont plantée,
Pour habiller de vert la terre tourmentée :
L'italienne multiflorum ou la vivace perenne,
Qui tapisssent parfois, sous une main sereine,
Le gazon de Wimbledon où la balle résonne.
Mais l'autre, la secrète, est celle qui frissonne :
Habitée en secret par un noir compagnon,
Neotyphodium, champignon sans pardon,
Qui tisse la témuline, alcaloïde amer,
Donnant au pain des hommes le vertige de la mer.


 

III. La Voix des Sages et des Siècles


 

Au quatrième siècle avant notre ère humaine,
Théophraste pensait, dans sa science lointaine,
Que le blé trop nourri, sous la pluie et le vent,
Dégénérait en ivraie au milieu du levant.
À Athènes, les lois, pour chanter la pureté,
Exigeaient un froment de toute ivraie exempté.
Puis Virgile, au cœur des Bucoliques sombres,
Pleura la mort de Daphnis au milieu des décombres :
« Depuis que les destins t'ont enlevé des plaines,
Palès et Apollon ont fui nos moissons pleines.
Dans les sillons sacrés d'où sortaient nos espoirs,
Ne croissent plus hélas que les longs voiles noirs
De la triste ivraie et des herbes stériles... »
Pline l'Ancien, plus tard, en écrivit l'histoire,
Nommant l'herbe infelix, mais gardant la mémoire
De ses secrets guérisseurs : cuite dans le vinaigre,
Elle calmait l'impétigo et la podagre maigre.
Dioscoride en fit un baume extérieur,
Et Galien constata, d'un regard supérieur,
Que les années de crise, où le blé se fait rare,
L'ivraie au pain des pauvres sournoisement se prépare.
Si forte était sa ruse, et si grand le tourment,
Qu'une loi romaine punissait durement
Le voisin malveillant qui s'en allait semer
L'ivraie chez son ennemi pour tout consumer.
Au fil des ans, Matthiole, Bulliard, Filhol aussi,
Cherchèrent son venin, son huile au teint ranci,
Comprenant que sa graine, avant sa maturité,
Frappait les nerfs des hommes de cécité.


 

IV. La Parabole et le Symbole


 

C'est l'Évangile saint, au livre de Matthieu,
Qui grava son sillage sous le regard de Dieu.
Le Fils de l'homme a semé le bon grain dans son champ,
Mais l'ennemi est venu, dans le noir menaçant,
Jeter la zizanie au milieu du froment.
« Faut-il l'arracher ? » demandent les serviteurs.
Le Maître dit : « Non, attendez les moissonneurs,
De peur qu'en la brisant, le blé ne soit détruit.
Laissez-les grandir ensemble jusqu'à la nuit.
Alors nous lierons l'ivraie pour le grand feu,
Et le blé pur viendra dans le grenier de Dieu. »


 

V. Échos et Maximes du Temps


 

L'homme a fait de cette herbe un proverbe éternel,
Une leçon de vie sous un ciel solennel.
Mencius soupirait :
« Le grand défaut des hommes est d'abandonner leurs propres champs pour ôter l'ivraie de ceux des autres. »
Nietzsche, par la voix de Zarathoustra, disait tout bas :
« Ma doctrine est en danger, l'ivraie veut passer pour bon grain ici-bas. »
Vauvenargues écrivait pour guider nos esprits :
« On n'apprend aux hommes les vrais plaisirs qu'en les dépouillant des faux biens, comme on ne fait germer le bon grain qu'en arrachant l'ivraie qui l'environne. »
Et Robert Kemp, observant la plume et la foi, murmurait :
« Un brin d'ivraie prend la hauteur d'un séquoia. »
Pourtant, dans les campagnes, les enfants s'en amusaient,
Et effeuillant l'épi, doucement répétaient :
« Marirai, marirai pas », jeu naïf des chemins,
Pour deviner l'amour et les lendemains.


 

VI. Épilogue Symbole


 

L'Ivraie
Le Bon Grain
La Zizanie amère
La Pureté de la Terre
Le Vice et la Discorde
La Paix et la Miséricorde
Elle doit pousser encore, compagne du chemin,
Jusqu'à l'heure ultime du grand soir divin ;
Mais nul ne saurait dire, sous le manteau des cieux,
Les souffrances qu'elle impose au froment précieux.
Marie-Claude Palys (1947) auteure - Le Chant de l’Ivraie : Du Calendrier à la Légende
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