4 juillet 2026
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Marie-Claude Palys (1947) auteure
L'Éloge de l'Épeautre
Chant du Premier Jour de Thermidor
I. Le Souffle de Thermidor
Quand vient le temps de Thermidor, au cœur de la chaleur,
Le poète Fabre d’Églantine, en éveilleur des cœurs,
Invoque le rythme des saisons, les sèves de la terre.
Chaque dix-neuf juillet, sous la voûte solaire,
Le calendrier républicain salue un vieux complice :
Le jour de l'épeautre se lève, sans fard et sans artifice.
II. Le Grain Vêtu des Âges
Né au Proche-Orient dans le secret des premiers champs,
Fruit de l'égilope sauvage et du vieil amidonnier,
Tu portes en ton cœur douze mille ans d'histoire.
Vieux Kussemeth hébreu, tu traverses les mémoires,
Devenu spelta germanique, puis l'épeautre des aïeux.
Le Gaulois te cultive sous des soleils pluvieux
Pour nourrir l'Empire et les fiers légionnaires ;
Tu devins le far de Rome, la farine première.
Tu es le grand frère rustique, le blé enveloppé,
Qui garde jalousement sa balle après avoir été coupé.
Quand le lin et l'orge tombent sous la grêle qui fait rage,
Toi, le tardif, tu résistes au passage de l'orage.
Dans la Bible, Ésaïe te sème en lisière, sur les bords,
Et le prophète Ézéchiel, pour défier le sort,
Te mêle aux fèves, au millet, dans son vase d'argile,
Pour en faire un pain de vie au milieu de l'exil.
III. La Leçon de Robustesse
Que la terre soit ingrate, que le climat soit cruel,
Tu enfouis tes racines sous le regard du ciel.
Fière tige plus haute que le blé, parure de silicium,
Tu dédaignes les engrais qui corrompent le monde des hommes.
Tu traverses le Moyen Âge en reine carolingienne,
Avant que sainte Hildegarde, de sa voix souveraine,
Ne chante tes louanges pour les siècles à venir :
« L'épeautre est un grain chaud, fait pour nous réjouir,
Il donne un sang de qualité, une chair vigoureuse,
Met de l'allégresse à l'esprit et l'âme généreuse. »
Et s'il fallut parfois te céder au seigneur,
En muids d'épeautre héritables pour sceller un honneur,
Comme le dictaient les parchemins de Liège ou d'Hasbaye,
Tu restas le trésor qui dort sous la paille.
IV. De la Terre à la Table
Longtemps délaissé pour des blés plus dociles,
Aux rendements dorés mais aux santés fragiles,
Tu reviens aujourd'hui, champion des temps durables,
Du bassin parisien aux provinces de l'Italie affable.
Sous l'ombre de la Garfagnana, tu deviens le farro fin,
Ou la Dinkelbier moussante aux frontières d'outre-Rhin.
Il faut te décortiquer, te libérer de ta glume,
Te prêter au trempage sous un rayon de lune.
Mais en bouche, quel régal ! Un doux parfum de noix,
Un grain qui reste croquant sous la dent du bourgeois.
Tu te fais pain, risotto, soupe ou fine coupe de bière,
Et même ton enveloppe, élastique et légère,
Devient un doux coussin, matelas ou literie,
Ou chaufferette intime où la chaleur se marie.
V. Le Retour de l'Ancien
De Nice au Ventoux, le poète Bernard Duplessy
Raconte ton voyage en Provence, pays de poésie.
Autrefois simple becquée pour apaiser la faim,
Tu ouvres aujourd'hui la route des grands festins.
Près des fontaines bruissantes, sous l'ombre des platanes,
Ton histoire s'écrit encore, loin des vains profanes.
Épeautre : grain de mémoire, de sève et de fierté,
Tu restes à jamais le symbole de la longévité.
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