22 février 2026 7 22 /02 /février /2026 15:23

 

 

Georges Raymond Constantin Rodenbach (1855-1898) poète symboliste et un romancier belge de la fin du XIXᵉ siècle.

 

Les enfants

 

Les Tristesses,

 

Si vous rencontrez trop souvent

— Parmi ces vers noirs et moroses

Que j’écris le soir en rêvant —

Le cortège des enfants roses ;


 

Si vous trouvez trop de blondins,

C’est ainsi que je les appelle,

Trahissant par des cris badins

Leur adorable ribambelle,


 

C’est qu’au fond je les aime tant :

Ils sont tous blonds, étant l’aurore ;

Rien qu’à les voir, je suis content ;

Qu’à leur parler, je m’améliore.

Ils sont blonds comme une moisson,

Étant une moisson eux-même ;

Et gardent le chaste frisson

De la main de Dieu qui les sème.


 

D’où viennent-ils ? C’est un secret ;

Mais ils ressemblent à des anges ;

Et si l’on osait, on irait

Chercher des ailes sous leurs langes.


 

Dans leurs berceaux qu’ils sont jolis

Sous les petits rideaux de gaze ;

Leur grosse tête fait des plis

A la chair du bras qu’elle écrase.


 

Ils dorment, lassés de leurs jeux,

La bouche ouverte, avec paresse ;

Un pied blanc, hors des draps neigeux,

Semble chercher une caresse.


 

Un peu plus grands, sur les tapis

Ils gambadent à quatre pattes

Jusqu’à ce qu’ils soient assoupis

Et s’y couchent comme des chattes.


 


 

Ils commencent à bégayer

Des phrases qui sont des ébauches ;

Eux-mêmes semblent s’égayer

De leurs essais tendrement gauches.


 

Ils ont d’imperceptibles mots

Qui sont pareils aux fraîches notes

Dont se servent dans les rameaux

Les pinsons causant aux linottes.


 

Puis leur langue obéit soudain

Et dés lors s’agite et babille,

Quand on les lave, le matin,

Le soir, quand on les déshabille.


 

Ce sont des questions sans fin :

"Quel est ce fruit ?… quel est ce livre ?…

"Pourquoi la soif, pourquoi la faim ?…

"Pourquoi l’été, pourquoi le givre ?…


 

"La lune, pourquoi l’accrocher

"A ce ciel qu’on ne peut atteindre ?

"C’est sans doute pour empêcher

"Que les enfants n’aillent l’éteindre.


 


 

"Pourquoi ce tic-tac régulier

"Dans la vieille horloge de marbre ?

"Pourquoi la rosée en collier

"Suspendue aux branches de l’arbre ?


 

"Pourquoi ces petits en lambeaux

"Quand eux ont mis leur robe blanche ;

"Pourquoi gardent-ils leurs sabots,

"Pour eux n’est-ce donc pas dimanche ? »


 

C’est ainsi qu’ils veulent tout voir,

Tout pénétrer et tout comprendre ;

Et nous qui croyons tant savoir,

Nous ne savons rien leur apprendre.


 

Avec leur droit petit bon sens

Ils troublent notre esprit superbe :

Dieu fixe les chênes puissants

A terre comme les brins d’herbe.


 

C’est surtout vers cinq ou six ans

Qu’ils sont à ce point adorables

Qu’ils font pâlir les vers luisants,

Qu’ils font s’incliner les érables.


 


 

Ils ont des sourires fréquents

En tenant un doigt dans leurs bouches ;

Et, comme nous, inconséquents,

Ils tirent les ailes des mouches,


 

Ayant pourtant le cœur si bon

Qu’ils s’attristent à voir des vieilles

Glaner des débris de charbon

Pour réchauffer un peu leurs veilles.


 

Oh ! comme ils jasent prés de nous

Dans leur langage pittoresque ;

Lorsqu’ils grimpent sur nos genoux,

Nous redevenons enfants presque,


 

Nous nous amusons avec eux,

Nous leur racontons des histoires

Où de grands ogres belliqueux,

Au fond de leurs laboratoires,


 

Font distiller leur noirs venins

Dans des marmites bien chauffées,

Pour détruire ces maudits nains

Qui seront sauvés par des fées.


 


 

Qu’ils sont coquets, qu’ils sont charmants !

Tous ces Astyanax d’Homère,

Lisant leurs petits compliments

A la fête des père et mère !


 

O les bouquets ! ô les présents !

Les œufs de Pâques, les arbustes,

Les souvenirs des premiers ans,

Des jours sereins, des jours robustes I


 

Enfants, vous nous rendez ce temps

Qui par vous semble proche encore ;

Nous revivons notre printemps

Et nous revivons notre aurore.


 

Voilà pourquoi j’ai si souvent,

Au lieu des tristesses banales,

Évoqué, le soir en rêvant,

Ces folles têtes virginales !…


 

Je suis semblable au voyageur

Qui monte le flanc des collines

Pour aller parcourir, songeur,

Quelque vieux manoir en ruines ;


 


 

Puis arrivé là-haut, séduit

Par l’opaque et fraîche ramure

D’où le soleil matinal luit

Dans le filet d’eau qui murmure,


 

Grisé par ce vent des sommets

Que heurte seul le vol des aigles,

Il ne voudra plus désormais

Que se coucher le long des seigles,


 

Et qu’écouter les nids chanteurs,

Et qu’effeuiller des aubépines,

Et qu’en aspirer les senteurs,

— Au lieu d’aller dans les ruines !…

Georges Raymond Constantin Rodenbach (1855-1898) poète symboliste et un romancier belge de la fin du XIXᵉ siècle - Les enfants - Les Tristesses,
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22 février 2026 7 22 /02 /février /2026 14:59

 

 

Arthur Rimbaud (1854-1891) poète français


Recueil : Poésies

 

 

Les étrennes des orphelins

 

 

I


 

La chambre est pleine d’ombre ; on entend vaguement

De deux enfants le triste et doux chuchotement.

Leur front se penche, encore alourdi par le rêve,

Sous le long rideau blanc qui tremble et se soulève…

– Au dehors les oiseaux se rapprochent frileux ;

Leur aile s’engourdit sous le ton gris des cieux ;

Et la nouvelle Année, à la suite brumeuse,

Laissant traîner les plis de sa robe neigeuse,

Sourit avec des pleurs, et chante en grelottant…


 

II


 

Or les petits enfants, sous le rideau flottant,

Parlent bas comme on fait dans une nuit obscure.

Ils écoutent, pensifs, comme un lointain murmure…

Ils tressaillent souvent à la claire voix d’or

Du timbre matinal, qui frappe et frappe encor

Son refrain métallique en son globe de verre…

– Puis, la chambre est glacée… on voit traîner à terre,

Épars autour des lits, des vêtements de deuil

L’âpre bise d’hiver qui se lamente au seuil

Souffle dans le logis son haleine morose !

On sent, dans tout cela, qu’il manque quelque chose…

– Il n’est donc point de mère à ces petits enfants,

De mère au frais sourire, aux regards triomphants ?

Elle a donc oublié, le soir, seule et penchée,

D’exciter une flamme à la cendre arrachée,

D’amonceler sur eux la laine et l’édredon

Avant de les quitter en leur criant : pardon.

Elle n’a point prévu la froideur matinale,

Ni bien fermé le seuil à la bise hivernale ?…

– Le rêve maternel, c’est le tiède tapis,

C’est le nid cotonneux où les enfants tapis,

Comme de beaux oiseaux que balancent les branches,

Dorment leur doux sommeil plein de visions blanches !…

– Et là, – c’est comme un nid sans plumes, sans chaleur,

Où les petits ont froid, ne dorment pas, ont peur ;

Un nid que doit avoir glacé la bise amère…

III


 

Votre coeur l’a compris : – ces enfants sont sans mère.

Plus de mère au logis ! – et le père est bien loin !…

– Une vieille servante, alors, en a pris soin.

Les petits sont tout seuls en la maison glacée ;

Orphelins de quatre ans, voilà qu’en leur pensée

S’éveille, par degrés, un souvenir riant…

C’est comme un chapelet qu’on égrène en priant :

– Ah ! quel beau matin, que ce matin des étrennes !

Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes

Dans quelque songe étrange où l’on voyait joujoux,

Bonbons habillés d’or, étincelants bijoux,

Tourbillonner, danser une danse sonore,

Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !

On s’éveillait matin, on se levait joyeux,

La lèvre affriandée, en se frottant les yeux…

On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,

Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,

Et les petits pieds nus effleurant le plancher,

Aux portes des parents tout doucement toucher…

On entrait !… Puis alors les souhaits… en chemise,

Les baisers répétés, et la gaîté permise !


 

IV


 

Ah ! c’était si charmant, ces mots dits tant de fois !

– Mais comme il est changé, le logis d’autrefois :

Un grand feu pétillait, clair, dans la cheminée,

Toute la vieille chambre était illuminée ;

Et les reflets vermeils, sortis du grand foyer,

Sur les meubles vernis aimaient à tournoyer…

– L’armoire était sans clefs !… sans clefs, la grande armoire !

On regardait souvent sa porte brune et noire…

Sans clefs !… c’était étrange !… on rêvait bien des fois

Aux mystères dormant entre ses flancs de bois,

Et l’on croyait ouïr, au fond de la serrure

Béante, un bruit lointain, vague et joyeux murmure…

– La chambre des parents est bien vide, aujourd’hui

Aucun reflet vermeil sous la porte n’a lui ;

Il n’est point de parents, de foyer, de clefs prises :

Partant, point de baisers, point de douces surprises !

Oh ! que le jour de l’an sera triste pour eux !

– Et, tout pensifs, tandis que de leurs grands yeux bleus,

Silencieusement tombe une larme amère,

Ils murmurent : » Quand donc reviendra notre mère ? »

V


 

Maintenant, les petits sommeillent tristement :

Vous diriez, à les voir, qu’ils pleurent en dormant,

Tant leurs yeux sont gonflés et leur souffle pénible !

Les tout petits enfants ont le coeur si sensible !

– Mais l’ange des berceaux vient essuyer leurs yeux,

Et dans ce lourd sommeil met un rêve joyeux,

Un rêve si joyeux, que leur lèvre mi-close,

Souriante, semblait murmurer quelque chose…

– Ils rêvent que, penchés sur leur petit bras rond,

Doux geste du réveil, ils avancent le front,

Et leur vague regard tout autour d’eux se pose…

Ils se croient endormis dans un paradis rose…

Au foyer plein d’éclairs chante gaîment le feu…

Par la fenêtre on voit là-bas un beau ciel bleu ;

La nature s’éveille et de rayons s’enivre…

La terre, demi-nue, heureuse de revivre,

A des frissons de joie aux baisers du soleil…

Et dans le vieux logis tout est tiède et vermeil

Les sombres vêtements ne jonchent plus la terre,

La bise sous le seuil a fini par se taire …

On dirait qu’une fée a passé dans cela ! …

– Les enfants, tout joyeux, ont jeté deux cris… Là,

Près du lit maternel, sous un beau rayon rose,

Là, sur le grand tapis, resplendit quelque chose…

Ce sont des médaillons argentés, noirs et blancs,

De la nacre et du jais aux reflets scintillants ;

Des petits cadres noirs, des couronnes de verre,

Ayant trois mots gravés en or : » A NOTRE MÈRE ! «

Arthur Rimbaud (1854-1891) poète français - Recueil : Poésies - Les étrennes des orphelins I
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22 février 2026 7 22 /02 /février /2026 14:23


 

 

Arthur Rimbaud (1854-1891) poète français

 

 

Les chercheuses de poux

 

 

Quand le front de l'enfant, plein de rouges tourmentes,

Implore l'essaim blanc des rêves indistincts,

Il vient près de son lit deux grandes sœurs charmantes

Avec de frêles doigts aux ongles argentins.


 

Elles assoient l'enfant auprès d'une croisée

Grande ouverte où l'air bleu baigne un fouillis de fleurs,

Et dans ses lourds cheveux où tombe la rosée

Promènent leurs doigts fins, terribles et charmeurs.


 

Il écoute chanter leurs haleines craintives

Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés

Et qu'interrompt parfois un sifflement, salives

Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.


 

Il entend leurs cils noirs battant sous les silences

Parfumés ; et leurs doigts électriques et doux

Font crépiter parmi ses grises indolences

Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux.


 

Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,

Soupirs d'harmonica qui pourrait délirer ;

L'enfant se sent, selon la lenteur des caresses,

Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.

Arthur Rimbaud (1854-1891) poète français - ​​​​​​​Les chercheuses de poux -
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22 février 2026 7 22 /02 /février /2026 14:04

 

 

 

Arthur Rimbaud (1854-1891) poète français

Recueil : Poésies

 

 

 

Et la Mère, fermant le livre du devoir,

 

 

Et la Mère, fermant le livre du devoir,

S’en allait satisfaite et très fière, sans voir,

Dans les yeux bleus et sous le front plein d’éminences,

L’âme de son enfant livrée aux répugnances.


 


 

Tout le jour il suait d’obéissance ; très

Intelligent ; pourtant des tics noirs, quelques traits

Semblaient prouver en lui d’âcres hypocrisies.

Dans l’ombre des couloirs aux tentures moisies,

En passant il tirait la langue, les deux poings

A l’aine, et dans ses yeux fermés voyait des points.

Une porte s’ouvrait sur le soir : à la lampe

On le voyait, là-haut, qui râlait sur la rampe,

Sous un golfe de jour pendant du toit. L’été

Surtout, vaincu, stupide, il était entêté

A se renfermer dans la fraîcheur des latrines :

Il pensait là, tranquille et livrant ses narines.

Quand, lavé des odeurs du jour, le jardinet

Derrière la maison, en hiver, s’illunait,

Gisant au pied d’un mur, enterré dans la marne

Et pour des visions écrasant son oeil darne,

Il écoutait grouiller les galeux espaliers.

Pitié ! Ces enfants seuls étaient ses familiers

Qui, chétifs, fronts nus, oeil déteignant sur la joue,

Cachant de maigres doigts jaunes et noirs de boue

Sous des habits puant la foire et tout vieillots,

Conversaient avec la douceur des idiots !

Et si, l’ayant surpris à des pitiés immondes,

Sa mère s’effrayait ; les tendresses, profondes,

De l’enfant se jetaient sur cet étonnement.

C’était bon. Elle avait le bleu regard, – qui ment !

A sept ans, il faisait des romans, sur la vie

Du grand désert, où luit la Liberté ravie,

Forêts, soleils, rives, savanes ! – Il s’aidait

De journaux illustrés où, rouge, il regardait

Des Espagnoles rire et des Italiennes.

Quand venait, l’oeil brun, folle, en robes d’indiennes,

– Huit ans – la fille des ouvriers d’à côté,

La petite brutale, et qu’elle avait sauté,

Dans un coin, sur son dos en secouant ses tresses,

Et qu’il était sous elle, il lui mordait les fesses,

Car elle ne portait jamais de pantalons ;

– Et, par elle meurtri des poings et des talons,

Remportait les saveurs de sa peau dans sa chambre.


 


 

Il craignait les blafards dimanches de décembre,

Où, pommadé, sur un guéridon d’acajou,

Il lisait une Bible à la tranche vert-chou ;

Des rêves l’oppressaient chaque nuit dans l’alcôve.

Il n’aimait pas Dieu ; mais les hommes, qu’au soir fauve,

Noirs, en blouse, il voyait rentrer dans le faubourg

Où les crieurs, en trois roulements de tambour,

Font autour des édits rire et gronder les foules.

– Il rêvait la prairie amoureuse, où des houles

Lumineuses, parfums sains, pubescences d’or,

Font leur remuement calme et prennent leur essor !


 


 

Et comme il savourait surtout les sombres choses,

Quand, dans la chambre nue aux persiennes closes,

Haute et bleue, âcrement prise d’humidité,

Il lisait son roman sans cesse médité,

Plein de lourds ciels ocreux et de forêts noyées,

De fleurs de chair aux bois sidérals déployées,

Vertige, écroulements, déroutes et pitié !

– Tandis que se faisait la rumeur du quartier,

En bas, – seul, et couché sur des pièces de toile

Écrue, et pressentant violemment la voile !

 

 

Arthur Rimbaud (1854-1891) poète français - Recueil : Poésies - Et la Mère, fermant le livre du devoir,
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22 février 2026 7 22 /02 /février /2026 13:40

 

 

Guy de Maupassant (1850-1893) écrivain et journaliste littéraire français.

 

Recueil : Des vers


 

Envoi d’amour dans le jardin des Tuileries


 

Accours, petit enfant dont j'adore la mère

Qui pour te voir jouer sur ce banc vient s'asseoir,

Pâle, avec les cheveux qu'on rêve à sa Chimère

Et qu'on dirait blondis aux étoiles du soir.

Viens là, petit enfant, donne ta lèvre rose,

Donne tes grands yeux bleus et tes cheveux frisés ;

Je leur ferai porter un fardeau de baisers,

Afin que, retourné près d'Elle à la nuit close,

Quand tes bras sur son cou viendront se refermer,

Elle trouve à ta lèvre et sur ta chevelure

Quelque chose d'ardent ainsi qu'une brûlure !

Quelque chose de doux comme un besoin d'aimer !

Alors elle dira, frissonnante et troublée

Par cet appel d'amour dont son cœur se défend,

Prenant tous mes baisers sur ta tête bouclée :

« Qu'est-ce que je sens donc au front de mon enfant ? »

Guy de Maupassant (1850-1893) écrivain et journaliste littéraire français - Recueil : Des vers - Envoi d’amour dans le jardin des Tuileries
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22 février 2026 7 22 /02 /février /2026 13:17

 

 

André Lemoyne (1822-1907) Poète français

Recueil : Chansons des nids et des berceaux (1896).


 

Berceuse

 

Sein maternel au pur contour,

Veiné d'azur, gonflé d'amour,

Ton lait s'échappe d'une fraise

Où la soif de vivre s'apaise,

Où l'enfant boit, souriant d'aise.


 

Sein maternel, doux oreiller,

Où, bienheureux de sommeiller,

Bouche ouverte, paupière close,

Le fortuné chérubin rose

Dans un calme divin repose.


 

Rêve-t-il de ciels inconnus,

L'enfant merveilleux qui vient d'elle ?

Sa voix a des cris d'hirondelle,

Et ses joyeux petits bras nus

Ont comme des battements d'aile.

André Lemoyne (1822-1907) Poète français -  Recueil : Chansons des nids et des berceaux (1896) - Berceuse
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21 février 2026 6 21 /02 /février /2026 21:36

 

 

 

Robert Louis Stevenson (1850-1894) écrivain écossais et grand voyageur,

 

 

Le pays de l’édredon bleu


 

Quand j’étais malade, en mon lit,

(Sous ma tête deux oreillers)

Mes jouets étant rassemblés,

Me tenant bonne compagnie.

Parfois, pour un temps assez long,

J’observais mes soldats de plomb,

À la manœuvre, allant au pas

Parmi les collines des draps.

J’envoyais bateaux, cargaisons,

Au gré des flots de couvertures,

Ou bien pour mes cités futures

Mettais en place arbres maisons.

J’étais le géant silencieux

Qui de sa pile d’oreillers

Voyait les plaines, les vallées

Du pays de l’édredon bleu.

Robert Louis Stevenson (1850-1894) écrivain écossais et grand voyageur - Le pays de l’édredon bleu
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21 février 2026 6 21 /02 /février /2026 21:14

 

 

 

Jean Richepin (1849-1926) poète, romancier et dramaturge français.


 

La petite qui tousse

 

 

Les aiguilles des vents froids

Prennent les nez et les doigts

Pour pelote.

Quel est sur le trottoir blanc

Cet être noir et tremblant

Qui sanglote ?


 

La pauvre enfant ! Regardez.

La toux, par coups saccadés,

La secoue,

Et la bise qui la mord

Met les roses de la mort

Sur sa joue.


 

Les violettes sont moins

Violettes que les coins

De sa lèvre,

Que le dessous de ses yeux

Meurtri par les baisers bleus

De la fièvre.


 

Tousse ! tousse ! Encor ! Tantôt

On croit ouïr le marteau

D' une forge ;

Tantôt le râle plus clair

Comme un clairon sonne un air

Dans sa gorge.


 

Tousse ! tousse ! tousse ! Encor !

Oh ! le rauque et dur accord

Qui ricane !

Ce clairon large et profond

Sonne pour ceux qui s'en vont

La diane.


 

Tousse ! C'est le cri perçant

Du noyé lourd qui descend

Sous l'écume,

Tousse ! C'est lointain, lointain,

Ainsi qu'un glas qui s'éteint

Dans la brume.


 

Tousse ! tousse ! un dernier coup !

Elle laisse sur son cou

Choir sa tête,

Tel sous la bise un flambeau ;

Et pour la paix du tombeau

Elle est prête.


 

Elle épousera ce soir,

Sans bouquet, sans encensoir,

Sans musiques,

Plus tôt qu'on n'aurait pensé,

L'hiver, ce vieux fiancé

Des phtisiques.

 

Jean Richepin (1849-1926) poète, romancier et dramaturge français - La petite qui tousse
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21 février 2026 6 21 /02 /février /2026 20:46

 

 

François Coppée (1842-1908) poète, dramaturge et romancier français.

 

 

La petite marchande de fleurs

 

 

Elle nous proposa ses fleurs d'une voix douce,

Et souriant avec ce sourire qui tousse.

Et c'était monstrueux, cette enfant de sept ans

Qui mourait de l'hiver en offrant le printemps.

Ses pauvres petits doigts étaient pleins d'engelures.

Moi je sentais le fin parfum de tes fourrures,

Je voyais ton cou rose et blanc sous la fanchon,

Et je touchais ta main chaude dans ton manchon.

Nous fîmes notre offrande, amie, et nous passâmes ;

Mais la gaîté s'était envolée, et nos âmes

Gardèrent jusqu'au soir un souvenir amer.


 

Mignonne, nous ferons l'aumône cet hiver.

François Coppée (1842-1908) poète, dramaturge et romancier français - La petite marchande de fleurs
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21 février 2026 6 21 /02 /février /2026 16:25

 

 

Abraham Catulle Mendès (1841-1909) romancier, poète, dramaturge, librettiste et critique littéraire français.


 


 

VI

 

L'enfant

 

Cette nuit-là, le vent, par tonnantes saccades,

D’un bout à l’autre bout de l’horizon roulait,

Et les nuages bas s’effondraient en cascades.


 

Nuit lugubre. Parfois un éclair violet,

Bref comme un coup de fouet, cinglait les vastes ombres :

Alors le long Volga, fugace, étincelait ;


 


 

Car c’était dans les bois et dans les steppes sombres

Où Blèda, subjuguant les antiques Germains,

De leurs libres hameaux avait fait des décombres.


 

Lents, courbés, et sur leurs manteaux croisant leurs mains,

Deux prêtres, blancs vieillards appuyés l’un à l’autre,

Traversaient, cette nuit, ce désert sans chemins.


 

Ils pensaient : "Cette voie, étant dure, est la nôtre."

Celui qu’on nommait Jean comptait le plus de jours ;

Le plus jeune avait nom Pierre, comme l’apôtre.


 

Ils apportaient le Verbe à ces barbares sourds,

Les Huns, fils des Mongols, lesquels eurent pour pères

Les Tatars accouplés aux femelles des ours ;


 

Constantinople en proie aux bassesses prospères

Avait exilé Jean, et Pierre était venu

De Rome où l’hérésie a ses plus vieux repaires.


 

Dans l’ombre sans étoile et dans le désert nu

L’orage les ayant assaillis loin des tentes,

Ils se hâtaient sans peur vers un but inconnu.


 

Disputant aux vents froids leurs robes palpitantes,

Comme on fait devant l’âtre ils parlaient en marchant

De leurs soucis, de leurs regrets, de leurs attentes.


 


 

Pierre disait : "Mon Dieu ! Sur ce double penchant,

Luxure et Cruauté, Rome branle et s’écroule ;

Qui n’est pas débauché, dans ce siècle, est méchant.


 

Une infâme descente emporte prince et foule ;

Et vers l’Enfer qui s’ouvre en bas visiblement

L’universel salut est la pierre qui roule."


 

Jean disait : "Qu’elle tombe et soit un lac fumant,

La ville, ô Constantin, qui, maintenant caduque,

Pour charpente eut ta force et ta foi pour ciment !


 

Le front sous ta couronne et le pied sur ta nuque,

Des nains règnent : l’enfant Théodose, et sa sœur,

Et Chrysaphe ; le seul qui soit homme est eunuque.


 

Cependant, protégé par leur lâche douceur,

Nestorius insuffle aux âmes sa démence,

Du diable ou de soi-même infâme confesseur !


 

Donc il est temps. Suspends, ô Dieu bon, ta clémence !

L’impiété, le vice et le crime étant mûrs,

Il faut que la moisson formidable commence.


 

Suscite un moissonneur aux bras rudes et sûrs

Qui fauche sans pitié ni relâche, et remplisse

Les granges de l’enfer jusqu’à rompre les murs !


 


 

Dût le vengeur, atroce et se faisant complice

Du mal universel châtié par le mal,

De ceux qu’il punira partager le supplice !"


 

Jean se tut. Pierre dit : "Amen !" D’un pas égal

Les deux vieillards marchaient dans l’ombre à l’aventure.

Flagellés par l’averse et par le vent brutal.


 

Une bâtisse ancienne et que le vent torture

Devant les voyageurs se dressa brusquement,

Croulante, et d’un seul mur soutenant sa toiture.


 

L’orage la heurtait d’un bond si véhément

Que Jean se détourna par prudence, et que Pierre

Dit tout d’abord : "Le mur va choir dans un moment".


 

Quiconque, la fatigue ayant clos sa paupière,

Se coucherait ici sur l’herbe et les gravats,

S’éveillerait bientôt dans un linceul de pierre.


 

— Certes ! " repartit Jean. Comme ils pressaient le pas

Avec peine, leurs pieds s’allourdissant de fange,

Une Voix dit ces mots : "Mur ! ne t’écroule pas ! "


 

La Voix qui proférait cette parole étrange

Leur sembla très terrible et très douce à la fois.

Qui donc parlait, sinon le Seigneur ou son ange ?


 


 

Tremblants, ils s’étaient mis à genoux, et leurs doigts

Tâtaient sous le manteau les crucifix d’ivoire.

"Mur ! ne t’écroule point !" dit encore la Voix.


 

Démon qui disputait au Seigneur la victoire,

L’âpre ouragan d’éclairs et d’averses s’armait :

Pas un bloc ne tomba de la muraille noire.


 

Pierre, en la contemplant de la base au sommet,

Tressaillit tout à coup et s’écria : "Regarde !"

Ils virent sur la terre un enfant qui dormait.


 

Il dormait. Eux, béants, la prunelle hagarde,

Penchés vers l’inconnu qui s’était couché là,

Dirent : "Quel est ton nom, ô dormeur que Dieu garde ?"


 

L’enfant, ouvrant les yeux, répondit : "Attila."»

Abraham Catulle Mendès (1841-1909) romancier, poète, dramaturge, librettiste et critique littéraire françai - VI - L'enfant
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