4 juin 2026 4 04 /06 /juin /2026 15:24
Alphonse de Lamartine (1790-1869)  est un poèteromancierdramaturgehistorien et homme politique français.
Recueil : Nouvelles méditations poétiques
Cueillons, cueillons la rose au matin de la vie;


Cueillons, cueillons la rose au matin de la vie;
Des rapides printemps respire au moins les fleurs.
Aux chastes voluptés abandonnons nos coeurs,
Aimons-nous sans mesure, à mon unique amie!

Quand le nocher battu par les flots irrités
Voit son fragile esquif menacé du naufrage,
Il tourne ses regards aux bords qu'il a quittés,
Et regrette trop tard les loisirs du rivage.
Ah! qu'il voudrait alors au toit de ses aïeux,
Près des objets chéris présents à sa mémoire,
Coulant des jours obscurs, sans périls et sans gloire,
N'avoir jamais laissé son pays ni ses dieux!

Ainsi l'homme, courbé sous le poids des années,
Pleure son doux printemps qui ne peut revenir.
Ah! rendez-moi, dit-il, ces heures profanées;
O dieux! dans leur saison j'oubliai d'en jouir.
Il dit : la mort répond; et ces dieux qu'il implore,
Le poussant au tombeau sans se laisser fléchir,
Ne lui permettent pas de se baisser encore
Pour ramasser ces fleurs qu'il n'a pas su cueillir.

Aimons-nous, à ma bien-aimée!
Et rions des soucis qui bercent les mortels;
Pour le frivole appas d'une vaine fumée,
La moitié de leurs jours, hélas! est consumée
Dans l'abandon des biens réels.

A leur stérile orgueil ne portons point envie,
Laissons le long espoir aux maîtres des humains!
Pour nous, de notre heure incertains,
Hâtons-nous d'épuiser la coupe de la vie
Pendant qu'elle est entre nos mains.

Soit que le laurier nous couronne,
Et qu'aux fastes sanglants de l'altière Bellone
Sur le marbre ou l'airain on inscrive nos noms;
Soit que des simples fleurs que la beauté moissonne
L'amour pare nos humbles fronts;
Nous allons échouer, tous, au même rivage :
Qu'importe, au moment du naufrage,
Sur un vaisseau fameux d'avoir fendu les airs,
Ou sur une barque légère
D'avoir, passager solitaire,
Rasé timidement le rivage des mers ?
 Alphonse de Lamartine (1790-1869) poète, romancier, dramaturge, historien et homme politique français - Cueillons, cueillons la rose au matin de la vie;
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3 juin 2026 3 03 /06 /juin /2026 14:33
Albert Victor Samain (1858-1900) est un poète symboliste français.
Ermione
Le ciel suave était jonché de pâles roses...
Tes yeux tendres au fond de ton large chapeau
Rêvaient : tu flottais toute aux plis d'un grand manteau,
Et ton coeur, qu'inclinaient d'inexprimables choses,

Le ciel suave était jonché de pâles roses...
Se penchait sur mon coeur comme un iris sur l'eau.
.../…
Albert Victor Samain (1858-1900) - poète symboliste français - Ermione
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3 juin 2026 3 03 /06 /juin /2026 14:22
Émile Verhaeren (1855-1916) est un poète belge flamand, d'expression française.

 

Il est des moines doux avec des traits si calmes,
Qu'on ornerait leurs mains de roses et de palmes,

Qu'on formerait, pour le porter audessus d'eux,
Un dais pâlement bleu comme le bleu des cieux,

Et pour leurs pas foulant les plaines de la vie,
Une route d'argent d'un chemin d'or suivie.

Et par les lacs, le long des eaux, ils s'en iraient,
Comme un cortège blanc de lys qui marcheraient.

Ces moines, dont l'esprit jette un reflet de cierge,
Sont les amants naïfs de la Très Sainte Vierge,

Ils sont ses enflammés qui vont La proclamant
Etoile de la mer et feu du firmament,

Qui jettent dans les vents la voix de ses louanges,
Avec des lèvres d'or comme le choeur des anges,

Qui l'ont priée avec des voeux si dévorants
Et des coeurs si brûlés qu'ils en ont les yeux grands,

Qui la servent enfin dans de telles délices,
Qu'ils tremperaient leur foi dans le feu des supplices,

Et qu'Elle, un soir d'amour, pour les récompenser,
Donne aux plus saints d'entre eux son Jésus à baiser.
Émile Verhaeren (1855-1916) poète belge flamand, d'expression française - Moine doux
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3 juin 2026 3 03 /06 /juin /2026 14:15
Émile Verhaeren (1855-1916) est un poète belge flamand, d'expression française.
Autant que moi malade et veule, as tu goûté
Quand ton être ployait sous les fièvres brandies,
Quand tu mâchais l'orviétan des maladies,
Le coupable conseil de l'inutilité ?

Et doux soleil qui baise un oeil éteint d'aveugle ?
Et fleur venue au tard décembral de l'hiver ?
Et plume d'oiselet soufflée au vent de fer ?
Et neutre et vide écho vers la taure qui meugle ?

O les rêves du rien, en un cerveau mordu
D'impossible ! s'aimer, dans son effort qui leurre !
Se construire, pour la détruire, une demeure !
Et se cueillir, pour le jeter, un fruit tendu !

Hommes tristes, ceux là qui croient à leur génie
Et fous ! et qui peinent, sereins de vanité ;
Mais toi, qui t'es instruit de ta futilité,
Aime ton vain désir pour sa toute ironie.

Regarde en toi, l'illusion de l'univers
Danser; le monde entier est du monde la dupe ;
Agis gratuitement et sans remords ; occupe
Ta vie absurde à se moquer de son revers.

Songe à ces lys royaux, à ces roses ducales,
Fiers d'eux mêmes et qui fleurissent, à l'écart,
Dans un jardin, usé de siècles, quelque part,
Et n'ont jamais courbé leurs tiges verticales.

Inutiles pourtant, inutiles et vains,
Parfums demain Perdus, corolles demain mortes,
Et personne pour s'en venir ouvrir les portes
Et les faire servir au pâle orgueil des mains.
 Émile Verhaeren (1855-1916) poète belge flamand, d'expression française - Conseil absurde
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3 juin 2026 3 03 /06 /juin /2026 13:58
Émile Verhaeren (1855-1916) est un poète belge flamand, d'expression française.

 
Dans la maison où notre amour a voulu naître,
Avec les meubles chers peuplant l'ombre et les coins,
Où nous vivons à deux, ayant pour seuls témoins
Les roses qui nous regardent par les fenêtres.

Il est des jours choisis, d'un si doux réconfort,
Et des heures d'été, si belles de silence,
Que j'arrête parfois le temps qui se balance,
Dans l'horloge de chêne, avec son disque d'or.

Alors l'heure, le jour, la nuit est si bien nôtre
Que le bonheur qui nous frôle n'entend plus rien,
Sinon les battements de ton coeur et du mien
Qu'une étreinte soudaine approche l'un de l'autre.
Émile Verhaeren (1855-1916) poète belge flamand, - Dans la maison où notre amour a voulu naître
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3 juin 2026 3 03 /06 /juin /2026 13:50
Emile Verharen (1855-1916) est un poète belge flamand, d'expression française, influencé par le symbolisme,
S'il était vrai
Les heures du soir


S'il était vrai 

Qu'une fleur des jardins ou qu'un arbre des prés 

Pût conserver quelque mémoire 

Des amants d'autrefois qui les ont admirés 

Dans leur fraîcheur ou dans leur gloire 

Notre amour s'en viendrait 

En cette heure du long regret 

Confier à la rose ou dresser dans le chêne 

Sa douceur ou sa force avant la mort prochaine.

Il survivrait ainsi,

Vainqueur du funèbre souci,

Dans la tranquille apothéose 

Que lui feraient les simples choses ; 

Il jouirait encor de la pure clarté, 

Qu'incline sur la vie une aurore d'été, 

Et de la douce pluie aux feuilles suspendue.

Et si, par un beau soir, du fond de l'étendue 

S'en venait quelque couple en se tenant les mains 

Le chêne allongerait jusque sur leur chemin 

Son ombre large et puissante, telle qu'une aile, 

Et la rose leur enverrait son parfum frêle

Emile Verharen (1855-1916) poète belge flamand, d'expression française - S'il était vrai Les heures du soir
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2 juin 2026 2 02 /06 /juin /2026 18:57
Max Elskamp (1862-1931), est un poète symboliste belge. Il fut membre de l'Académie royale de langue et de littérature française
La chanson de la rue Saint-Paul
A ma Soeur Marie
Ma Soeur Marie, Ma Soeur Marie,
Et qui m'avez aussi quitté,


Comme souriait à la vie
Un dimanche d'après dîné,


Alors qu'avril, lumière luit,
Telle d'un adventice été,


Et lilas branches refleuries
Chantaient dans l'air printemps qui naît,


Ma Soeur Marie, Ma Soeur Marie,
Et qui m'avez alors quitté.


Ma Soeur Marie, Ma Soeur Marie,
Qui souriiez triste à la vie,


Ma Soeur qui aviez trop rêvé
Aux grands ciels bleus du paradis
Et de ne l'avoir approché,
Gardiez en vous un coeur contrit,


Ma soeur parfois et qui riiez,
Mais plus souvent avez pleuré,


Ma soeur qui n'avez pas trouvé
Le bonheur que vous attendiez.


*


Ma soeur alors un peu déçue,
Qui avez su les jours de pluie,


Mais n'avez eu la part élue
Qui donne au coeur foi dans la vie,


Ma Soeur dont les yeux étaient gris,
C'était en eux votre âme luit,


Et comme un miroir sans secret,
Vous disant douce, sûre et vraie,


Dans une tendresse alanguie,
Où parlait tout bas le regret.


*


Ma Soeur souvent qui revenez
Dans les nuits qui nous font croyance,


Des rêves en soi que l'on fait,
Ma Soeur alors qui revenez,


Vous souvient il de notre enfance
Là bas dans la maison aimée,


Quand c'était vous en robe blanche
Et comme une vierge parée,
Qui les écoutiez, les dimanches,
À Saint Paul, les heures sonner?
Ma Soeur vous souvient il encor
Des roses que tant vous aimiez,


Quand au printemps, le soleil d'or
Dans notre jardin descendait,


Faisant clarté sur toutes choses
Après les grands hivers moroses


De brume, de vent et de froid,
Dont le fleuve disait l'émoi,


Ma Soeur vous souvient il encor
Des roses lors que vous cueilliez ? 


*


Ma Soeur Marie, Ma Soeur Marie,
Après, ce fut vous dans la vie,
Où les jours viennent, les jours passent,
Faisant coeur lourd ou l'âme lasse,


Quand le bonheur qu'on a rêvé
N'a pas été, las ! approché,

Et vous n'avez pu l'oublier,
Ma Soeur Marie, Ma Soeur Marie,


Et d'avril une après dîné,
Ma Soeur, vous nous avez quitté.


*


Ma Sceur à présent qui dormez,
Là bas, à côté de mon père,

Au long des jours qu'ont les années
Dites de printemps ou d'hiver,

Ma Soeur là bas qui m'attendez,
Dans la nuit noire de la terre,

Pour être un jour à vos côtés
Lorsque mon heure aura sonné,

Ma Soeur Marie, Ma Soeur aimée,
Vous aussi qui avez souffert,

Ce sera nous lors comme avant
Réunis, mais dans le sommeil,
Et dans la paix que l'on attend
Après sa vie sous le soleil.
  Max Elskamp (1862-1931), poète symboliste belge - La chanson de la rue Saint-Paul - A ma soeur Marie
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2 juin 2026 2 02 /06 /juin /2026 18:37
Charles Van Lerberghe (1861-1907)  est un homme de lettres et poète symboliste belge francophone.
 La chanson d'Eve
Une aube pâle emplit le ciel triste

 

Une aube pâle emplit le ciel triste ; le Rêve,
Comme un grand voile d'or, de la terre se lève.


Avec l'âme des roses d'hier,
Lentement montent dans les airs
Comme des ailes étendues,
Comme des pieds nus et très doux,
Qui se séparent de la terre,
Dans le grand silence à genoux.


L'âme chantante d'Ève expire,
Elle s'éteint dans la clarté ;
Elle retourne en un sourire
A l'univers qu'elle a chanté.


Elle redevient l'âme obscure
Qui rêve, la voix qui murmure,
Le frisson des choses, le souffle flottant
Sur les eaux et sur les plaines,
Parmi les roses, et dans l'haleine
Divine du printemps.


En de vagues accords où se mêlent
Des battements d'ailes,
Des sons d'étoiles,
Des chutes de fleurs,
En l'universelle rumeur
Elle se fond, doucement, et s'achève,
La chanson d'Ève.
  Charles Van Lerberghe (1861-1907) homme de lettres et poète symboliste belge francophone - La chanson d'Eve - Une aube pâle emplit le ciel triste
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2 juin 2026 2 02 /06 /juin /2026 18:30
Charles Van Lerberghe (1861-1907)  est un homme de lettres et poète symboliste belge francophone.
La chanson d'Eve
Ô beau rosier du Paradis

 

Ô beau rosier du Paradis,
Beau rosier aux milliers de roses,
Qui dans les parfums resplendis,
Et dans la lumière reposes ;

 

Ô beau rosier du jardin clos,

Beau rosier aux roses altières,
Qui sur l'herbe étends les réseaux
Que font tes Ombres familières ;

 

Au tour de qui, toutes tremblantes,
De l'Occident à l'Orient,
Ces humbles et douces servantes
Glissent et tournent lentement,

 

Jusques à l'heure solennelle

Où la nuit, à pas clandestins,
Étendant ses voiles sur elles,
Les confond toutes dans son sein.
Charles Van Lerberghe (1861-1907) homme de lettres et poète symboliste belge francophone - La chanson d'Eve - Ô beau rosier du Paradis
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2 juin 2026 2 02 /06 /juin /2026 18:23



Charles Van Lerberghe (1861-1907)  est un homme de lettres et poète symboliste belge francophone.
La chanson d'Eve

 

 

Nous voici. Dans le ciel naît l'aurore nouvelle

 

" Nous voici. Dans le ciel naît l'aurore nouvelle,
La mort s'efface, Enfant, et le malheur n'est plus,
A travers les airs bleus, de l'éclair de nos ailes,
En foule auprès de toi nous voici revenus.


Regardé, Ève divine, écarte tes mains pâles
De ton visage plus doux que l'aurore, vois,
Nous nous tenons comme une troupe triomphale,
Debout dans la lumière entre la Mort et toi.


La porte de l'exil du Paradis est close ;
Sur elle et sur son seuil, il flotte doucement
Un voile d'ailes blanches et de blanches roses ;
Tout l'air n'est qu'un parfum et la brise qu'un chant.


De cet oubli d'une heure il n'est rien qui s'étonne.
L'âme la plus heureuse est si lasse parfois !
Reviens. L'erreur était humaine ; Dieu pardonne.
Le Paradis entier t'attend comme autrefois.


En ton absence tout a gardé l'attitude
De l'immortel instant divin où tu passas ;
Tout rêve encor, les eaux, les bois, la solitude,
Le beau rêve que ta présence lui laissa.


C'est une amère paix que l'éternel silence,
Le sombre sommeil donne aux yeux à jamais clos ;
Chants et silence, ici, s'enlacent et la Danse
S'appuie, agile et blanche, au souriant Repos.


Et c'est la vie ! Elle est la volupté suprême
Du Paradis ; la terre en fleur où elle choit,
Se désaltère en elle, et le Rêve lui-même
A sa fontaine tend sa coupe d'or et boit.


Mais tu lèves les yeux et souris. Nos paroles
Vont se taire devant ta plus simple chanson,
Car revoici l'Eden. Dans les airs déjà vole
Le souffle qui l'annonce et son divin frisson.
Charles Van Lerberghe (1861-1907)  homme de lettres et poète symboliste belge francophone - La chanson d'Eve - Nous voici. Dans le ciel naît l'aurore nouvelle
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