14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 20:29

 

 

Henri-Frédéric Amiel (1821-1881) écrivain et philosophe suisse, auteur d'un journal intime exceptionnel tant par son volume (17 000 pages) que par la valeur et l'universalité de son message.

Recueil : Grains de mil (1854).

 


Printemps du Nord.

 

Linotte

Qui frigotte,

Dis, que veux-tu de moi ?

Ta note,

Qui tremblote,

Me met tout en émoi.

 

Journée

Illuminée,

Soleil riant d'avril,

En quel songe

Se plonge

Mon cœur, et que veut-il ?

 

Sur la haie,

Où s'égaie

Le folâtre printemps,

La rosée,

Irisée,

Sème ses diamants.

 

Violette

Discrète,

Devant Dieu tu fleuris ;

Primevère,

A la terre,

Bouche d'or, tu souris.

 

Petite

Marguerite,

Conseillère du cœur,

Ta couronne

Mignonne

Epèle mon bonheur.

 

Blanche et fine

Aubépine,

A tes pieds, la fourmi

Déjà teille

Et réveille

Son brin d'herbe endormi.

 

La mousse

Qui repousse

Attend l'or du grillon ;

La rose,

Fraîche éclose,

Rêve au bleu papillon.

 

Mais, fidèle

Hirondelle,

Au nid toi qui reviens,

La tristesse

M'oppresse...

Où donc sont tous les miens ?

 

L'eau sans ride

Et limpide

Ouvre de ses palais,

Où tout brille

Et frétille,

Les réduits les plus frais.

 

Sur la branche

Qui penche,

Vif, l'écureuil bondit ;

La fauvette

Coquette

Se lustre dans son nid.

 

La grue

En l'étendue

A glissé, trait d'argent ;

Dans l'anse

Se balance

Le cygne négligent.

 

La follette

Alouette,

Gai chantre des beaux jours,

Dans l'azur libre

Vibre,

Appelant les amours.

 

Journée

Illuminée,

Soleil riant d'avril,

En quel songe

Se plonge

Mon cœur, et que veut-il ?

 

Dans l'onde

Vagabonde,

Aux prés, sur les buissons,

Sous la ramée

Aimée,

Aux airs, dans les sillons,

 

Tout tressaille

Et travaille,

Germe, respire et vit,

Tout palpite

Et s'agite,

Va, chante, aime et bénit.

 

Mais mon âme

Est sans flamme...

Beaux jours en vain donnés,

Nature

Calme et pure,

Ô printemps, pardonnez !

 

Linotte

Qui frigotte,

Dis, que veux-tu de moi ?

Ta note

Qui tremblote

Met mon cœur en émoi.
 

Henri-Frédéric Amiel (1821-1881) - écrivain et philosophe suisse - Printemps du Nord.
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14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 20:27

 

 

Antoine de Latour (1808-1881) Poète et écrivain français.

Recueil : Loin du foyer (1835).

 


Au printemps qui ne vient pas

 

Où donc est le printemps ? Endormi sous la nue

Le soleil ne luit pas ou brille sans chaleur,

Et dans les champs, la neige, aux arbres suspendue,

Tient la sève captive et dévore la fleur.

 

Tout frissonne et se tait ; le pauvre laboureur

S'assied morne et pensif sur quelque roche nue ;

Le pain pour ses enfants va manquer, et son cœur

Maudira l'heure sainte où leur mère est venue.

 

Il est aussi des temps où du soleil divin

L'homme attend le retour et le demande en vain ;

Qui de nous, une fois, et de l'âme et du monde

 

N'a cru voir les destins confondus et flottants,

Et des esprits troublés sondant la nuit profonde

Ne s'écria jamais : — Où donc est le printemps ?
 

Antoine de Latour (1808-1881) - Poète et écrivain français - Au printemps qui ne vient pas
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14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 20:26

 

 

Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval, (1808-1855) est un écrivain et un poète français. Figure majeure du romantisme français, il est essentiellement connu pour ses poèmes et ses nouvelles, notamment son ouvrage Les Filles du feu, recueil de nouvelles (la plus célèbre étant Sylvie), son recueil de sonnets (Les Chimères) publié en 1854 et sa nouvelle poétique Aurélia publiée en 1855.

Odelettes

 

Chanson gothique

 

Belle épousée,

J’aime tes pleurs !

C’est la rosée

Qui sied aux fleurs.

 

Les belles choses

N’ont qu’un printemps,

Semons de roses

Les pas du Temps !

Soit brune ou blonde

Faut-il choisir ?

Le Dieu du monde,

C’est le Plaisir.

 

Vladimir Volegov-

Vladimir Volegov-

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14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 20:24

 

 

Amable Tastu (1795-1885) femme de lettres française, poétesse et librettiste.

Recueil : Poésies, 1826

 


Le printemps

 

Viens, charmante saison, jeunesse de l’année,

Viens animer encore le luth des Troubadours,

Des fleurs que tu fais naître accours environnée,

Elles seront le prix de nos chansons d’amours.

 

Voici venir le jour où la Reine des anges,

Seule, au pied de la croix, répandit tant de pleurs,

Qu’elle entende aujourd’hui l’hymne de nos louanges

Redire aux saints autels ses sublimes douleurs.

 

Cité de mes aïeux, Toulouse tant chérie,

Sois à jamais l’orgueil, l’amour de tes enfants ;

Qu’ils trouvent dans les murs de leur belle patrie

Le sujet et le prix de leurs nobles accents !

 

Poètes orgueilleux, caressez l’espérance

De laisser après vous un renom immortel ;

Le mien s’éteindra vite ; et le nom de Clémence

Ne sera point connu du jeune Ménestrel.

 

La rose du matin le soir jonche la terre ;

Avec indifférence on la voit se flétrir ;

Et le vent de la nuit, de son aile légère,

Disperse dans les airs son dernier souvenir.

 

Capitole Toulouse - Salle Henri-Martin - Les amoureux -  printemps bords de la Garonne - Henri Martin

Capitole Toulouse - Salle Henri-Martin - Les amoureux - printemps bords de la Garonne - Henri Martin

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14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 20:23

 

 

Henri Durand (1818-1842) - Poète vaudois de langue française 

Recueil : Poésies complètes (1858).


 

 

Le sommeil du printemps.


 

Mère, ouvre le rideau ! le soleil qui se lève

Vient jeter sur mon lit ses rayons éclatants.

Ce jour vient de ma nuit chasser le mauvais rêve,

Il fait si doux, si pur un matin de printemps !

 

On voit les monts neigeux par-dessus les charmilles ;

Mais la vigne, le pré commence à verdoyer ;

Hier au soir j'entendais chanter les jeunes filles

Sous l'ombrage naissant de notre grand noyer.

 

La sève du printemps, qui redresse les branches,

Monte dans le jeune arbre et dans le vieux aussi ;

Je vois lever la tête aux marguerites blanches.

Un souffle frais et sain m'arrive jusqu'ici.

 

Jusqu'ici Mais dehors, il fait plus beau, ma mère !

Heureux qui peut marcher quelques pas sans souffrir !

L'an dernier, je t'allais cueillir la primevère ;

Près du ruisseau, je gage, elle est prête à fleurir.

 

Aurait-on cru jamais que d'un printemps à l'autre

On pût ainsi changer ? Comme tout était beau !

Je plantais de mes fleurs mon jardin et le vôtre...

Bientôt vous planterez vos fleurs sur mon tombeau ! —

 

Puisqu'il est pour l'année encore une jeunesse,

Pour ma vie, oh ! pourquoi n'est-il plus de printemps ?

Ce qui devait mûrir de joie et de tendresse,

Faut-il que sans germer il étouffe au-dedans ?

 

Ce doux matin ! — pourtant c'est le dernier peut-être

Dont je vois ici-bas le lever triomphal...

Ma mère, au nom de Dieu, fermez cette fenêtre ;

Le printemps, le soleil, les fleurs, tout me fait mal !

 

Qu'a donc cette hirondelle à chanter si joyeuse

Sous ce malheureux toit où je plains et gémis ?

Qu'il fait froid, qu'il fait chaud sur ma couche fiévreuse !...

S'ils viennent pour me voir, renvoyez mes amis !...

 

Combien est dur, hélas ! tout ce qui vous rappelle

Qu'on est jeune et qu'on meurt ! Peut-être que l'on croit

Ma douleur consolable ; — on la croit peu réelle ;

A consoler les morts les vivants n'ont pas droit.

 

Oh ! ne te cache pas, toi, bonne mère ; pleure,

Pleure et prie avec moi ! quand ce printemps béni

Réveille tout, comment ce peut-il être l'heure

De m'endormir déjà ? Déjà Dieu ! tout fini !...

 

Non, tout n'est pas fini, frère, bonne espérance !

Béni soit ton sommeil qui vient tarir nos pleurs !

Non, tout n'est pas fini, ce printemps qui commence,

C'est celui dont juillet ne flétrit pas les fleurs ;

 

Celui dont les oiseaux ont à chanter sans cesse,

Où coule des jours purs le ruisseau sans écarts,

Le printemps éternel, l'éternelle jeunesse !...

— Heureux qui de l'automne ignore les brouillards !

Henri Durand (1818-1842) - Poète vaudois de langue française - Le sommeil du printemps.
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14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 20:22

 

 

Jean-Antoine de Baïf (1532-1589) poète français. Ami de Pierre de Ronsard et membre de la Pléiade, il se distingue comme le principal artisan de l'introduction en France d'une versification quantitative mesurée, calquée sur la poésie de l'Antiquité gréco-latine.

 


Au printemps

 

La froidure paresseuse

De l’hiver a fait son temps,

Voici la saison joyeuse

Du délicieux printemps.

La terre de fleurette l’est ;

La feuillure retournée

Fait ombre dans la forêt.

 

Tout résonne des voix nettes

De toutes races d’oiseaux,

Par les champs, des alouettes,

Des cygnes dessus les eaux

Aux maisons, les arondelles,

Les rossignols , dans les bois,

En gaies chansons nouvelles,

Exercent leurs belles voix.
 

Alfred Sisley - Printemps aux environs de Paris, pommiers en fleurs

Alfred Sisley - Printemps aux environs de Paris, pommiers en fleurs

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14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 20:21

 

 

Rémy Belleau (1528-1577) poète français de la Pléiade.

Recueil : La Bergerie (1565).

 

 

Avril

 

Avril, l'honneur et des bois

Et des mois,

Avril, la douce espérance

Des fruits qui sous le coton

Du bouton

Nourrissent leur jeune enfance ;

 

Avril, l'honneur des prés verts,

Jaune, pers,

Qui d'une humeur bigarrée

Émaillent de mille fleurs

De couleurs

Leur parure diaprée ;

 

Avril, l'honneur des soupirs

Des zéphyrs,

Qui, sous le vent de leur aile,

Dressent encore es forêts

Des doux rets

Pour ravir Flore la belle ;

 

Avril, c'est ta douce main

Qui du sein

De la nature desserre

Une moisson de senteurs

Et de fleurs,

Embaumant l'air et la terre.

 

Avril, l'honneur verdissant,

Florissant

Sur les tresses blondelettes

De ma dame, et de son sein

Toujours plein

De mille et mille fleurettes ;

 

Avril, la grâce et le ris

De Cypris,

Le flair et la douce haleine ;

Avril, le parfum des dieux

Qui des cieux

Sentent l'odeur de la plaine.

 

C'est toi courtois et gentil

Qui d'exil

Retire ces passagères,

Ces arondelles qui vont

Et qui sont

Du printemps les messagères.

 

L'aubépine et l'aiglantin,

Et le thym,

L'oeillet, le lis et les roses,

En ceste belle saison,

À foison,

Montrent leurs robes écloses.

 

Le gentil rossignolet,

Doucelet,

Découpe dessous l'ombrage

Mille fredons babillars,

Frétillars

Au doux chant de son ramage.

 

C'est à ton heureux retour

Que l'amour

Souffle à doucettes haleines

Un feu croupi et couvert

Que l'hiver

Recelait dedans nos veines.

 

Tu vois en ce temps nouveau

L'essaim beau

De ces pillardes avettes

Voleter de fleur en fleur

Pour l'odeur

Qu'ils mussent en leurs cuissettes.

 

Mai vantera ses fraîcheurs,

Ses fruits meurs

Et sa féconde rosée,

La manne et le sucre doux,

Le miel roux,

Dont sa grâce est arrosée.

 

Mais moi je donne ma voix

À ce mois,

Qui prend le surnom de celle

Qui de l'écumeuse mer

Voit germer

Sa naissance maternelle.
 

William Savage-Cooper (1861-1943) - Printemps

William Savage-Cooper (1861-1943) - Printemps

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14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 20:20

 

 

Auguste Lacaussade (1815-1897) poète français

Saint-Nazaire, avril 1840

Poèmes et Paysages, 1897

 

Aux Hirondelles

 

De l’aile effleurant mon visage,

Volez, doux oiseaux de passage,

Volez sans peur tout près de moi !

Avec amour je vous salue ;

Descendez du haut de la nue,

Volez, et n’ayez nul effroi !

 

Des mois d’or aux heures légères,

Venez, rapides messagères,

Venez, mes sœurs, je vous attends !

Comme vous je hais la froidure,

Comme vous j’aime la verdure,

Comme vous j’aime le printemps !

 

Vous qui des pays de l’aurore

Nous arrivez tièdes encore,

Dites, les froids vont donc finir !

Ah ! contez-nous de jeunes choses,

Parlez-nous de nids et de roses,

Parlez-nous d’un doux avenir !

 

Parlez-moi de soleil et d’ondes,

D’épis flottants, de plaines blondes,

De jours dorés, d’horizons verts ;

De la terre enfin réveillée,

Qui se mourait froide et mouillée

Sous le dais brumeux des hivers.

 

L’hiver, c’est le deuil de la terre !

Les arbres n’ont plus leur mystère ;

Oiseaux et bardes sont sans toits ;

Une bise à l’aile glacée

A nos fronts tarit la pensée,

Tarit la sève au front des bois.

 

Le ciel est gris, l’eau sans murmure,

Et tout se meurt ; sur la nature

S’étend le linceul des frimas.

Heureux, alors, sur d’autres plages,

Ceux qui vont chercher les feuillages

Et les beaux jours des beaux climats !

 

O très heureuses hirondelles !

Si comme vous j’avais des ailes,

J’irais me baigner d’air vermeil ;

Et, loin de moi laissant les ombres,

Je fuirais toujours les cieux sombres

Pour toujours suivre le soleil !

 

 

Auguste Lacaussade (1815-1897) - poète - Aux Hirondelles
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14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 20:18

 

 

Charles-Nérée Beauchemin (1850-1931)  écrivain et médecin québécois.

Les floraisons matutinales

 


Perce-neige

 

Radieuses apothéoses

Du soleil d’or et du ciel bleu,

Fraîche gloire des printemps roses,

Pourquoi donc durez-vous si peu ?

 

Pourquoi donc êtes-vous si brèves,

Aubes de l’enfance ? Beaux jours,

Si pleins d’aromes et de sèves,

Pourquoi donc êtes-vous si courts ?

 

Jeunesse, où sont-elles allées

Les hirondelles de jadis ?

Où sont les ailes envolées

De tes merveilleux paradis ?

 

Et vous, poétiques chimères,

Que dore un rayon d’idéal,

Blondes idylles éphémères,

N’auriez-vous qu’un seul floréal ?

 

Ô fleurs, vous n’êtes pas finies !

Les plus tristes de nos saisons

Auront encor des harmonies

Et des regains de floraisons.

 

La mortelle saison du givre

N’a pas tué toutes nos fleurs :

Nous pourrons encore revivre

Le passé, dans des jours meilleurs.
 

Charles-Nérée Beauchemin (1850-1931) - écrivain et médecin québécois - Perce-neige
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8 mars 2022 2 08 /03 /mars /2022 20:42

 

 

Zhāng Jì, poète chinois du VIII° siècle.

 

 

Je m'ancre pour la nuit au Pont des Erables

 


Au moment où la lune se couche, les corbeaux crient et l'air se rafraîchit.

Eclairé par les lampes des pêcheurs, mélancolique, je somnole sous les érables.

Je suis subitement réveillé par la cloche du Temple de la Montagne Glacée,

Qui annonce à minuit l'arrivée d'un bateau de passagers.

Zhāng Jì, - poète chinois du VIII° siècle. - Je m'ancre pour la nuit au Pont des Erables
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