31 mai 2026 7 31 /05 /mai /2026 14:20
Maurice Duplessis (1854-1924) est un poète français


 

Cette nuit…
Cette nuit (noble accord des êtres et des choses)
En un palais, le plus tranquille des tombeaux,
Trois nymphes, l'or, la neige échangeantes aux roses,
Dansaient, flammes de marbre, aux feux des vieux flambeaux.
Maurice Duplessis (1854-1924) poète français - Cette nuit…
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30 mai 2026 6 30 /05 /mai /2026 20:04
Charles Cros ( 1842-1888) est un poète et inventeur français.

 

   Moi, je vis la vie à côté
Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c'est la fête.
Les gens disent : 'Comme il est bête !'
En somme, je suis mal coté.


J'allume du feu dans l'été,
Dans l'usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête,
Qu'importe ! J'aime la beauté.


Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.


J'ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d'un pas normal :
Des roses, des roses, des roses !
Charles Cros ( 1842-1888) poète et inventeur français - Moi, je vis la vie à côté         Sonnet
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30 mai 2026 6 30 /05 /mai /2026 18:35
Charles Cros ( 1842-1888) est un poète et inventeur français.
Ronde flamande
A Mademoiselle Maute de Fleurville



Si j'étais roi de la forêt,

Je mettrais une couronne
Toute d'or; en velours bleuet
J'aurais un trône,

En velours bleu, garni d'argent


Comme un livre de prière.
J'aurais un verre en diamant
Rempli de bière,

Rempli de bière ou de vin blanc.

Je dormirais sur des roses.
Dire qu'un roi peut avoir tant
De belles choses.

*

Dire qu'un roi prend quand il veut
La plus belle fille au monde

Dont les yeux sont du plus beau bleu.
Et la plus blonde.

Avec des tresses comme en a

Jusqu'aux genoux,
Marguerite.
Si j'étais roi. c'est celle-là
Que j'aurais vite.

*

J'irais la prendre à son jardin.
Sur l'eau, dans ma barque noire.

Mât de nacre et voile en satin.
Rames d'ivoire.


Satin blanc, nacre et câbles d'or...


Des flûtes, des mandolines
Pour bercer la belle qui dort
Sur des hermines !

+

Hermine, agrès d'or et d'argent.
Doux concert, barque d'ébène.
Couronne et verre en diamant...
J'en suis en peine.

Je n'ai que mon cour de garçon.

Marguerite se contente
D'être ma reine en la chanson
Que je lui chante.
  Charles Cros ( 1842-1888) poète et inventeur français - Ronde flamande - A Mademoiselle Maute de Fleurville
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30 mai 2026 6 30 /05 /mai /2026 18:24
Charles Cros ( 1842-1888) est un poète et inventeur français.
Les quatre saisons –
L'été

 
En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,


La nuit, par l'odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

 

L'odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.


En revenant le long des blés,
Nous étions tous deux bien troublés.


Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.


 

Charles Cros ( 1842-1888) poète et inventeur français - Les quatre saisons – L'été
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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 22:20
Nérée Beauchemin (1850-1931) poète français
Recueil : Patrie intime (1928).

 

Roses d'automne


Aux branches que l'air rouille et que le gel mordore,
Comme par un prodige inouï du soleil,
Avec plus de langueur et plus de charme encore,
Les roses du parterre ouvrent leur coeur vermeil.

Dans sa corbeille d'or, août cueillit les dernières :
Les pétales de pourpre ont jonché le gazon.
Mais voici que, soudain, les touffes printanières
Embaument les matins de l'arrière-saison.


Les bosquets sont ravis, le ciel même s'étonne
De voir, sur le rosier qui ne veut pas mourir,
Malgré le vent, la pluie et le givre d'automne,
Les boutons, tout gonflés d'un sang rouge, fleurir.


En ces fleurs que le soir mélancolique étale,
C'est l'âme des printemps fanés qui, pour un jour,
Remonte, et de corolle en corolle s'exhale,
Comme soupirs de rêve et sourires d'amour.


Tardives floraisons du jardin qui décline,
Vous avez la douceur exquise et le parfum
Des anciens souvenirs, si doux, malgré l'épine
De l'illusion morte et du bonheur défunt.
Nérée Beauchemin (1850-1931) poète français - Roses d'automne
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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 20:23

 

 

Paul Verlaine (1844-1896)  est un écrivain et poète français.  

 

Spleen

Les roses étaient toutes rouges
Et les lierres étaient tout noirs.

 

Chère, pour peu que tu ne bouges,
Renaissent tous mes désespoirs.

 

Le ciel était trop bleu, trop tendre,
La mer trop verte et l'air trop doux.


Je crains toujours, ce qu'est d'attendre !
Quelque fuite atroce de vous.


Du houx à la feuille vernie
Et du luisant buis je suis las,


Et de la campagne infinie
Et de tout, fors de vous, hélas !
Paul Verlaine (1844-1896) -écrivain et poète français - Spleen
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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 17:18
Paul Verlaine (1844-1896)  est un écrivain et poète français.

 
Après trois ans


 

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu'éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d'une humide étincelle.


Rien n'a changé. J'ai tout revu : l'humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin...
Le jet d'eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.


Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m'est connue.


Même j'ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s'écaille au bout de l'avenue,
Grêle, parmi l'odeur fade du réséda.
Paul Verlaine (1844-1896) - écrivain et poète français - Après trois ans
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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 17:10

 

 

Paul Verlaine (1844-1896)  est un écrivain et poète français.

Jésuitisme


 

Le chagrin qui me tue est ironique, et joint
Le sarcasme au supplice, et ne torture point
Franchement, mais picote avec un faux sourire
Et transforme en spectacle amusant mon martyre,
Et, sur la bière où gît mon rêve mi pourri,
Beugle un De profundis sur l'air du Tradéri.
C'est un Tartufe qui, tout en mettant des roses
Pompons sur les autels des Madones moroses,
Tout en faisant chanter à des enfants de choeur
Ces cantiques d'eau tiède où se baigne le coeur,
Tout en amidonnant ces guimpes amoureuses
Qui serpentent au coeur sacré des Bienheureuses,
Tout en disant à voix basse son chapelet,
Tout en passant la main sur son petit collet,
Tout en parlant avec componction de l'âme,
N'en médite pas moins ma ruine, l'infâme !


 

 Paul Verlaine (1844-1896) écrivain et poète français - Jésuitisme
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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 17:02


 

Paul Verlaine (1844-1896)  est un écrivain et poète français.
Fêtes galantes

 

Cythère


Un pavillon à claire-voie

Abrite doucement nos joies

Qu'éventent des rosiers amis;



L'odeur des roses, faible, grâce

Au vent léger d'été qui passe,

Se mêle aux parfums qu'elle a mis ;

 


Comme ses yeux l'avaient promis,

Son courage est grand et sa lèvre

Communique une exquise fièvre ;

 


Et l'Amour comblant tout, hormis

La Faim, sorbets et confitures

Nous préservent des courbatures.

  Paul Verlaine (1844-1896) écrivain et poète français - Cythère
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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 16:52
François Coppée (1842-1908) – poète français
Recueil : Les Humbles (1872).
Petits bourgeois

Je n'ai jamais compris l'ambition. Je pense
Que l'homme simple trouve en lui sa récompense,
Et le modeste sort dont je suis envieux,
Si je travaille bien et si je deviens vieux,
Sans que mon cœur de luxe ou de gloire s'affame,
C'est celui d'un vieil homme avec sa vieille femme,
Aujourd'hui bons rentiers, hier petits marchands,
Retirés tout au bout du faubourg, près des champs.
Oui, cette vie intime est digne du poète.
Voyez : Le toit pointu porte une girouette,
Les roses sentent bon dans leurs carrés de buis
Et l'ornement de fer fait bien sur le vieux puits.
Près du seuil dont les trois degrés forment terrasse,
Un paisible chien noir, qui n'est guère de race,
Au soleil de midi, dort, couché sur le flanc.
Le maître, en vieux chapeau de paille, en habit blanc,
Avec un sécateur qui lui sort de la poche,
Marche dans le sentier principal et s'approche
Quelquefois d'un certain rosier de sa façon
Pour le débarrasser d'un gros colimaçon.
Sous le bosquet, sa femme est à l'ombre et tricote ;
Auprès d'elle le chat joue avec la pelote.
La treille est faite avec des cercles de tonneaux,
Et sur le sable fin sautillent les moineaux.
Par la porte, on peut voir, dans la maison commode,
Un vieux salon meublé selon l'ancienne mode,
Même quelques détails vaguement aperçus :
Une pendule avec Napoléon dessus
Et des têtes de sphinx à tous les bras de chaise.
Mais ne souriez pas. Car on doit être à l'aise,
Heureux du jour présent et sûr du lendemain,
Dans ce logis de sage observé du chemin...
Là sont des gens de bien, sans regret, sans envie,
Et qui font comme ont fait leurs pères.
Dans leur vie, Tout est patriarcal et traditionnel.
Ils mettent de côté la bûche de Noël,
Ils songent à l'avance aux lessives futures
Et, vers le temps des fruits, ils font des confitures.
Ils boivent du cassis, innocente liqueur !
Et chez eux tout est vieux, tout ; excepté le cœur.
Ont-ils tort, après tout, de trouver nécessaires
Le premier jour de l'an et les anniversaires,
D'observer le carême et de tirer les Rois,
De faire, quand il tonne, un grand signe de croix,
D'être heureux que la fleur embaume et l'herbe croisse,
Et de rendre le pain bénit à leur paroisse ?
– Ceux-là seuls ont raison qui, dans ce monde ci,
Calmes et dédaigneux du hasard, ont choisi
Les douces voluptés que l'habitude engendre.
– Chaque dimanche, ils ont leur fille avec leur gendre ;
Le jardinet s'emplit du rire des enfants,
Et, bien que les après-midi soient étouffants,
L'on puise et l'on arrose, et la journée est courte.
Puis, quand le pâtissier survient avec la tourte,
On s'attable au jardin, déjà moins échauffé,
Et la lune se lève au moment du café.
Quand le petit garçon s'endort, on le secoue,
Et tous s'en vont alors, baisés sur chaque joue,
Monter dans l'omnibus voisin, contents et las,
Et chargés de bouquets énormes de lilas.
– Merci bien, bonnes gens, merci bien, maisonnette,
Pour m'avoir, l'autre jour, donné ce rêve honnête,
Qu'en m'éloignant de vous mon esprit prolongeait
Avec la jouissance exquise du projet.
François Coppée (1842-1908) – poète français - Petits bourgeois
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