29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 16:35


 

François Coppée (1842-1908) – poète français

Recueil : Les mois (1878).
 

Mois de septembre

Après ces cinq longs mois que j'ai passés loin d'elle,
J'interroge mon cœur ; il est resté fidèle.


En Mai, dans la jeunesse exquise du printemps,
J'ai souffert en songeant à ses beaux dix-sept ans.


Quand la nature, en Juin, de roses était pleine,
J'ai souffert en songeant à sa suave haleine.


En Juillet, quand la nuit peuplait d'astres les cieux,
J'ai souffert en songeant à l'éclat de ses yeux.


Août a flambé, Septembre enfin mûrit la vigne,
Sans que mon triste cœur s'apaise et se résigne.


Toujours son souvenir a le même pouvoir,
Et je n'ai qu'à fermer les yeux pour la revoir.
François Coppée (1842-1908) – poète français - Mois de septembre
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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 16:08

Louis-Honoré Fréchette (1809-1908) est un poète, dramaturgeécrivain et homme politique québécois.

 

Cinquième anniversaire de mariage

 

A Mme J.R. Thibaudeau


Madame, dans la longue et brillante série
Des bonheurs radieux que Dieu vous a donnés,
Vous avez, comme nous, des moments fortunés,
Plus ou moins caressants pour votre âme attendrie.


Or l'instant le plus beau minute, heure fleurie !
Dont vos jours si sereins se soient illuminés,
C'est sans doute celui dont vous me devinez
Nous venons célébrer la mémoire chérie.


A cette occasion acceptez ce bouquet.
De roses l'on devrait couvrir votre parquet ;
Mais s'il fallait, ce soir, que l'on vous fît l'offrande


D'une fleur pour chacun des dons qu'on aime en vous,
Madame, nos bouquets, pour les contenir tous,
Jamais votre maison ne serait assez grande.
Louis-Honoré Fréchette (1839-1908) poète, dramaturge, écrivain et homme politique québécois - Cinquième anniversaire de mariage
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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 15:39
René Armand François Prudhomme, dit Sully Prudhomme (1839-1907), est un poète français, premier lauréat du prix Nobel de littérature en 1901.
La bouture

 

Au temps où les plaines sont vertes,
Où le ciel dore les chemins,
Où la grâce des fleurs ouvertes
Tente les lèvres et les mains,


Au mois de mai, sur sa fenêtre,
Un jeune homme avait un rosier ;
Il y laissait les roses naître
Sans les voir ni s'en soucier ;


Et les femmes qui d'aventure
Passaient près du bel arbrisseau,
En se jouant, pour leur ceinture
Pillaient les fleurs du jouvenceau.


Sous leurs doigts, d'un précoce automne
Mourait l'arbuste dévasté ;
Il perdit toute sa couronne,
Et la fenêtre sa gaîté ;


Si bien qu'un jour, de porte en porte,
Le jeune homme frappa, criant :
"Qu'une de vous me la rapporte,
La fleur qu'elle a prise en riant !"


Mais les portes demeuraient closes.
Une à la fin pourtant s'ouvrit :
"Ah ! Viens, dit en montrant des roses
Une vierge qui lui sourit ;


"Je n'ai rien pris pour ma parure ;
Mais sauvant le dernier rameau,
Vois ! J'en ai fait cette bouture,
Pour te le rendre un jour plus beau."
 René Armand François Prudhomme, dit Sully Prudhomme (1839-1907) poète français - La bouture
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29 mai 2026 5 29 /05 /mai /2026 00:08
Théodore de Banville (1823-1891) est un poètedramaturge et critique dramatique français.

Vous en qui je salue une nouvelle aurore...

 

Vous en qui je salue une nouvelle aurore,
Vous tous qui m'aimerez,
Jeunes hommes des temps qui ne sont pas encore,
Ô bataillons sacrés !


Et vous, poètes, pleins comme moi de tendresse,
Qui relirez mes vers
Sur l'herbe, en regardant votre jeune maîtresse
Et les feuillages verts !


Vous les lirez, enfants à chevelure blonde,
Coeurs tout extasiés,
Quand mon corps dormira sous la terre féconde
Au milieu des rosiers.


Mais moi, vêtu de pourpre, en d'éternelles fêtes
Dont je prendrai ma part,
Je boirai le nectar au séjour des poëtes,
A côté de Ronsard.


Là, dans ces lieux où tout a des splendeurs divines,
Ondes, lumière, accords,
Nos yeux s'enivreront de formes féminines
Plus belles que des corps ;


Et tous les deux, parmi des spectacles féeriques,
Qui dureront toujours,
Nous nous raconterons nos batailles lyriques
Et nos belles amours.


Vous cependant, mes fils, nés pour la poésie
Et l'ode aux flots vainqueurs,
Vous puiserez la joie au fleuve d'ambroisie
Qui coula de nos coeurs.


Comme aujourd'hui rêveur près de quelque fontaine
Je redemande en vain
Le secret des amours de Marie et d'Hélène
A mon maître divin,


Vous redirez aussi les grâces d'Aurélie
Aux oiseaux de Cypris,
Au rossignol des bois, à la rose pâlie,
Au bleu myosotis !


Vous demanderez tous à mes vers de vous dire
Quelle fut la beauté
Dont mes rimes en fleur adoraient le sourire
De rose et de clarté !


Ils vous la montreront, ces vers dont s'émerveille
La chanson des hautbois,
Ruisselante de feux comme une aube vermeille,
Rose et neige à la fois ;

 


Et telle qu'à présent, jeune fille hautaine
Au sein délicieux,
Elle ravit d'amour l'azur de la fontaine
Et l'escarboucle aux cieux.

 

On dirait à la voir que, de sa main profonde,
Dieu, sur son trône assis,
A pétri de nouveau, pour en refaire un monde,
Une Ève aux noirs sourcils !


Car elle est fière, et seule, Ange mystérieuse,
Sourit et marche encor
Avec la majesté d'une victorieuse
A la cuirasse d'or,


Et, comme cette Muse à qui le temps pardonne
Sans tache et sans affront,
Elle pourrait aussi porter une couronne
D'étoiles à son front,


A ce front souriant, poli comme l'ivoire
Des lys inviolés,
Que de leurs lourds anneaux encadrent avec gloire
Ses bandeaux ondulés !


Un signe querelleur folâtre sur sa joue
Qu'un clair duvet défend,
Et sa bouche amoureuse, où la clarté se joue,
Est d'un petit enfant.


Sous l'ombre des sourcils et leur arcade noire,
Pareils à l'or du jour,
Ses grands yeux tout vermeils s'ouvrent comme pour boire
Des océans d'amour,


Et la même lumière en frémissant arrose
D'un ton timide et pur
Sur un front mat et clair les narines de rose
Et les veines d'azur.


Son col de marbre où luit votre blancheur insigne,
Ô neiges de l'Ida,
S'incline mollement, comme le divin cygne
Sur le sein de Léda.


Cette tête ingénue et ce corps de Déesse,
Ensemble harmonieux,
Lui donnent l'éternelle et sereine jeunesse
Des enfants et des Dieux.


Des grands camellias défiant les calices,
Telles, orgueil d'Éros,
Les femmes de Pradier sortent calmes et lisses
Du marbre de Paros.


Dans ces temps où les Dieux de l'Hellade vivante
Fleurissaient les chemins,
L'orgueilleuse Cypris eût été sa servante
Pour lui baiser les mains ;


Et triste, agenouillée en larmes parmi l'herbe,
La Déesse, en songeant,
Elle-même eût noué sur sa jambe superbe
Le cothurne d'argent !


Ainsi vous la verrez dans les brûlants délires
De vos coeurs embrasés,
Et sachez que sa voix eut la douceur des lyres
Et des premiers baisers,


Amants qui devez naître ! et le doux nom de Laure,
Dans les vers cent fois lus,
Et l'Elvire aux beaux yeux que le génie adore
Ne vous troubleront plus.


Et vous ferez chanter par quelque fier poète,
Mon fils et mon rival,
Les femmes qui seront une image imparfaite
De ce type idéal.
Théodore de Banville (1823-1891) poète, dramaturge et critique dramatique français - Vous en qui je salue une nouvelle aurore...
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28 mai 2026 4 28 /05 /mai /2026 23:52
Théodore de Banville (1823-1891) est un poètedramaturge et critique dramatique français.
A Adolphe Gaïffe

 

Jeune homme sans mélancolie,

Blond comme un soleil d'Italie,

Garde bien ta belle folie.

 


C'est la sagesse ! Aimer le vin,

La beauté, le printemps divin,

Cela suffit. Le reste est vain.

 


Souris, même au destin sévère :

Et, quand revient la primevère,

Jettesen les fleurs dans ton verre.



Au corps sous la tombe enfermé,

Que reste t-il ? D'avoir aimé

Pendant deux ou trois mois de mai.



' Cherchez les effets et les causes ',

Nous disent les rêveurs moroses.

Des mots ! Des mots !... Cueillons les roses !

Théodore de Banville (1823-1891) poète, dramaturge et critique dramatique français - A Adolphe Gaïffe
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28 mai 2026 4 28 /05 /mai /2026 23:40
Théodore de Banville (1823-1891) est un poètedramaturge et critique dramatique français.

Recueil : Odelettes (1856).
 À Odette
Odette, vos cheveux vermeils
Ont le jaune éclat des soleils
Parmi les moissons enchantées,
Et caressent en nappes d’or
Vos tempes plus blanches encor
Que des étoiles argentées.


Quand l’aurore rose à demi
Se joue et frissonne parmi
Cette douce toison fatale,
De pâles et tristes lueurs
Éclairent de reflets rêveurs
Votre joue aux teintes d’opale.

 


Sur votre jeune front penché
L’étincelle d’un feu caché
Brille dans vos yeux clairs et sombres,
Et comme de tendres pistils,
Les bandeaux soyeux de vos cils
Vous caressent de grandes ombres.

 


Vos lèvres déjà tout en fleur
Ont l’harmonieuse pâleur
De la sensitive froissée,
Et ce lys que rien n’outragea,
Votre front se courbe déjà
Sous l’orage de la pensée.


Vos regards sont si languissants
Qu’à votre petit cœur je sens
Saigner de secrètes blessures,
Et parfois dans vos yeux pensifs
Je crois voir s’amasser, captifs,
Tous les pleurs des amours futures.


Ah ! que ces pleurs silencieux
Ne coulent jamais de vos yeux !
Et ne voyez jamais éclore,
Autour de vos cheveux flottants,
De nos saisons que le printemps
Et de notre jour que l’aurore !


Que rien n’emplisse de sanglots
Votre âme pareille à ces flots
Où Dieu lui-même se reflète !
Parlez aux cieux, aux champs, aux bois,
Avec votre plus douce voix,
Soyez heureuse, chère Odette !

 


Dites aux bosquets de rosiers :
Je veux que vous me le disiez
Comment vos fleurs s’épanouissent,
Et parmi de calmes amours
Je veux que ma vie et mes jours
Ainsi que vos roses fleurissent !


À la source dont le flot clair
Boit le bleu transparent de l’air,
Dites : Je veux, ô flots sans nombre,
Que mes jours coulent, comme vous,
Sur un chemin facile et doux,
À l’abri d’un feuillage sombre !


Au bel Ange qui suit vos pas :
Je veux que ma route ici-bas
Ne soit qu’harmonie et sourires !
Tel dans l’oasis du désert
On entend parfois un concert
De voix humaines et de lyres.


Tous écouteront votre vœu !
Vous parliez encore au bon Dieu
Hier dans les célestes féeries,
Et vous devez encor savoir
En quels mots se parlent au soir
Un ange et des roses fleuries.


 

Théodore de Banville (1823-1891) poète, dramaturge et critique dramatique français - À Odette
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28 mai 2026 4 28 /05 /mai /2026 23:26
Ondine Valmore (1821-1853) est une poétesse et femme de lettres française 

 

La rose
A Monsieur Sainte-Beuve


Quand nous respirons cette rose
Au front pâle, au souffle embaumé,
 
Tu nous dis qu’en son sein repose
 
Un vers enfermé.

 

Tu la saisis et tu la cueilles,
Fouillant dans son calice vert
Qui, tout dépouillé de ses feuilles, reste à découvert.

 

Puis tu fais voir l’insecte avide
Se tordant, roulé tout au fond
De la pauvre fleur au coeur vide
Que tes mains défont.

 

Eh! Quoi! savant inexorable,
Tuant la rose avant l’hiver,
Tu détruis une fleur aimable,
Pour trouver un vers !

 

En admirant les belles choses
Avions-nous donc trop de candeur ?
Va, grâce à toi, toutes les roses
Vont nous faire peur.

 

Ah ! plutôt dans les fleurs mortelles
Montre nous le miel précieux.
Apprends nous à trouver en elles
Ce qui vient des cieux.

 

Apprends-nous à laisser la lie
Qui se cache au fond de notre eau.
Et que l’âme immortelle oublie
Le ver du tombeau !
Ondine Valmore (1821-1853)  poétesse et femme de lettres française - La rose
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26 mai 2026 2 26 /05 /mai /2026 20:08
Charles Baudelaire (1821-1867) est un poète français.
Les fleurs du mal

 

L’idéal
Ce ne seront jamais ces beautés de vignettes,
Produits avariés, nés d'un siècle vaurien,
Ces pieds à brodequins, ces doigts à castagnettes,
Qui sauront satisfaire un coeur comme le mien.

Je laisse à Gavarni, poète des chloroses,
Son troupeau gazouillant de beautés d'hôpital,
Car je ne puis trouver parmi ces pâles roses
Une fleur qui ressemble à mon rouge idéal.

Ce qu'il faut à ce coeur profond comme un abîme,
C'est vous, Lady Macbeth, âme puissante au crime,
Rêve d'Eschyle éclos au climat des autans,


Ou bien toi, grande Nuit, fille de MichelAnge,
Qui tors paisiblement dans une pose étrange
Tes appas façonnés aux bouches des Titans.
 Charles Baudelaire (1821-1867) poète français - Les fleurs du mal - L’idéal
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25 mai 2026 1 25 /05 /mai /2026 16:16
Charles Baudelaire (1821-1867) est un poète français.

 
Un voyage à Cythère


 

Mon coeur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux
Et planait librement à l'entour des cordages ;
Le navire roulait sous un ciel sans nuages,
Comme un ange enivré d'un soleil radieux.


Quelle est cette île triste et noire ? C'est Cythère,
Nous diton, un pays fameux dans les chansons,
Eldorado banal de tous les vieux garçons.
Regardez, après tout, c'est une pauvre terre.


Ile des doux secrets et des fêtes du coeur !
De l'antique Vénus le superbe fantôme
Audessus de tes mers plane comme un arôme,
Et charge les esprits d'amour et de langueur.


Belle île aux myrtes verts, pleine de fleurs écloses,
Vénérée à jamais par toute nation,
Où les soupirs des coeurs en adoration
Roulent comme l'encens sur un jardin de roses


Ou le roucoulement éternel d'un ramier !
Cythère n'était plus qu'un terrain des plus maigres,
Un désert rocailleux troublé par des cris aigres.
J'entrevoyais pourtant un objet singulier !


Ce n'était pas un temple aux ombres bocagères,
Où la jeune prêtresse, amoureuse des fleurs,
Allait, le corps brûlé de secrètes chaleurs,
Entrebâillant sa robe aux brises passagères ;


Mais voilà qu'en rasant la côte d'assez près
Pour troubler les oiseaux avec nos voiles blanches,
Nous vîmes que c'était un gibet à trois branches,
Du ciel se détachant en noir, comme un cyprès.


De féroces oiseaux perchés sur leur pâture
Détruisaient avec rage un pendu déjà mûr,
Chacun plantant, comme un outil, son bec impur
Dans tous les coins saignants de cette pourriture ;


Les yeux étaient deux trous, et du ventre effondré
Les intestins pesants lui coulaient sur les cuisses,
Et ses bourreaux, gorgés de hideuses délices,
L'avaient à coups de bec absolument châtré.


Sous les pieds, un troupeau de jaloux quadrupèdes,
Le museau relevé, tournoyait et rôdait ;
Une plus grande bête au milieu s'agitait
Comme un exécuteur entouré de ses aides.


Habitant de Cythère, enfant d'un ciel si beau,
Silencieusement tu souffrais ces insultes
En expiation de tes infâmes cultes
Et des péchés qui t'ont interdit le tombeau.


Ridicule pendu, tes douleurs sont les miennes !
Je sentis, à l'aspect de tes membres flottants,
Comme un vomissement, remonter vers mes dents
Le long fleuve de fiel des douleurs anciennes ;


Devant toi, pauvre diable au souvenir si cher,
J'ai senti tous les becs et toutes les mâchoires
Des corbeaux lancinants et des panthères noires
Qui jadis aimaient tant à triturer ma chair.


Le ciel était charmant, la mer était unie ;
Pour moi tout était noir et sanglant désormais,
Hélas ! et j'avais, comme en un suaire épais,
Le coeur enseveli dans cette allégorie.


Dans ton île, ô Vénus ! je n'ai trouvé debout
Qu'un gibet symbolique où pendait mon image...
Ah ! Seigneur ! Donnez moi la force et le courage
De contempler mon coeur et mon corps sans dégoût !
Charles Baudelaire (1821-1867) poète français - Un voyage à Cythère
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25 mai 2026 1 25 /05 /mai /2026 11:34
Charles Marie René Leconte de Lisle dit Leconte de Lisle (1818-1894) est un poète français
Les roses d'Ispahan

 

Les roses d'Ispahan dans leur gaîne de mousse,
Les jasmins de Mossoul, les fleurs de l'oranger
Ont un parfum moins frais, ont une odeur moins douce,
O blanche Leïlah ! que ton souffle léger.


Ta lèvre est de corail, et ton rire léger
Sonne mieux que l'eau vive et d'une voix plus douce,
Mieux que le vent joyeux qui berce l'oranger,
Mieux quel'oiseau qui chante au bord du nid de mousse.


Mais la subtile odeur des roses dans leur mousse,
La brise qui se joue autour de l'oranger
Et l'eau vive qui flue avec sa plainte douce
Ont un charme plus sûr que ton amour léger !


O Leïlah ! depuis que de leur vol léger
Tous les baisers ont fui de ta lèvre si douce,
Il n'est plus de parfum dans le pâle oranger,
Ni de céleste arome aux roses dans leur mousse.


L'oiseau, sur le duvet humide et sur la mousse,
Ne chante plus parmi la rose et l'oranger ;
L'eau vive des jardins n'a plus de chanson douce,
L'aube ne dore plus le ciel pur et léger.


Oh ! que ton jeune amour, ce papillon léger,
Revienne vers mon coeur d'une aile prompte et douce,
Et qu'il parfume encor les fleurs de l'oranger,
Les roses d'Ispahan dans leur gaîne de mousse !
Charles Marie René Leconte de Lisle dit Leconte de Lisle (1818-1894) poète français - Les roses d'Ispahan
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