24 mai 2026 7 24 /05 /mai /2026 23:51

 

 

Charles Marie René Leconte de Lisle dit Leconte de Lisle (1818-1894) est un poète français

Les éolides
O brises flottantes des cieux,
Du beau Printemps douces haleines,
Qui de baisers capricieux
Caressez les monts et les plaines !


Vierges, filles d'Eole, amantes de la paix,
La Nature éternelle à vos chansons s'éveille ;
Et la Dryade assise aux feuillages épais
Verse aux mousses les pleurs de l'Aurore vermeille.


Effleurant le cristal des eaux
Comme un vif essaim d'hirondelles,
De l'Eurotas aux verts roseaux
Revenez vous, Vierges fidèles ?


Quand les cygnes sacrés y nageaient beaux et blancs,
Et qu'un Dieu palpitait sur les fleurs de la rive,
Vous gonfliez d'amour la neige de ses flancs
Sous le regard charmé de l'Epouse pensive.


L'air où murmure votre essor
S'emplit d'arome et d'harmonie :
Revenez vous de l'Ionie,
Ou du vert Hymette au miel d'or ?


Eolides, salut ! O fraîches messagères,
C'est bien vous qui chantiez sur le berceau des Dieux ;
Et le clair Ilissos d'un flot mélodieux
A baigné le duvet de vos ailes légères.


Quand Theugénis au col de lait
Dansait le soir auprès de l'onde,
Vous avez sur sa tête blonde
Semé les roses de Milet.

Nymphes aux pieds ailés, loin du fleuve d'Homère,
Plus tard prenant la route où l'Alphée aux flots bleus
Suit Aréthuse au sein de l'étendue amère,
Dans l'Ile nourricière aux épis onduleux,


Sous le platane où l'on s'abrite
Des flèches vermeilles du jour,
Vous avez soupiré d'amour
Sur les lèvres de Théocrite.


Zéphyros, Iapyx, Euros au vol si frais,
Rires des Immortels dont s'embellit la Terre,
C'est vous qui fîtes don au pasteur solitaire
Des loisirs souhaités à l'ombre des forêts.


Au temps où l'abeille murmure
Et vole à la coupe des lys,
Le Mantouan, sous la ramure,
Vous a parlé d'Amaryllis.


Vous avez écouté, dans les feuilles blotties,
Les beaux adolescents de myrtes couronnés,
Enchaînant avec art les molles reparties,
Ouvrir en rougissant les combats alternés,


Tandis que drapés dans la toge,
Debout à l'ombre du hallier,
Les vieillards décernaient l'éloge,
La coupe ornée ou le bélier.


Vous agitiez le saule où sourit Galatée,
Et, des Nymphes baisant les yeux chargés de pleurs,
Vous berçâtes Daphnis, en leur grotte écartée,
Sur le linceul agreste, étincelant de fleurs.


Quand les vierges au corps d'albâtre,
Qu'aimaient les Dieux et les humains,
Portaient des colombes aux mains,
Et d'amour sentaient leurs coeurs battre,


Vous leur chantiez tout bas en un songe charmant
Les hymnes de Vénus, la volupté divine,
Et tendiez leur oreille aux plaintes de l'amant
Qui pleure au seuil nocturne et que le coeur devine.


Oh ! combien vous avez baisé
De bras, d'épaules adorées,
Au bord des fontaines sacrées,
Sur la colline au flanc boisé !


Dans les vallons d'Hellas, dans les champs Italiques,
Dans les Iles d'azur que baigne un flot vermeil,
Ouvrez vous toujours l'aile, Eolides antiques ?
Souriez vous toujours au pays du Soleil ?


O vous que le thym et l'égile
Ont parfumés, secrets liens
Des douces flûtes de Virgile
Et des roseaux Siciliens,


Vous qui flottiez jadis aux lèvres du génie,
Brises des mois divins, visitez nous encor !
Versez nous en passant, avec vos urnes d'or,
Le repos et l'amour, la grâce et l'harmonie !
Charles Marie René Leconte de Lisle dit Leconte de Lisle (1818-1894) poète français - Les éolides
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24 mai 2026 7 24 /05 /mai /2026 23:29
François-Marie Robert-Dutertre (1815-1898) poète français
Recueil : Les loisirs lyriques (1866).

 


Le vin.

Jeunes et vieux, si vous êtes moroses
J'ai le secret de rendre la gaîté ;
Si vous voulez voir refleurir les roses
De votre teint, signe de la santé,
Mieux qu'un docteur aux savantes formules
Qui vous prescrit tisanes et pilules,
Par la vertu de ma rouge liqueur
Je rends la vie et réchauffe le cœur.
.........
François-Marie Robert-Dutertre (1815-1898) poète français - Le vin.
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24 mai 2026 7 24 /05 /mai /2026 23:17
Louise Choquet, dite Louise Ackermann (1813-1890) est une poétesse française.
Contes et poésies (1863)
La rose
À Madame M….

 

Quand la rose s’entr’ouvre, heureuse d’être belle,
De son premier regard elle enchante autour d’elle
Et le bosquet natal et les airs et le jour.
Dès l’aube elle sourit. La brise avec amour
Sur le buisson la berce, et sa jeune aile errante
Se charge en là touchant d’une odeur enivrante ;
Confiante, la fleur livre à tous son trésor.
Pour la mieux respirer en passant on s’incline ;
Nous sommes déjà loin, mais la senteur divine
Se répand sur nos pas et nous parfume encor.
Louise Ackermann (1813-1890) est une poétesse française - La rose
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24 mai 2026 7 24 /05 /mai /2026 23:02
Théophile Gautier (1811-1872) est un poète, romancier et critique d'art français. 
La rose-thé

 

La plus délicate des roses
Est, à coup sûr, la rose-thé.
Son bouton aux feuilles mi-closes
De carmin à peine est teinté.


On dirait une rose blanche
Qu'aurait fait rougir de pudeur,
En la lutinant sur la branche,
Un papillon trop plein d'ardeur.


Son tissu rose et diaphane
De la chair a le velouté ;
Auprès, tout incarnat se fane
Ou prend de la vulgarité.


Comme un teint aristocratique
Noircit les fronts bruns de soleil,
De ses soeurs elle rend rustique
Le coloris chaud et vermeil.


Mais, si votre main qui s'en joue,
A quelque bal, pour son parfum,
La rapproche de votre joue,
Son frais éclat devient commun.


Il n'est pas de rose assez tendre
Sur la palette du printemps,
Madame, pour oser prétendre
Lutter contre vos dix-sept ans.


La peau vaut mieux que le pétale,
Et le sang pur d'un noble coeur
Qui sur la jeunesse s'étale,
De tous les roses est vainqueur !
Théophile Gautier (1811-1872) poète, romancier et critique d'art français - La rose-thé
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24 mai 2026 7 24 /05 /mai /2026 22:55
Théophile Gautier (1811-1872) est un poète, romancier et critique d'art français. 
Madrigal panthéiste
 Emaux et camées

Dans le fronton d'un temple antique,
Deux blocs de marbre ont, trois mille ans,
Sur le fond bleu du ciel attique
Juxtaposé leurs rêves blancs ;


Dans la même nacre figées,
Larmes des flots pleurant Vénus,
Deux perles au gouffre plongées
Se sont dit des mots inconnus ;


Au frais Généralife écloses,
Sous le jet d'eau toujours en pleurs,
Du temps de Boabdil, deux roses
Ensemble ont fait jaser leurs fleurs ;


Sur les coupoles de Venise
Deux ramiers blancs aux pieds rosés,
Au nid où l'amour s'éternise
Un soir de mai se sont posés.


Marbre, perle, rose, colombe,
Tout se dissout, tout se détruit ;
La perle fond, le marbre tombe,
La fleur se fane et l'oiseau fuit.


En se quittant, chaque parcelle
S'en va dans le creuset profond
Grossir la pâte universelle
Faite des formes que Dieu fond.


Par de lentes métamorphoses,
Les marbres blancs en blanches chairs,
Les fleurs roses en lèvres roses
Se refont dans des corps divers.


Les ramiers de nouveau roucoulent
Au coeur de deux jeunes amants,
Et les perles en dents se moulent
Pour l'écrin des rires charmants.


De là naissent ces sympathies
Aux impérieuses douceurs,
Par qui les âmes averties
Partout se reconnaissent soeurs.


Docile à l'appel d'un arome,
D'un rayon ou d'une couleur,
L'atome vole vers l'atome
Comme l'abeille vers la fleur.


L'on se souvient des rêveries
Sur le fronton ou dans la mer,
Des conversations fleuries
Prés de la fontaine au flot clair,


Des baisers et des frissons d'ailes
Sur les dômes aux boules d'or,
Et les molécules fidèles
Se cherchent et s'aiment encor.


L'amour oublié se réveille,
Le passé vaguement renaît,
La fleur sur la bouche vermeille
Se respire et se reconnaît.


Dans la nacre où le rire brille,
La perle revoit sa blancheur ;
Sur une peau de jeune fille,
Le marbre ému sent sa fraîcheur.


Le ramier trouve une voix douce,
Echo de son gémissement,
Toute résistance s'émousse,
Et l'inconnu devient l'amant.


Vous devant qui je brûle et tremble,
Quel flot, quel fronton, quel rosier,
Quel dôme nous connut ensemble,
Perle ou marbre, fleur ou ramier ?
Théophile Gautier (1811-1872)poète, romancier et critique d'art français - Affinités secrètes Madrigal panthéiste
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23 mai 2026 6 23 /05 /mai /2026 00:02
Hégésippe Moreau (1810-1838) est un écrivainpoète et journaliste français,
Si vous m'aimiez

 

Ménestrel qui vais par le monde,
N'ayant rien que mon gai savoir,
Si vous m'aimiez, ô belle blonde !
Je me croirais un riche avoir ;
Comme Pétrarque aux pieds de son idole,
A vos genoux courbé bien bas, bien bas,
J'oublîrais tout, voire le Capitole,
Si vous m'aimiez... Mais vous ne m'aimez pas


Si vous m'aimiez, ô belle blonde !
De vos baisers seuls j'aurais faim,
Et, sourd à son voisin qui gronde,
Mon coeur s'enivrerait enfin ;
Coeur mendiant, il va, de femme en femme,
Criant misère, et sans secours, hélas !
Le pauvret meurt - il renaîtrait, madame,
Si vous m'aimiez... mais vous ne m'aimez pas.


Et mes chansons fraîches écloses,
Au vent du matin et du soir,
Iraient à vous, comme les roses
Qui pleuvent devant l'ostensoir.
Purifiant l'air de Paris, madame,
Où vous iriez j'irais, et, sur vos pas,
Comme un parfum je brûlerais mon âme,
Si vous m'aimiez... mais vous ne m'aimez pas.


Sur vous, grand'dame que l'on flatte,
Un lorgnon d'or s'est promené,
Et par le noeud d'une cravate
Voilà votre coeur enchaîné.
D'un plus heureux que l'hommage vous plaise !
Souriez-lui, marchez fière à son bras :
Son bras ! demain je saurais ce qu'il pèse,
Si vous m'aimiez... mais vous ne m'aimez pas.
Hégésippe Moreau (1810-1838) écrivain, poète et journaliste français - Si vous m'aimiez
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22 mai 2026 5 22 /05 /mai /2026 23:34
Hégésippe Moreau (1810-1838) est un écrivainpoète et journaliste français,

 

La Voulzie

Élégie

S'il est un nom bien doux fait pour la poésie,
Oh ! dites, n'estce pas le nom de la Voulzie ?
La Voulzie, estce un fleuve aux grandes îles ? Non ;
Mais, avec un murmure aussi doux que son nom,
Un tout petit ruisseau coulant visible à peine ;
Un géant altéré le boirait d'une haleine ;
Le nain vert Obéron, jouant au bord des flots,
Sauterait pardessus sans mouiller ses grelots.
Mais j'aime la Voulzie et ses bois noirs de mûres,
Et dans son lit de fleurs ses bonds et ses murmures.
Enfant, j'ai bien souvent, à l'ombre des buissons,
Dans le langage humain traduit ces vagues sons ;
Pauvre écolier rêveur, et qu'on disait sauvage,
Quand j'émiettais mon pain à l'oiseau du rivage,
L'onde semblait me dire : ' Espère ! aux mauvais jours
Dieu te rendra ton pain. ' Dieu me le doit toujours !
C'était mon Égérie, et l'oracle prospère
À toutes mes douleurs jetait ce mot : ' Espère !
Espère et chante, enfant dont le berceau trembla ;
Plus de frayeur : Camille et ta mère sont là.
Moi, j'aurai pour tes chants de longs échos... ' Chimère !
Le fossoyeur m'a pris et Camille et ma mère.
J'avais bien des amis icibas quand j'y vins,
Bluet éclos parmi les roses de Provins :
Du sommeil de la mort, du sommeil que j'envie,
Presque tous maintenant dorment, et, dans la vie,
Le chemin dont l'épine insulte à mes lambeaux,
Comme une voie antique est bordé de tombeaux.
Dans le pays des sourds j'ai promené ma lyre ;
J'ai chanté sans échos, et, pris d'un noir délire,
J'ai brisé mon luth, puis de l'ivoire sacré
J'ai jeté les débris au vent... et j'ai pleuré !
Pourtant, je te pardonne, ô ma Voulzie ! et même,
Triste, tant j'ai besoin d'un confident qui m'aime,
Me parle avec douceur et me trompe, qu'avant
De clore au jour mes yeux battus d'un si long vent,
Je veux faire à tes bords un saint pèlerinage,
Revoir tous les buissons si chers à mon jeune âge,
Dormir encore au bruit de tes roseaux chanteurs,
Et causer d'avenir avec tes flots menteurs.
Hégésippe Moreau (1810-1838) - écrivain, poète et journaliste français - La Voulzie - Élégie
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22 mai 2026 5 22 /05 /mai /2026 23:33
Hégésippe Moreau (1810-1838) est un écrivainpoète et journaliste français,


 

Au vent du matin et du soir,
Au vent du matin et du soir,
Iraient à vous, comme les roses
Qui pleuvent devant l'ostensoir.
Purifiant l'air de Paris, madame,
Où vous iriez j'irais, et, sur vos pas,
Comme un parfum je brûlerais mon âme,
Si vous m'aimiez... mais vous ne m'aimez pas.

Sur vous, grand'dame que l'on flatte,
Un lorgnon d'or s'est promené,
Et par le noeud d'une cravate
Voilà votre coeur enchaîné.
D'un plus heureux que l'hommage vous plaise !
Souriezlui, marchez fière à son bras :
Son bras ! demain je saurais ce qu'il pèse,
Si vous m'aimiez... mais vous ne m'aimez pas.
Hégésippe Moreau (1810-1838) écrivain, poète et journaliste français - Au vent du matin et du soir,
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22 mai 2026 5 22 /05 /mai /2026 23:24
Édouard Turquety (1807-1867) est un poète français.
Dans la lignée de Lamartine, il passa du romantisme lyrique, dans ses Esquisses poétiques de 1829), à la poésie religieuse, mais de manière bien plus fervente et complète que chez l'auteur des Harmonies, et que Laprade après lui.

Poésies religieuses, 1858 (p. 20-24).


 

 Rosa Mystica
Ô jeune rose épanouie
Près du tabernacle immortel,
Vierge pure, tendre Marie,
Douce fleur des jardins du ciel ;
Ô toi qui sais parfumer l’âme
Mieux que la myrrhe et le cinname
Et l’encens même du saint lieu ;
Ô toi dont la grâce est l’empire,
Toi qui ramènes d’un sourire
Le pardon aux lèvres de Dieu :
Édouard Turquety (1807-1867) poète français -  Rosa Mystica
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22 mai 2026 5 22 /05 /mai /2026 20:26
Aloysius Bertrand (1807-1841) est un poètedramaturge et journaliste français Considéré comme l'inventeur du poème en prose,
il est notamment l'auteur d'une œuvre posthume passée à la postérité, 
Les deux anges


 

«  Planons, lui disais je, sur les bois que parfument
les roses ; jouons nous dans la lumière et l'azur des
cieux, oiseaux de l'air, et accompagnons le printemps
voyageur. « 


La mort me la ravit échevelée et livrée au sommeil d'un
évanouissement, tandis que, retombé dans la vie, je
tendais en vain les bras à l'ange qui s'envolait.


Oh ! si la mort eût tinté sur notre couche les noces du
cercueil, cette sueur des anges m'eût fait monter aux
cieux avec elle, ou je l'eusse entraînée avec moi aux
enfers !


Délirantes joies du départ pour l'ineffable bonheur de
deux âmes qui, heureuses et s'oubliant partout où elles
ne sont plus ensemble, ne songent plus au retour.


Mystérieux voyage de deux anges qu'on eût vus, au point
du jour, traverser les espaces et recevoir sur leurs
blanches ailes la fraîche rosée du matin !


Et dans le vallon, triste de notre absence, notre couche
fût demeurée vide au mois des fleurs, nid abandonné sous
le feuillage.
Aloysius Bertrand (1807-1841) est un poète, dramaturge et journaliste français - Les deux anges
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