3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 20:44


 

Émile Nelligan (1879-1941), poète québécois influencé par le mouvement symboliste ainsi que par les grands romantiques.

 


Le Récital des Anges

 

Plein de spleen nostalgique et de rêves étranges,

Un soir, je m'en allai chez la Sainte adorée

Où se donnait, dans la salle de l'empyrée,

Pour la fête du ciel, le récital des anges.

 

Et nul ne s'opposant à cette libre entrée,

Je vins, le corps vêtu d'une tunique à franges,

Le soir où je m'en fus chez la Sainte adorée,

Plein de spleen nostalgique et de rêves étranges.

 

Des dames défilaient sous des clartés oranges ;

Les célestes laquais portaient haute livrée ;

Et ma demande étant par Cécile agréée,

J'écoutai le concert qu'aux divines phalanges

Elle donnait, là-haut, dans des rythmes étranges...
 

Sainte Cécile et le concert des anges

Sainte Cécile et le concert des anges

Partager cet article
Repost0
3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 20:44

 

Max Elskamp (1862-1931) Poète symboliste belge. 

Il fut membre de l'Académie royale de langue et de littérature française.

 

L’ange


Et puis après, voici un ange,

Un ange en blanc, un ange en bleu,

Avec sa bouche et ses deux yeux,

Et puis après voici un ange,

 

Avec sa longue robe à manches,

Son réseau d’or pour ses cheveux,

Et ses ailes pliées en deux,

Et puis ainsi voici un ange,

 

Et puis aussi étant dimanche,

Voici d’abord que doucement

Il marche dans le ciel en long

Et puis aussi étant dimanche,

 

Voici qu’avec ses mains il prie

Pour les enfants dans les prairies,

Et qu’avec ses yeux il regarde

Ceux de plus près qu’il faut qu’il garde ;

 

Et tout alors étant en paix

Chez les hommes et dans la vie,

Au monde ainsi de son souhait,

Voici qu’avec sa bouche il rit.
 

Max Elskamp (1862-1931) - Poète symboliste belge - L’ange
Partager cet article
Repost0
3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 20:42


Alphonse de Lamartine (1790-1869), poète, romancier, dramaturge français, historien, ainsi qu'une personnalité politique qui participa à la révolution de 1848 et proclama la Deuxième République. Il est l'une des grandes figures du romantisme en France.

 

 

La chute d'un Ange

 

Saint ! saint ! saint ! le Seigneur qu'adore la colline !

Derrière ses soleils, d'ici nous le voyons ;

Quand le souffle embaumé de la nuit nous incline,

Comme d'humbles roseaux sous sa main nous plions !

Mais pourquoi plions-nous ? C'est que nous le prions,

C'est qu'un intime instinct de la vertu divine

Fait frissonner nos troncs du dôme à la racine,

Comme un vent du courroux qui rougit leur narine,

Et qui ronfle dans leur poitrine,

Fait ondoyer les crins sur les cous des lions.

Glissez, glissez, brises errantes,

Changez en cordes murmurantes

La feuille et la fibre des bois !

Nous sommes l'instrument sonore

Où le nom que la lune adore

À tous moments meurt pour éclore

Sous nos frémissantes parois.

 

Venez, des nuits tièdes haleines ;

Tombez du ciel, montez des plaines,

Dans nos branches du grand nom pleines

Passez, repassez mille fois !

Si vous cherchez qui le proclame,

Laissez là l'éclair et la flamme !

Laissez là la mer et la lame !

Et nous, n'avons-nous pas une âme

Dont chaque feuille est une voix ?

Tu le sais, ciel des nuits, à qui parlent nos cimes ;

Vous, rochers que nos pieds sondent jusqu'aux abîmes

Pour y chercher la sève et les sucs nourrissants ;

Soleil dont nous buvons les dards éblouissants ;

Vous le savez, ô nuits dont nos feuilles avides

Pompent les frais baisers et les perles humides,

Dites si nous avons des sens !

Des sens ! dont n'est douée aucune créature :

Qui s'emparent d'ici de toute la nature,

Qui respirent sans lèvre et contemplent sans yeux,

Qui sentent les saisons avant qu'elles éclosent,

Des sens qui palpent l'air et qui le décomposent,

D'une immortelle vie agents mystérieux !

 

Et pour qui donc seraient ces siècles d'existence ?

Et pour qui donc seraient l'âme et l'intelligence ?

Est-ce donc pour l'arbuste nain ?

Est-ce pour l'insecte et l'atome,

Ou pour l'homme, léger fantôme,

Qui sèche à mes pieds comme un chaume,

Qui dit la terre son royaume,

Et disparaît du jour avant que de mon dôme

Ma feuille de ses pas ait jonché le chemin ?

Car les siècles pour nous c'est hier et demain ! ! !

 

Oh ! gloire à toi, père des choses !

Dis quel doigt terrible tu poses

Sur le plus faible des ressorts,

Pour que notre fragile pomme,

Qu'écraserait le pied de l'homme,

Renferme en soi nos vastes corps !

Pour que de ce cône fragile

Végétant dans un peu d'argile

S'élancent ces hardis piliers

Dont les gigantesques étages

Portent les ombres par nuages,

Et les feuillages par milliers !

 

Et les feuillages par milliers !

Dans la sève, goutte de pluie

Que boirait le bec d'un oiseau,

Pour que ses ondes toujours pleines,

Se multipliant dans nos veines,

En désaltèrent les réseaux !

Pour que cette source éternelle

Dans tous les ruisseaux renouvelle

Ce torrent que rien n'interrompt,

Et de la crête à la racine

Verdisse l'immense colline

Qui végète dans un seul tronc !

 

Dites quel jour des jours nos racines sont nées,

Rochers qui nous servez de base et d'aliment !

De nos dômes flottants montagnes couronnées

Qui vivez innombrablement ;

Soleils éteints du firmament,

Etoiles de la nuit par Dieu disséminées,

Parlez, savez-vous le moment ?

Si l'on ouvrait nos troncs, plus durs qu'un diamant,

On trouverait des cents et des milliers d'années

Ecrites dans le cœur de nos fibres veinées,

Comme aux fibres d'un élément !

 

Aigles qui passez sur nos têtes,

Allez dire aux vents déchaînés

Que nous défions leurs tempêtes

Avec nos mâts enracinés.

Qu'ils montent, ces tyrans de l'onde,

Que leur aile s'ameute et gronde

Pour assaillir nos bras nerveux !

Allons ! leurs plus fougueux vertiges

Ne feront que bercer nos tiges

Et que siffler dans nos cheveux !

 

Fils du rocher, nés de nous-même,

Sa main divine nous planta ;

Nous sommes le vert diadème

Qu'aux sommets d'Éden il jeta.

Quand ondoiera l'eau du déluge,

Nos flancs creux seront le refuge

De la race entière d'Adam,

Et les enfants du patriarche

Dans nos bois tailleront l'arche

Du Dieu nomade d'Abraham !

 

C'est nous, quand les tribus captives

Auront vu les hauteurs d'Hermon,

Qui couvrirons de nos solives

L'arche immense de Salomon ;

Si, plus tard, un Verbe fait homme

D'un nom plus saint adore et nomme

Son père du haut d'une croix,

Autels de ce grand sacrifice,

De l'instrument de son supplice

Nos rameaux fourniront le bois.

 

En mémoire de ces prodiges,

Des hommes inclinant leurs fronts

Viendront adorer nos vestiges,

Coller leurs lèvres à nos troncs.

Les saints, les poètes, les sages 

Écouteront dans nos feuillages

Des bruits pareils aux grandes eaux,

Et sous nos ombres prophétiques

Formeront leurs plus beaux cantiques

Des murmures de nos rameaux.

 

Glissez comme une main sur la harpe qui vibre

Glisse de corde en corde, arrachant à la fois 

À chaque corde une âme, à chaque âme une voix

Glissez, brises des nuits, et que de chaque fibre

Un saint tressaillement jaillisse sous vos doigts !

Que vos ailes frôlant les feuilles de nos voûtes,

Que des larmes du ciel les résonnantes gouttes,

Que les gazouillements du bulbul dans son nid,

Que les balancements de la mer dans son lit,

L'eau qui filtre, l'herbe qui plie,

La sève qui découle en pluie,

La brute qui hurle ou qui crie,

Tous ces bruits de force et de vie

Que le silence multiplie,

Et ce bruissement du monde végétal

Qui palpite à nos pieds du brin d'herbe au métal,

Que ces voix qu'un grand chœur rassemble

Dans cet air où notre ombre tremble

S'élèvent et chantent ensemble

Celui qui les a faits, celui qui les entend,

Celui dont le regard à leurs besoins s'étend :

Dieu, Dieu, Dieu, mer sans bords qui contient tout en elle,

Foyer dont chaque vie est la pâle étincelle

Bloc dont chaque existence est une humble parcelle,

Qu'il vive sa vie éternelle,

Complète, immense, universelle ;

Qu'il vive à jamais renaissant

Avant la nature, après elle ;

Et que chaque soupir de l'heure qu'il rappelle

Remonte à lui d'où tout descend ! ! !

 

Ainsi chantait le chœur des arbres, et les anges

Avec ravissement répétaient ces louanges ;

Et des monts et des mers, et des feux et des vents,

De chaque forme d'être et d'atomes vivants

L'unanime concert des terrestres merveilles

Pour s'élever à Dieu passait par leurs oreilles.

Et ces milliers de voix de tout ce qui voit Dieu,

Le comprend, ou l'adore ou le sent en tout lieu,

Roulaient dans le silence en grandes harmonies

Sans mots articulés, sans langues définies,

Semblables à ce vague et sourd gémissement

Qu'une étreinte d'amour arrache au cœur aimant,

 

Et qui dans un murmure enferme et signifie

Plus d'amour qu'en cent mots l'homme n'en balbutie !

Quand l'hymne aux mille voix se fut évaporé,

Les esprits, pleins du nom qu'il avait adoré,

S'en allèrent ravis porter de sphère en sphère

L'écho mélodieux de ces chants de la terre.

Un seul, qui contemplait la scène de plus bas,

Les regarda partir et ne les suivit pas.

Or, pourquoi resta-t-il caché dans le nuage ?

C'est qu'au pied d'un grand cèdre, à l'abri du feuillage,

Un objet pour lequel il oubliait les deux

Semblait comme enchaîner sa pensée et ses yeux.

Oh ! qui pouvait d'un ange ainsi ravir la vue ?

C'était parmi les fleurs une belle enfant nue,

Qui, sous l'arbre le soir surprise du sommeil,

N'avait vu ni baisser ni plonger le soleil,

Et qui, seule au départ des tribus des montagnes,

N'avait pas entendu les cris de ses compagnes.

Sa mère sur son front n'avait encor compté

Depuis son lait tari que le douzième été ;

Mais dans ces jours de force où les sèves moins lentes

Se hâtaient de mûrir les hommes et les plantes,

Treize ans pour une vierge étaient ce qu'en nos jours

Seraient dix-huit printemps pleins de grâce et d'amours.

Non loin d'un tronc blanchi de cèdre, où dans les herbes

L'astre réverbéré rejaillissait en gerbes,

Un rayon de la lune éclairait son beau corps,

D'un bassin d'eau dormant ses pieds touchaient les bords,

Et quelques lis des eaux, pleins de parfums nocturnes,

Recourbaient sur son corps leurs joncs verts et leurs urnes

(...........)

 

L'ange, pour la mieux voir écartant le feuillage,

De son céleste amour l'embrassait en image,

Comme sur un objet que l'on craint d'approcher

Le regard des humains pose sans y toucher.

Daïdha, disait-il, tendre faon des montagnes !

Parfum caché des bois ! ta mère et tes compagnes

Te cherchent en criant dans les forêts ; pourquoi

Ai-je oublié le ciel pour veiller là sur toi ?

C'est ainsi chaque jour : tous les anges mes frères

Plongent au firmament et parcourent les sphères ;

Ils m'appellent en vain, moi seul je reste en bas.

Il n'est plus pour mes yeux de ciel où tu n'es pas !

Pourquoi le roi du sort, ô fille de la femme, 

À ton âme en naissant attacha-t-il mon âme ?

Pourquoi me tira-t-il de mon heureux néant 

À l'heure où tu naquis d'un baiser, belle enfant ?

Sœur jumelle de moi ! que par un jeu barbare

Tant d'amour réunit, et l'infini sépare !

Oh ! sous mes yeux charmés depuis que tu grandis,

Mon destin immortel combien je le maudis !

Combien de fois, tenté par un attrait trop tendre,

Ne pouvant t'élever, je brûlai de descendre,

D'abdiquer ce destin, pour t'égaler à moi,

Et de vivre ta vie en mourant comme toi !

Combien de fois ainsi dans mon ciel solitaire,

Lassé de mon bonheur et regrettant la terre,

 

Ce cri, ce cri d'amour dans mon âme entendu,

Sur mes lèvres de feu resta-t-il suspendu !

Fais-moi mourir aussi, Dieu qui la fis mortelle !

Etre homme ! quel destin !... oui, mais être aimé d'elle !

Mais aimer, être aimé ! s'échanger tout à tour !

Ah ! l'ange ne sait pas ce que c'est que l'amour !

Être unique et parfait qui suffit à soi-même !

Non, il ne connaît pas la volupté suprême

De chercher dans un autre un but autre que lui,

Et de ne vivre entier qu'en vivant en autrui !

Il n'a pas comme l'homme au milieu de ses peines

La compensation des détresses humaines,

La sainte faculté de créer en aimant

Un être de lui-même image et complément,

Un être où de deux cœurs que l'amour fond ensemble

L'être se multiplie en un qui leur ressemble !

Oh ! de l'homme divin mystérieuse loi,

De ne trouver jamais son tout que hors de soi,

De ne pouvoir aimer qu'en consumant une autre !

Que ce destin sublime est préférable du nôtre, 

À cet amour qui n'a dans nous qu'un seul foyer,

Et qui brûle à jamais sans s'y multiplier !
 

Ciro Ferri (1634-1689) - L’Ange Gardien

Ciro Ferri (1634-1689) - L’Ange Gardien

Partager cet article
Repost0
3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 20:41


 

Maurice Oreste, est un poète et romancier haïtien, amoureux de sa terre natale et de sa culture dont il chante, avec beaucoup de sensualité, les beautés ardentes et les douleurs abyssales. A travers son écriture, particulièrement sensible et pleine de vie, il montre la tristesse d'un peuple souvent blessé et exprime sa foi en l'avenir et en la magie d'une terre où s'épanouit la Nature en volupté...


En 2011, il a publié un roman intitulé « La Voix de l'Ombre » qui a connu un grand succès.

Extrait de:  Cris du Coeur

 


Ange noire


Viendras-tu ce soir astre de nuit

Bercer mon sommeil silencieux

Quand mon corps inerte,

Etendu sur le lit

Sans vie et dépourvu d'esprit.

 

Ange, mon ange je te dois la vie

L'épaisseur de la nuit

Ne m'inquiète plus

Tu me rassures le réveil

Avant que le jour se lève

Tu me redonnes la vie

Quand le sommeil m'emporte.

 

Ange de douceur,

Je t'appelle ange noire

Ravissante, splendide, magnifique

Pour décrire cette beauté

Sans pareille

Cachée sous le voile blanc

Qui couvre ton visage.

 

Veilleuse de la nuit,

Esprit velléitaire

Ton portrait intouchable me captive

Reste avec moi ce soir

Apaise mon chagrin.

 

Arrête mon ange,

Tes apparitions fugitives

Je me berce d'illusion

De t'avoir dans mes bras

Pour mettre fin à ma vie solitaire,

Retrouver mon bonheur caché

Sous le sol des distances.

 

Ange, mon ange tu embellis mes rêves

Nos promenades nocturnes

Nous emmènent çà et là,

Des regards tendres, doux

Traduisent nos pensées

Et nos désirs charnels.

 

Berce-moi avant de m'endormir,

Ange de tendresse

Ces nuits passées avec toi

Ne sont que souvenirs

Tes petits mots brûlants

Me couvrent de fleurs

Tu marches dans mes rêves

Et emportes mon Coeur.
 

Maurice Oreste, - poète, écrivain et romancier haitien, - Ange noire
Partager cet article
Repost0
3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 15:43

 

 

Rainer Maria Rilke (1875-1926) écrivain autrichien 

Les Élégies de Duino (Duineser Elegien) est le titre d’un recueil de dix élégies écrites en allemand de 1912 à 1922 par le poète Rainer Maria Rilke et publiées pour la première fois chez Insel Verlag à Leipzig en 1923.

Leur nom est dérivé du château de Duino, près de Trieste, où Rilke fut invité par son amie et mécène, la princesse Marie von Thurn und Taxis-Hohenlohe à qui est dédié ce recueil, et d’où il rédigea les premières élégies du recueil.

Les Elégies de Duino, oeuvres 2

 

 

Première Elégie  :


"Qui donc, si je criais, parmi les cohortes des anges m’entendrait ?"

 Car le beau n’est que le premier degré du terrible, à peine encore

supportable, et si nous l’admirons tant, c’est qu’impassible

il dédaigne de nous détruire. Oui, tout ange est terrible...

...Tu es tout près de les envier. Ces délaissées,

à tes yeux tellement plus aimantes que celles 

que l’amour a comblées, renouvelle sans cesse

l‘hommage jamais trop fervent pour elles ; songe :

le héros dure, et sa chute ne fut pour lui

que prétexte pour être: une ultime naissance.

...Etrange,

de ne pas désirer plus avant ses désirs, étrange

que dans l’espace tout ce qui tenait ensemble

voltige, délié. La mort est dure, oui,

et que n’y faut-il regagner avant que l’on

y sente un peu d’éternité. Mais les vivants

font tous l’erreur de distinguer trop nettement.

 

 
La deuxième Elégie

 

Tout ange est terrible. Et pourtant, malheur à moi,

je vous invoque, oiseaux presque mortels de l’âme,

vous connaissant. Car où sont les jours de Tobie

où le plus rayonnant de vous pouvait paraître,

à peine déguisé pour le voyage, au seuil

d’une simple maison sans provoquer l’effroi...

 Vois : les arbres sont. Et les maisons

encore, que nous habitons. Nous seuls passons auprès

de tout comme un souffle échangé. Et tout conspire

pour faire sur nous le silence, soit par honte,

peut-être, soit dans quelque inexprimable espoir.

 

 

 La troisième Elégie.


Entends la nuit qui s’incurve et se creuse. Étoiles,

ne vient-il pas de vous, l’attrait de l’Amant pour les yeux

de l’Aimée ? Et la connaissance intime qu’il en a,

la tient-il pas de vos pures constellations ?...

Aimant. Il descendit dans le sang plus ancien,

les ravins où gisait l’effroi, repu d’ancêtres.

Chaque terreur le connaissait, clignait de l’œil

comme en signe de connivence et l’horreur même,

oui, souriait …

 

 

 La quatrième Elégie

 

O arbres de la vie, quand êtes-vous d’hiver ?...

Qui ne fut, anxieux, assis face au rideau

de son cœur ? Lequel se leva sur une scène

d’adieu...

…. malgré tout

Je resterais. Car il y a toujours à voir...

Quand je m’en sens l’envie

j’attends devant le rideau des marionnettes,...

 …. la mort, toute la mort, la contenir en soi si doucement

avant même la vie, et n’en pas devenir méchant, voilà

qui ne se peut décrire.

 

 
La cinquième Elégie

 

…, ce tapis égaré dans l’univers, posé là tel

un pansement, comme si le ciel de banlieue

avait blessé la terre.

 

 

 La sixième Elégie


 … Mais nous, hélas,

fiers de fleurir, nous nous y complaisons, trahis avant

d’atteindre le dedans de notre fruit tardif !...

Ils volent en avant de leur propre sourire…

Car proche étrangement des jeunes morts est le héros.

Que lui importe de durer si l’existence

est pour lui ascension ? Il s’enlève et progresse

dans la constellation toujours changeante du péril

qui sans cesse le guette, où combien peu le suivent!

 

 

 La septième Elégie


…Ne croyez pas

que le destin soit plus que la densité de l’enfance ;

vous avez si souvent devancé l’aimé, haletant,

haletant du bonheur d’une course libre et sans but !...

 Nulle part. Bien-aimée, il n’y aura de monde

 qu’intérieur. Notre vie passe en métamorphose....

 Le temple, on ne le connait plus. C’est une prodigalité

du cœur dont nous faisons secrètement l’économie.

 

 

 La huitième Elégie


Mais nous autres, jamais nous n’avons un seul jour

Le pur espace devant nous, où les fleurs s’ouvrent

A l’infini. Toujours le monde, jamais le

Nulle part sans le Non, la pureté

insurveillée que l’on respire,

Que l’on sait infinie et jamais ne désire...

Toujours tournés vers le créé nous ne voyons

en lui que le reflet de cette liberté

par nous-même assombri. A moins qu’un animal,

muet, levant les yeux, calmement nous transperce. 

Ce qu’on nomme destin, c’est cela : être en face,

rien d’autre que cela, et à jamais en face....

Car là où nous voyons l’avenir, il voit tout

Et se voit dans le Tout, et guéri pour toujours...

Et nous: spectateurs, en tous temps, en tous lieux,

tournés vers tout cela, jamais vers le large !

Débordés, Nous mettons de l’ordre. Tout s’écroule,

Nous remettons de l’ordre et nous-mêmes croulons...

tels nous vivons en prenant congé sans cesse.


 

La neuvième Elégie


….pourquoi

faut-il être homme et, fuyant le destin, y aspirer

si fort ?

Parce que le bonheur existe, hâtif profit d’une perte prochaine ? Oh non !

….

Mais parce qu’être ici c’est beaucoup. Et qu’ici,

Apparemment, tout a besoin de nous, ces choses

Éphémères qui étrangement nous appellent.

Nous, les plus éphémères. Une fois chaque chose,

rien qu’une fois. Une fois et c’est tout. Et nous aussi

rien qu’une fois. Et jamais plus. Mais une fois,

quand ce ne serait qu’une fois. Avoir été cela:

de cette terre, voilà qui semble irrévocable.

 

 
La dixième Elégie


Un ange foulerait

Sans qu’il en reste rien leur foire au réconfort

Et le prêt à porter voisin de l’église bien propre,

Close-et-désenchantée comme une post le dimanche...

Pour l’adulte, d’ailleurs, il reste encore à voir

comment l’argent physiologiquement se reproduit,

Pas seulement pour s’amuser: le sexe de l’argent,

le processus dans son entier- qui vous instruit et vous féconde…

...Et nous qui voyons le bonheur

comme quelque chose qui monte, éprouverions

l’émotion dont nous sommes presque atterrés

Quand une chose heureuse tombe.
 

Callac Gaëlle " Elégies de Duino"

Callac Gaëlle " Elégies de Duino"

Partager cet article
Repost0
3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 15:37

 

Alfred de Musset (1810-1857) Poète français

Recueil : Lettres à George Sand.

 


 George Sand (I)

 

Te voilà revenu, dans mes nuits étoilées,

Bel ange aux yeux d'azur, aux paupières voilées,

Amour, mon bien suprême, et que j'avais perdu !

J'ai cru, pendant trois ans, te vaincre et te maudire,

Et toi, les yeux en pleurs, avec ton doux sourire,

Au chevet de mon lit, te voilà revenu.

 

Eh bien, deux mots de toi m'ont fait le roi du monde,

Mets la main sur mon coeur, sa blessure est profonde ;

Élargis-la, bel ange, et qu'il en soit brisé !

Jamais amant aimé, mourant sur sa maîtresse,

N'a sur des yeux plus noirs bu la céleste ivresse,

Nul sur un plus beau front ne t'a jamais baisé !
 

Georges Sans

Georges Sans

Partager cet article
Repost0
3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 15:36

 

Jean Giono (1895-1970) écrivain français.

 


La chute des anges (extrait)

 

Tant de silence qu’on voit les anges :

comme d’un vieux sou qu’on frotte

avec du sable, soudain éclate

L’empreinte du Roi.

 

Ils ne sont pas comme des paysans

par les chemins, tenant

dans les mains les terribles outils

du sauvetage et de la grâce.

 

Ils ne sont pas comme les bœufs des torrents

attelés à des charrois de frais et de semences,

ébranlant à coups d’épaules bleues

les digues qui couvrent les villages,

arrachant la terre de nos rivages.

 

Ils n’apportent pas de leur domaine de hauteur

des forêts soyeuses de plumes de paon,

écarquillant les annonciations,

aux carrefours des routes,

à l’angle mort des bastions,

sur les poudrières des redoutes,

pour iriser l’air

fleurir le sang

illuminer les veines caves,

faire sonner les cordes des artères

et chanter le cœur ;

donner la patience

enchantée des parturitions

aux loups et aux centurions,

gelés sur les griffes et les épées.

 

On attendait qu’ils frappent aux portes,

le soir

ouvrir, et au lieu du noir de la nuit,

voir enfin :

l’univers

émaillé depuis le seuil jusqu’aux confins du ciel

et enfin savoir ce qu’on porte.

 

Non ; c’est plus terrible et plus étrange

depuis que la neige et les corbeaux verts

ont établi le grand silence,

on voit les vrais anges.

 

Abrupts, glissants, glacés,

étincelants de sel illuminé

vêtus de toute la terre d’hermine et de marbre.

 

Ils ont besoin de tout pour vivre

dans le grand givre éternel.

 

In Journal, poèmes, essais, © Gallimard, La Pléiade, 1995

Charles Le Brun  (1619–1690) -	La chute des anges rebelles (v. 1670)

Charles Le Brun (1619–1690) - La chute des anges rebelles (v. 1670)

Partager cet article
Repost0
3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 15:34

 

Arthur Rimbaud (1854-1891)  poète français, 

Bien que brève, son œuvre poétique est caractérisée par une prodigieuse densité thématique et stylistique, faisant de lui une des figures majeures de la littérature française.

Album zutique - Louis Ratisbonne.

 


L'Angelot maudit

 

Toits bleuâtres et portes blanches
Comme en de nocturnes dimanches,

 

Au bout de la ville sans bruit
La Rue est blanche, et c'est la nuit.

 

La Rue a des maisons étranges
Avec des persiennes d'Anges.

 

Mais, vers une borne, voici
Accourir, mauvais et transi,

 

Un noir Angelot qui titube,
Ayant trop mangé de jujube.

 

Il fait caca : puis disparaît :
Mais son caca maudit paraît,

 

Sous la lune sainte qui vaque,
De sang sale un léger cloaque!

 

Ecole XX),s. - Angelot

Ecole XX),s. - Angelot

Partager cet article
Repost0
3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 15:33

 

Géo Norge (1898-1989), de son vrai nom Georges Mogin, est un poète belge d'expression française. 

 

 

Révolte des Anges

 

Nos fameux canons de terre glaise.

Nos ailes de poussière et nos becs

De suie et nos tourelles de braise.

Quelle armée et quelle artillerie !

 

On en a vu des anges dans

Les impasses glissantes du vent.

Nos clairons leur ont sucé le jus.

Séraphins grillés sur vos échelles.

Anges effeuillés, petits flocons

Prisonniers de nos chaînes de glu.

Salue/ ces brigades rebelles !

Les brèches du ciel, nous les tenons.

 

Et grincent les fifres du démon

Surelets puis grandis en orage :

Ce sont les orgues des beaux ravages.

Quelle grande marée elles font.

 

Nos fameux fusils de sable sec

Tirent leurs célèbres coups de feu.

Dans la cime on les entend avec

Lenteur moudre le trône de Dieu.
 

Géo Norge (1898-1989) - poète belge - Révolte des Anges
Partager cet article
Repost0
3 décembre 2021 5 03 /12 /décembre /2021 15:33


Géo Norge (1898-1989), de son vrai nom Georges Mogin, est un poète belge d'expression française. 

 

 

Séraphin 

 


Un jour est repu

Le ver calme et blanc

Qui ronge.

 

Le dernier venu

Du songe.

 

Le petit rampant.

Le petit mineur

Se sent en humeur

D'azur.

 

A d'autres gloutons

Il cède un peu ton

Fémur.

 

Il boit tout le ciel,

Il goûte le miel

Des nues.

 

Le petit dodu

Se sent les vertus

Emues.

 

Ainsi, séraphin

De l'argile, enfin

Te venge.

 

Son désir ailé

Son élan d'aller

Aux anges.
 

Géo Norge ((1898-1989) - poète belge d'expression française - Séraphin 
Partager cet article
Repost0

 

Recherche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Catégories

Kinouk

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chateau - Evans / Jura

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gros chêne Evans - Jura

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mes Blogs Amis À Visiter