22 mai 2026 5 22 /05 /mai /2026 13:46
Victor Hugo (1802-1885) poète, dramaturge, écrivain, romancier et dessinateur romantique français, 
Vois, cette branche est rude, elle est noire...

 
Ô les tendres propos et les charmantes choses
Que me disait Aline en la saison des roses !
Doux zéphyrs qui passiez alors dans ces beaux lieux.
N'en rapportiezvous rien à l'oreille des dieux ?

SEGRAIS.


Vois, cette branche est rude, elle est noire, et la nue
Verse la pluie à flots sur son écorce nue ;
Mais attends que l'hiver s'en aille, et tu vas voir
Une feuille percer ces noeuds si durs pour elle,
Et tu demanderas comment un bourgeon frêle
Peut, si tendre et si vert, jaillir de ce bois noir.


Demande alors pourquoi, ma jeune bienaimée,
Quand sur mon âme, hélas ! endurcie et fermée,
Ton souffle passe, après tant de maux expiés,
Pourquoi remonte et court ma sève évanouie,
Pourquoi mon âme en fleur et tout épanouie
Jette soudain des vers que j'effeuille à tes pieds !


C'est que tout a sa loi, le monde et la fortune ;
C'est qu'une claire nuit succède aux nuits sans lune ;
C'est que tout icibas a ses reflux constants ;
C'est qu'il faut l'arbre au vent et la feuille au zéphire ;
C'est qu'après le malheur m'est venu ton sourire ;
C'est que c'était l'hiver et que c'est le printemps !
Victor Hugo (1802-1885) poète, dramaturge, écrivain - Vois, cette branche est rude, elle est noire...
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22 mai 2026 5 22 /05 /mai /2026 13:36

Victor Hugo (1802-1885) poète, dramaturge, écrivain, romancier et dessinateur romantique français,


 

Chanson (Proscrit, regarde les roses…)
Proscrit, regarde les roses ;
Mai joyeux, de l'aube en pleurs
Les reçoit toutes écloses ;
Proscrit, regarde les fleurs.


Je pense
Aux roses que je semai.
Le mois de mai sans la France,
Ce n'est pas le mois de mai.


Proscrit, regarde les tombes ;
Mai, qui rit aux cieux si beaux,
Sous les baisers des colombes
Fait palpiter les tombeaux.


Je pense
Aux yeux chers que je fermai.
Le mois de mai sans la France,
Ce n'est pas le mois de mai.


Proscrit, regarde les branches,
Les branches où sont les nids ;
Mai les remplit d'ailes blanches
Et de soupirs infinis.


Je pense
Aux nids charmants où j'aimai.
Le mois de mai sans la France,
Ce n'est pas le mois de mai.
 Victor Hugo (1802-1885) poète, dramaturge, écrivain - Chanson (Proscrit, regarde les roses…)
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22 mai 2026 5 22 /05 /mai /2026 13:24
Victor Hugo (1802-1885) poète, dramaturge, écrivain, romancier et dessinateur romantique français, 
Vere novo

 
Comme le matin rit sur les roses en pleurs !
Oh ! les charmants petits amoureux qu'ont les fleurs !
Ce n'est dans les jasmins, ce n'est dans les pervenches
Qu'un éblouissement de folles ailes blanches
Qui vont, viennent, s'en vont, reviennent, se fermant,
Se rouvrant, dans un vaste et doux frémissement.

 


O printemps! quand on songe à toutes les missives
Qui des amants rêveurs vont aux belles pensives,
A ces coeurs confiés au papier, à ce tas
De lettres que le feutre écrit au taffetas,
Au message d'amour, d'ivresse et de délire
Qu'on reçoit en avril et qu'en met l'on déchire,

On croit voir s'envoler, au gré du vent joyeux,
Dans les prés, dans les bois, sur les eaux, dans les cieux,
Et rôder en tous lieux, cherchant partout une âme,
Et courir à la fleur en sortant de la femme,
Les petits morceaux blancs, chassés en tourbillons
De tous les billets doux, devenus papillons.
Victor Hugo (1802-1885) poète, dramaturge, écrivain - Vere novo
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22 mai 2026 5 22 /05 /mai /2026 13:16
Victor Hugo (1802-1885) poète, dramaturge, écrivain, romancier et dessinateur romantique français, 
Les contemplations
Lise
J'avais douze ans ; elle en avait bien seize.
Elle était grande, et, moi, j'étais petit.
Pour lui parler le soir plus à mon aise,
Moi, j'attendais que sa mère sortît ;
Puis je venais m'asseoir près de sa chaise
Pour lui parler le soir plus à mon aise.


Que de printemps passés avec leurs fleurs !
Que de feux morts, et que de tombes closes !
Se souvient on qu'il fut jadis des coeurs ?
Se souvient on qu'il fut jadis des roses ?
Elle m'aimait. Je l'aimais. Nous étions
Deux purs enfants, deux parfums, deux rayons.


Dieu l'avait faite ange, fée et princesse.
Comme elle était bien plus grande que moi,
Je lui faisais des questions sans cesse
Pour le plaisir de lui dire : Pourquoi ?
Et par moments elle évitait, craintive,
Mon oeil rêveur qui la rendait pensive.


Puis j'étalais mon savoir enfantin,
Mes jeux, la balle et la toupie agile ;
J'étais tout fier d'apprendre le latin ;
Je lui montrais mon Phèdre et mon Virgile ;
Je bravais tout; rien ne me faisait mal ;
Je lui disais : Mon père est général.


Quoiqu'on soit femme, il faut parfois qu'on lise
Dans le latin, qu'on épelle en rêvant ;
Pour lui traduire un verset, à l'église,
Je me penchais sur son livre souvent.
Un ange ouvrait sur nous son aile blanche,
Quand nous étions à vêpres le dimanche.


Elle disait de moi : C'est un enfant !
Je l'appelais mademoiselle Lise.
Pour lui traduire un psaume, bien souvent,
Je me penchais sur son livre à l'église ;
Si bien qu'un jour, vous le vîtes, mon Dieu !
Sa joue en fleur toucha ma lèvre en feu.


Jeunes amours, si vite épanouies,
Vous êtes l'aube et le matin du coeur.
Charmez l'enfant, extases inouïes !
Et quand le soir vient avec la douleur,
Charmez encor nos âmes éblouies,
Jeunes amours, si vite épanouies!
Victor Hugo (1802-1885) poète, dramaturge, écrivain - Lise
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21 mai 2026 4 21 /05 /mai /2026 20:25
Alphonse de Lamartine (1790-1869), est un poèteromancierdramaturgehistorien et homme politique français

 

Nouvelles méditations poétiques

 

Consolation

 

Quand le Dieu qui me frappe, attendri par mes larmes,

De mon coeur oppressé soulève un peu sa main,

Et, donnant quelque trêve à mes longues alarmes,

Laisse tarir mes yeux et respirer mon sein ;

 

Soudain, comme le flot refoulé du rivage

Aux bords qui l’ont brisé revient en gémissant,

Ou comme le roseau, vain jouet de l’orage,

Qui plie et rebondit sous la main du passant,

 

Mon coeur revient à Dieu, plus docile et plus tendre,

Et de ses châtiments perdant le souvenir,

Comme un enfant soumis n’ose lui faire entendre

Qu’un murmure amoureux pour se plaindre et bénir !

 

Que le deuil de mon âme était lugubre et sombre !

Que de nuits sans pavots, que de jours sans soleil !

Que de fois j’ai compté les pas du temps dans l’ombre,

Quand les heures passaient sans mener le sommeil!

 

Mais loin de moi ces temps! que l’oubli les dévore !

Ce qui n’est plus pour l’homme a-t-il jamais été ?

Quelques jours sont perdus; mais le bonheur encore,

Peut fleurir sous mes yeux comme une fleur d’été !

 

Tous les jours sont à toi! que t’importe leur nombre ?

u dis : le temps se hâte, ou revient sur ses pas;

Eh ! n’es-tu pas celui qui fit reculer l’ombre

Sur le cadran rempli d’un roi que tu sauvas ?

 

Si tu voulais! ainsi le torrent de ma vie,

À sa source aujourd’hui remontant sans efforts,

Nourrirait de nouveau ma jeunesse tarie,

Et de ses flots vermeils féconderait ses bords;

 

Ces cheveux dont la neige, hélas ! argente à peine

Un front où la douleur a gravé le passé,

S’ombrageraient encor de leur touffe d’ébène,

Aussi pur que la vague où le cygne a passé!

 

L’amour ranimerait l’éclat de ces prunelles,

Et ce foyer du coeur, dans les yeux répété,

Lancerait de nouveau ces chastes étincelles

Qui d’un désir craintif font rougir la beauté !

 

Dieu ! laissez-moi cueillir cette palme féconde,

Et dans mon sein ravi l’emporter pour toujours,

Ainsi que le torrent emporte dans son onde

Les roses de Saron qui parfument son cours !

 

Quand pourrai-je la voir sur l’enfant qui repose

S’incliner doucement dans le calme des nuits ?

Quand verrai-je ses fils de leurs lèvres de rose

De suspendre à son sein comme l’abeille aux lis !

 

A l’ombre du figuier, près du courant de l’onde,

Loin de l’oeil de l’envie et des pas du pervers,

Je bâtirai pour eux un nid parmi le monde,

Comme sur un écueil l’hirondelle des mers !

 

Là, sans les abreuver à ces sources amères

Où l’humaine sagesse a mêlé son poison,

De ma bouche fidèle aux leçons de mes pères,

Pour unique sagesse ils apprendront ton nom !

 

Là je leur laisserai, pour unique héritage,

Tout ce qu’à ses petits laisse l’oiseau du ciel,

L’eau pure du torrent, un nid sous le feuillage,

Les fruits tombés de l’arbre, et ma place au soleil!

 

Alors, le front chargé de guirlandes fanées,

Tel qu’un vieux olivier parmi ses rejetons,

Je verrai de mes fils les brillantes années

Cacher mon tronc flétri sous leurs jeunes festons !

 

Alors j’entonnerai l’hymne de ma vieillesse,

Et, convive enivré des vins de ta bonté,

Je passerai la coupe aux mains de la jeunesse,

Et je m’endormirai dans ma félicité !

 

Alphonse de Lamartine (1790-1869) poète, romancier, dramaturge - Consolation
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21 mai 2026 4 21 /05 /mai /2026 20:11
Alphonse de Lamartine ( 1790-1869)  est un poèteromancierdramaturgehistorien et homme politique français
Nouvelles méditations poétiques

 

Le papillon

 

Naître avec le printemps, mourir avec les roses,
Sur l'aile du zéphyr nager dans un ciel pur,
Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
S'enivrer de parfums, de lumière et d'azur,
Secouant, jeune encor, la poudre de ses ailes,
S'envoler comme un souffle aux voûtes éternelles,
Voilà du papillon le destin enchanté !
Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose,
Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,
Retourne enfin au ciel chercher la volupté !


 

Alphonse de Lamartine ( 1790-1869) poète, romancie - Le papillon
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20 mai 2026 3 20 /05 /mai /2026 00:24

 

Gérard De Nerval (1808-1855) est un écrivain et un poète français, Figure majeure du romantisme français, le « plus pur des écrivains romantiques de la France »

 

Recueil : Les chimères

 

Artémis


La Treizième revient C’est encor la première ;
Et c’est toujours la Seule, – ou c’est le seul moment :
Car es-tu Reine, ô Toi! la première ou dernière ?
Es-tu Roi, toi le seul ou le dernier amant ?

 

Aimez qui vous aima du berceau dans la bière ;
Celle que j’aimai seul m’aime encor tendrement :
C’est la Mort – ou la Morte Ô délice ! ô tourment !
La rose qu’elle tient, c’est la Rose trémière.

 

Sainte napolitaine aux mains pleines de feux,
Rose au coeur violet, fleur de sainte Gudule,
As-tu trouvé ta Croix dans le désert des cieux ?

 

Roses blanches, tombez ! vous insultez nos Dieux,
Tombez, fantômes blancs, de votre ciel qui brûle :
- La sainte de l’abîme est plus sainte à mes yeux !
Gérard De Nerval (1808-1855) écrivain et un poète français - Artémis
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20 mai 2026 3 20 /05 /mai /2026 00:13
Gérard De Nerval (1808-1855) est un écrivain et un poète français, Figure majeure du romantisme français, le « plus pur des écrivains romantiques de la France »

Recueil : odelettes
Caligula – IIème chant

 

 

De roses vermeilles
Nos champs sont fleuris,
Et le bras des treilles
Tend à nos corbeilles
Ses raisins mûris.


Puisque chaque année
Jetant aux hivers
Sa robe fanée,
Renaît couronnée
De feuillages verts,


Puisque toute chose
S'offre à notre main
Pour qu'elle en dispose,
Effeuillons la rose,
Foulons le raisin ;


Car le temps nous presse
D'un constant effort ;
Hier la jeunesse,
Ce soir la vieillesse,
Et demain la mort.


Étrange mystère !
Chaque homme à son tour
Passe solitaire
Un jour sur la terre ;


Mais pendant ce jour,
De roses vermeilles
Nos champs sont fleuris,
Et le bras des treilles
Tend à nos corbeilles
Ses raisins mûris.
Gérard De Nerval (1808-1855) écrivain et un poète français - Caligula – IIème chant
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20 mai 2026 3 20 /05 /mai /2026 00:00

 


Gérard De Nerval (1808-1855) est un écrivain et un poète français, Figure majeure du romantisme français, le « plus pur des écrivains romantiques de la France »
(Le Dieu Pan parle)


Les heures sont des fleurs l'une après l'autre écloses
Dans l'éternel hymen de la nuit et du jour ;
Il faut donc les cueillir comme on cueille les roses
Et ne les donner qu'à l'amour.


Ainsi que de l'éclair, rien ne reste de l'heure,
Qu'au néant destructeur le temps vient de donner ;
Dans son rapide vol embrassez la meilleure,
Toujours celle qui va sonner.


Et retenez la bien au gré de votre envie,
Comme le seul instant que votre âme rêva ;
Comme si le bonheur de la plus longue vie
Était dans l'heure qui s'en va.


Vous trouverez toujours, depuis l'heure première
Jusqu'à l'heure de nuit qui parle douze fois,
Les vignes, sur les monts, inondés de lumière,
Les myrtes à l'ombre des bois.


Aimez, buvez, le reste est plein de choses vaines ;
Le vin, ce sang nouveau, sur la lèvre versé,
Rajeunit l'autre sang qui vieillit dans vos veines
Et donne l'oubli du passé.


Que l'heure de l'amour d'une autre soit suivie,
Savourez le regard qui vient de la beauté ;
Être seul, c'est la mort ! Être deux, c'est la vie !
L'amour c'est l'immortalité !
Gérard de Nerval (1808-1855) écrivain et poète français - Le ballet des heures
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19 mai 2026 2 19 /05 /mai /2026 23:43
.Marceline Desbordes-Valmore, (1786-1859) est une poétesse française.
Regret

 

 

 

Des roses de Lormont la rose la plus belle,
Georgina, près des flots nous souriait un soir :
L'orage, dans la nuit, la toucha de son aile,
Et l'Aurore passa triste, sans la revoir !


Pure comme une fleur, de sa fragile vie
Elle n'a respiré que les plus beaux printemps.
On la pleure, on lui porte envie :
Elle aurait vu l'hiver ; c'est vivre trop de temps !
.Marceline Desbordes-Valmore, (1786-1859) - poétesse française.- Regret
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