7 avril 2026 2 07 /04 /avril /2026 21:29

 

 

 

Dame Na de Castelloza , ou Na de Castel d'Oze (vers 1200), est une trobairitz  auvergnate 

Le sujet de ses poésies en occitan est généralement l’amour courtois, dont il nous reste trois cansos amoureuses, mais sans leur musique.

 

Epouse d’un croisé vaillant et sanguinaire, elle dédia trois chansons de ferveur et d’humilité à Armand de Bréon, un grand seigneur qui lui en imposait.

 

 

Désormais de chanter, je ne devrais plus avoir envie,

 

Désormais de chanter, je ne devrais plus avoir envie,

Car plus je chante

Et pis il en va de mon amour

Puisque plaintes et pleurs

Font en moi leur séjour;

Car en un mauvais service

J’ai engagé mon cœur et moi-même

Et si, à bref délai, il ne me retient près de lui,

J’ai fait trop longue attente.

 

Ah! bel ami, du moins qu’un bel accueil

Me soit fait pour vous avant

Que je meure de douleur,

Car les amoureux

Vous tiennent pour farouche,

Voyant qu’aucune joie ne m’advient

De vous.

Et pourtant je ne me lasse pas

D’aimer avec bonne foi,

En tous temps, sans cœur volage.

 

Mais jamais envers vous je n’aurai cœur vil

Ni plein de fourberie

Bien qu’en échange je vous trouve pire à mon égard,

Car je tiens à grand honneur

Pour moi cette conduite au fond de mon cœur.

Au contraire, je suis pensive, quand il me souvient

Du riche mérite qui vous protège

Et je sais bien qu’il vous convient

Une dame de plus haut parage.

 

Depuis que je vous ai vu, j’ai été à vos ordres.

Et jamais néanmoins,

Ami, je ne vous en trouvai meilleur pour moi;

Car ni suppliant

ne m’a envoyé par vous ni messager

Disant que vous tourniez le frein vers moi,

Ami, et que pour moi vous fassiez rien.

Puisque la joie ne me soutient pas,

Peu s’en faut que de douleur je n’enrage…

Dame Na de Castelloza (vers 1200) trobairitz  auvergnate - Désormais de chanter, je ne devrais plus avoir envie,
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7 avril 2026 2 07 /04 /avril /2026 20:43


 

Chrétien de Troyes (vers 1130-1180 et 1190) est un écrivain, poète, romancier et trouvère français. Il est l'un des premiers auteurs de romans de chevalerie Chrétien de Troyes fut au service de la cour de Champagne, au temps d'Henri Le Libéral et de son épouse Marie de France.


Lancelot ou le chevalier de la charrette, v. 1176-1181,

 

 


 

« Les retrouvailles amoureuses  »


 

La reine croyait Lancelot mort, mais la rumeur était fausse.

Ensuite, le roi emmène

Lancelot voir la reine.

Alors, les larmes de la reine

Ne cessèrent de couler vers la terre.


[...]

 

Alors ils parlèrent avec grand plaisir,

De ce qui leur plaisait,

Il n'y avait aucun sujet de discussion

Qu'Amour ne leur fournissait pas.

 

- Lancelot demande alors à la reine

« Dame, j'ai été très étonné

De l'accueil que vous m'avez fait

Avant-hier, quand vous m'avez vu,

Vous ne m'avez fait grâce d'aucun mot :

Pour peu, j'allais me donner la mort

 

[...]

 

Dame, maintenant, je suis prêt à me faire pardonner,

Mais dites-moi de quel forfait

je suis coupable ».

 

- Et la reine lui raconte :


« Comment ? Vous n'avez pas eu honte

De la charrette, puisque vous avez douté ?

Vous y êtes monté avec beaucoup d'enthousiasme,

Mais d'abord vous êtes demeurés deux pas en arrière.

C'est pour cela, en vérité, que je ne voulais

Ni vous parler ni vous regarder.


 

Traduction Éléonore de Beaumont.

Chrétien de Troyes (vers 1130-1180 et 1190) écrivain, poète, romancier et trouvère français - Les retrouvailles amoureuses
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6 avril 2026 1 06 /04 /avril /2026 18:21

 

 

 

Blondel de Nesle (vers 1155-1210) aussi appelé Blondel de Néele), poète , trouvère, seigneur du Nord de la France,

 

En  cette saison où la bise souffle

 

En  cette saison où la bise souffle

Pour celle  que je désire 

Et qui ne  me désire pas

Devient mon cœur noir et sombre.

D’un  loyal amour, je l’ai requise

Elle qui m’a conquis tout entier 

Et si  elle   ne s’éprend pas de moi à son tour

Je  l’aurais  priée pour  mon plus grand malheur.

 

Mais la douleur me souffle 

Que je me serais épris de la meilleure

Qui fut jamais aimée en ce monde

Si j’étais  soumis à sa volonté !

Tort  à mon cœur, qui s’en vante

Car je ne suis pas si distingué 

Si elle choisit jamais, pour qu’elle me choisisse :

Je serais pris de trop haut 

 

Et cependant la destinée

Donne aux gens de quoi réfléchir

Et elle aura tôt fait d’y mettre sa pensée

Si l’Amour l’y a destiné.

J’ai déjà vu telle dame aimer

Homme de plus basse parenté 

Alors qu’elle était mieux née que lui

Et pourtant, elle l’avait aimé de belle façon 

 

Pour cela il est juste, si l’Amour m’agrée,

Que je lui ai donné mon cœur,

Et  si elle ne m’a donné son amour

Je la servirai tant à sa guise

Que, s’il plait à la désirée,

Un doux baiser  caché 

Elle me donnera en secret 

Que j’ai tant désiré.

 traduction  Yvan G Lepage et son ouvrage : l’Oeuvre lyrique de Blondel de Nesle, sorti chez Honoré Champion en 1994, et dictionnaires.

 

 

En tos tens que vente bise

 

En tos tens que vente bise,

Pour cele, dont sui sorpris,

Qui n’est pas de moi sorprise,

Devient mes cuers noirs et bis.
 

De fine amour l’ai requise,

Qui cuer et cors m’a espris,
 

Et s’ele n’en est esprise,

Por mon grant mal la requis.

 

Mais la dolors me devise ,

Qu’à la millor me sui pris,

Qu’ains fut en cest mond prise,
 

Sé j’estoie à son devis! 
 

Tort a mes cuers, qui s’en prise 
 

Car ne sui pas si eslis,

S’ele eslit, qu’ele m’eslise :

Trop seroie de haut pris.

 

 

Et nequedent  destinée

Done à la gent maint pensé.
 

Tost i metra sa pensee,
 

S’Amors li a destinée.
 

Je vis ja telle dame amée
 

D’hom de leur bas parenté,
 

Qui miex iert emparentée,
 

Et si l’avoit bien amé.

 

Por c’est droit , s’Amors m*agrée,
 

Que mon cuer li ai doné ;
 

Se s’amors ne m’a donée ,
 

Tant la servirai à gré.
 

S’il plaist à la désirée

Un dols baisier a celée
 

Aurai de li à celé ,

Que je tant ai désiré.

Blondel de Nesle (vers 1155-1210) aussi appelé Blondel de Néele, poète , trouvère, seigneur du Nord de la France - En  cette saison où la bise souffle
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2 avril 2026 4 02 /04 /avril /2026 20:22

 

 


 

Blondel de Nesle (vers 1155-1210) aussi appelé Blondel de Néele, poète , trouvère, seigneur du Nord de la France,

 


 

Le rossignol a annoncé la nouvelle

 

Le rossignol a annoncé la nouvelle :

voici venue la saison où le temps se fait doux,

où tout renaît et tout se renouvelle,

où les prairies se couvrent d’herbe menue.

Mais en ce temps des changements et des mues,

moi seul je reste privé de joie et d’allégresse.

Hélas ! le sort m’est devenu si contraire

que me voici captif, tel un faucon en cage !

 

Tout le temps de l’hiver, tout le temps de l’été,

je suis empli de peine et de douleur.

Tant de malheurs en nombre tombent sur moi

que je ne saurais trouver nul confident.

Ma rêverie m’absorbe, je ne sais plus rire ni me divertir

si ce n’est parfois, par hasard.

Le martyre qu’il me faut sans cesse

souffrir passe toute mesure.

 

Dieu ! Si ma dame connaissait le pacte

que j’ai conclu avec la douleur et la peine !

Son coeur pourtant lui souffle

que mon amour pour elle me met à la torture !

Elle seule a tout pouvoir sur moi,

elle seule connaît la racine de mon mal.

Sans elle, aucun remède ne me pourra guérir,

rien ne me fera recouvrer la santé.

 

Comme il m’est bon de contempler le doux éclat

de ses yeux pers, de son visage plein de clarté !

Et quand je songe à la grâce de son corps si beau,

la lumière inonde mon coeur.

Il émane d’elle tant de douceur et de bonté,

de loyauté, de courtoisie et de noblesse

qu’en dépit de tous mes efforts je ne peux

me distraire de sa pensée.

 

Que Dieu m’accorde de ne cesser de l’aimer

chaque jour de ma vie !

Il en sera ainsi, au risque de la folie,

car sa beauté a toute autorité sur moi.

Il y a si longtemps que je l’aime, que je la sers,

maintenant je mérite bien ma récompense.

Alors je verrai bien si elle est loyale et franche

ou si elle m’est fausse et déloyale amie.


 

(traduction par Emmanuèle Baumgartner et Françoise Ferrand
in 
Poèmes d’amour des XII° et XIII° siècles, éd. 10/18, 1983)

Blondel de Nesle (vers 1155-1210)poète ,trouvère, seigneur du Nord de la France - Le rossignol a annoncé la nouvelle
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2 avril 2026 4 02 /04 /avril /2026 13:46

Blondel de Nesle (vers 1155-1210) aussi appelé Blondel de Néele, poète , trouvère, seigneur du Nord de la France,

 

 

 

Mon cœur me fait commencer ma chanson

 

Mon cœur me fait commencer ma chanson

Quand je devrais la terminer,

Pour annoncer ma grande douleur

A celle qui m’affaiblit

Mais jamais elle n’a connu mon désir

Aussi ne dois-je pas me surprendre

D’en éprouver souffrance et chagrin.

 

Un autre en mourrait

S’il se trouvait dans un tel désir

Mais l’espérance et l’attente

Ne me causent pas tant de torts

Et mes tourments sont allégés

Et je ne cherche pas à m’en défaire
 

Chansonnette, va le lui dire.

 

Par Dieu ! Trop tu puis tarder

—  Qu’il en soit selon votre plaisir, beau sire,
 

Voulez-vous me confier autre chose ?
 

—  Oui, mais je n’ose l’avouer : 
 

Car les félons médisants
 

Me causent maints ennuis

Mais garde-toi d’en mesdire

 

 

Celui qui aime sans détour 

Et qui veut amour servir

Ne doit pas s’en émouvoir

Ni, pour sa peine, s’en repentir

Car l‘amour a bien le pouvoir de récompenser,

La douleur et la difficulté

puisqu’il est à la fois le mal et le remède

 

-o-o-



Mes cuers me fait commencier,

 

Mes cuers me fait commencier,
 

Quant je déusse finir ,

Por ma grant dolor noncier
 

Cele qui me fet languir.
 

Mès onc ne sout mon désir ;
 

Si ne m’en doi merveillier ,
 

Se j’en ai angoisse et ire.

 

Uns autres déust morir ,
 

S’il fust en tel désirier.
 

Mès espérance et souffrir

Me font assez mains grégier
 

Et mes grant maus alégier,

Dont ja ne quiers départir.
 

Chançonete, va li dire.


 

Par Dieu ! trop i puis targier.
 

Biau sire , à vostre plaisir.
 

Volez me vous plus chargier ?
 

— Oil ; mes ainc ne l’os géhir ;
 

Car li félon losangier

Me font maint ennui sentir.
 

Mès garde toi de mesdire.

 

 

Qui bien aime sans trichier,
 

El qui veut Amors servir,
 

Ne se doit pas esmaier
 

Ne por paine repentir.
 

Bien a povoir de mérir
 

La dolor et l’encombrier
 

Amors, qu’ele est maus et mire.

Blondel de Nesle (vers 1155-1210) poète , trouvère, seigneur du Nord de la France -  Mon cœur me fait commencer ma chanson
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1 avril 2026 3 01 /04 /avril /2026 18:37


 

 

Blondel de Nesle (vers 1155-1210) aussi appelé Blondel de Néele, poète , trouvère, seigneur du Nord de la France,

 

 

L’amour dont je suis épris

 

L’amour dont je suis épris

Me commande de chanter,

Aussi, je le fais comme celui, pris au dépourvu,

Qui ne peut s’y soustraire.

J’y ai peu gagné

Mais je puis  bien me vanter

Que j’ai appris depuis longtemps
 

À aimer loyalement.

À elle vont mes pensées
 

Et y seront toujours ;

Jamais je ne voudrais les en ôter.

 

Le souvenir du visage

Frais et vermeille et clair,

A mis mon cœur dans un tel état

Que je ne puis plus l’en détourner

Et puisque j’ai voulu ces maux

Il me faut bien le endurer,

Si, en cela, je me suis fourvoyé

Alors je dois l’aimer plus encore.

Pour ce que j’y ai gagné 

Il ne me reste plus, à mon avis,

Qu’à crier merci.

 

Un long effort sans réussite

m’eut tué et trahi

Mais mon cœur  attend

Ce pour quoi il la servit.

Si pour elle je l’ai tourmenté

Je l’en remercie de tout cœur.

Je sais bien que j’ai bien agi

Car jamais je ne vis si belle,

Entre mon cœur et elle

Nous nous sommes comportés si justement

Qu’ainsi rien ne faillit

 

Dieu ! Pourquoi m’occirait-elle

Quand jamais je n’ai failli à ma parole

Si c’est le cas,  qu’en soit heureux

mon cœur,  je l’en implore !

Je l’aime et la désire tant

Et crois à la voir

Que chacun qui la voit

Doit l’aimer aussi.

Mais, Dieu, qu’est-ce que je dis ?

Nul ne le ferait, ni ne pourrait

l’aimer autant, ni aussi bien que moi.

 

Jamais je ne vis plus belle qu’elle,

Ni de corps ni de visage :

La nature ne mit plus

De beauté en personne.

Pour elle, je suivrais l’usage

D’Enéas et Paris,

Tristan et Piramus,

Qui aimèrent jadis,

Et je serais leur égal

Or, je prie Dieu du ciel

Qu’il en prenne acte sur le champ.

 

Si elle ne me prend pas en pitié,

Je sais que, nécessairement,

Elle finira par me tuer.

Mais je dois bien le vouloir.

Je l’ai aimé loyalement,

Cela doit bien me valoir,

Que l’amour me fasse souffrir aimablement

S’il n’avait un si grand pouvoir.

Il m’a fait hérité de biens grands maux.

Dont Tristan souffrit tellement

Pour aimer sans tromperie.

 

 

L’amour dont sui espris

 

L’amour dont sui espris

Me force de chanter,

Si fait com hom sorpris

Qui ne puet amender.

Petit i ai conquis,

Mès bien me puis vanter :

Que j’ai pièça appris

A loyaument amer.

A li sont mi penser

Et seront a tous dis ;

Ja nès en quier oster.

 

Remembrance du vis

Frés et vermeil, et cler,

A mon cuer en tel mis

Que ne l’en puis tourner ;

Et se j’ai les maus quis,

J’es doi bien endurer.

Se ai je trop mespris

Ains la doi mieux amer.

Comment que j’aie comper,

N’i ai rien , ce m’est vis

Que de merci crier.

 

Lonc travail sans esploit

M’eust mort et traï.

Mes mes cuers attendoit

Ce pour quoi l’a servi.

Si pour lui l’ai destroit,

De bon cuer l’en merci.

Je sai bien que j’ai droit,

Qu’onc si bele ne vi.

Entre mon cuer et li

Avons fait si à droit

Qu’ains de rien n’en failli.

 

Dex ! pourquoi m’occiroit,

Quant ainz ne li menti ?

Sé ja joians en soit

Li cuers, dont je la pri !

Je l’aim tant et convoit

Et cuid pour voir de li

Que chascuns, qui la voit

La doie amer ausi.

Qu’est ce, Dex, que je di !

Non feroit, ne porroit

Nul ne l’ameroit si.

 

Plus bele ne vit nus

Ne de cors ne de vis ;

Nature ne mist plus

De biauté en nul pris.

Pour lui maintiendrai l’us

D’Enéas et Paris,

Tristan et Piramus,

Qui amèrent jadis,

Et serai ses amis.

Or pri Dieu de lassus

Qu’à l’eure soie pris.

 

Sé pitiez ne l’en prent,

Je sai qu’a estovoir

M’ocirra finement :

Ce doi je bien voloir.

Amé l’ai loiaument,

Ce me doit bien valoir,

Amors de gréver gent

N’eust si grant pooir.

De grans maus m’a fait hoir.

Dont Tristans soffri tant :

D’ameir sens decevoir.

Blondel de Nesle (vers 1155-1210) poète , trouvère, seigneur du Nord de la France - L’amour dont je suis épris
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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 13:39
Guillaume de Lorris (vers 1200/1238) est un poète français du Moyen Âge, connu principalement comme l’auteur de la première partie du célèbre Roman de la Rose.
Son œuvre s’inscrit dans la tradition courtoise et allégorique, mêlant poésie lyrique et réflexion sur l’amour idéal.
Le roman de la rose
  •  

Le printemps


 

C’était le matin, eût-on dit,

Cinq ans ont bien passé depuis,

Au mois de mai, par un beau jour,

Au temps plein de joie et d’amour,

 

Au temps où toute chose est gaie,

Car on ne voit buisson ni haie

Qui, en mai, se parer ne veuille

Et couvrir de nouvelle feuille.

 

Les bois recouvrent leur verdure,

Qui sont secs tant que l’hiver dure,

La terre même se délecte

De la rosée qui l’humecte

 

Et oublie la pauvreté

Où elle a tout l’hiver été.

La terre alors devient si fière

Qu’elle change sa robe entière ;

 

Et sait si joliment la faire

Que de couleurs elle a cent paires,

D’herbes, de fleurs indes et perses,

Et de maintes couleurs diverses.

 

La robe qu’ainsi je décris

Donne à la terre tout son prix.

Les oiseaux, demeurés muets

Cependant que le froid régnait,

 

Et le temps mauvais et chagrin,

Sont, en mai, grâce au temps serein,

Si gais qu’ils montrent en chantant

Qu’en leur coeur a de joie tant

 

Qu’il leur faut bien chanter par force.

Le rossignol alors s’efforce

De chanter et mener grand bruit.

Lors s’en donne à coeur joie aussi

 

Le perroquet, et l’alouette.

Il faut que jeunesse se mette

À être gaie et amoureuse :

C’est la saison belle et heureuse.

 

Qui n’aime en mai a l’âme dure,

Quand il entend, sous la ramure,

Des oiseaux les doux chants piteux.

Guillaume de Lorris (vers 1200/1238) poète français du moyen âge - Le roman de la rose - Le printemps
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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 13:15

 

 

 

Guillaume de Ferrières, (troisième du nom, vers 1155-1204)  est un chevalier français mieux connu comme trouvère sous son titre de vidame de Chartres.

 

 

Quand la douce saison s'installe,

 

Quand la douce saison s'installe,

Que le beau printemps s'affermit et s'éclaire,

Que chaque chose revient à sa douce nature,

Si elle n'est de mauvaise origine,

Alors je vais chanter, car je ne peux plus me taire,

Et dois me consoler de ma cruelle aventure,

Qui a fait mon grand malheur.



J'aime et désire quelqu'un qui ne se soucie pas de moi.

Hélas, je lui dis que c'était par amour.

Mais elle me hait plus que toute autre créature,

Elle que je vois si bonne avec les autres,

Qui m'a fait ce que nul ne peut défaire,

Si ce n'est son coeur, si cruel envers moi

Qu'il est voué à la mort, si elle continue à me faire la guerre.



Amour, amour, je meurs injustement,

Ma mort, certes, devrait bien vous déplaire,

Car j'ai mis en vous tous mes soins,

Et mes pensées, dont j'ai plus de cent paires.

Mon parfait service aurait dû vous plaire,

Et ma joie en serait alors plus certaine.

On dit depuis longtemps qu'il faut de la mesure en tout.



Son coeur agit cruellement, s'il lui fait me haïr;

Ce qu'elle fait, je le vois.

Car dans tout ce monde, je ne lui demanderais

Que son amour, qui me conduit à la mort.

Si elle me tue, elle agira trop déloyalement,

Et s'il en est ainsi, que je doive mourir pour elle,

C'est la mort que je choisirai de préférence !

 

 

 

Quant la sesons du douz tens s'asegure,

Que biaus estés sera ferme et esclaire,

Que toute riens a sa douce nature,

Ment et retrait se trop n'est de male aire,

Lors chanterai, car plus ne m'en puis taire,

Pour conforter ma cruel aventure

Qui m'est tonnée à grant mesaventure.



J'aim et desir ce qui de moi n'a cure,

Las! je li dis qu'amors me le fist faire.

Or me het plus que nule criature,

Et as autres la voi si debonaire,

Qui ce m'a fet que nus ne puet deffaire

Fors ses fuis cuers dont vers moi est si dure

Qu'à la mort sui, se sa guerre mi dure.



Amors, amors, je muir et sanz droiture,

Ma mort, certes vous devroit bien desplaire,

Car en vous ai toute mise ma cure

Et mes pensers dont j'ai plus de cent paire,

Sor vous devoit mes biaus servises plaire,

Lors en seroit ma joie plus sëure,

On dit pieça, qu'il est de tout mesure.



Que cruels fet ses cuers s'il li otroie,

Moi en haïr dont si la voi certaine

Qu'en tot cest mont ne li demanderoie,

Fors que s'amor qui à la mort me maine,

S'ele m'ocit, que trop fera que vilaine,

Et s'ensi est que por li morir doie,

Ce est la mort dont melz morir vodroie.

Guillaume de Ferrières (vers 1155-1204) che valier français mieux connu comme trouvère - Quand la douce saison s'installe,
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30 mars 2026 1 30 /03 /mars /2026 14:41

 

 

Adam de la Halle (dit Adam d'Arras ou le Bossu d'Arras – XIII° siècle) est un trouvère de langue picarde actif au XIII° siècle et mort probablement en 1288 (ou un peu avant) à la cour du comte d’Artois à Naples..


 

Amours et ma Dame aussi,

Amours et ma Dame aussi,

J’implore votre grâce à mains jointes

Hélas, pour mon malheur,

je vis votre grand beauté

Amours et ma Dame aussi.



Je vous implore à mains jointes

Si vous ne me prenez en pitié

Hélas, pour mon malheur,

je vis votre grand beauté

Amours et ma Dame aussi,…..

 

 

en langue d’oïl

 

Amours et ma Dame aussi,

Jointes mains vous proi merchi.

Votre grant biauté mar vi

Amours et ma Dame aussi.

 


Jointes mains vous proi merchi

Se n’avés pité de mi

Votres grant biautés mar vi

Amours et ma Dame aussi, ...

 

 Adam de la Halle (XIII° siècle) trouvère - Amours et ma Dame aussi,
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30 mars 2026 1 30 /03 /mars /2026 13:53

 

 

 

Adam de la Halle (dit Adam d'Arras ou le Bossu d'Arras – XIII° siècle) est un trouvère de langue picarde actif au XIII° siècle et mort probablement en 1288 (ou un peu avant) à la cour du comte d’Artois à Naples.
 

 

 

Rondeau

Je désire trop voir

 

Je désire trop voir

Celle que j'aime!

Je ne peux m'en passer,

Je désire trop voir,

Et matin et soir,

Je ne cesse de me plaindre.

 

Je désire...



J'ai une amourette exquise,

Dieu, pourtant, je ne sais quand je la verrai.

Je demanderai à ma petite amie de venir,

Qui est élégante et jolie,

Et si savoureuse,

Que je ne pourrai m'en abstenir.

 

J'ai une amourette...



Et si elle est enceinte par ma faute,

Elle deviendra vite pâle et terne,

Si scandale et plainte en résultent,

Je l'aurai déshonorée.

 

J'ai une amourette...



Mieux vaut que je m'en abstienne,

Et que je reste amoureux d'elle,

Et que je me souvienne d'elle,

Car je protègerai son honneur.

 

J'ai une amourette…

 

 

Je meurs, je meurs d’amourette


Hélas ! aïe, pauvre de moi

Car je n’ai pas de petite amie

 

Par misère


Tout d’abord je la trouvai toute tendre

Je meurs, je meurs d’amourette

D’une façon toute violente

Depuis que je la vis

Puis je la trouvai si farouche

Lorsque je la suppliai

Je meurs, je meurs d’amourette

Hélas ! aïe, pauvre de moi

Car je n’ai pas de petite amie


Par misère


 

 

Trop desir à veoir

Che que j'aim.

Ne m'en puis remouvoir,

Trop desir à veoir,

Et au main et au soir

Me complain.

 

Trop desir...



Fines amouretes ai,

Dieus, si ne sai quant les verrai.

Or manderai m'amiete,

Qui est cointe et joliete,

Et s'est si saverousete

C'astenir ne m'en porrai!


Fines...



Et s'ele est de moi enchainte,

Tost devenra paile et tainte

Si l'en est esclandele et plainte,

Deshonerée l'arai.


Fines...



Miex vaut que je m'en astiengne

Et pour li joli me tiengne

Et que de li me souviengne

Car s'onnour li garderai.


Fines…

 

 

 

Je muir, je muir d’amourete

Las ! ai mi

Par defaute d’amiete

 

De merchi

 

A premiers la vi douchete

Je muir, je muir d’amourette

D’une atraitant manierete


A dont la vi


Et puis la truis si fierete

Quant li pri

Je muir, je muir d’amourette

Las ! ai mi

Par defaute d’amiete


De merchi

 

 

 Adam de la Halle (XIII° siècle) trouvère - Rondeau  Je désire trop voir
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