1 avril 2026 3 01 /04 /avril /2026 18:37


 

 

Blondel de Nesle (vers 1155-1210) aussi appelé Blondel de Néele, poète , trouvère, seigneur du Nord de la France,

 

 

L’amour dont je suis épris

 

L’amour dont je suis épris

Me commande de chanter,

Aussi, je le fais comme celui, pris au dépourvu,

Qui ne peut s’y soustraire.

J’y ai peu gagné

Mais je puis  bien me vanter

Que j’ai appris depuis longtemps
 

À aimer loyalement.

À elle vont mes pensées
 

Et y seront toujours ;

Jamais je ne voudrais les en ôter.

 

Le souvenir du visage

Frais et vermeille et clair,

A mis mon cœur dans un tel état

Que je ne puis plus l’en détourner

Et puisque j’ai voulu ces maux

Il me faut bien le endurer,

Si, en cela, je me suis fourvoyé

Alors je dois l’aimer plus encore.

Pour ce que j’y ai gagné 

Il ne me reste plus, à mon avis,

Qu’à crier merci.

 

Un long effort sans réussite

m’eut tué et trahi

Mais mon cœur  attend

Ce pour quoi il la servit.

Si pour elle je l’ai tourmenté

Je l’en remercie de tout cœur.

Je sais bien que j’ai bien agi

Car jamais je ne vis si belle,

Entre mon cœur et elle

Nous nous sommes comportés si justement

Qu’ainsi rien ne faillit

 

Dieu ! Pourquoi m’occirait-elle

Quand jamais je n’ai failli à ma parole

Si c’est le cas,  qu’en soit heureux

mon cœur,  je l’en implore !

Je l’aime et la désire tant

Et crois à la voir

Que chacun qui la voit

Doit l’aimer aussi.

Mais, Dieu, qu’est-ce que je dis ?

Nul ne le ferait, ni ne pourrait

l’aimer autant, ni aussi bien que moi.

 

Jamais je ne vis plus belle qu’elle,

Ni de corps ni de visage :

La nature ne mit plus

De beauté en personne.

Pour elle, je suivrais l’usage

D’Enéas et Paris,

Tristan et Piramus,

Qui aimèrent jadis,

Et je serais leur égal

Or, je prie Dieu du ciel

Qu’il en prenne acte sur le champ.

 

Si elle ne me prend pas en pitié,

Je sais que, nécessairement,

Elle finira par me tuer.

Mais je dois bien le vouloir.

Je l’ai aimé loyalement,

Cela doit bien me valoir,

Que l’amour me fasse souffrir aimablement

S’il n’avait un si grand pouvoir.

Il m’a fait hérité de biens grands maux.

Dont Tristan souffrit tellement

Pour aimer sans tromperie.

 

 

L’amour dont sui espris

 

L’amour dont sui espris

Me force de chanter,

Si fait com hom sorpris

Qui ne puet amender.

Petit i ai conquis,

Mès bien me puis vanter :

Que j’ai pièça appris

A loyaument amer.

A li sont mi penser

Et seront a tous dis ;

Ja nès en quier oster.

 

Remembrance du vis

Frés et vermeil, et cler,

A mon cuer en tel mis

Que ne l’en puis tourner ;

Et se j’ai les maus quis,

J’es doi bien endurer.

Se ai je trop mespris

Ains la doi mieux amer.

Comment que j’aie comper,

N’i ai rien , ce m’est vis

Que de merci crier.

 

Lonc travail sans esploit

M’eust mort et traï.

Mes mes cuers attendoit

Ce pour quoi l’a servi.

Si pour lui l’ai destroit,

De bon cuer l’en merci.

Je sai bien que j’ai droit,

Qu’onc si bele ne vi.

Entre mon cuer et li

Avons fait si à droit

Qu’ains de rien n’en failli.

 

Dex ! pourquoi m’occiroit,

Quant ainz ne li menti ?

Sé ja joians en soit

Li cuers, dont je la pri !

Je l’aim tant et convoit

Et cuid pour voir de li

Que chascuns, qui la voit

La doie amer ausi.

Qu’est ce, Dex, que je di !

Non feroit, ne porroit

Nul ne l’ameroit si.

 

Plus bele ne vit nus

Ne de cors ne de vis ;

Nature ne mist plus

De biauté en nul pris.

Pour lui maintiendrai l’us

D’Enéas et Paris,

Tristan et Piramus,

Qui amèrent jadis,

Et serai ses amis.

Or pri Dieu de lassus

Qu’à l’eure soie pris.

 

Sé pitiez ne l’en prent,

Je sai qu’a estovoir

M’ocirra finement :

Ce doi je bien voloir.

Amé l’ai loiaument,

Ce me doit bien valoir,

Amors de gréver gent

N’eust si grant pooir.

De grans maus m’a fait hoir.

Dont Tristans soffri tant :

D’ameir sens decevoir.

Blondel de Nesle (vers 1155-1210) poète , trouvère, seigneur du Nord de la France - L’amour dont je suis épris
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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 13:39
Guillaume de Lorris (vers 1200/1238) est un poète français du Moyen Âge, connu principalement comme l’auteur de la première partie du célèbre Roman de la Rose.
Son œuvre s’inscrit dans la tradition courtoise et allégorique, mêlant poésie lyrique et réflexion sur l’amour idéal.
Le roman de la rose
  •  

Le printemps


 

C’était le matin, eût-on dit,

Cinq ans ont bien passé depuis,

Au mois de mai, par un beau jour,

Au temps plein de joie et d’amour,

 

Au temps où toute chose est gaie,

Car on ne voit buisson ni haie

Qui, en mai, se parer ne veuille

Et couvrir de nouvelle feuille.

 

Les bois recouvrent leur verdure,

Qui sont secs tant que l’hiver dure,

La terre même se délecte

De la rosée qui l’humecte

 

Et oublie la pauvreté

Où elle a tout l’hiver été.

La terre alors devient si fière

Qu’elle change sa robe entière ;

 

Et sait si joliment la faire

Que de couleurs elle a cent paires,

D’herbes, de fleurs indes et perses,

Et de maintes couleurs diverses.

 

La robe qu’ainsi je décris

Donne à la terre tout son prix.

Les oiseaux, demeurés muets

Cependant que le froid régnait,

 

Et le temps mauvais et chagrin,

Sont, en mai, grâce au temps serein,

Si gais qu’ils montrent en chantant

Qu’en leur coeur a de joie tant

 

Qu’il leur faut bien chanter par force.

Le rossignol alors s’efforce

De chanter et mener grand bruit.

Lors s’en donne à coeur joie aussi

 

Le perroquet, et l’alouette.

Il faut que jeunesse se mette

À être gaie et amoureuse :

C’est la saison belle et heureuse.

 

Qui n’aime en mai a l’âme dure,

Quand il entend, sous la ramure,

Des oiseaux les doux chants piteux.

Guillaume de Lorris (vers 1200/1238) poète français du moyen âge - Le roman de la rose - Le printemps
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31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 13:15

 

 

 

Guillaume de Ferrières, (troisième du nom, vers 1155-1204)  est un chevalier français mieux connu comme trouvère sous son titre de vidame de Chartres.

 

 

Quand la douce saison s'installe,

 

Quand la douce saison s'installe,

Que le beau printemps s'affermit et s'éclaire,

Que chaque chose revient à sa douce nature,

Si elle n'est de mauvaise origine,

Alors je vais chanter, car je ne peux plus me taire,

Et dois me consoler de ma cruelle aventure,

Qui a fait mon grand malheur.



J'aime et désire quelqu'un qui ne se soucie pas de moi.

Hélas, je lui dis que c'était par amour.

Mais elle me hait plus que toute autre créature,

Elle que je vois si bonne avec les autres,

Qui m'a fait ce que nul ne peut défaire,

Si ce n'est son coeur, si cruel envers moi

Qu'il est voué à la mort, si elle continue à me faire la guerre.



Amour, amour, je meurs injustement,

Ma mort, certes, devrait bien vous déplaire,

Car j'ai mis en vous tous mes soins,

Et mes pensées, dont j'ai plus de cent paires.

Mon parfait service aurait dû vous plaire,

Et ma joie en serait alors plus certaine.

On dit depuis longtemps qu'il faut de la mesure en tout.



Son coeur agit cruellement, s'il lui fait me haïr;

Ce qu'elle fait, je le vois.

Car dans tout ce monde, je ne lui demanderais

Que son amour, qui me conduit à la mort.

Si elle me tue, elle agira trop déloyalement,

Et s'il en est ainsi, que je doive mourir pour elle,

C'est la mort que je choisirai de préférence !

 

 

 

Quant la sesons du douz tens s'asegure,

Que biaus estés sera ferme et esclaire,

Que toute riens a sa douce nature,

Ment et retrait se trop n'est de male aire,

Lors chanterai, car plus ne m'en puis taire,

Pour conforter ma cruel aventure

Qui m'est tonnée à grant mesaventure.



J'aim et desir ce qui de moi n'a cure,

Las! je li dis qu'amors me le fist faire.

Or me het plus que nule criature,

Et as autres la voi si debonaire,

Qui ce m'a fet que nus ne puet deffaire

Fors ses fuis cuers dont vers moi est si dure

Qu'à la mort sui, se sa guerre mi dure.



Amors, amors, je muir et sanz droiture,

Ma mort, certes vous devroit bien desplaire,

Car en vous ai toute mise ma cure

Et mes pensers dont j'ai plus de cent paire,

Sor vous devoit mes biaus servises plaire,

Lors en seroit ma joie plus sëure,

On dit pieça, qu'il est de tout mesure.



Que cruels fet ses cuers s'il li otroie,

Moi en haïr dont si la voi certaine

Qu'en tot cest mont ne li demanderoie,

Fors que s'amor qui à la mort me maine,

S'ele m'ocit, que trop fera que vilaine,

Et s'ensi est que por li morir doie,

Ce est la mort dont melz morir vodroie.

Guillaume de Ferrières (vers 1155-1204) che valier français mieux connu comme trouvère - Quand la douce saison s'installe,
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30 mars 2026 1 30 /03 /mars /2026 14:41

 

 

Adam de la Halle (dit Adam d'Arras ou le Bossu d'Arras – XIII° siècle) est un trouvère de langue picarde actif au XIII° siècle et mort probablement en 1288 (ou un peu avant) à la cour du comte d’Artois à Naples..


 

Amours et ma Dame aussi,

Amours et ma Dame aussi,

J’implore votre grâce à mains jointes

Hélas, pour mon malheur,

je vis votre grand beauté

Amours et ma Dame aussi.



Je vous implore à mains jointes

Si vous ne me prenez en pitié

Hélas, pour mon malheur,

je vis votre grand beauté

Amours et ma Dame aussi,…..

 

 

en langue d’oïl

 

Amours et ma Dame aussi,

Jointes mains vous proi merchi.

Votre grant biauté mar vi

Amours et ma Dame aussi.

 


Jointes mains vous proi merchi

Se n’avés pité de mi

Votres grant biautés mar vi

Amours et ma Dame aussi, ...

 

 Adam de la Halle (XIII° siècle) trouvère - Amours et ma Dame aussi,
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30 mars 2026 1 30 /03 /mars /2026 13:53

 

 

 

Adam de la Halle (dit Adam d'Arras ou le Bossu d'Arras – XIII° siècle) est un trouvère de langue picarde actif au XIII° siècle et mort probablement en 1288 (ou un peu avant) à la cour du comte d’Artois à Naples.
 

 

 

Rondeau

Je désire trop voir

 

Je désire trop voir

Celle que j'aime!

Je ne peux m'en passer,

Je désire trop voir,

Et matin et soir,

Je ne cesse de me plaindre.

 

Je désire...



J'ai une amourette exquise,

Dieu, pourtant, je ne sais quand je la verrai.

Je demanderai à ma petite amie de venir,

Qui est élégante et jolie,

Et si savoureuse,

Que je ne pourrai m'en abstenir.

 

J'ai une amourette...



Et si elle est enceinte par ma faute,

Elle deviendra vite pâle et terne,

Si scandale et plainte en résultent,

Je l'aurai déshonorée.

 

J'ai une amourette...



Mieux vaut que je m'en abstienne,

Et que je reste amoureux d'elle,

Et que je me souvienne d'elle,

Car je protègerai son honneur.

 

J'ai une amourette…

 

 

Je meurs, je meurs d’amourette


Hélas ! aïe, pauvre de moi

Car je n’ai pas de petite amie

 

Par misère


Tout d’abord je la trouvai toute tendre

Je meurs, je meurs d’amourette

D’une façon toute violente

Depuis que je la vis

Puis je la trouvai si farouche

Lorsque je la suppliai

Je meurs, je meurs d’amourette

Hélas ! aïe, pauvre de moi

Car je n’ai pas de petite amie


Par misère


 

 

Trop desir à veoir

Che que j'aim.

Ne m'en puis remouvoir,

Trop desir à veoir,

Et au main et au soir

Me complain.

 

Trop desir...



Fines amouretes ai,

Dieus, si ne sai quant les verrai.

Or manderai m'amiete,

Qui est cointe et joliete,

Et s'est si saverousete

C'astenir ne m'en porrai!


Fines...



Et s'ele est de moi enchainte,

Tost devenra paile et tainte

Si l'en est esclandele et plainte,

Deshonerée l'arai.


Fines...



Miex vaut que je m'en astiengne

Et pour li joli me tiengne

Et que de li me souviengne

Car s'onnour li garderai.


Fines…

 

 

 

Je muir, je muir d’amourete

Las ! ai mi

Par defaute d’amiete

 

De merchi

 

A premiers la vi douchete

Je muir, je muir d’amourette

D’une atraitant manierete


A dont la vi


Et puis la truis si fierete

Quant li pri

Je muir, je muir d’amourette

Las ! ai mi

Par defaute d’amiete


De merchi

 

 

 Adam de la Halle (XIII° siècle) trouvère - Rondeau  Je désire trop voir
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30 mars 2026 1 30 /03 /mars /2026 13:44

 

 

Adam de la Halle (dit Adam d'Arras ou le Bossu d'Arras – XIII° siècle) est un trouvère de langue picarde actif au XIII° siècle et mort probablement en 1288 (ou un peu avant) à la cour du comte d’Artois à Naples..


 

Dieu comment pourrais-je

 

Dieu comment pourrais-je

Résister  sans celle

Que me tient en joie.

Elle est simple et tranquille
 

Dieu comment pourrais-je

Résister sans celle

Qui me tient en joie.


Ne m’en séparerais,

Dût-on me crever les yeux

Pour que je n’ai plus son amour.

Dieu comment pourrais-je

Résister    sans celle

Que me tient en joie.

 

 

Diex, coment porroie

Sans cheli durer

Qui me tient en joie ?

Elle est simple et coie 

Diex coment porroie, etc.

 

Ne m’en partiroie 

Pour les iex crever,
 

Se s’amours n’avoie.
 

Diex, coment porroie
 

Sans cheli durer

Qui me tient en joie.

 

Adam de la Halle (XIII° siècle) trouvère Dieu comment pourrais-je
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29 mars 2026 7 29 /03 /mars /2026 20:47

 

 

 

 

Richard Ier dit Cœur de Lion (1157-1199) roi d'Angleterre, duc de Normandie, comte du Maine et comte d'Anjou et troubadour

 

 

Oh, cher amour,

 

Mais que puis-je faire contre ce temps

Si terrible qui passe simplement

Et rêve de nous voler nos printemps

Sans  raison, comme ça, sournoisement…

Au fil des jours, consternant  les amants.

Oh mon dieu, cher amour, quelle injustice !



Aujourd’hui, il n’est plus temps de conquêtes,

De réjouissances et de belles fêtes,

Emphase et lyrisme de nos poètes

Ne sont que des miroirs aux alouettes.

Oh mon dieu, cher amour, quelle injustice !



Si loin de la douceur de notre enfance,

Il nous faut recourir aux manigances

Pour tenter de sauver les apparences. 

Oh mon dieu, cher amour, quelle injustice !

Richard Ier dit Cœur de Lion (1157-1199) roi d'Angleterre et troubadour - Oh, cher amour,
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29 mars 2026 7 29 /03 /mars /2026 12:00

 

 

Thibaut Ier de Navarre, aussi connu sous le nom de Thibaut IV de Champagne ou de Thibaut le Chansonnier, né le 30 mai 1201 à Troyes et mort le 7 juillet 1253 à Pampelune, comte de Champagne  de 1201 à 1253 et roi de Navarre de 1234 à 1253. Chef de la croisade des barons, il est également l'un des plus grands trouvères de son temps.

 

Dame, c’est ainsi qu’il me faut m’en aller

 

Dame, c’est ainsi qu’il me faut m’en aller

Et me séparer de la douce contrée

Où j’ai tant appris à endurer de maux ;

Et comme je vous laisse, il est juste que je me haïsse.

Dieu ! pourquoi avoir fait la terre d’outre-mer,

Qui aura séparé tant d’amants,

Qui, ensuite, n’eurent le réconfort d’amour

Ni ne purent s’en remémorer leur joie ?

 

Jamais sans amour, je ne pourrais tenir,

Tant en lui, j’ai mis fermement ma pensée,

Pas d’avantage que mon cœur loyal ne me laisse m’en détourner,

Mais je suis avec lui là où il veut et aspire.

J’ai trop pris coutume d’aimer ;

Aussi je ne vois pas comment je pourrais continuer de vivre,

Sans avoir joie de la plus désirée

Qu’aucun homme n’osa jamais désirer.


Je ne vois pas, une fois séparé d’elle

Que je puisse avoir ni consolation, ni joie,

Car jamais je n’ai rien fait de si mauvais gré

Que vous quitter, si je ne devais jamais vous revoir 

Par quoi j’en suis trop affligé et ému ;

Par maintes fois je m’en serai repenti,

Quand jamais je ne voulus emprunter cette voie 

et que je me souviens de vos aimables paroles.


Beau seigneur Dieu, c’est vers vous que je me suis tourné ;

Pour vous je laisse tout ce que j’aimais tant ;

La récompense devra en être belle,

Quand pour vous, je perds mon cœur et ma joie.

*Pour vous servir, je suis tout prêt et garni :

Je m’en remets à vous, beau père Jésus-Christ ; 

Si bon Seigneur, je ne pourrais avoir :

Celui qui vous sert ne peut être trahi.

 

Mon cœur doit bien être joyeux et affligé :

Affligé de ce que je me sépare de ma dame,

Et joyeux de ce que je suis désireux

De servir Dieu, à qui appartient mon corps et mon âme.

Cet amour là est chose trop fine et puissante ;

Par là il convient que viennent les plus instruits  :

C’est le rubis, l’émeraude et la gemme

Qui guérit tous les hommes des vils péchés puants.

 

Dame des cieux, grande reine puissante,

En mon grand besoin soyez-moi secourable !

¨Puissé-je vous aimer avec la juste flamme 

Quand je perds une dame, qu’une dame vienne à mon aide !

 

 

Dame, einsi est qu’il m’en couvient aller

 

Dame, ensi est qu’il m’en couvient aler

Et departir de la douce contree

Ou tant ai maus apris a endurer;

Quant je vous lais, droiz est que je m’en hee.

Deus! pour quoi fu la terre d’Outremer,

Qui tant amant avra fait dessevrer

Dont puis ne fu l’amors reconfortee,

Ne n’en porent leur joie remenbrer !

 

Ja sans amor ne porroie durer,

Tant par i truis fermement ma pensee !

Ne mes fins cuers ne m’en lait retorner,

Ainz sui a lui la ou il veut et bee.

Trop ai apris durement a amer,

Pour ce ne voi conment puisse durer

Sanz joie avoir de la plus desirree

C’onques nus hons osast plus desirrer.

 

Je ne voi pas, quant de li sui partiz,

Que puisse avoir bien ne solas ne joie,

Car onques riens ne fis si a envis

Con vos laissier, se je ja mès vous voie;

Trop par en sui dolens et esbahis.

Par maintes foiz m’en serai repentiz,

Quant j’onques voil aler en ceste voie

Et je recort voz debonaires diz.

 

Biaus sire Dex, vers vous me sui ganchis;

Tout lais pour vous ce que je tant amoie.

Li guerredons en doit estre floris,

Quant pour vos pert et mon cuer et ma joie.

De vous servir sui touz prez et garnis;

A vous me rent, biaus pere Jhesu Cris !

 

Si bon seigneur avoir je ne porroie:

Cil qui vous sert ne puet estre traïz.

 

 

Bien doit mes cuers estre liez et dolanz:

Dolanz de ce que je part de ma dame,

Et liez de ce que je sui desirrans

De servir Dieu cui est mes cors et m’ame.

Iceste amors est trop fine et puissans,

Par la covient venir les plus sachans;

C’est li rubiz, l’esmeraude et la jame

Qui touz guerist des vius pechiez puans.

 

 

Dame des cieus, granz roïne puissanz,

Au grant besoing me soiez secorranz !

De vous amer puisse avoir droite flame !

Quant dame pert, dame me soit aidanz !

Thibaut Ier de Navarre ou Thibaut IV de Champagne (1201-1253) trouvère et comte - Dame, c’est ainsi qu’il me faut m’en aller
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28 mars 2026 6 28 /03 /mars /2026 16:51


Thibaut Ier de Navarre, aussi connu sous le nom de Thibaut IV de Champagne ou de Thibaut le Chansonnier, né le 30 mai 1201 à Troyes et mort le 7 juillet 1253 à Pampelune, comte de Champagne  de 1201 à 1253 et roi de Navarre de 1234 à 1253. Chef de la croisade des barons, il est également l'un des plus grands trouvères de son temps.

 

Je suis comme la licorne 

 

Je suis comme la licorne 

En extase devant la jeune fille

Dont elle ne détache pas ses regards.

Elle éprouve un si doux malaise

Qu'elle tombe sans connaissance en son giron. 

Alors on la met à mort par traîtrise.

De même Amour et ma dame

M'ont blessé à mort, en vérité :

Ils ont mon coeur et je ne puis le reprendre.



Dame, quand je fus devant vous

Et que je vous vis pour la première fois,

Mon cœur tressaillit tant

Qu'il vous resta à mon départ.

Je fus alors emmené sans demande de rançon,

Captif dans la douce prison

Dont les piliers sont faits de désir,

Les portes de beaux regards

Et les anneaux de bon espoir.

 


Amour a la clé de la prison

Et il y a placé trois portiers.

Le premier s'appelle Beau Semblant

Et Amour a fait de Beauté leur maîtresse.

Il a mis Danger devant la porte,

Un vilain, affreux, traître, dégoûtant,

Un gueux, un scélérat.

Ces trois-là sont rusés et hardis,

Ils se saisissent vite d'un homme.



Qui pourrait supporter les mauvais traitements

Et les assauts de ces portiers ?

Jamais Roland ni Olivier 

 

Ne soutinrent si grandes batailles ;

Ils vainquirent en combattant,

Mais c'est en s'humiliant qu'on triomphe de ceux-là.

Patience est le porte-bannière ;

En ce combat dont je vous parle,

Il n'y a d'autre salut qu'en la pitié.



Dame, je ne redoute rien de plus

Que d'être privé de votre amour.

J'ai tant appris à supporter.

Que je suis à vous par habitude ;

Et dussiez-vous en être fâchée,

Je ne pourrais y renoncer en rien,

Sans en garder le souvenir,

Sans que mon coeur soit toujours

En prison, auprès de moi.

Dame, puisque je ne sais pas tromper,

Il serait temps d'avoir pitié de moi,

Accablé sous un si pesant fardeau.

Thibaut Ier de Navarre ou Thibaut IV de Champagne (1201-1253) trouvère et comte - Je suis comme la licorne 
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28 mars 2026 6 28 /03 /mars /2026 16:32

 

 

 

Thibaut Ier de Navarre, aussi connu sous le nom de Thibaut IV de Champagne ou de Thibaut le Chansonnier, né le 30 mai 1201 à Troyes et mort le 7 juillet 1253 à Pampelune, comte de Champagne  de 1201 à 1253 et roi de Navarre de 1234 à 1253. Chef de la croisade des barons, il est également l'un des plus grands trouvères de son temps.

 

 

 

Dame, de grâce ! Je ne vous demande qu’une chose,

 

Dame, de grâce ! Je ne vous demande qu’une chose,

 Dites-moi la vérité, Dieu vous bénisse :

Quand vous mourrez et moi aussi – mais je partirai avant,

Car après vous je ne pourrai plus vivre –

Que deviendra Amour, alors tout éperdu ?

Car vous avez tant de raison et de vertu, et je vous aime tant

Que je crois bien qu’après nous, l’amour disparaîtra.



Par Dieu, Thibaut, selon moi,

Amour n’a jamais péri pour quelque mort qui soit,

Je ne sais pas, non plus, si vous êtes en train de vous moquer de moi.

Car je ne vous vois pas encore si maigre que cela 

Quand nous mourrons – que Dieu nous donne longue vie ! –

Je suis sûre qu’Amour en aura grand peine,

Mais sa valeur restera toujours aussi entière et parfaite.



Dame, certes, vous ne devez pas croire,

Mais bien être certaine que je vous aime trop.

Et cette amour même, fait que je m’aime et m’estime davantage,

Et voilà pourquoi je me suis engraissé à nouveau ;

Car Dieu ne fit jamais naître chose si belle

Que vous ; mais cela me donne trop d’émoi à l’idée

Que quand nous mourrons, l’Amour viendra aussi à sa fin.



Taisez-vous Thibaut ! Nul ne doit se lancer

Dans un propos qui soit dénué de toute légitimité,

Vous dites tout cela pour m’attendrir

À votre endroit, après m’avoir tant trompée .

Je ne dis pas, certes, que je vous hais,

Mais si je devais prononcer un jugement par Amour,

Je ferais en sorte que ce dernier en soit servi et honoré.



Dame, Dieu fasse que votre jugement soit juste

et que vous connaissiez les maux dont je me plains.

Puisque je sais bien que quel que soit le jugement,

Si j’en meurs, l’Amour en sera affecté,

À moins que vous, dame, ne le fassiez revenir

Dans le lieu où il se tenait auparavant,

Car nul autre ne pourra, en cela, atteindre votre sagesse.



Thibaut, si Amour vous fait tourmenter pour moi,

N’en éprouvez pas trop de peine, car s’il me fallait aimer,

J’ai bien un cœur qui ne saurait le dissimuler.

 

-o-o-o-

Dame, merci! Une rien vos demant
Dame, merci ! Une riens vos demant,
Dites m’en voir, se Deus vous beneïe :
Quant vous morrez et je — mès c’iert avant,
Car après vous ne vivroie je mie —,
Que devendra Amors, cele esbahie,
Que tant avez sens, valor, et j’aim tant
Que je croi bien qu’après nous ert faillie ?


Par Dieu, Thiebaut, selonc mon escïent
Amors n’iert ja pour nule mort perie,
Ne je ne sai se vous m’alez guilant,
Que trop megres n’estes oncore mie.
Quant nos morrons (Deus nos dont bone vie !),
Bien croi qu’Amors damage i avra grant,
Mès toz jorz ert valors d'amor conplie.


Dame, certes ne devez pas cuidier,
Mès bien savoir que trop vous ai amee.
De la joie m’en aim melz et tieng chier
Et pour ce ai ma graisse recouvree
Qu’ainz Deus ne fist se tres bele riens nee
Com vos, mès ce me fet trop esmaier,
Quant nos morrons, qu’Amors sera finee.


Thiebaut, tesiez ! Nus ne doit conmencier
Reson qui soit de touz droiz desevree.
Vous le dites por moi amoloier
Encontre vous, que tant avez guilee.


Je ne di pas, certes, que je vos hee,
Mès, se d’Amors me couvenoit jugier,
Ele seroit servie et honoree.


Dame, Deus doint que vos jugiez a droit
Et conoissiez les maus qui me font plaindre,
Que je sai bien, quels li jugemenz soit,
Se je i muir, Amors couvient a faindre,
Se vous, dame, ne la fetes remaindre
Dedenz son lieu arriers ou ele estoit ;
Q’a vostre sens ne porroit nus ataindre.


Thiebaut, s’Amors vous fet pour moi destraindre,
Ne vous griet pas, que, s’amer m’estouvoit,
J’ai bien un cuer qui ne se savroit faindre.
Thibaut Ier de Navarre ou Thibaut IV de Champagne (1201-1253) trouvère et comte -  Dame, de grâce ! Je ne vous demande qu’une chose,
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