25 mars 2026 3 25 /03 /mars /2026 22:43

 

 

Gace Brulé (vers 1160-1213) est un trouvère et chevalier champenois du XIIe siècle.

Les documents le concernant sont rares.

 


Traduction: André Mary

 

 

Les oiselets de mon pays,

 

Les oiselets de mon pays,

en Bretagne, je les ai entendus.

Ce chant, il me semble bien,

je l’entendais jadis,

je ne peux m’y tromper,

dans ma douce Champagne.

Ils m’ont mis en de si douces pensées

que j’ai entrepris mon chant

dans l’espoir de la récompense

qu’Amour m’a toujours promise.

 

 

En cette longue attente, je languis

mais je ne me plains pas.

Je perds le goût des rires et des jeux

car celui que torturent les affres de l’amour,

rien d’autre ne le soucie.

Mon corps et mon visage

se tendent si souvent sous l’effet de l’angoisse

que j’en parais stupide.

Si d’autres trahissent l’Amour,

je n’ai jamais été l’un des leurs.

 

 

D’un baiser ma douce et noble dame

s’est emparée de mon coeur.

Quelle folie de m’abandonner ainsi

pour celle qui me tourmente !

Mais, hélas ! il m’a quitté

sans que je m’en aperçoive.

Elle me l’a pris si doucement,

un seul soupir l’a emporté vers elle.

Mon désir me fascine à me rendre fou

mais elle n’aura jamais pitié de moi.

 

 

Le souvenir remonte en moi

d’un baiser dont j’ai l’impression

à tout moment, ô trahison !

qu’il se pose à nouveau sur mes lèvres.

Dieu ! quand elle l’accepta, ce baiser,

que ne me suis-je protégé contre ma mort !

Elle sait bien que je me tue

en cette longue attente

qui me mine et me défait.

 

 

J’en perds les rires et les jeux

et je meurs de mon désir.

Amour me fait trop souvent cher payer

les joies qu’il me donne.

Hélas ! je n’ose aller vers ma dame

car, en me faisant paraître ridicule,

les faux amants causent ma perte.

Je meurs quand je les vois lui parler,

à elle en qui personne ne peut relever

la moindre hypocrisie.

Gace Brulé (vers 1160-1213) trouvère et chevalier champenois du XIIe siècle - Les oiselets de mon pays,
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25 mars 2026 3 25 /03 /mars /2026 14:13

Peirol d'Auvergne (1160-1225)

Troubadour de langue occitane et poète originaire des Combrailles a chanté l’amour en composant des mélodies profondes

 

Si Amour me faisait souffrir 

 

Si Amour me faisait souffrir 

Maladie d'Amour

Comme fait le cygne

Je demande pardon pour celle

Dans la joie qui m'habite

Quand Amour constata

Les gens m'accusent 

J'ai changé ma pensée

Je me demande comment faire un bon poème

Tout mon talent et mon savoir

Bien qu'en terre lointaine au milieu d'étrangers

C'est l'Amour qui guide mon chant

Je chantais volontiers

J'ai réuni tout mon effort dans un poème

J'ai une chanson en tête

Nul homme ne se fait du mal

Sur mon thème habituel

 

 

 

Coras que.m fezes doler

 

Coras que.m fezes doler

Per dan que d'amor mi veigna

Atressi co.l signes fai

Del sieu tort farai esmenda

En joi que.m demora

Quant Amors trobet partit

Mainta gens mi malrazona

Camjat ai mon consirier

D'un bon vers vau pensan com lo fezes

Tot mon engeing e mon saber

Mout m'entremis de chantar voluntiers

M'entencion ai tot' en un vers mesa

D'un sonet vau pensa

Mout m'entremis de chantar voluntiers

M'entencion ai tot' en un vers mesa

D'un sonet vau pensa

Nuills hom no s'auci tan gen

D'eissa la razon qu'ieu suoill

Si be.m sui loing et entre gent estraigna

Ben dei chantar puois amors m'o enseigna

Peirol d'Auvergne (1160-1225) Troubadour - Si Amour me faisait souffrir 
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25 mars 2026 3 25 /03 /mars /2026 13:49

 

 

 

Jaufre Rudel (1110/1130 – 1148/1170) :seigneur et un troubadour aquitain de langue occitane.

Il est principalement connu pour avoir développé le thème de l'« amour de loin » (en ancien occitan amor de lonh) dans ses pièces lyriques.

seigneur et un troubadour aquitain de langue occitane.

Il est principalement connu pour avoir développé le thème de l'« amour de loin » (en ancien occitan amor de lonh) dans ses pièces lyriques.


 

Adaptée de l’occitan par France Igly

« Troubadours et trouvères »

Seghers, 1960    

 

 

Lorsque les jours sont longs en mai...

 

Lorsque les jours sont longs en mai,

Doux me sont chants d’oiseaux lointains,

Et quand j’ai fini d’écouter

Me souviens d’un amour lointain.

Je vais courbé par le désir,

Sans que chants ni fleurs d’aubépine

Me plaisent plus que l’hiver glacé.

 

Que le Seigneur, certes, je crois,

Me fera voir l’amour lointain.

Mais pour un bien qui m’en échoit

J’ai deux maux, tant il m’est lointain.

Ah, qu’il me fasse pèlerin

Pour que ma cape et mon bâton

Par ses beaux yeux soient contemplés !

 

Que de joie à lui demander,

Par amour de Dieu, l’abri lointain,

Et s’il lui plaît je logerai

Près d’elle, moi qui suis lointain.

Quel doux parler on entendra

Quand le lointain on verra bien.

A quel beaux dits on se plaira !

 

Triste et joyeux, m’en reviendrai

Si je le vois, l’amour lointain.

Mais qui sait quand je la verrai,

Car trop sont nos pays lointains,

Que de chemins et de passages,

Et pour savoir ne suis devin...

Mais que tout soit comme à Dieu plaît.

 

Jamais d’amour ne n’aurai joie,

Sinon de cet amour lointain,

Car plus gente ni meilleure ne sais

En nul endroit proche ou lointain.

Elle est si belle et franche et pure

Que voudrais être aux Sarrasins

Pour avoir droit de l’acclamer.

 

Dieu qui fit tout ce que l’on voit

Et forma cet amour lointain,

Me fasse don, que n’ai au cœur,

Que je vois cet amour lointain,

Réellement, en tel asile,

Que la chambre et que le jardin

Me semblent toujours un palais.

 

Il dit vrai celui qui m’accuse

De désirer amour lointain,

Car autre joie tant ne me plaît

Comme jouir d’amour lointain.

Mais mon désir est repoussé,

Mon parrain m’a jeté le sort

Que j’aime et que ne sois aimé.

 

Mais mon désir est repoussé :

Qu’il soit donc maudit le parrain

A qui je dois de n’être aimé !

 

 

En occitan

 

Lanquan li jorn son lonc en may 


 

Lanquan li jorn son lonc en may

M'es belhs dous chans d'auzelhs de lonh,

E quan mi suy partitz de lay

Remembra-m d'un amor de lonh. :

Vau de talan embroucx c clis

Si que chans ni flors d'albespis

No-m platz plus que l'yverns gelatz.

 

 

Be tenc lo Senhor per veray

Per qu’ieu veirai l’amor de lonh ;

Mas per un ben que m'en eschay

N'ai dos mals, quar tant m’es de lonh.

Ai! quar me fos lai pelegris,

Si que mos fustz e mos tapis

Fos pels sieus belhs huelhs remiratz !

 

 

Be'm parra joys quan li querray,

Per amor Dieu, l'alberc de lonh ;

E, s'a lieys platz, alberguarai

Pres de lieys, si be-m suy de lonh,

Adoncs parra-l parlamens fis

Quan drutz lonhdas et tan vezis

Qu'ab bels digz jauzira solatz.

 

 

Iratz e gauzens m'en partray,

S'ieu ja la vey, l’amor de lonh ;

Mas non sai quoras la veyrai,

Car trop son nostras terras lonh,

Assatz hi a pas e camis,

E per aisso no'n suy devis ;

Mas tot sfa cum a Dieu platz !

 

 

Ja mais d'amor no-m jauziray

Si no-m jau d'est' amor de lonh,

Que gensor  ni melhor no n sai

Ves mulha part, ni pres ni lonh.

Tant es sos pretz verais e fis

Que lay, el reng dels Sarrasis,

Fos hieu per lieys chaitius clamatz !

 

 

Dieus que fetz tot quant ve ni vai

E formet sest'amor de lonh

Mi don poder, que cor ieu n'ai,

Qu'ieu veya sest'amor de lonh,

Verayamen, en tals aizis,

Si que la cambra e-l jardis

Mi resembles tos temps palatz !

 

 

Ver ditz qui m'apella lechay

Ni deziron d'amor de lonh,

Car nulhs autres joys tan no-m play

Cum jauzimens d'amor de lonh.

Mas so qu'ieu vuelh m'es atahis,

Qu'enaissi-m fadet mos pairis

Qu'ieu ames e non fos amatz.

 

 

Mas so qu'ieu vouill m'es atahis

Totz sfa mauditz lo pairis

Que-m fadet qu'ieu non fos amatz !

Jaufre Rudel (1110/1130 – 1148/1170) seigneur et un troubadour aquitain - Lorsque les jours sont longs en mai...
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25 mars 2026 3 25 /03 /mars /2026 13:27

 

 

 

Raimbaut d'Orange (Vers 1140 et 1145 -1173) est le plus ancien des troubadours de Provence. On lui doit plusieurs poésies lyriques /

 

traduction Pierre Bec in Anthologie des troubadours

 

 

Quand paraît la fleur inverse

 

Quand paraît la fleur inverse

Sur rocs rugueux et sur tertres,

— Est-ce fleur ? Non, gel et givre

Qui brûle, torture et tronque ! —

Morts sont cris, bruits, sons qui sifflent
 

En feuilles, en rains, en ronces.
 

Mais me tient vert et joyeux Joie,

Quand je vois secs les âcres traîtres.

 

Car le monde ainsi j'inverse

Que plaines me semblent tertres,

Je tiens pour fleur neige et givre

Et pour chaud le froid qui tronque,

L'orage m'est chant qui siffle

Et feuillues me semblent ronces.

Si lié ferme suis à Joie

Que rien ne vois qui me soit traître.

 

Sinon gens à tête inverse

(Comme nourris sur des tertres),

Qui me cuisent plus que givre

Car tous de leur langue tronquent,

Parlant d'une voix qui siffle !

Rien n'y sert, ni rains ni ronces

Ni menaces. Ils ont grand Joie

Faisant ce qui les fait traîtres.

 

D'un baiser, je vous renverse ;

Rien n'y peut, ni plat ni tertre,

Dame, ni gel, neige ou givre,

Car si Non-Pouvoir m'en tronque,

Dame, pour qui mon chant siffle,

Vos beaux yeux sont pour moi ronces

Qui frappent tant mon cœur en Joie

Que je n'ose avoir désir traître.

 

Je vais comme chose inverse,

Cherchant rocs et vaux et tertres,

Triste, tel celui que givre

Tenaille, torture et tronque :

Pas plus que clerc fou les ronces

Ne m'ont conquis chants qui sifflent.

Mais, grâce à Dieu, m'accueille Joie

En dépit des faux flatteurs traîtres.

 

Aoille mon vers — je l'inverse :

Qu'il résiste à bois et tertres ! —

Là où n'est ni gel ni givre

Ni force de froid qui tronque.

Qu'il le chante clair et siffle


 

Que ma dame ait au cœur ronces ! —

Celui qui sait chanter en Joie :

CE qui me sied à chanteur traître.

Douce Dame, qu'Amour et Joie

Nous unissent malgré les traîtres !

 

Jongleur, j'ai bien moins que de Joie :

Vous parti, je fais mine traître.


 


 

AR RESPLAN LA FLORS ENVERSA

 

Ar resplan la flor envèrsa

Pels trencans rancs e pels tèrtres,

Qual flors ? Nèus, gèls e conglapis

Que còtz e destrenh e trenca ;

Don vel mòrz quils, critz, brais, ciscles

En fuèlhs, en rams e en giscles.

Mas mi ten vert e jauzen Jòis

Er quan vei secs los dolens cròis.

 

Quar enaissi m'o envèrese

Que bèl plan mi semblon tèrtre,

E tene per flor lo conglapi,

E'l cautz m'es vis que'l freit trenque,

E"l tro mi son chant e ciscle,

E paro'm fulhat li gescle.

Aissi'm sui ferm lassatz en jòi

Que re non vei que'm sia cròi.

 

Mas una gen fad' envèresa

(Com s'èreon noirit en tèrtres)

Que'm an pro piègs que conglapis ;

Qu'us quecs ab sa lenga trenca

E'n parla bas et ab ciscles ;

E no i val bastós ni giscles ;

Ni menassas; — ans lur es jòis

Quan fan çò don òm los clam cròis.

 

Quar en baisan no'us envèrse

No m'o tòlon pla ni tèrtre,

Dòna, per cui chant e ciscle,

Vòstre bèlh uèlh mi son giscle

Que'm castion si'l còr ab jòi

Qu'ieuno'us aus aver talant cròi.

 

Anat ai com caus' envèrsa

Cercàn rancs e vals e tèrtres,

Marritz con celh que conglapis

Cocha e mazelh e trenca :

Que'm no'm conquis chans ni ciscles

Plus que fòlhs clères conquèr giscles.

Mas ar — Dieu lau — m'alberga Jòis

Malgrat dels fals lausengièrs cròis.

 

Mos vèrs an — qu'aissi l'envèrse,

Que no'l tenhon bòse ni tèrtre —

Lai con òm non sen conglapi,

Ni a freitz poder que i trenque.

A midòns lo chant e'l ciscle

Clar, qu'el còr gen chantar ab jòi

Que no tanh a chantador cròi.

 

Doussa Dòna, Amors et Jòis

Nos ajosten malgrat dels cròis.

 

Joglar, granren ai me,hs de jòi !

Quar no'us vei, en fatz semblant cròi.

Raimbaut d'Orange (Vers 1140 et 1145 -1173) ancien des troubadours de Provence - Quand paraît la fleur inverse
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24 mars 2026 2 24 /03 /mars /2026 23:38

 

 

Marcabru  (1110-1150) Troubadour

Il fut l’un des premiers troubadours dont on se souvient.

 

 

Traduction

Docteur et écrivain Jean-Marie Lucien Dejeanne dans son ouvrage intitulé Poésies complètes du troubadour Marcabru  (1909)


 

Chanson d'Amour


I

 Je vous dirai sans hésitation

de ce vers, le commencement

Les mots ont du vrai, la semblance (l’apparence de la vérité) !

Écoutez !

Celui qui, face  à l’excellence (bonne parole, prouesse, exploit),

hésite me fait l’effet  d’un méchant (un mauvais, un scélérat).

 

 

II

Jeunesse déchoit, tombe et se brise.

Et Amour est de telle sorte

Qu’à tous ceux qu’il soumet, il prélève le cens (une redevance, un tribut)

Écoutez !

Chacun en doit sa part (Que chacun se le tienne pour dit ? )

Jamais plus, après cela, il n’en sera quitte (dispensé).

 

 

III

L’Amour est comme l’étincelle

Qui couve le feu dans la suie,

puis brûle le bois et la paille,

Écoutez !

Et  il ne sait plus de quel côté fuir,

Celui qui est dévoré par le feu.

 

 

IV

 

Je vous dirai comment  Amour s’y prend

D’un côté, il regarde, de l’autre il  fait des clins d’œil ;
 

D’un côté, il donne des baisers, de l’autre, il grimace. —
 

Écoutez !

Il sera plus droit qu’une  ligne
 

Quand je serai son familier.

 

 

V

 

Amour jadis avait coutume d’être droit,

mais aujourd’hui il est tordu et ébréché,

et il a pris cette habitude (ce défaut )

Écoutez !

Là où il ne peut mordre, il lèche,

Avec un langue plus âpre que celle du chat.

 

 

VI

 

Difficilement Amour sera désormais sincère

Depuis le jour il put séparer la cire du miel ;

C’est pour lui-même qu’il pèle la poire.

Écoutez !

Il sera doux pour vous  comme le chant de la lyre

Si seulement vous lui coupez la queue.

 

 

VII

 

Il passe un marché avec le diable, 

Celui qui s’unit à Fausse Amour;

Point n’est besoin qu’une autre verge le batte ;

Écoutez !

Il ne sent pas plus que celui qui se gratte

jusqu’à ce qu’il se soit écorché vif.

 

 

VIII

 

Amour est de très mauvais lignage ;

Mille hommes il a tué sans glaive .

Dieu n’a pas créé de plus terrible enchanteur (savant, beau parleur),

Écoutez !

Qui, du plus sage, un sot (fou)

Ne fasse, s’il le tient  dans ses lacs.

 

 

IX

 

Amour se conduit comme la jument

Qui, tout le jour, veut qu’on la suive

Et dit qu’elle n’accordera aucune trêve,

Écoutez !

Mais qui vous fait monter, lieue après lieue,

Que vous soyez à jeun ou repu.

 


X

 

Croyez-vous que je ne sache point

Si Amour est aveugle ou borgne ?

Ses paroles caressent et empoisonnent, 

Écoutez !

Sa piqûre est plus douce que celle de l’abeille,

Mais on en guérit plus difficilement.

 

 

XI

 

Celui qui se laisse conduire  par la raison d’une femme

Il est juste que le mal lui advienne, 

Comme  l’Écriture nous l’enseigne :

 Écoutez !

Malheur vous en viendra

Si vous ne vous en gardez !

 

 

XII

 

Marcabru, fils de Marcabrune,
 

Fut engendré sous telle étoile
 

Qu’il sait comment Amour s’égrène;
 

Écoutez !

Jamais il n’aima nulle femme,
 

Ni d’aucune ne fut aimé.

 

 

 

 

 

En Occitan

 

I

Dirai vos senes duptansa

D’aquest vers la comensansa

Li mot fan de ver semblansa;

– Escoutatz ! –

Qui ves Proeza balansa

Semblansa fai de malvatz.

 

II
 

Jovens faill e fraing e brisa,
 

Et Amors es d’aital guisa
 

De totz cessais a ces prisa,
 

– Escoutatz ! –
 

Chascus en pren sa devisa,
 

Ja pois no’n sera cuitatz.

 

III
 

Amors vai com la belluja
 

Que coa-l fuec en la suja
 

Art lo fust e la festuja,
 

– Escoutatz ! –
 

E non sap vas quai part fuja
 

Cel qui del fuec es gastatz.

 

IV
 

Dirai vos d’Amor com signa;
 

De sai guarda, de lai guigna,
 

Sai baiza, de lai rechigna,
 

– Escoutatz ! –

Plus sera dreicha que ligna
 

Quand ieu serai sos privatz.

 

V

Amors soli’ esser drecha,

Mas er’es torta e brecha

Et a coillida tal decha

– Escoutatz ! –

Lai ou non pot mordre, lecha
 

Plus aspramens no fai chatz.

 

VI

Greu sera mais Amors vera
 

Pos del mel triet la céra
 

Anz sap si pelar la pera
 

– Escoutatz ! –
 

Doussa’us er com chans de lera
 

Si sol la coa-l troncatz.

 

VII

Ab diables pren barata
 

Qui fals’ Amor acoata,
 

No·il cal c’autra verga·l bata ;
 

– Escoutatz ! –
 

Plus non sent que cel qui’s grata
 

Tro que s’es vius escorjatz.

 

VIII

Amors es mout de mal avi
 

Mil homes a mortz ses glavi,
 

Dieus non fetz tant fort gramavi;
 

– Escoutatz ! –
 

Que tot nesci del plus savi
 

Non fassa, si’l ten al latz.

 

IX
 

Amors a uzatge d’ega
 

Que tot jorn vol c’om la sega
 

E ditz que no’l dara trega
 

– Escoutatz ! –
 

Mas que puej de leg’en lega,
 

Sia dejus o disnatz.

 

X

Cujatz vos qu’ieu non conosca

D’Amor s’es orba o losca?
 

Sos digz aplan’et entosca,
 

– Escoutatz ! –
 

Plus suau poing qu’una mosca
 

Mas plus greu n’es hom sanatz.

 

XI
 

Qui per sen de femna reigna

Dreitz es que mals li-n aveigna,
 

Si cum la letra·ns enseigna;
 

– Escoutatz ! –
 

Malaventura·us en veigna
 

Si tuich no vos en gardatz !

 

XII

Marcabrus, fills Marcabruna,
 

Fo engenratz en tal luna

Qu’el sap d’Amor cum degruna,
 

- Escoutatz ! –
 

Quez anc non amet neguna,
 

Ni d’autra non fo amatz.

 

 

 

Marcabru  (1110-1150) Troubadour
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23 mars 2026 1 23 /03 /mars /2026 17:49

 

 

Francesco Petracca ou Petrarca, en français François Pétrarque ou simplement Pétrarque, (1304-1374), est un érudit, poète et humaniste italien de la république de Florence.

 

Pétrarque passe à la postérité pour la qualité de sa poésie qui met en vers son amour pour Laure de Sade. Son Canzoniere, dans lequel il rénove la manière des écrivains du « dolce stil novo », a eu une influence stylistique et linguistique majeure.



 

Canzoniere
 

194

 

Ô doux regards, ô propos courtois, viendra-t-il maintenant jamais le jour où je vous reverrai et où je vous entendrai ?

Ô blonds cheveux, avec lesquels a noué mon cœur Amour, et, ainsi pris, le mène à la mort ;

Ô beau visage, qui me fut donné par un cruel destin, et grâce auquel je pleure toujours et n’ai jamais la moindre joie ; ô douce tromperie, fraude amoureuse, rendez-moi un plaisir qui ne m’apporte que douleur.

Et si parfois des beaux yeux suaves où ma vie et ma pensée habitent, il m’arrive par hasard de recevoir quelque chaste faveur,

Soudain, afin de dissiper tout mon bonheur et d’éloigner de moi tout mon bien, envoie soit des chevaux, soit des navires la Fortune, toujours si prompte à me faire du mal, .

 Pétrarque, (1304-1374), érudit, poète et humaniste italien - Canzoniere - 194
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23 mars 2026 1 23 /03 /mars /2026 17:44

 

 

 

Francesco Petracca ou Petrarca, en français François Pétrarque ou simplement Pétrarque, (1304-1374), est un érudit, poète et humaniste italien de la république de Florence.

 

Pétrarque passe à la postérité pour la qualité de sa poésie qui met en vers son amour pour Laure de Sade. Son Canzoniere, dans lequel il rénove la manière des écrivains du « dolce stil novo », a eu une influence stylistique et linguistique majeure.



 

 

Canzoniere

 

134

 

Nulle paix je ne trouve, et je n'ai pas de guerre à faire :

Je crains et j'espère; je brûle et je suis de glace.

Et je vole au plus haut des cieux, et je gis à terre;

Et je n'étreins nulle chose, et j'embrasse le monde entier.

Qui me garde en prison la porte ne m'ouvre ni ne ferme,

Ni ne me tient pour sien, ni ne défait les liens;

Amour ne me tue pas et ne m'ôte pas mes fers,

Ne me veut pas vivant, et ne vient pas à mon secours.

Je vois et n'ai point d'yeux, et sans langue je crie;

Et je désire périr, et demande de l'aide;

Et pour moi je n'ai que haine et pour autrui qu'amour

Je me repais de ma douleur, et en pleurant je ris;

Également m'insupportent vie et mort :

En cet état je suis, Madame, pour vous.

 

Pétrarque, (1304-1374), érudit, poète et humaniste italien - Canzoniere - 134
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22 mars 2026 7 22 /03 /mars /2026 17:17

 

 

Francesco Petracca ou Petrarca, en français François Pétrarque ou simplement Pétrarque, (1304-1374), est un érudit, poète et humaniste italien de la république de Florence.

 

Pétrarque passe à la postérité pour la qualité de sa poésie qui met en vers son amour pour Laure de Sade. Son Canzoniere, dans lequel il rénove la manière des écrivains du « dolce stil novo », a eu une influence stylistique et linguistique majeure.

 

 

Canzoniere

112

Sennuccio, je veux que tu saches de quelle manière je suis traité , et quelle vie est la mienne : je brûle et me consume encore comme d’habitude ;

 

L’aure m’agite, et je suis toujours celui que j’étais.

 

Ici toute humble, là je l’ai vue hautaine, tantôt acerbe et cruelle tantôt tendre et pleine de pitié ; faisant montre tantôt de rigueur, ou de grâce , tantôt douce, tantôt dédaigneuse et sauvage.

 

Ici elle chanta doucement, là elle s’assit ; ici elle se retourna, là elle retint ses pas ; qui ici de ses beaux yeux elle me perça le cœur ; ici elle dit un mot, et là elle sourit ; là elle changea de visage.

 

C’est dans ces pensées, hélas, que nuit et jour me tient notre seigneur l’Amour.

Laura de Noves (Laure de Sade)

Laura de Noves (Laure de Sade)

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22 mars 2026 7 22 /03 /mars /2026 16:55

 

 

Francesco Petracca ou Petrarca, en français François Pétrarque ou simplement Pétrarque, (1304-1374), est un érudit, poète et humaniste italien de la république de Florence.

 

Pétrarque passe à la postérité pour la qualité de sa poésie qui met en vers son amour pour Laure de Sade. Son Canzoniere, dans lequel il rénove la manière des écrivains du « dolce stil novo », a eu une influence stylistique et linguistique majeure.


 

Canzoniere,

 

91

 

Il était une fois des cheveux d’or

Des cheveux d’or qui s’envolaient en mille doux lieux,

Et la lumière vague brûlait étrangement,

Les beaux yeux ne sont pas aussi faibles qu’ils paraissent.

Et je les vis de la pitoyable couleur des farces,

Je ne sais si c’était vrai ou faux, il me semblait

Que l’appât amoureux arrivait à ma poitrine,

Quelle merveille est si vite brûlée?

Les pas ne sont pas chose mortelle

Mais angéliques formes; et les paroles

Sonnent autrement, pure voix humaine.

Un esprit du ciel, un vivant esseulé,

Exista comme je vis; et sans limites,

La plaie ne guérit pas, une fois l’arc détendu.

Laura de Noves (1310-1348)  - Simone Martini (1339-1344)

Laura de Noves (1310-1348)  - Simone Martini (1339-1344)

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22 mars 2026 7 22 /03 /mars /2026 12:13

 

 

 

Francesco Petracca ou Petrarca, en français François Pétrarque ou simplement Pétrarque, (1304-1374), est un érudit, poète et humaniste italien de la république de Florence.

Pétrarque passe à la postérité pour la qualité de sa poésie qui met en vers son amour pour Laure de Sade. Son Canzoniere, dans lequel il rénove la manière des écrivains du « dolce stil novo », a eu une influence stylistique et linguistique majeure.

 


 

 

Canzoniere

 

89


 

Je ne trouve ni paix, ni guerre à mener ;
je crains, et j'espère ; je brûle, et je suis glacé ;
je vole au-dessus du ciel, et je repose sur la terre ;
je ne tiens rien, et j'embrasse le monde entier.

 

Il y a quelqu'un en prison qui ne m'ouvre ni ne me ferme,
qui ne me retient ni ne desserre le nœud coulant ;
et l'Amour ne me tue ni ne me libère de mes chaînes,
ne me veut pas vivant, ni ne me délivre de la honte.

 

Je vois sans yeux, je n'ai pas de langue, et je crie ;
je désire périr, et je crie à l'aide ;
je me hais, et j'aime les autres.

 

Je me nourris de douleur, je ris en pleurant ;
la mort et la vie me déplaisent tout autant :
je suis dans cet état, femme, à cause de toi. 

Philippe-Jacques vanBrée - Laure et Pétrarque  à Fontaine de Vaucluse

Philippe-Jacques vanBrée - Laure et Pétrarque à Fontaine de Vaucluse

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