31 mars 2026 2 31 /03 /mars /2026 13:15

 

 

 

Guillaume de Ferrières, (troisième du nom, vers 1155-1204)  est un chevalier français mieux connu comme trouvère sous son titre de vidame de Chartres.

 

 

Quand la douce saison s'installe,

 

Quand la douce saison s'installe,

Que le beau printemps s'affermit et s'éclaire,

Que chaque chose revient à sa douce nature,

Si elle n'est de mauvaise origine,

Alors je vais chanter, car je ne peux plus me taire,

Et dois me consoler de ma cruelle aventure,

Qui a fait mon grand malheur.



J'aime et désire quelqu'un qui ne se soucie pas de moi.

Hélas, je lui dis que c'était par amour.

Mais elle me hait plus que toute autre créature,

Elle que je vois si bonne avec les autres,

Qui m'a fait ce que nul ne peut défaire,

Si ce n'est son coeur, si cruel envers moi

Qu'il est voué à la mort, si elle continue à me faire la guerre.



Amour, amour, je meurs injustement,

Ma mort, certes, devrait bien vous déplaire,

Car j'ai mis en vous tous mes soins,

Et mes pensées, dont j'ai plus de cent paires.

Mon parfait service aurait dû vous plaire,

Et ma joie en serait alors plus certaine.

On dit depuis longtemps qu'il faut de la mesure en tout.



Son coeur agit cruellement, s'il lui fait me haïr;

Ce qu'elle fait, je le vois.

Car dans tout ce monde, je ne lui demanderais

Que son amour, qui me conduit à la mort.

Si elle me tue, elle agira trop déloyalement,

Et s'il en est ainsi, que je doive mourir pour elle,

C'est la mort que je choisirai de préférence !

 

 

 

Quant la sesons du douz tens s'asegure,

Que biaus estés sera ferme et esclaire,

Que toute riens a sa douce nature,

Ment et retrait se trop n'est de male aire,

Lors chanterai, car plus ne m'en puis taire,

Pour conforter ma cruel aventure

Qui m'est tonnée à grant mesaventure.



J'aim et desir ce qui de moi n'a cure,

Las! je li dis qu'amors me le fist faire.

Or me het plus que nule criature,

Et as autres la voi si debonaire,

Qui ce m'a fet que nus ne puet deffaire

Fors ses fuis cuers dont vers moi est si dure

Qu'à la mort sui, se sa guerre mi dure.



Amors, amors, je muir et sanz droiture,

Ma mort, certes vous devroit bien desplaire,

Car en vous ai toute mise ma cure

Et mes pensers dont j'ai plus de cent paire,

Sor vous devoit mes biaus servises plaire,

Lors en seroit ma joie plus sëure,

On dit pieça, qu'il est de tout mesure.



Que cruels fet ses cuers s'il li otroie,

Moi en haïr dont si la voi certaine

Qu'en tot cest mont ne li demanderoie,

Fors que s'amor qui à la mort me maine,

S'ele m'ocit, que trop fera que vilaine,

Et s'ensi est que por li morir doie,

Ce est la mort dont melz morir vodroie.

Guillaume de Ferrières (vers 1155-1204) che valier français mieux connu comme trouvère - Quand la douce saison s'installe,
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30 mars 2026 1 30 /03 /mars /2026 14:41

 

 

Adam de la Halle (dit Adam d'Arras ou le Bossu d'Arras – XIII° siècle) est un trouvère de langue picarde actif au XIII° siècle et mort probablement en 1288 (ou un peu avant) à la cour du comte d’Artois à Naples..


 

Amours et ma Dame aussi,

Amours et ma Dame aussi,

J’implore votre grâce à mains jointes

Hélas, pour mon malheur,

je vis votre grand beauté

Amours et ma Dame aussi.



Je vous implore à mains jointes

Si vous ne me prenez en pitié

Hélas, pour mon malheur,

je vis votre grand beauté

Amours et ma Dame aussi,…..

 

 

en langue d’oïl

 

Amours et ma Dame aussi,

Jointes mains vous proi merchi.

Votre grant biauté mar vi

Amours et ma Dame aussi.

 


Jointes mains vous proi merchi

Se n’avés pité de mi

Votres grant biautés mar vi

Amours et ma Dame aussi, ...

 

 Adam de la Halle (XIII° siècle) trouvère - Amours et ma Dame aussi,
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30 mars 2026 1 30 /03 /mars /2026 13:53

 

 

 

Adam de la Halle (dit Adam d'Arras ou le Bossu d'Arras – XIII° siècle) est un trouvère de langue picarde actif au XIII° siècle et mort probablement en 1288 (ou un peu avant) à la cour du comte d’Artois à Naples.
 

 

 

Rondeau

Je désire trop voir

 

Je désire trop voir

Celle que j'aime!

Je ne peux m'en passer,

Je désire trop voir,

Et matin et soir,

Je ne cesse de me plaindre.

 

Je désire...



J'ai une amourette exquise,

Dieu, pourtant, je ne sais quand je la verrai.

Je demanderai à ma petite amie de venir,

Qui est élégante et jolie,

Et si savoureuse,

Que je ne pourrai m'en abstenir.

 

J'ai une amourette...



Et si elle est enceinte par ma faute,

Elle deviendra vite pâle et terne,

Si scandale et plainte en résultent,

Je l'aurai déshonorée.

 

J'ai une amourette...



Mieux vaut que je m'en abstienne,

Et que je reste amoureux d'elle,

Et que je me souvienne d'elle,

Car je protègerai son honneur.

 

J'ai une amourette…

 

 

Je meurs, je meurs d’amourette


Hélas ! aïe, pauvre de moi

Car je n’ai pas de petite amie

 

Par misère


Tout d’abord je la trouvai toute tendre

Je meurs, je meurs d’amourette

D’une façon toute violente

Depuis que je la vis

Puis je la trouvai si farouche

Lorsque je la suppliai

Je meurs, je meurs d’amourette

Hélas ! aïe, pauvre de moi

Car je n’ai pas de petite amie


Par misère


 

 

Trop desir à veoir

Che que j'aim.

Ne m'en puis remouvoir,

Trop desir à veoir,

Et au main et au soir

Me complain.

 

Trop desir...



Fines amouretes ai,

Dieus, si ne sai quant les verrai.

Or manderai m'amiete,

Qui est cointe et joliete,

Et s'est si saverousete

C'astenir ne m'en porrai!


Fines...



Et s'ele est de moi enchainte,

Tost devenra paile et tainte

Si l'en est esclandele et plainte,

Deshonerée l'arai.


Fines...



Miex vaut que je m'en astiengne

Et pour li joli me tiengne

Et que de li me souviengne

Car s'onnour li garderai.


Fines…

 

 

 

Je muir, je muir d’amourete

Las ! ai mi

Par defaute d’amiete

 

De merchi

 

A premiers la vi douchete

Je muir, je muir d’amourette

D’une atraitant manierete


A dont la vi


Et puis la truis si fierete

Quant li pri

Je muir, je muir d’amourette

Las ! ai mi

Par defaute d’amiete


De merchi

 

 

 Adam de la Halle (XIII° siècle) trouvère - Rondeau  Je désire trop voir
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30 mars 2026 1 30 /03 /mars /2026 13:44

 

 

Adam de la Halle (dit Adam d'Arras ou le Bossu d'Arras – XIII° siècle) est un trouvère de langue picarde actif au XIII° siècle et mort probablement en 1288 (ou un peu avant) à la cour du comte d’Artois à Naples..


 

Dieu comment pourrais-je

 

Dieu comment pourrais-je

Résister  sans celle

Que me tient en joie.

Elle est simple et tranquille
 

Dieu comment pourrais-je

Résister sans celle

Qui me tient en joie.


Ne m’en séparerais,

Dût-on me crever les yeux

Pour que je n’ai plus son amour.

Dieu comment pourrais-je

Résister    sans celle

Que me tient en joie.

 

 

Diex, coment porroie

Sans cheli durer

Qui me tient en joie ?

Elle est simple et coie 

Diex coment porroie, etc.

 

Ne m’en partiroie 

Pour les iex crever,
 

Se s’amours n’avoie.
 

Diex, coment porroie
 

Sans cheli durer

Qui me tient en joie.

 

Adam de la Halle (XIII° siècle) trouvère Dieu comment pourrais-je
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29 mars 2026 7 29 /03 /mars /2026 20:47

 

 

 

 

Richard Ier dit Cœur de Lion (1157-1199) roi d'Angleterre, duc de Normandie, comte du Maine et comte d'Anjou et troubadour

 

 

Oh, cher amour,

 

Mais que puis-je faire contre ce temps

Si terrible qui passe simplement

Et rêve de nous voler nos printemps

Sans  raison, comme ça, sournoisement…

Au fil des jours, consternant  les amants.

Oh mon dieu, cher amour, quelle injustice !



Aujourd’hui, il n’est plus temps de conquêtes,

De réjouissances et de belles fêtes,

Emphase et lyrisme de nos poètes

Ne sont que des miroirs aux alouettes.

Oh mon dieu, cher amour, quelle injustice !



Si loin de la douceur de notre enfance,

Il nous faut recourir aux manigances

Pour tenter de sauver les apparences. 

Oh mon dieu, cher amour, quelle injustice !

Richard Ier dit Cœur de Lion (1157-1199) roi d'Angleterre et troubadour - Oh, cher amour,
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29 mars 2026 7 29 /03 /mars /2026 12:00

 

 

Thibaut Ier de Navarre, aussi connu sous le nom de Thibaut IV de Champagne ou de Thibaut le Chansonnier, né le 30 mai 1201 à Troyes et mort le 7 juillet 1253 à Pampelune, comte de Champagne  de 1201 à 1253 et roi de Navarre de 1234 à 1253. Chef de la croisade des barons, il est également l'un des plus grands trouvères de son temps.

 

Dame, c’est ainsi qu’il me faut m’en aller

 

Dame, c’est ainsi qu’il me faut m’en aller

Et me séparer de la douce contrée

Où j’ai tant appris à endurer de maux ;

Et comme je vous laisse, il est juste que je me haïsse.

Dieu ! pourquoi avoir fait la terre d’outre-mer,

Qui aura séparé tant d’amants,

Qui, ensuite, n’eurent le réconfort d’amour

Ni ne purent s’en remémorer leur joie ?

 

Jamais sans amour, je ne pourrais tenir,

Tant en lui, j’ai mis fermement ma pensée,

Pas d’avantage que mon cœur loyal ne me laisse m’en détourner,

Mais je suis avec lui là où il veut et aspire.

J’ai trop pris coutume d’aimer ;

Aussi je ne vois pas comment je pourrais continuer de vivre,

Sans avoir joie de la plus désirée

Qu’aucun homme n’osa jamais désirer.


Je ne vois pas, une fois séparé d’elle

Que je puisse avoir ni consolation, ni joie,

Car jamais je n’ai rien fait de si mauvais gré

Que vous quitter, si je ne devais jamais vous revoir 

Par quoi j’en suis trop affligé et ému ;

Par maintes fois je m’en serai repenti,

Quand jamais je ne voulus emprunter cette voie 

et que je me souviens de vos aimables paroles.


Beau seigneur Dieu, c’est vers vous que je me suis tourné ;

Pour vous je laisse tout ce que j’aimais tant ;

La récompense devra en être belle,

Quand pour vous, je perds mon cœur et ma joie.

*Pour vous servir, je suis tout prêt et garni :

Je m’en remets à vous, beau père Jésus-Christ ; 

Si bon Seigneur, je ne pourrais avoir :

Celui qui vous sert ne peut être trahi.

 

Mon cœur doit bien être joyeux et affligé :

Affligé de ce que je me sépare de ma dame,

Et joyeux de ce que je suis désireux

De servir Dieu, à qui appartient mon corps et mon âme.

Cet amour là est chose trop fine et puissante ;

Par là il convient que viennent les plus instruits  :

C’est le rubis, l’émeraude et la gemme

Qui guérit tous les hommes des vils péchés puants.

 

Dame des cieux, grande reine puissante,

En mon grand besoin soyez-moi secourable !

¨Puissé-je vous aimer avec la juste flamme 

Quand je perds une dame, qu’une dame vienne à mon aide !

 

 

Dame, einsi est qu’il m’en couvient aller

 

Dame, ensi est qu’il m’en couvient aler

Et departir de la douce contree

Ou tant ai maus apris a endurer;

Quant je vous lais, droiz est que je m’en hee.

Deus! pour quoi fu la terre d’Outremer,

Qui tant amant avra fait dessevrer

Dont puis ne fu l’amors reconfortee,

Ne n’en porent leur joie remenbrer !

 

Ja sans amor ne porroie durer,

Tant par i truis fermement ma pensee !

Ne mes fins cuers ne m’en lait retorner,

Ainz sui a lui la ou il veut et bee.

Trop ai apris durement a amer,

Pour ce ne voi conment puisse durer

Sanz joie avoir de la plus desirree

C’onques nus hons osast plus desirrer.

 

Je ne voi pas, quant de li sui partiz,

Que puisse avoir bien ne solas ne joie,

Car onques riens ne fis si a envis

Con vos laissier, se je ja mès vous voie;

Trop par en sui dolens et esbahis.

Par maintes foiz m’en serai repentiz,

Quant j’onques voil aler en ceste voie

Et je recort voz debonaires diz.

 

Biaus sire Dex, vers vous me sui ganchis;

Tout lais pour vous ce que je tant amoie.

Li guerredons en doit estre floris,

Quant pour vos pert et mon cuer et ma joie.

De vous servir sui touz prez et garnis;

A vous me rent, biaus pere Jhesu Cris !

 

Si bon seigneur avoir je ne porroie:

Cil qui vous sert ne puet estre traïz.

 

 

Bien doit mes cuers estre liez et dolanz:

Dolanz de ce que je part de ma dame,

Et liez de ce que je sui desirrans

De servir Dieu cui est mes cors et m’ame.

Iceste amors est trop fine et puissans,

Par la covient venir les plus sachans;

C’est li rubiz, l’esmeraude et la jame

Qui touz guerist des vius pechiez puans.

 

 

Dame des cieus, granz roïne puissanz,

Au grant besoing me soiez secorranz !

De vous amer puisse avoir droite flame !

Quant dame pert, dame me soit aidanz !

Thibaut Ier de Navarre ou Thibaut IV de Champagne (1201-1253) trouvère et comte - Dame, c’est ainsi qu’il me faut m’en aller
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28 mars 2026 6 28 /03 /mars /2026 16:51


Thibaut Ier de Navarre, aussi connu sous le nom de Thibaut IV de Champagne ou de Thibaut le Chansonnier, né le 30 mai 1201 à Troyes et mort le 7 juillet 1253 à Pampelune, comte de Champagne  de 1201 à 1253 et roi de Navarre de 1234 à 1253. Chef de la croisade des barons, il est également l'un des plus grands trouvères de son temps.

 

Je suis comme la licorne 

 

Je suis comme la licorne 

En extase devant la jeune fille

Dont elle ne détache pas ses regards.

Elle éprouve un si doux malaise

Qu'elle tombe sans connaissance en son giron. 

Alors on la met à mort par traîtrise.

De même Amour et ma dame

M'ont blessé à mort, en vérité :

Ils ont mon coeur et je ne puis le reprendre.



Dame, quand je fus devant vous

Et que je vous vis pour la première fois,

Mon cœur tressaillit tant

Qu'il vous resta à mon départ.

Je fus alors emmené sans demande de rançon,

Captif dans la douce prison

Dont les piliers sont faits de désir,

Les portes de beaux regards

Et les anneaux de bon espoir.

 


Amour a la clé de la prison

Et il y a placé trois portiers.

Le premier s'appelle Beau Semblant

Et Amour a fait de Beauté leur maîtresse.

Il a mis Danger devant la porte,

Un vilain, affreux, traître, dégoûtant,

Un gueux, un scélérat.

Ces trois-là sont rusés et hardis,

Ils se saisissent vite d'un homme.



Qui pourrait supporter les mauvais traitements

Et les assauts de ces portiers ?

Jamais Roland ni Olivier 

 

Ne soutinrent si grandes batailles ;

Ils vainquirent en combattant,

Mais c'est en s'humiliant qu'on triomphe de ceux-là.

Patience est le porte-bannière ;

En ce combat dont je vous parle,

Il n'y a d'autre salut qu'en la pitié.



Dame, je ne redoute rien de plus

Que d'être privé de votre amour.

J'ai tant appris à supporter.

Que je suis à vous par habitude ;

Et dussiez-vous en être fâchée,

Je ne pourrais y renoncer en rien,

Sans en garder le souvenir,

Sans que mon coeur soit toujours

En prison, auprès de moi.

Dame, puisque je ne sais pas tromper,

Il serait temps d'avoir pitié de moi,

Accablé sous un si pesant fardeau.

Thibaut Ier de Navarre ou Thibaut IV de Champagne (1201-1253) trouvère et comte - Je suis comme la licorne 
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28 mars 2026 6 28 /03 /mars /2026 16:32

 

 

 

Thibaut Ier de Navarre, aussi connu sous le nom de Thibaut IV de Champagne ou de Thibaut le Chansonnier, né le 30 mai 1201 à Troyes et mort le 7 juillet 1253 à Pampelune, comte de Champagne  de 1201 à 1253 et roi de Navarre de 1234 à 1253. Chef de la croisade des barons, il est également l'un des plus grands trouvères de son temps.

 

 

 

Dame, de grâce ! Je ne vous demande qu’une chose,

 

Dame, de grâce ! Je ne vous demande qu’une chose,

 Dites-moi la vérité, Dieu vous bénisse :

Quand vous mourrez et moi aussi – mais je partirai avant,

Car après vous je ne pourrai plus vivre –

Que deviendra Amour, alors tout éperdu ?

Car vous avez tant de raison et de vertu, et je vous aime tant

Que je crois bien qu’après nous, l’amour disparaîtra.



Par Dieu, Thibaut, selon moi,

Amour n’a jamais péri pour quelque mort qui soit,

Je ne sais pas, non plus, si vous êtes en train de vous moquer de moi.

Car je ne vous vois pas encore si maigre que cela 

Quand nous mourrons – que Dieu nous donne longue vie ! –

Je suis sûre qu’Amour en aura grand peine,

Mais sa valeur restera toujours aussi entière et parfaite.



Dame, certes, vous ne devez pas croire,

Mais bien être certaine que je vous aime trop.

Et cette amour même, fait que je m’aime et m’estime davantage,

Et voilà pourquoi je me suis engraissé à nouveau ;

Car Dieu ne fit jamais naître chose si belle

Que vous ; mais cela me donne trop d’émoi à l’idée

Que quand nous mourrons, l’Amour viendra aussi à sa fin.



Taisez-vous Thibaut ! Nul ne doit se lancer

Dans un propos qui soit dénué de toute légitimité,

Vous dites tout cela pour m’attendrir

À votre endroit, après m’avoir tant trompée .

Je ne dis pas, certes, que je vous hais,

Mais si je devais prononcer un jugement par Amour,

Je ferais en sorte que ce dernier en soit servi et honoré.



Dame, Dieu fasse que votre jugement soit juste

et que vous connaissiez les maux dont je me plains.

Puisque je sais bien que quel que soit le jugement,

Si j’en meurs, l’Amour en sera affecté,

À moins que vous, dame, ne le fassiez revenir

Dans le lieu où il se tenait auparavant,

Car nul autre ne pourra, en cela, atteindre votre sagesse.



Thibaut, si Amour vous fait tourmenter pour moi,

N’en éprouvez pas trop de peine, car s’il me fallait aimer,

J’ai bien un cœur qui ne saurait le dissimuler.

 

-o-o-o-

Dame, merci! Une rien vos demant
Dame, merci ! Une riens vos demant,
Dites m’en voir, se Deus vous beneïe :
Quant vous morrez et je — mès c’iert avant,
Car après vous ne vivroie je mie —,
Que devendra Amors, cele esbahie,
Que tant avez sens, valor, et j’aim tant
Que je croi bien qu’après nous ert faillie ?


Par Dieu, Thiebaut, selonc mon escïent
Amors n’iert ja pour nule mort perie,
Ne je ne sai se vous m’alez guilant,
Que trop megres n’estes oncore mie.
Quant nos morrons (Deus nos dont bone vie !),
Bien croi qu’Amors damage i avra grant,
Mès toz jorz ert valors d'amor conplie.


Dame, certes ne devez pas cuidier,
Mès bien savoir que trop vous ai amee.
De la joie m’en aim melz et tieng chier
Et pour ce ai ma graisse recouvree
Qu’ainz Deus ne fist se tres bele riens nee
Com vos, mès ce me fet trop esmaier,
Quant nos morrons, qu’Amors sera finee.


Thiebaut, tesiez ! Nus ne doit conmencier
Reson qui soit de touz droiz desevree.
Vous le dites por moi amoloier
Encontre vous, que tant avez guilee.


Je ne di pas, certes, que je vos hee,
Mès, se d’Amors me couvenoit jugier,
Ele seroit servie et honoree.


Dame, Deus doint que vos jugiez a droit
Et conoissiez les maus qui me font plaindre,
Que je sai bien, quels li jugemenz soit,
Se je i muir, Amors couvient a faindre,
Se vous, dame, ne la fetes remaindre
Dedenz son lieu arriers ou ele estoit ;
Q’a vostre sens ne porroit nus ataindre.


Thiebaut, s’Amors vous fet pour moi destraindre,
Ne vous griet pas, que, s’amer m’estouvoit,
J’ai bien un cuer qui ne se savroit faindre.
Thibaut Ier de Navarre ou Thibaut IV de Champagne (1201-1253) trouvère et comte -  Dame, de grâce ! Je ne vous demande qu’une chose,
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28 mars 2026 6 28 /03 /mars /2026 14:41

 

Peire Vidal Troubadour (vers 1150-1210) auteur plein de verve et defantaisie, protégé d'Alphonse II d'Aragon, comte de Provence, et de Boniface Ier de Montferrat, voyageur
Il fit un pèlerinage en Terre sainte.

 

Je me délecte d’hiver et d’été

I

Je me délecte d’hiver et d’été

Et de froid et de chaleur,

Et j’aime la neige autant que les fleurs

Et un preux mort plus qu’un vil lâche :

Ainsi je me tiens avec force

En gaîté, Jeunesse et Amour.

Pareillement, comme j’aime une nouvelle dame,
 

Gracieuse et belle plus que toute autre,
 

je vois des roses au sein de la glace

et un temps clair dans un ciel obscur.

 

 

 

II

Ma dame a un mérite unique

Face à mille combattants
 

Et contre les faux hypocrites
 

Elle tient Montesquieu fortifié ;

C’est pour cela qu’à sa puissante seigneurie
 

Aucun médisant ne peut s’attaquer,
 

Car la raison et l’honneur la guident
 

Et quand elle répond ou appelle,
 

Ses paroles ont saveur de miel,

Qui la font sembler à Saint-Gabriel.

 

 

III

Et elle se fait plus redouter qu’un griffon

Des galants méprisables
 

Et pour les fins connaisseurs de l’amour
 

Elle est d’une compagnie si charmante
 

Qu’en s’en séparant d’elle, chacun d’eux jure et assure
 

Qu’elle est une des meilleures dames qui soit ;
 

Pour tout cela, elle m’entraîne et m’attire
 

Et elle me tire le cœur de sous l’aisselle ;
 

Et je lui suis loyal et fidèle,

Et plus juste qu’Abel envers Dieu.

 

 

IV

De son précieux et remarquable mérite

S’accroît tant sa valeur parfaite
 

Que l’éloge ne peut exprimer
 

La grande force de sa valeur véritable.
 

Ses ennemis sont chétifs et misérables,
 

Et ses amis puissants et élevés.
 

Yeux, front, nez, bouche et menton,
 

blanche poitrine aux seins durs,
 

Elle est du même bois que les fils d’Israël
 

Et elle est colombe sans fiel.

 

V

J’ai le cœur morne et pensif

Autant que je suis éloigné d’elle,
 

Puis ma joie et ma douceur augmentent
 

Quand je me rapproche de son corps gracieux.
 

Et ainsi comme lors d’une fièvre,
 

Tantôt me vient le froid, tantôt la chaleur.
 

Et parce qu’elle est gaie et joyeuse
 

Et vierge de tous vices,
 

Je l’aime d’avantage, par Saint Raphaël,
 

Que Jacob ne le fit de Rachel.

 

 

VI

Vers, allez vers Montolieu

Et dites aux trois sœurs
 

Que tant me plaisent leurs amours

Qu’au dedans de mon cœur je les ai gravées ;
 

Envers toutes trois, je m’incline ;

Et j’en fais mes dames et seigneuresses.
 

Et je préfère bien mieux de Castille
 

une modeste jouvencelle
 

Que mille chameaux chargés d’or
 

Et tout l’empire de Manuel.

 

 

VII

Qu’en France et en Berry,

Et à Poitiers et à Tours,
 

Notre Seigneur cherche secours
 

Contre les Turcs qui le tiennent banni,

Puisqu’ils lui ont enlevé les vallons et le ruisseau
 

Où se rendaient les pécheurs ;
 

Et tout homme qui ne se réveille pas
 

Contre cette gent scélérate
 

Me parait bien dissemblable à Daniel
 

Qui tua le dragon de Bel.

 

 

VIII

Par Saint Jacques qu’on appelle

L’apôtre de Compostelle,

A Luzia, il y a un Michel

Qui, pour moi, vaut mieux que celui du ciel.

 

 

IX

Nobles Rois, la Provence vous appelle ;

Que Don Sanche la détache de vous,
 

Car il en tire la cire et le miel

Et, ici, ne vous transmet que le fiel.

 

traduction en français actuel Joseph Anglade (les poésies de Peire Vidal, 1913). 

 

 

I

Be -m pac d’ivern e d’estiu
E de fretz e de calors,
Et am neus aitan com flors
E pro mort mais qu’avol viu :
Qu’enaissi m ten esforsiu
E gai Jovens et Amors.
Equar am domna novela,
Sobravinen e plus bêla,
Paro.m rozas entre gel
E clars temps ab trebol cel.

 

II

Ma domn’ a pretz soloriu
Denan mil combatedors,
E contra.ls fals fenhedors
Ten establit Montesquiu :
Per qu’al seu ric senhoriu
Lauzengiers no pot far cors,
Que sens e pretz la capdela,
E quan respon ni apela,
Sei dig an sabor de mel,
Don sembla Sant Gabriel.

 

III

E fai.s plus temer de griu
A vilas domnejadors,
Et als fis conoissedors
A solatz tant agradiu,
Qu’al partir quecs jur’ e pliu
Que domn’ es de las melhors :
Per que – m trahin’ e.m cembela
E.m tra.l cor de sotz l’aissela,
E a.m leial e fizel
E just plus que Deus Abel

 

IV

Del ric pretz nominatiu
Creis tan sa fina valors
Que no pot sofrir lauzors
La gran forsa del ver briu.
Sei enemic son caitiu
E sei amie ric e sors.
Olh, front, nas, boch’ e maissela,
Blanc peitz ab dura mamela,
Del talh dels filhs d’Israël
Et es colomba ses fel.

 

V

Lo cor tenh morn e pensiu,
Aitan quant estauc alhors ;
Pois creis m’en gaugz e doussors,
Quan del seu gen cors m’aiziu.
Qu’aissi com de recaliu
Ar m’en ve fregz, ar calors ;
E quar es gai’ et isnela
E de totz mals aibs piucela,
L’am mais per Sant Raphaël,
Que Jacobs no fetz Rachel.

 

VI

Vers, vai t’en ves Montoliu
E di m’a las très serors,
Que tan mi platz lor amors,
Qu’ins en mon cor las escriu ;
Ves totas très m’umiliu ;
E.n fatz domnas e senhors.
E plagra.m mais de Castela
Una pauca jovensela,
Que d’aur cargat mil camel
Ab l’emperi Manuel.

 

VII

Qu’en Fransa et en Beriu
Et a Peiteu et a Tors
Quer Nostre Senher socors
Pels Turcs que.l tenon faidiu,
Car tout l’an los vaus e.l riu
On anavo.lh pechadors ;
E totz hom que no-s revella
Contr’aquesta gen fradella
Mal me sembla Daniel
Que.l dragon destruis a bel.

 

VIII

Per Sant Jacme qu’om apela
L’apostol de Compostela,
En Luzi’ a tal Miquel
Que.m val mais que cel del cel.

 

IX

Francs reis, Proensa.us apella,
Qu’en Sancho la.us desclavella,
Qu’el en trai la cer’ e.l mel
E sai trametvos lo fel.

Peire Vidal (vers 1150-1210) Troubadour - Je me délecte d’hiver et d’été
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28 mars 2026 6 28 /03 /mars /2026 13:57

 

 

 

Guillaume IX d'Aquitaine  ou Guillaume VII de Poitiers (1071-1126) comte de Poitiers, duc d'Aquitaine et de Gascogne, premier Troubadour poète de langue d'Oc connu


 

Moult joyeux me prends à aimer

 

Moult joyeux me prends à aimer

Une joie et plus m’y veux plonger,

Puisqu’à joie veux m’abandonner

Bien juste, si peux, au mieux aller,

La plus parfaite rechercher,

Que l’on puisse voir et entendre.

 

Le savez, ne me veux vanter,

De grands laus ne me sais couvrir,

Mais si onc joie peut fleurir,

Celle-là doit son grain porter

Et entre toutes resplendir

Comme soleil en sombre jour.

 

Onc homme ne peut l’imaginer

Dans le vouloir ou le désir,

Ou en pensée ou en rêve ;

Telle joie ne se peut trouver,

Et qui bien la voudrait louer

D’un an n’y pourrait parvenir.

 

Toute joie doit s’humilier

Et toute puissance obéir

A ma dame, pour son bel accueil

Et son bel et plaisant égard ;

Tel homme peut bien cent ans durer

Qui joie de s’amour peut saisir.

 

Par sa joie peut malade guérir,

Et par son ire les sains occire,

D’un sage elle peut faire un fol,

A bel homme sa beauté ravir,

Et le plus courtois avilir,

Et chaque vilain faire ennoblir.

 

Puisque meilleur ne peut trouver,

Ni d’yeux voir ni de bouche dire,

Près de moi la veux retenir,

Pour mon cœur dedans rafraîchir

Et pour ma chair renouveler

Et pour m’empêcher de vieillir.

 

Si ma dame (me) veut s’amour donner,

Saurai le prendre et remercier,

Tenir secret et la louer

Et pour son plaisir dire et faire

Et son prix bien apprécier

Et ses louanges publier.

 

Par autrui n’ose rien mander

Telle peur ai qu’elle s’irrite,

Ni de même, tant crains faillir,

Ne lui ose lui m’amour monter ;

D’elle j’attends mon allégeance,

Car seule elle peut me guérir.

 

Adaptée de l’occitan par France Igly In, « Troubadours et trouvères »

Pierre Seghers, 1960

Guillaume IX d'Aquitaine ou Guillaume VII de Poitiers (1071-1126) Troubadour poète - Moult joyeux me prends à aimer
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