22 mars 2026 7 22 /03 /mars /2026 11:59

 

 

Francesco Petracca ou Petrarca, en français François Pétrarque ou simplement Pétrarque, (1304-1374), est un érudit, poète et humaniste italien de la république de Florencee.

Pétrarque passe à la postérité pour la qualité de sa poésie qui met en vers son amour pour Laure de Sade. Son Canzoniere, dans lequel il rénove la manière des écrivains du « dolce stil novo », a eu une influence stylistique et linguistique majeure.

Canzoniere

61-

Que bénis soient le jour et le mois et l'année,

La saison et le temps et l'heure et le moment,

Le beau pays et le lieu où je fus atteint

Par deux beaux yeux lesquels alors m'ont enchaîné ; Et bénis soient aussi le premier doux tourment

Que je sentis à être avec Amour lié,

Et son arc et ses traits, dont je fus transpercé,

Et la plaie qui pénètre au-dedans de mon cœur ;

Bénis soient à jamais les mots que j'ai sans nombre

Répandus pour clamer le cher nom de ma dame,

Et mes soupirs et mes larmes et mon désir ;

Et bénis à jamais toutes les écritures

Où je lui donne un grand renom et ma pensée

Qui n'appartient qu'à elle et où n'a part nulle autre.

Pétrarque, (1304-1374) érudit, poète et humaniste italien - Canzoniere 61
Partager cet article
Repost0
22 mars 2026 7 22 /03 /mars /2026 11:24

 

 

Geoffrey Chaucer (1340-1400) est un écrivain et poète anglais 

Le Canticus Troili est une traduction du Sonnet 132 de Francesco Petrarque, intégrée par Geoffrey Chaucer dans son poème Troilus et Criseyde écrit en 1380.


 

canticus Troili 

Troilus et Criseyde


 
Si l’amour n’existe pas, O Dieu, alors qu’est-ce que je ressens ?

Et si l’amour existe, quelle chose est-il, qui n’est pas le néant ?

Si

Et si j’y consens, elle est à ma charge

Ma plainte, vraiment :

Ainsi ballotté de long en large

Sans gouvernail dans un bateau je suis;

Au milieu de la mer, deux risées essuie,

Qui toujours l’une contre l’autre, soufflent batailleuses.

Hélas! Quelle est cette maladie merveilleuse?

De la chaleur du froid, de la froidure du chaud, mourant je suis..

l’amour est bon, d’où vient mon malheur?

S’il est mauvais, une merveille, il me semble, en demeure,

Quand chaque adversité et tourment

Qui viennent de lui, me semblent nectar gourmand,

Car plus j’en ai soif, plus j’en suis buveur.
 
 
Et s’il vient de mon propre désir que ma brûlure jamais ne soit extincte,

D’où viennent mes gémissements et ma plainte?

Si mes maux m’agréent, alors à qui est-ce que me plains?

Je ne sais pourquoi, infatigable, je n’en défaille pas moins.

O mort vivace, O doux coup, aux si désuètes arrière-pensées,

Comment, se peut-il, de toi, y avoir, en moi, si grande quantité,

A moins que je ne consente que tu sois ainsi invité?

 

Geoffrey Chaucer (1340-1400) écrivain et poète anglais - canticus Troili
Partager cet article
Repost0
21 mars 2026 6 21 /03 /mars /2026 13:39

 

 

 

Bernard de Ventadour (Bernat de Ventadorn en ancien occitan), né vers 1120 à Ventadour (aujourd’hui dans le département de la Corrèze) et mort vers 1195 à l'abbaye de Dalon, en Périgord, est l'un des plus célèbres troubadours occitans.

Chanson d’amour éprouvé par le troubadour pour une dame,

Amour « unique, immuable » qui ne lui apporte que « douleur » et « pénitence » et souhaite de lui

rester soumis.


 

Chanson à sa Dame

 

Le temps va et vient et virent

Par jours, par mois et par années.

Moi je ne sais plus que dire,

J’ai toujours même désir

Il est unique, immuable ;

Je n’ai voulu, ne veut qu’elle

Qui ne fait pas mon bonheur

A elle joie et beauté,

A moi douleur et dommage.

A ce jeu que nous jouons

Je suis doublement perdant.

Est perdu pour qui l’endure

Amour donné sans retourna

Et sans espoir d’accordailles

(...)

Bernard de Ventadour (1120- vers 1195) troubadour occitan - Chanson à sa Dame
Partager cet article
Repost0
19 mars 2026 4 19 /03 /mars /2026 23:21

Marie de France (fl. 1160-1210) est une poétesse de la « Renaissance du XIIe siècle », la première femme de lettres en Occident à écrire en langue vulgaire. Elle appartient à la seconde génération des auteurs qui ont inventé l'amour courtois.

 

 

Le chèvrefeuille

J'ai bien envie de vous raconter
la véritable histoire
du lai qu'on appelle Le chèvrefeuille
et de vous dire comment il fut composé et quelle fut son origine.
On m'a souvent relaté
l'histoire de Tristan et de la reine,
et je l'ai aussi trouvée dans un livre,
l'histoire de leur amour si parfait,
qui leur valut tant de souffrances
puis les fit mourir le même jour.


Le roi Marc, furieux
contre son neveu Tristan,
l'avait chassé de sa cour
à cause de son amour pour la reine.
Tristan a regagné son pays natal,
le sud du pays de Galles,
pour y demeurer une année entière
sans pouvoir revenir.
Il s'est pourtant ensuite exposé sans hésiter
au tourment et à la mort.
N'en soyez pas surpris :
l'amant loyal
est triste et affligé
loin de l'objet de son désir.
Tristan, désespéré,
a donc quitté son pays
pour aller tout droit en Cornouaillle,
là où vit la reine.
Il se réfugie, seul, dans la forêt,
pour ne pas être vu.
Il en sort le soir
pour chercher un abri
et se fait héberger pour la nuit
chez des paysans, de pauvres gens.
Il leur demande
des nouvelles du roi
et ils répondent
que les barons, dit-on,
sont convoqués à Tintagel.
Ils y seront tous pour la Pentecôte
car le roi veut y célébrer une fête :
il y aura de grandes réjouissances
et la reine accompagnera le roi.

Cette nouvelle remplit Tristan de joie :
elle ne pourra pas se rendre à Tintagel
sans qu'il la voie passer !
Le jour du départ du roi,
il revient dans la forêt,
sur le chemin que le cortège
doit emprunter, il le sait.
Il coupe par le milieu une baguette de noisetier
qu'il taille pour l'équarrir.
Sur le bâton ainsi préparé,
il grave son nom avec son couteau.
La reine est très attentive à ce genre de signal :
si elle aperçoit le bâton,
elle y reconnaîtra bien
aussitôt un message de son ami.
Elle l'a déjà reconnu,
un jour, de cette manière.
Ce que disait le message
écrit par Tristan,
c'était qu'il attendait
depuis longtemps dans la forêt
à épier et à guetter
le moyen de la voir
car il ne pouvait pas vivre sans elle.
Ils étaient tous deux
comme le chèvrefeuille
qui s'enroule autour du noisetier :
quand il s'y est enlacé
et qu'il entoure la tige,
ils peuvent ainsi continuer à vivre longtemps.
Mais si l'on veut ensuite les séparer,
le noisetier a tôt fait de mourir,
tout comme le chèvrefeuille.
« Belle amie, ainsi en va-t-il de nous :
ni vous sans moi, ni moi sans vous ! »

La reine s'avance à cheval,
regardant devant elle.
Elle aperçoit le bâton
et en reconnaît toutes les lettres.
Elle donne l'ordre de s'arrêter
aux chevaliers de son escorte.
On lui obéit
et elle s'éloigne de sa suite,
appelant près d'elle
Brangien, sa loyale suivante.
S'écartant un peu du chemin,
elle découvre dans la forêt
l'être qu'elle aime le plus au monde.
Ils ont enfin la joie de se retrouver !
Il peut lui parler à son aise
et elle, lui dire ce qu'elle veut.
Puis elle lui explique
comment se réconcilier avec le roi :
elle a bien souffert
de le voir ainsi congédié,
mais c'est qu'on l'avait accusé auprès du roi.
Puis il lui faut partir, laisser son ami :
au moment de se séparer,
ils se mettent à pleurer.
Tristan regagne le pays de Galles
en attendant d'être rappelé par son oncle.

Pour la joie qu'il avait eue
de retrouver son amie,
et pour préserver le souvenir du message qu'il avait écrit
et des paroles échangées,
Tristan, qui était bon joueur de harpe,
composa à la demande de la reine,
un nouveau lai.
D'un seul mot je vous le nommerai :
les Anglais l'appellent Goatleaf
et les Français Chèvrefeuille.
Vous venez d'entendre la véritable histoire
du lai que je vous ai raconté.
Marie de France (fl. 1160-1210) poétesse – le chèvrefeuille
Partager cet article
Repost0
19 mars 2026 4 19 /03 /mars /2026 12:51

 

 

Horace (en latin : Quintus Horatius Flaccus, 65 av. J.-C. - 8 av. J.-C.) est un poète de l'Antiquité romaine.

 

Né à Venosa, en Apulie, dans une famille modeste affranchie, Horace bénéficie néanmoins d'une éducation soignée grâce à son père, qui investit dans son avenir et lui permet d'étudier à Rome et à Athènes. C'est dans cette dernière ville qu'il approfondit sa formation philosophique, influencée par l'épicurisme et le stoïcisme, des courants qui marqueront durablement sa vision du monde et son écriture.

 

Odes, III, 9.

 

HORACE :

Tant que je t'ai plu et qu'aucun autre, plus aimé, n'a entouré de ses bras ton cou blanc, j'ai vécu plus heureux que le roi des Perses.

 

LYDIE :

Tant que tu n'as brûlé pour une autre plus que pour moi et que Lydia ne passait point après Chloé, la renommée de Lydia a été grande, et j'ai vécu plus illustre que la Romaine Ilia.

 

HORACE :

Maintenant Chloé de Thrace règne sur moi; habile aux doux chants et à jouer de la cithare. Je ne craindrais point de mourir pour elle, si, épargnée par les destins, elle devait me survivre.

 

LYDIE :

Il me consume d'un amour qu'il partage, Calaïs, fils d'Ornytus de Thurium. Je consentirais à mourir deux fois pour lui, si, épargné par les destins, le jeune homme devait me survivre.

 

HORACE :

Quoi! Si l'ancienne Vénus revenait et nous réunissait encore sous son joug d'airain? Si la blonde Chloé était rejetée, et si ma porte s'ouvrait à Lydia repoussée ?

 

LYDIE :

Bien qu'il soit plus beau qu'un astre, et toi plus léger que le liège et plus irritable que l'orageuse Hadria, c'est avec toi que j'aimerais vivre, avec toi que je voudrais mourir!

Horace (Quintus Horatius Flaccus, 65 av. J.-C. - 8 av. J.-C.) poète de l'Antiquité romaine - Odes, III, 9. Horace et Lydie
Partager cet article
Repost0
18 mars 2026 3 18 /03 /mars /2026 21:13

 


 

Virgile (en latin Publius Vergilius Maro), dit « le Cygne de Mantoue », (15 octobre 70 av. J.-C.) poète latin contemporain de la fin de la République romaine et du début du règne de l'empereur Auguste.

Son œuvre, notamment ses trois grands ouvrages qui représentent chacun un modèle dans leur style (l'Énéide en style noble, les Bucoliques en style bas ou humble, et les Géorgiques en style moyen), est considérée comme représentant la quintessence de la langue et de la littérature latine.

 

 

La disparition de Créuse



(730)

J’approchais des portes, et déjà je me voyais parvenu au bout
du chemin (…)

Là, dans mon anxiété, je ne sais quelle puissance maligne me troubla, m’ôtant toute présence d’esprit. Car je dévie ma route et je poursuis hors des sentiers connus, mais pendant ce temps, hélas, mon épouse Créuse s’est-elle arrêtée ravie par un destin funeste ?


s’est-elle trompée de route ? est-elle tombée de fatigue ?

 

 

(740)

nul ne sait, mais par la suite elle ne fut plus rendue à nos yeux,

Moi, je veux retourner dans la ville, et je ceins mes armes brillantes.

 

 

(750)

Je suis décidé à reprendre tous les risques, à retraverser Troie tout entière et exposer ma vie aux mêmes dangers.

Je commence par rejoindre les remparts et le seuil caché dans l’ombre

de la porte par laquelle j’étais sorti, et je remonte nos traces,

attentif à les suivre dans la nuit, les fouillant du regard.

 

 

(755)

Partout l’horreur, partout le silence même qui l’accompagne est épouvantable.


Puis je reviens à notre maison, peut-être avait-elle, peut-être y était-elle retournée. Mais les Danaens l’avaient envahie et l’occupaient entièrement.


Et là tout est fini, le feu dévorant poussé par le vent jusqu’en haut du toit


tourbillonne, les flammes gagnent, le brasier enfle avec fureur dans les airs.

 

 

(760)

J’avance encore et je vais revoir le palais de Priam et la citadelle.


(...)Je fis plus, n’hésitant pas à donner de la voix dans l’ombre,

et j’emplis les rues de mes cris, et dans ma tristesse j’appelai Créuse,

 

 

(770)

vainement je répétai son nom encore et encore.


Je la cherchais et je devenais fou, égaré sans fin parmi les toits de la ville, quand un spectre infortuné, l’ombre de Créuse elle-même apparut devant mes yeux, un fantôme plus grand que celle que je connaissais.

Je me figeai, mes cheveux se dressèrent et ma voix se bloqua dans la gorge.

 

 

(775)

Mais elle me parlait et m’ôtait toute inquiétude par ses paroles :

« À quoi sert de t’abandonner à une douleur sans mesure,

ô mon doux époux ? Ces choses n’arrivent pas sans volonté des dieux.
Et il n’est pas permis que tu emmènes d’ici Créuse avec toi,

celui qui règne tout au-dessus de l’
Olympe ne l’autorise pas.



(780)

Tu vas connaître un long exil, à labourer la vaste plaine des mers,

puis tu arriveras à la terre d’
Hespérie, où le Thybre Lydien
au milieu de grasses terres coule en fleuve tranquille.
Là-bas la prospérité, un royaume et une épouse royale

te sont réservés. Chasse tes larmes pour ton aimée Créuse.(...)

Maintenant, adieu, et conserve notre amour au fils qui est le nôtre. »

 

 

(790)

Quand elle eut fini de parler, je pleurais, j’avais tant de choses
à lui dire, mais elle s’éloigna et s’évanouit dans l’air impalpable.
Trois fois alors j’ai essayé d’enlacer son cou de mes bras,
trois fois, agrippé en vain, le fantôme m’échappa,
comme un vent léger, comme passe un songe ailé.

 

 

(795)

Ainsi je ne reviens vers mes compagnons qu’une fois la nuit terminée.

 Virgile (15 octobre 70 av. J.-C.) poète latin - La disparition de Créuse
Partager cet article
Repost0
18 mars 2026 3 18 /03 /mars /2026 20:58
Cette traduction originale, due à Lionel-Édouard Martin, relève du droit de la propriété intellectuelle.  Il est permis de la diffuser, à la condition expresse que le nom du traducteur soit clairement indiqué.


« Mais quelle ardeur me pousse… ? Inédits, ces soupirs…

Un dieu a-t-il un arc plus puissant que le mien ?

Quel frère m’a conçu, me bernant, ma déesse

De mère ? Mes dards traits sur l’univers ont-ils

Par trop pressé le ciel, est-ce là la revanche

Du monde outragé ? – Non : je connais mes blessures,

C’est là mon feu, mon feu, qui n’épargne personne.

Je suis pris de furies et de feux ! – Cache-toi,

Jupiter, dans les cieux, toi, dans les flots, Neptune,

Au secret, toi Pluton, des tourments infernaux :

Je vais lever le faix qu’on m’impose et voler

Par la terre et le ciel, la mer tempétueuse,

Et par l’ombreux Chaos ; que les règnes bleus s’ouvrent !

Que cède à mon poison la farouche Bellone !

Peine aimable à chacun : stupeur des dieux ! » L’Amour
 

Cruel inspire, et cherche en son mal à piper…

 

 


Cupido amans
 
Quis me fervor agit ? Nova sunt suspiria menti.
Anne aliquis deus est nostro vehementior arcu ?
Quem mihi germanum fato fraudante creavit
diva parens ? Satis an mea spicula fusa per orbem
 
vexavere polum laesusque in tempore mundus
invenit poenam ? Sed si mea vulnera novi,
hic meus est ignis : meus est, qui parcere nescit.
In furias ignesque trahor ! Licet orbe superno,
Juppiter, et salsis undis, Neptune, tegaris,
abdita poenarum te cingant Tartara, Pluton,
impositum rumpemus onus ! Volitabo per axem
mundigerum caelique plagas pontique procellas
umbriferumque Chaos ; pateant adamantina regna,
torva venenatis cedat Bellona flagellis
Poenam mundus amet : stupeat vis major ! Anhelat
 
in se saevus Amor fraudemque in vulnere quaerit !
 
(in Anthologia veterum latinorum epigrammatum et poëmatum)
Anonyme (Antiquité latine) : Cupidon amoureux / Cupido amans
Partager cet article
Repost0
18 mars 2026 3 18 /03 /mars /2026 20:55

 

 

 

Théocrite (né vers 310 et mort vers 250 av. J.-C.,) poète grec, auteur de mimes (imitations comiques du langage ou des gestes), d'idylles pastorales et de contes épiques. Il était considéré comme l'un des sept poètes de la Pléiade poétique (IIIe siècle av. J.-C.).


 

 


 

 

IIIe IDYLLE

LE CHEVRIER, OU AMARYLLIS


Plaintes amoureuses d'un chevrier

 

Je vais chanter devant la grotte d'Amaryllis, pendant que sur la montagne Tityre a soin de mes chèvres. Mon bon ami, Tityre, veille sur mon troupeau ; tu l'abreuveras ensuite, mais prends garde, ce bouc de Libye est fort et vigoureux, il pourrait te frapper de sa corne. Adorable Amaryllis, pourquoi ne pas t'asseoir à l'entrée de ta grotte? pourquoi ne pas appeler à tes côtés celui que tes charmes enivrent d'amour ? Dis-moi, nymphe si jolie! me trouverais-tu le nez trop court et le menton trop allongé ? Ah! tu veux donc que je meure !


Voilà dix pommes : je les ai cueillies sur l'arbre que tu m'as toi-même désigné. Demain je t'en apporterai dix autres, mais prends pitié, je t'en conjure, prends pitié de ma douleur.


Que ne suis-je légère abeille ! je pénétrerais dans ta grotte, je me glisserais dans le lierre et la fougère qui servent de couche à tes membres délicats.


Je connais l'amour maintenant : dieu impitoyable, il a sucé le lait d'une lionne, et sa mère l'a nourri dans les forêts ; il embrase mon sang, il consume mes os.


Jeune fille au regard si doux et au cœur d'airain, nymphe aux noirs sourcils, serre-moi dans tes bras, accorde-moi un baiser : un simple baiser a tant de charmes!
Amaryllis que j'adore, tu me forceras à briser cette couronne de lierre et de persil odorant que j'ai tressée pour toi !


Hélas! que faire ? que devenir ? Tu es sourde à ma voix ! Je vais me dépouiller de mes habits et me précipiter dans les ondes du haut de cette roche d'où le pêcheur Olpis amorce le thon vorace. Si j'échappe au trépas, du moins mon désespoir réjouira ton cœur barbare.


J'ai appris naguère combien tu me haïssais. Curieux de savoir si tu avais de l'amour pour moi, j'interrogeai la feuille du pavot : en vain je la pressai sur ma main ; elle s'y flétrit sans rendre aucun son.


Elle m'a dit aussi la vérité, la vieille Agréa que le crible instruit de l'avenir. Elle glanait aux champs, et sur ma demande que j'eus soin d'accompagner d'une récompense, elle me répondit : "Chevrier, tu brûles pour une inhumaine."


Cependant je garde pour toi une chèvre, blanche comme le lis, et mère de deux petits. La brune Érithacis, fille de Mermnon, me la demande ; eh bien! je la lui donnerai, puisque tu te ris de mon amour.


Dieux ! un tressaillement à l'œil droit !...Dois-je la voir ?... Je vais m'asseoir sous ce pin, et commencer une chanson; peut-être me regardera-t-elle ? la belle Amaryllis n'a pas un cœur  d'airain.


(Il chante).


"Amoureux d'une jeune princesse, Hippomène, les mains pleines de pommes, s'élance dans la carrière, et le premier touche au but. A la vue de ces fruits dorés, Atalante s'enflamme ; elle brûle d'amour pour son vainqueur.


Le devin Mélampe conduit à Pylos les troupeaux qui paissaient sur l'Othrys , et la mère de la sage Alphésibée devient l'heureuse épouse de Bias.

 

Et Adonis, lorsqu'il gardait ses troupeaux sur les hautes montagnes, n'inspira-t-il pas à la belle Vénus un amour violent ? ne vit-on pas cette Immortelle presser sur son sein l'amant que la mort venait de lui ravir ?


Qu'il est digne d'envie, ô Endymion, ce sommeil éternel qui ferme tes paupières ! Heureux, femme adorée, heureux Jasion ! Il a obtenu ce que vous ne connaîtrez jamais, profanes mortels!"


Ma tête souffre, mais tu n'y songes guère. Je ne chanterai plus. Je vais me coucher ici ; les loups me dévoreront, et ma mort te sera plus douce que le miel. 

 

 

Théocrite (vers 310-vers 250 av. J.-C.,) poète grec - Idylles
Partager cet article
Repost0
18 mars 2026 3 18 /03 /mars /2026 20:05

 

 

 

Théocrite (né vers 310 et mort vers 250 av. J.-C.,) poète grec, auteur de mimes (imitations comiques du langage ou des gestes), d'idylles pastorales et de contes épiques. Il était considéré comme l'un des sept poètes de la Pléiade poétique (IIIe siècle av. J.-C.).

 

 

IIe IDYLLE

LA MAGICIENNE

 

Cimétha, éprise d'amour pour le Myndien Delphis, cherche par des enchantements à le tirer du gymnase et à le ramener à elle. Elle invoque Hécate et la Lune, divinités favorables aux amants. Un esclave Thestylis la seconde dans ses opérations magiques.

 

Où sont les lauriers? où sont les philtres ? apporte-les, Thestylis. Couvre cette coupe d'une rouge toison ; je veux poursuivre de mes enchantements le parjure qui cause mes maux. Depuis douze jours ce perfide est loin de moi, et il ne s'informe point si je vis ou si je meurs. Il n'est plus venu frapper à ma porte, le cruel ! Ah! sans doute l'Amour et Vénus ont allumé d'autres feux dans son cœur inconstant. Demain j'irai au gymnase de Timagètes pour le voir et lui demander la raison de sa conduite. Aujourd'hui poursuivons-le de nos enchantements.


Ô Lune ! pare ton front d'un nouvel éclat ; c'est ma voix qui t'implore, reine des nuits ; et toi aussi, souterraine Hécate, toi que les chiens même redoutent lorsque, te promenant parmi les tombeaux, ton pied se pose dans le sang.


Terrible Hécate, je te salue. Reste auprès de moi jusqu'à la perfection de ces philtres ; qu'ils ne le cèdent ni à ceux de Circé, ni à ceux de Médée, ni à ceux de la blonde Périmède.


Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.


Déjà le feu a consumé cette orge. Verse maintenant...  Malheureuse Thestylis, à quoi penses-tu donc ? Maudite esclave, te jouerais-tu aussi de moi ?... Verse le sel et dis ces paroles : "Je jette aux flammes les os de Delphis.

"
Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.


Delphis cause mes maux ; c'est pour Delphis que je brûle ce laurier. Il pétille en l'enflammant, déjà il est tout consumé sans même laisser de cendre : qu'ainsi se dissipe en flamme légère le parjure Delphis !


Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.


Comme la cire se fond au feu, que le Myndien Delphis fonde soudain d'amour pour moi, et que, pareil à ce globe d'airain que ma main fait tourner, l'infidèle poursuivi par Vénus, tourne autour de ma demeure.


Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.


Je vais brûler ce son ; toi, Diane, toi qui fléchirais Rhadamanthe lui-même et les cœurs les plus inflexibles des Enfers... Écoute, Thestylis... Les chiens aboient... c'est pour nous qu'ils font retentir la ville de leurs hurlements. La déesse est dans les carrefours ; vite, vite, frappe ce vase d'airain.


Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.


Déjà la mer se tait, les vents s'apaisent, tout dort, le chagrin seul veille au fond de mon cœur : je brûle d'amour pour celui qui, au lieu du nom d'épouse, ma donné l'infamie, m'a ravi l'honneur.


Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.


Je fais trois libations, et trois fois, astre brillant des nuits, je t'adresse cette prière : "Quel que soit l'objet qui partage la couche de Delphis, qu'il l'oublie à l'instant, comme Thésée oublia jadis dans Naxos Ariane à la belle chevelure."


Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.


L'hippomane que produit l'Arcadie, rend furieux et fait bondir sur les montagnes les jeunes chevaux et les cavales rapides. Puissé-je voir ainsi Delphis voler, plein d'amour, du gymnase à ma demeure!


Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.


Delphis a perdu cette frange de son manteau ; je la déchire et la jette sur le feu dévorant. Hélas! cruel amour ! pourquoi, pareil à l'avide sangsue, t'attacher à mon corps, pourquoi dévorer ma vie ?


Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.


Je broie ce vert lézard, breuvage funeste que je te présenterai demain. Thestylis, prends ces philtres, inonde le seuil de sa maison, ce seuil où est attaché mon cœur, et le perfide ne s'en soucie pas! Crache et dis : "Je jette aux vents les cendres de Delphis."


Oiseau sacré, vers moi rappelle mon volage amant.


Je suis seule... Par où commencerai-je à dire mon déplorable amour ? Qui dois-je en accuser? Anaxo, fille d'Eubolus, allait au bois de Diane, portant sur sa tête la corbeille sacrée. Dans ce bois furent amenées de toutes parts des bêtes féroces pour orner la fête ; parmi elles se trouvait une lionne.


Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.


Theucarila, ma nourrice et ma voisine, née parmi les Thraces, et qui est maintenant dans l'heureux Élisée, me pressa, me conjura d'aller voir cette pompe solennelle, et moi, pauvre jeune fille, je la suivis vêtue de beaux habits de lin et couverte du riche manteau de Cléarista.


Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.


A moitié du chemin, près de la cabane de Lycon, je vis Delphis marchant avec Eudamippe. Un duvet fin et doré colorait leurs joues, et leur poitrine étincelait d'un éclat plus pur que le tien, ô Lune! Ils revenaient du gymnase et de leurs nobles exercices.


Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.


A sa vue, infortunée que je suis ! je devins toute en feu, ma raison s'égara, mon front pâlit, la fête disparut à mes yeux ; j'ignore quelle main alors me ramena chez moi. En proie à la fièvre brûlante, dix jours et dix nuits je fus attachée sur un lit de douleur.


Reine des nuits apprends quel fut mon amour.


Mon corps prit la triste couleur du thopsos ; ma tête se dégarnissait de ses cheveux et mes os n'étaient couverts que d'une peau livide. Qui n'implorai-je point? De quelle magicienne n'ai-je point invoqué les enchantements ? Cependant point de remède! et le temps fuyait toujours!


Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.


Enfin j'ouvris mon cœur à mon esclave : "Thestylis, cherche un remède à mes maux! Le Myndien seul possède toute mon existence. Va, épie autour du gymnase de Timagètes : c'est là qu'il se promène ; c'est là qu'il dispute le prix de la lutte, ce délicieux amusement de son âge ...


Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.


S'il est seul, fais-lui signe et dis-lui doucement : "Simétha vous appelle, suivez-moi." Je dis, elle part et amène le beau Delphis. Quand d'un pas agile je l'entendis franchir le seuil de ma porte...


Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.


Je devins plus froide que la glace ; de mon front la sueur ruisselait semblable à la rosée du midi ; mes paroles expiraient sur mes lèvres ; ainsi l'enfant dans un songe veut appeler sa mère et demeure sans voix. J'étais froide, immobile comme un marbre.


Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.


Le perfide me voit, baisse les yeux, s'assied sur ma couche : "Simétha, me dit-il, en m'appelant aujourd'hui, tu m'as prévenu de moins encore que j'ai devancé hier à la course le beau Philinus.


Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.


 Oui, je serais venu de moi-même, j'en atteste le tendre amour, je serais venu cette nuit, suivi de deux ou trois amis, t'apporter des pommes de Bacchus, ayant sur ma tête, attachée avec des nœuds de pourpre, une couronne du peuplier consacré à l'immortel Alcide.


Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.


Si tu m'avais reçu, quelle félicité pour toi! tu aurais eu pour amant celui qu'une voix unanime a proclamé le plus beau et le plus léger de ses rivaux. Moi, j'aurais été satisfait de savourer un seul baiser sur tes lèvres vermeilles ; mais si, me repoussant, ta main eût continué à fermer le verrou de ta porte, alors le fer et le feu m'auraient frayé un chemin jusqu'à toi.


Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.


Je remercie d'abord Vénus de mon bonheur ; toi ensuite, ma bien-aimée, toi qui m'as arraché du milieu des flammes, qui m'as appelé dans ta demeure lorsque déjà j'étais à moitié consumé; car souvent le feu de Vulcain cède au feu de l'amour.


Reine des nuits, apprends quel fut mon amour.


Oui, c'est l'amour qui arrache la jeune vierge à son lit solitaire; c'est l'amour qui arrache de la couche nuptiale l'épouse palpitant encore des baisers de son époux." Ainsi parla Delphis, et moi, fille crédule et aimante, je le pris par la main; je l'attirai tendrement sur mon lit. Son corps échauffa mon corps, nos lèvres brûlantes s'unirent et mille délices inondèrent nos âmes.


Qu'ajouterai-je encore, ô Lune bien-aimée ! Les doux mystères s'accomplirent.


Depuis ce moment nos jours s'écoulaient doux et sereins. Delphis et moi n'avions aucun reproche à nous faire. Mais la mère de Philisto, ma joueuse de flûte, mère aussi de Mélixo, est venue me voir ce matin au moment où les chevaux du Soleil, sortis de l'Océan, s'élançaient dans le ciel, chassant devant eux l'Aurore aux doigts de rose, et entre plusieurs propos elle m'a dit : "Delphis a une autre passion ; je ne connais pas celle qu'il aime, mais je sais qu'il boit souvent à ses nouvelles amours. Tu es abandonnée ; ton infidèle orne de festons fleuris la maison de l'objet de ses feux."


Voilà ce que m'a raconté ma voisine, elle qui dit toujours la vérité. En effet auparavant l'ingrat venait me voir trois ou quatre fois par jour ; souvent il a oublié chez moi sa coupe dorique, et voilà douze jours que je ne l'ai vu! Est-il vrai qu'il a d'autres amours ? qu'il m'à oubliée ? Je prétends qu'il tienne ses serments, et s'il me néglige encore, j'en jure par les Parques, bientôt il verra les rives de l'Achéron, car, puissante déesse, c'est d'un Assyrien que j'ai appris à composer les poisons renfermés dans cette urne magique.


Adieu reine des nuits, dirige tes coursiers vers l'Océan ; pour moi, j'ai souffert et je souffrirai encore

.
Adieu Lune au front brillant ; adieu vous aussi, astres qui accompagnez le char silencieux de la reine des nuits. 
 

Théocrite (vers 310-vers 250 av. J.-C.,) poète grec - II° Idylles - La magicienne
Partager cet article
Repost0
18 mars 2026 3 18 /03 /mars /2026 14:16

 

 

 

Le Cantique des cantiques dit aussi Cantique (ou Chant) de Salomon, est l'un des livres poétiques de la Bible hébraïque. Il revêt la forme d'une suite de poèmes, de chants d'amour alternés entre une femme et un homme (voire où plusieurs couples s'expriment), qui prennent à témoin d'autres personnes et des éléments de la nature.

Datant du IVe siècle av. J.-C., son écriture est attribuée traditionnellement à Salomonroi d'Israël.

Le texte est lu à la synagogue lors du Shabbat de la fête de Pessa'h ainsi que, dans la tradition séfarade, lors de l’office du vendredi soir (Kabbalat Shabbat).

Il a également été intégré à la Bible chrétienne.

 

 

Cantique des cantiques 8

1.

Ah ! que n’es-tu mon frère, allaité des mamelles de ma mère ! Je te rencontrerais dehors, je t’embrasserais, et l’on ne me mépriserait pas.



2.

Je veux te conduire, t’amener à la maison de ma mère ; tu me donneras tes instructions, et je te ferai boire du vin parfumé, du moût de mes grenades.


 

3.

Que sa main gauche soit sous ma tête, et que sa droite m’embrasse !


 

4.

Je vous en conjure, filles de Jérusalem, ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour, avant qu’elle le veuille.


 

5.

Qui est celle qui monte du désert, appuyée sur son bien-aimé ?

Je t’ai réveillée sous le pommier ; là ta mère t’a enfantée, c’est là qu’elle t’a enfantée, qu’elle t’a donné le jour.


 

6.

Mets-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras ; car l’amour est fort comme la mort, la jalousie est inflexible comme le séjour des morts ; ses ardeurs sont des ardeurs de feu, une flamme de l’Éternel.



7.

Les grandes eaux ne peuvent éteindre l’amour, et les fleuves ne le submergeraient pas ; quand un homme offrirait tous les biens de sa maison contre l’amour, il ne s’attirerait que le mépris.


 

8.

Nous avons une petite sœur, qui n’a point encore de mamelles ; que ferons-nous de notre sœur, le jour où on la recherchera ?



9.

Si elle est un mur, nous bâtirons sur elle des créneaux d’argent ; si elle est une porte, nous la fermerons avec une planche de cèdre.



10.

Je suis un mur, et mes seins sont comme des tours ; j’ai été à ses yeux comme celle qui trouve la paix.


 

11.

Salomon avait une vigne à Baal-Hamon ; il remit la vigne à des gardiens ; chacun apportait pour son fruit mille sicles d’argent.



12.

Ma vigne, qui est à moi, je la garde. À toi, Salomon, les mille sicles, et deux cents à ceux qui gardent le fruit !


 

13.

Habitante des jardins ! Des amis prêtent l’oreille à ta voix. Daigne me la faire entendre !



14.

Fuis, mon bien-aimé ! Sois semblable à la gazelle ou au faon des biches, sur les montagnes des aromates !


 

La Bible – Cantique des cantiques - 7
Partager cet article
Repost0

 

Recherche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Catégories

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Evans Jura

 

 

 

 

 

 

 

Evans Jura

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mes Blogs Amis À Visiter