29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 22:39

 

 

Rainer Maria Rilke (1875-1926) écrivain autrichien 

Sonnets à Orphée (1922)

 


O viens et va… 

 

O viens et va. Toi, presque enfant, achève

pour un instant la forme de tes pas :

pure constellation de l’une de ces danses

par quoi la nature, sourde ordonnatrice,

un jour est surpassée. Car elle ne se mut,

pleinement attentive, que lorsque Orphée chanta.

 

D’un autre temps encor tu étais remuée,

à peine un peu surprise, quand un arbre, lentement, 

pensait à marcher avec toi d’après son ouïe.

Tu savais encor l’endroit où la lyre

se levait, résonnant — la montée inouïe.

 

Pour elle tu tentais ces pas si beaux,

dans l’espoir qu’un jour vers la fête sans nuage

se tourneraient la marche de l’ami et son visage.
 

Henry Ryland - le jeune orphée

Henry Ryland - le jeune orphée

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29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 22:15


 

Charles Guérin (1873-1907) poète français.

 


La chanson de la bien-aimée

(villanelle)

 

La chanson de la Bien-Aimée,

Comme un trille d'oiseau siffleur,

Monte dans la nuit parfumée.

 

L'entendez-vous sous la ramée,

A travers les pommiers en fleur,

La chanson de la Bien-Aimée ?

 

Comme une vivante fumée,

Son rythme subtil et trembleur

Monte dans la nuit parfumée.

 

Et quand vient l'heure accoutumée,

Où s'exhale par la chaleur

La chanson de la Bien-Aimée,

 

Le cri de l'oiselle pâmée

Sous le baiser de l'oiseleur

Monte dans la nuit parfumée.

 

C'est une berceuse enflammée,

Musique, parfum et couleur,

La chanson de la Bien-Aimée ;

 

Et toujours mon âme est charmée

Quand, appel tendre et cajoleur,

La chanson de la Bien-Aimée

Monte dans la nuit parfumée.
 

Charles Guérin (1873-1907) - poète français - La chanson de la bien-aimée
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29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 21:30

 

 

Émile Nelligan (1879-1941) poète québécois 

1903 

 

Les Pieds sur les Chenets

Pour Ignace Paderewski

 

Maître, quand j’entendis, de par tes doigts magiques,

Vibrer ce grand Nocturne, à des bruits d’or pareil ;

Quand j’entendis, en un sonore et pur éveil,

Monter sa voix, parfum des astrales musiques ;

 

Je crus que, revivant ses rythmes séraphiques

Sous l’éclat merveilleux de quelque bleu soleil,

En toi, ressuscité du funèbre sommeil,

Passait le grand vol blanc du Cygne des pthisiques.

 

Car tu sus ranimer son puissant piano,

Et ton âme à la sienne en un mystique anneau

S’enchaîne étrangement par des causes secrètes.

 

Sois fier, Paderewski, du prestige divin

Que le ciel te donna, pour que chez les poètes

Tu fisses frissonner l’âme du grand Chopin !
 

Ignace Jan Paderewsk (1860-1941) par Granger

Ignace Jan Paderewsk (1860-1941) par Granger

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29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 21:28

 

 

Paul Fort (1872-1960) poète et dramaturge français

 


Chanson de fol


Les sorciers et les fées dansent sur le coteau

Leurs pas brûlants font des huit noirs sous les méteils

Ils dansent de la nuit venue au jour nouveau

Pour honorer le saint qui nourrit les abeilles

 

Et sept nuits et sept jours ils font la ronde encor

Jusqu'au huitième soir où géantes cigales

Les fées jouent de la flûte et les sorciers du cor

Pour honorer le dieu qui nourrit les étoiles
 

Paul Fort (1872-1960) - poète et dramaturge français - Chanson de fol
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29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 21:10

 

 

Marcel Proust (1871-1922) écrivain français,

 


Chopin


Chopin, mer de soupirs, de larmes, de sanglots

Qu’un vol de papillons sans se poser traverse

Jouant sur la tristesse ou dansant sur les flots.

Rêve, aime, souffre, crie, apaise, charme ou berce,

Toujours tu fais courir entre chaque douleur

L’oubli vertigineux et doux de ton caprice

Comme les papillons volent de fleur en fleur ;

De ton chagrin alors ta joie est la complice :

L’ardeur du tourbillon accroit la soif des pleurs.

De la lune et des eaux pale et doux camarade,

Prince du désespoir ou grand seigneur trahi,

Tu t’exaltes encore, plus beau d’être pali,

Du soleil inondant ta chambre de malade

Qui pleure à lui sourire et souffre de le voir…

Sourire du regret et larmes de l’Espoir !
 

Marcel Proust (1871-1922) - écrivain français - Chopin
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29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 20:51


 

Paul Valéry (1871-1945) écrivain, poète et philosophe français 
 

 

Orphée


... Je compose en esprit, sous les myrtes, Orphée

L’Admirable !... le feu, des cirques purs descend ;

Il change le mont chauve en auguste trophée

D’où s’exhale d’un dieu l’acte retentissant.

 

Si le dieu chante, il rompt le site tout-puissant ;

Le soleil voit l’horreur du mouvement des pierres ;

Une plainte inouïe appelle éblouissants

Les hauts murs d’or harmonieux d’un sanctuaire.

 

Il chante, assis au bord du ciel splendide, Orphée !

Le roc marche, et trébuche ; et chaque pierre fée

Se sent un poids nouveau qui vers l’azur délire !

 

D’un Temple à demi nu le soir baigne l’essor,

Et soi-même il s’assemble et s’ordonne dans l’or

À l’âme immense du grand hymne sur la lyre !
 

 Paul Valéry (1871-1945) - écrivain, poète et philosophe français - Orphée
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29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 20:37

 

 

Claude Debussy (1862-1918) compositeur français. 

 


La musique 


"La musique commence là

où la parole est impuissante à exprimer ; 

elle est écrite pour l'inexprimable. 


Je voudrais qu'elle eût l'air de sortir

de l'ombre et que, par instants, elle y rentrât,

que toujours elle fût discrète personne. 


La musique est une mathématique mystérieuse 

dont les éléments participent de l'infini".
 

Claude Debussy (1862-1918) - compositeur français - La musique 
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29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 17:49

 

 

Pierre Louÿs (1870-1925) poète français

Les Chansons de Bilitis
 


 

La danse des fleurs

 

Anthis, danseuse de Lydie, a sept voiles autour d’elle. 

Elle déroule le voile jaune, sa chevelure noire se répand. 

Le voile rose glisse de sa bouche.

Le voile blanc tombé laisse voir ses bras nus.


 
Elle dégage ses petits seins du voile rouge qui se dénoue. 

Elle abaisse le voile vert de sa croupe jusqu’aux pieds. 

Elle tire le voile bleu de ses épaules, 

mais elle presse sur sa pudeur le dernier voile transparent.

 

 Les jeunes gens la supplient : elle secoue la tête en arrière. 

Au son des flûtes seulement, elle le déchire un peu, 

puis tout à fait, et, avec les gestes de la danse, 

elle cueille les fleurs de son corps,

 

 En chantant : 

"Où sont mes roses ? où sont mes violettes parfumées ?

 Où sont mes touffes de persil ? — Voilà mes roses, je vous

les donne. 

Voilà mes violettes, en voulez-vous ? Voilà mes beaux persils frisés."
 

Les Chansons de Bilitis, François-Louis Schmied Paris - La danse des fleurs

Les Chansons de Bilitis, François-Louis Schmied Paris - La danse des fleurs

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29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 17:40

 

 

Pierre Louÿs (1870-1925) poète français

Les Chansons de Bilitis

 

 

La flûte de pan

 

Pour le jour des Hyacinthies, il m’a donné une syrinx 

faite de roseaux bien taillés, unis avec de la blanche cire 

qui est douce à mes lèvres comme du miel.

 

Il m’apprend à jouer, assise sur ses genoux ; 

mais je suis un peu tremblante. Il en joue après moi,

 si doucement que je l’entends à peine.

 

Nous n’avons rien à nous dire, tant nous sommes près l’un de l’autre ;

 mais nos chansons veulent se répondre, 

et tour à tour nos bouches s’unissent sur la flûte.

 

 Il est tard, voici le chant des grenouilles vertes qui commence avec la nuit. 

Ma mère ne croira jamais que je suis restée si longtemps 

à chercher ma ceinture perdue.
 

Gaorge Barbier, 1914 - La flûte de pan

Gaorge Barbier, 1914 - La flûte de pan

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29 mai 2024 3 29 /05 /mai /2024 17:14


 

 

Paul-Jean Toulet (1867-1920) écrivain et poète français, célèbre pour ses Contrerimes, une forme poétique qu'il a créée.

 

Dans le silencieux automne - 


Dans le silencieux automne

D'un jour mol et soyeux,

Je t'écoute en fermant les yeux,

Voisine monotone.

 

Ces gammes de tes doigts hardis,

C'était déjà des gammes

Quand n'étaient pas encor des dames

Mes cousines, jadis ;

 

Et qu'aux toits noirs de la Rafette,

Où grince un fer changeant,

Les abeilles d'or et d'argent

Mettaient l'aurore en fête.
 

château de la Rafette

château de la Rafette

 

 

Il quitte définitivement Paris en 1912 pour s'installer chez sa sœur, à Saint-Loubès, au château de la Rafette, où leur tante maternelle vit avec son mari Aristide Chaline, qui a racheté le château. Paul-Jean est un familier des lieux, qui auront l'honneur de plusieurs Contrerimes.

Paul-Jean Toulet (1867-1920) - écrivain et poète français - Dans le silencieux automne -
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