22 mai 2024 3 22 /05 /mai /2024 20:10

 

 

Charles Baudelaire (1821-1867) poète français

1857

Spleen et Idéal

Les Fleurs du mal 

 

LXXVI

La musique


La musique parfois me prend comme une mer !

Vers ma pâle étoile,

Sous un plafond de brume ou dans un pur éther,

Je mets à la voile ;

 

La poitrine en avant et gonflant mes poumons

De toile pesante,

Je monte et je descends sur le dos des grands monts

D’eau retentissante ;


Je sens vibrer en moi toutes les passions

D’un vaisseau qui souffre

Le bon vent, la tempête et ses convulsions

 

Sur le sombre gouffre

Me bercent, et parfois le calme, — grand miroir

De mon désespoir !
 

Charles Baudelaire (1821-1867) - poète français - La musique
Partager cet article
Repost0
21 mai 2024 2 21 /05 /mai /2024 23:09

 

 

Charles Baudelaire (1821-1867) poète français.

 


Harmonie du soir


Voici venir les temps où vibrant sur sa tige

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;

Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;

Valse mélancolique et langoureux vertige !

 

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;

Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige ;

Valse mélancolique et langoureux vertige !

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

 

Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;

Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

 

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,

Du passé lumineux recueille tout vestige !

Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...

Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !
 

Katharina Valeeva musique

Katharina Valeeva musique

Partager cet article
Repost0
21 mai 2024 2 21 /05 /mai /2024 22:45

 

 

Louis-Hyacinthe Bouilhet (1821-1869) écrivain et poète français

Dernières chansons, 

1875


 

Dernières chansons 

Une baraque de la foire

 

Oh ! qu’il était triste, au coin de la salle !

Comme il grelottait, l’homme au violon !

La baraque en planche était peu d’aplomb,

Et le vent soufflait dans la toile sale.

 

Des bourgeois blasés ― l’un d’eux s’en alla ! ―

Raillaient à plaisir ces vieilles sornettes,

Ainsi qu’il convient à des gens honnêtes

Qui sont revenus de ces choses-là !

 

Dans son ermitage, Antoine, en prière,

Se couvrait les yeux, sous son capuchon ;

Les diables dansaient ; ― le petit cochon

Passait, effaré, la torche au derrière.

 


Découvrant sa gorge, et portant, je crois,

Sur son carton peint, la mouche assassine,

En grand falbala venait Proserpine,

Comme une princesse à la cour d’un roi.

 

Tout l’enfer sautait au bout des ficelles.

— Dieu l’avait permis, très-évidemment ! ―

Puis ce fut le tour du bleu firmament

Avec ses pétards et ses étincelles.

 

Le soleil tournait, plein de vérité

Chaque trou d’étoile était à sa place,

Des anges bouffis flottaient dans l’espace,

Pendus au plafond pour l’éternité.

 

— Oh ! qu’il était triste ! oh ! qu’il était pâle !…

Oh ! L’archet damné raclant sans espoir !

Oh ! Le paletot plus sinistre à voir

Sous les transparents aux lueurs d’opale !

 

Comme un chœur antique au sujet mêlé,

Il fallait répondre aux péripéties,

Et quitter soudain, pour des facéties,

Le libre juron, tout bas grommelé !…

 


Il fallait chanter ! Il fallait poursuivre

Pour le pain du jour, la pipe du soir,

Pour le dur grabat dans le grenier noir,

Pour l’ambition d’être homme et de vivre !

 

Mais parfois, dans l’ombre ― et c’était son droit ! ―

Il lançait, lui pauvre et transi dans l’âme,

Un regard farouche aux pantins du drame

Qui reluisaient d’or et n’avaient pas froid.

 

Puis ― comme un rêveur dégagé des choses ―

Sachant que tout passe et que tout est vain,

Sans respect du monde, il chauffait sa main

Au rayonnement des apothéoses !…
 

Louis-Hyacinthe Bouilhet (1821-1869) - écrivain et poète français - Dernières chansons, Une baraque de la foire
Partager cet article
Repost0
21 mai 2024 2 21 /05 /mai /2024 22:34

 

 

Louis-Hyacinthe Bouilhet (1821-1869) - écrivain et poète français


 

Vers à une femme


Tu n'as jamais été, dans tes jours les plus rares,

Qu'un banal instrument sous mon archet vainqueur,

Et, comme un air qui sonne au bois creux des guitares,

J'ai fait chanter mon rêve au vide de son coeur.
 

Louis-Hyacinthe Bouilhet (1821-1869) - écrivain et poète français - Vers à une femme
Partager cet article
Repost0
21 mai 2024 2 21 /05 /mai /2024 21:56

 

 

Louis-Hyacinthe Bouilhet (1821 -1869) - écrivain et poète français


 

 

Dernières chansons, 

Une soirée

 

Dix-huit ans ! ― Vous croyez ?… c’est le plus !…

Blanche et rose,

Comme un pêcher fleuri que l’eau du ciel arrose,

Sous ses cheveux bouclés, elle allongeait son cou

Et ses grands regards bleus allaient on ne sait où.

C’était un bal mêlé d’art ;

                                      Une demoiselle

 

Mûre, et pour "ces messieurs" déployant un beau zèle,

Avec des soubresauts de la tête et du corps,

Sur un piano sourd varlopait des accords…

En cercle, l’œil béant, près de la cheminée,

Les mamans avalaient la musique ordonnée,

Et l’enfant blanche et rose, en extase, écoutait…

Car, la main sur son cœur, un notaire chantait !


Il chantait ― oublieux du contrat qui sommeille ―

Je ne sais quel bateau, quelle étoile vermeille.

Quels chérubins frisés voltigeant dans l’azur !

C’était si doux ! C’était si vrai ! C’était si pur !

Les âmes y versaient tant d’amour ! "La Madone"

Rimait si gentiment avec "la fleur qu’on donne,"

Que j’avais peur de voir, pendant ce frais débit,

Germer des plumes d’ange au dos de son habit !…

Un employé rêveur murmurait : "Fantaisies !…"

 

— O misère !… en dépit des fausses poésies,

Malgré l’air bête et lourd du monsieur qui chantait,

L’enfant songeait, l’enfant écoutait, palpitait.

Son pauvre petit cœur gonflé de convoitises

Partait pour l’infini ― sur l’aile des sottises.

Et ce salon bourgeois, dont on se souviendra,

Prenait, à ses regards, des splendeurs d’Alhambra !

Louis-Hyacinthe Bouilhet (1821 -1869) - écrivain et poète français - Dernières chansons, il chantait
Partager cet article
Repost0
21 mai 2024 2 21 /05 /mai /2024 21:41

 

 

 

Guillaume-Victor-Émile Augier (1820-1889) poète et dramaturge français. 

Musique: Charles Gounod

 


"O ma lyre"


O ma lyre immortelle,

Qui dans les tristes jours

A tous mes maux fidèle

Les consolait toujours !

 

En vain ton doux murmure

Veut m'aider à souffrir,

Non, tu ne peux guérir

Ma dernière blessure;

Ma blessure est au coeur

Seul le trépas peut finir ma douleur.

 

 Adieu, flambeau du monde,

Descends au sein des flots,

Moi, je descends sous l'onde,

Dans l'Eternel repos.

 

Le jour qui doit éclore,

Phaon, luira pour toi,

Mais, sans penser à moi,

Tu reverras l'aurore.

Ouvre-toi gouffre amer

Je vais dormir pour toujours dans la mer.
 

Guillaume-Victor-Émile Augier (1820-1889) - poète et dramaturge français - "O ma lyre"
Partager cet article
Repost0
21 mai 2024 2 21 /05 /mai /2024 21:06

 

 

Walt Whitman (1819-1892) poète, romancier, journaliste, éditeur américain 

Traduction par Léon Bazalgette.

 


J’entends chanter l’Amérique

 

J’entends chanter l’Amérique, j’entends ses diverses chansons,

Celles des ouvriers, chacun chantant la sienne joyeuse 

Et forte comme elle doit l’être,

Le charpentier qui chante la sienne en mesurant

Sa planche ou sa poutre,

Le maçon qui chante la sienne en se préparant

Au travail ou en le quittant,

Le batelier qui chante ce qui est de sa partie

Dans son bateau, 

Le marinier qui chante sur le pont du vapeur,

Le cordonnier qui chante assis sur son banc,

Le chapelier qui chante debout,

Le chant du bûcheron, celui du garçon de ferme

En route dans le matin, 

ou au repos de midi ou à la tombée du jour,

Le délicieux chant de la mère, ou

De la jeune femme à son ouvrage, 

Ou de la jeune fille qui coud ou qui lave,

Chacun chantant ce qui lui est propre à lui

Ou à elle et à nul autre.

Le jour, ce qui appartient au jour — 

Le soir, un groupe de jeunes gars, robustes, cordiaux,

Qui chantent à pleine voix leurs mélodieuses et mâles chansons.

George Caleb Bingham - Jolly Flatboatmen in Port

George Caleb Bingham - Jolly Flatboatmen in Port

Partager cet article
Repost0
21 mai 2024 2 21 /05 /mai /2024 18:43

 

 

Charles Marie Leconte de Lisle (1818-1894) poète français

 

 

Licymnie

(Études latines, II)

 

Tu ne sais point chanter, ô cithare Ionique,

En ton mode amolli doux à la volupté,

Les flots Siciliens rougis du sang Punique,

Numance et son mur indompté.

 

Ô lyre, tu ne sais chanter que Licymnie,

Et ses jeunes amours, ses yeux étincelants,

L'enjoûment de sa voix si pleine d'harmonie,

Ses pieds si légers et si blancs.

 

Toujours prompte, elle accourt aux fêtes de Diane ;

Aux bras nus de ses soeurs ses bras sont enlacés ;

Elle noue en riant sa robe diaphane,

Et conduit les choeurs cadencés.

 

Pour tout l'or de Phrygie et les biens d'Achémène,

Qui voudrait échanger ces caresses sans prix,

Et sur ce col si frais, ces baisers, ô Mécène
 

Leopold Schmutzler - Fille avec Lyre

Leopold Schmutzler - Fille avec Lyre

Partager cet article
Repost0
20 mai 2024 1 20 /05 /mai /2024 22:19

 

 

János Arany  (1817-1882) poète hongrois

 


J’ai déposé mon luth


 
J’ai déposé mon luth, qu’il se repose enfin !

N’attendez plus de moi de chants ni de poèmes,

Je ne suis plus, hélas ! ce que j’étais jadis

Car j’ai déjà perdu le meilleur de mon âme,

Le feu ne brûle plus, il n’a plus d’étincelles,

Et sa flamme n’est plus que de l’arbre brûlé,

Où es-tu ? Qu’es-tu devenue,

Douce jeunesse de mon âme !

 

Un autre firmament me donnait ses sourires,

Et la terre marchait en manteau de velours

Et l’oiseau gazouillait en chacun des buissons

Quand ses lèvres en chantant commençaient à s’ouvrir…

Le frais zéphyr du soir était plus embaumé

Et les fleurs dans les champs semblaient plus colorées…

Où es-tu ? Qu’es-tu devenue

Douce jeunesse de mon âme !

 


Ce n’est pas seul ainsi qu’autrefois je chantais !

Ensemble nous pressions les cordes,

Et nos regards amis, avec souci de l’art,

Suivaient les doigts sur l’instrument.

Mon âme s’embrasait aux feux de ses transports

Toutes ces flammes s’unissaient.

Où es-tu ? Qu’es-tu devenue

Douce jeunesse de mon âme !

 

Oui, nous avons chanté l’espoir en l’avenir,

Et nous avons versé des pleurs sur le Passé.

Nous avons fait briller l’auréole de gloire

Sur le peuple et sur la patrie.

Et, chacun de nos chants s’ajoutait au feuillage

De sa couronne de lauriers.

Où es-tu ? Qu’es-tu devenue

Douce jeunesse de mon âme !

 

Nous avons espéré que sur notre cercueil

La renommée viendrait, un jour, s’asseoir,

Nous rêvions que la Patrie, la race

Vivant dans l’avenir, se souviendrait de nous,

Nous croyions, vain espoir ! que nos lauriers gagnés

Un de nos descendants pourrait nous les donner…

Où es-tu ? Qu’es-tu devenue

Douce jeunesse de mon âme !

 

Qu’es-tu donc, maintenant, ô chant abandonné ?

Peut-être seulement l’âme des chants passés

 

Qui, fantôme attristé et planant sur les tombes

Revient errer parmi les morts !

Ou, peut-être, un linceul ornementé, fleuri ?

Ou la voix qui résonne dans le désert obscur ?

Où es-tu ? Qu’es-tu devenue

Douce jeunesse de mon âme !

 

J’ai déposé mon luth, je le trouve trop lourd.

Qui donc écouterait mes chants mélancoliques ?

Qui pourrait se réjouir de voir la fleur fanée

Sur une tige desséchée… ?

Seulement sur le rameau mort,

La fleur survit un seul instant encore.

Hélas ! je sens que tu n’es plus

Douce jeunesse de mon âme !
 

un luth et une guitare de Nicolas Henry Jeaurat De Bertry (1728-1796)

un luth et une guitare de Nicolas Henry Jeaurat De Bertry (1728-1796)

Partager cet article
Repost0
20 mai 2024 1 20 /05 /mai /2024 22:04

 

 

Henri Blaze de Bury (1813-1888) baron, homme de lettres, critique littéraire et artistique et écrivain français 

Les deux Muses

 

La musique

 

C’est pour moi que les arts façonnent la matière,

Que Dieu met ses trésors au fond des élémens ;

Pour moi, fille du ciel, que l’esprit de la terre

Taille l’or précieux, et jette la lumière

Comme une passion au cœur des diamans ;

Pour moi que tout rayonne et fleurit et murmure ;

Pour moi que, dans le sein de chaque créature,

Brûle l’encens sacré de l’admiration,

Que l’aubépine tremble aux tiges du buisson ;

Pour moi que le soleil dore la gerbe mûre.

Je suis reine du monde, et, partout où je vais,

La multitude en chœur chante et me glorifie ;

Partout on me recherche, on m’aime, on me convie ; 

 

Les rois me font asseoir près d’eux, dans leurs palais ;

Et tandis que les fruits les plus beaux de la vie

Se détachent de l’arbre et tombent à mes pieds,

Tous les blonds jeunes gens, dans les nouveaux sentiers,

Murmurent près de moi : "Tu nous étais connue,

Chaste fille du ciel, bien avant ta venue ;

Les fleuves, la rosée et la brise en émoi,

Nous avaient déjà dit quelque chose de toi."

 

Comme un bon ouvrier qui s’épuise à la peine,

Unit dans un tissu tous les fils du rouet ;

Ainsi, moi, travailleuse à la puissante haleine,

J’assemble tous les sons et les mêle à souhait.

Et ma sœur, la Nature, auguste filandière,

M’encourage au travail sans cesse, et du plus loin

Qu’elle voit le printemps accourir sur la terre,

Songe à me tenir prêts les fils dont j’ai besoin.

Tantôt c’est un rayon de soleil qu’elle mouille

Dans les flots de l’ondée heureuse du matin,

Et roule tout le jour autour de sa quenouille,

Comme le plus beau fil d’or, de soie ou de lin ;

Tantôt une vapeur de la source voisine

Que chauffe dans son lit le souffle oriental,

Ou le bruit des métaux qui grondent dans la mine,

Ou la vibration lascive du cristal.

Et grace à ma science éternelle et profonde,

À l’inspiration qui me descend des cieux,

De tous ces élémens, moi, je compose un monde

Où viennent se croiser les bruits harmonieux

Qui chantent, séparés, dans l’œuvre universelle ; —

Et tant que je les tiens assemblés sous mon aile,

Les hommes de la terre écoutent à loisir

Ce que Dieu seul pouvait combiner et saisir ; —

Un monde glorieux, où le germe sonore

Est le seul qui prospère, et sur sa tige en fleur

Reçoive la rosée à la nouvelle aurore,

Le seul dont le calice exhale une senteur,

Où, dans le frais miroir des vagues transparences,

Chacun voit resplendir ses belles espérances,

 

Lumière insaisissable, et passer tour à tour

Le chœur de ses douleurs de la veille et du jour,

Et ses illusions défiler une à une

Comme de blanches sœurs aux rayons de la lune.

 

Les trésors à mes pieds roulent de toutes parts ;

C’est pour moi que l’épi tombe sous les faucilles,

Que l’or abonde aux mains débiles des vieillards ;

Pour moi que la voix vient aux belles jeunes filles ;

C’est pour me faire honneur et me glorifier

Que la vierge en amour laisse la mélodie

Épuiser dans son sein les sources de la vie,

Et travaille sans cesse, oubliant au clavier

La funeste pâleur dont sa face est couverte,

Et la fraîcheur du soir, et la croisée ouverte,

Et la Mort qui l’attend et vient pour l’épier

Chaque fois qu’elle passe une nuit à veiller ;

Puis, lorsque pour jamais sa paupière est éteinte,

Quand sur l’ivoire ému de sa divine plainte,

À la brise du soir, tremblent ses derniers pleurs,

Je recueille son ame, et dans mon élysée,

Dans l’harmonie, et loin des terrestres douleurs,

Je la transporte ainsi qu’une note embrasée.

Konstantin Yegorovich Makovsky (1839–1915), La Muse de Poésie (1886),

Konstantin Yegorovich Makovsky (1839–1915), La Muse de Poésie (1886),

Partager cet article
Repost0

 

Recherche

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Catégories

Kinouk

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chateau - Evans / Jura

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gros chêne Evans - Jura

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mes Blogs Amis À Visiter