18 juin 2026 4 18 /06 /juin /2026 17:54

 

Marie-Claude Palys (1947) auteur

 

Messidor, l’Écho de l’Or Ondoyant
Le blé

 

Du latin messis, la moisson s'éveille,
Et du grec dỗron, présent sans pareil,
Messidor s'avance, dixième souverain,
Baigné par le rythme des cycles humains.
Du dix-neuf juin au juillet finissant,
Il chante les jours au soleil grandissant.
Le poète Fabre d'Églantine, un soir,
Puisa dans les fleurs, la terre et l'espoir,
Pour nommer les jours de ce temps sacré ;
Et quand le vingt-neuvième jour est ancré,
Au premier juillet du temps grégorien,
S'élève le Blé, le vieux gardien.
L'an quatorze républicain s'est éteint,
Au premier janvier d'un lointain matin,
Mais la poésie de ces champs dorés
Garde le parfum des étés passés.
Le Grain Sacré et sa Nature
Triticum, herbe noble aux chaumes dressés,
Monocotylédone des temps passés,
Tu portes l'épi en lignes parfaites,
Où s'écrit l'histoire des grandes conquêtes.
Qu'il soit blé tendre, froment de nos pains,
Ou blé dur mûri par les feux lointains,
Tu es la troisième récolte du monde,
Nourrissant l'Europe et la terre ronde.
Pourtant, la science et l'intrant chimique
Ont plié ton corps au rêve technique ;
Rendements accrus, mais parfums perdus...
Alors vers l'épeautre nos cœurs sont fondus.
L'engrain, l'amidonnier aux grains vêtus,
Reviennent vers nous, secrets retrouvés,
Pour une terre sainte, plus résiliente,
Où la graine ancienne est enfin vivante.
Le Mystère de l'Épi et de la Tige
Regarde la tige, ce chaume si creux,
Où monte la sève en courants joyeux ;
Ses nœuds sont des bras d'où sortent les feuilles,
Et dans son écorce, la silice qu'on cueille
Garde la mémoire des faux d'autrefois,
Gravant les outils du premier des rois.
L'épi est discret, ses fleurs sans pétales,
S'unissent dans l'ombre des nuits végétales.
Cléistogame et pure, en son nid fermé,
L'autofécondation l'a toujours charmé.
Puis vient le caryopse, le grain précieux,
Où le fruit et la graine s'unissent aux yeux.

 

 

Le partage de la moisson :

 

La paille coupée devient le fumier,
Le toit de la maison ou le vieux sommier,
Tandis que le chaume, resté dans le sol,
Attend que l'hiver reprenne son vol.

 

 

 

De la Terre à l'Histoire

 

Né au Croissant Fertile, en l'an huit mille cinq cents,
Le blé prit son temps, voyageur des ans.
Arrivé en France au cinquième millénaire,
Il changea l'humain, changea la grammaire.
Du bas francique blād, produit de la terre,
Ou du celte blato, farine si fière,
Il devint le « bled » des vieux manuscrits,
Nommant les labours et les champs fleuris.
D'abord consommé en bouillies sauvages,
Il suivit l'humain à travers les âges.
Bâton à fouir, araire et charrue,
Faucille de pierre dans l'aube apparue,
Jusqu'aux grands tracteurs et aux batteuses,
L'histoire du blé fut laborieuse.
Au temps d'Olivier de Serres, en l'an seize cents,
« Blé » disait le sarrasin, le maïs grandissant ;
Toute graine noble offrant sa farine,
Pour sauver le peuple de la famine.
Puis vint Juan Garrido, sous le ciel de Mexico,
Trois grains de riz cachant le grand renouveau,
Plantant le froment au Nouveau Monde,
Pour que sa richesse devienne féconde.
Au vingtième siècle, le prix a baissé,
Jean Fourastié nous l'a répété :
Le pain moins cher a nourri la ville,
Rendant notre vie un peu plus tranquille.

 

Le terme est resté dans l'argot des rues :
Avoir du « blé », quand les bourses sont crues,
Ou être « fauché comme les blés » d'or,
Quand la moissonneuse a pris le trésor.

 

 

 

Les Mythes et les Textes Saints

 

L'Égypte et le Souffle d'Osiris

 

Dans le temple obscur, l'épi est sacré,
Au dieu Osiris il est consacré.
Assassiné par Seth, ressuscité par Isis,
Le dieu est le blé qui meurt par choix,
Puis renaît du sol en herbe verdoyante :
Symbole éternel de la vie triomphante.

 

 

 

Les Mystères d'Éleusis

 

À Éleusis, Déméter et Perséphone
Tiennent le froment quand l'été frissonne.
Pour les Grecs anciens, ce grain précieux
Était l'immortalité offerte par les dieux,
Une promesse faite à l'initié
Que la mort n'est qu'un hiver oublié.

 

 

 

Les Paroles de l'Écriture

 

Les textes anciens chantent sa grandeur,
Du Deutéronome à la sainte lueur :

« Si le grain ne meurt, il reste tout seul,

Mais s'il meurt en terre sous son blanc linceul,
Il porte beaucoup de fruits pour la vie. »

Ainsi Jean l'écrit, l'âme recueillie.

 

Matthieu nous rappelle la fable et l'effroi
De l'ivraie semée au milieu du choix :
« Laissez-les pousser ensemble et sans bruit,
Jusqu'à la moisson qui trie et détruit. »

 

Et Luc voit le Christ, le van à la main,
Amasser le blé pour le grand demain.
Le Blé dans l'Art et la Lumière
Les peintres et les poètes ont chanté son nom,
Fixant sa couleur sur chaque horizon :
Artiste
Œuvre
Description
Gustave Courbet
Les Cribleuses de blé
Le geste rude et la poussière d'or.
Vincent van Gogh
Champ de blé avec cyprès
Le vent tourbillonnant comme un trésor.
Camille Corot
Champ de blé dans le Morvan
La douceur verte des matins d'antan.
Raoul Dufy
Le Champ de blé
La couleur vive sous le ciel éclatant.
Bruegel l'Ancien
Les Moissonneurs
Le repos lourd sous la chaleur du jour.
Colette en écrivit Le Blé en herbe tendre,
Et Camille Soubise fit le monde entendre
La Chanson des blés d'or sous la lune claire,
Où les épis frémissent d'un sacré mystère.
Car dans chaque grain que la terre accueille,
Dans chaque automne où l'arbre se dépouille,
Le blé reste le roi, le symbole immortel,
Du cycle de la vie sous le grand bleu du ciel.
 Marie-Claude Palys (1947) auteur - Messidor, l’Écho de l’Or Ondoyant - Le blé
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18 juin 2026 4 18 /06 /juin /2026 17:01

 

Marie-Claude Palys (1947) auteur

 

 

Messidor, l'Écho des Plaines et le Pacte de la Vesce

 

Sous l’azur radieux du dixième mois de l’an,
Quand l’été fait frémir les épis ondoyants,
Messidor déploie ses moissons de l’esprit,
Où le don de la terre en or se convertit.
Messis pour la récolte, et dôron en présent,
Un hymne à la nature, au soleil bienfaisant.
C'est le vingt-huitième jour, aux lueurs de juillet,
Qu'un humble végétal s'en vient célébrer,
Loin de l'an quatorze au destin arrêté,
Le jour de la vesce est enfin arrivé.
Du Récit des Mots à l'Habit de Vert
Vicia, fille de Grèce sous le nom bikia,
Dessinait l’amphore où le grain se logea.
Latinités promises en vicia jolies,
Sativa nous dit qu'elle est ainsi choisie.
Plante aux mille noms, compagne des chemins,
On l'appelle Bisaille, Barbotte ou Jarat,
Pois à crapaud, Jarousse au cœur délicat.
Elle s'élance, grimpante, cherchant la hauteur,
Par de fines vrilles au bras voyageur.
Ses feuilles s'assemblent en paires légères,
Et ses fleurs pourpres, violettes ou claires,
S'épanouissent au vent des beaux jours venus,
Laissant place aux gousses de grains vêtus.

 

 

La Fresque de la Plante compagne
Un miroir de vert pour le sol et le ciel :
Propriétés et Atours
Secrets de la Plante
Usages du Terroir
Fixation d'Azote
Capte le souffle aérien pour nourrir la terre.
Améliore le sol sans besoin d'artifice.
Alliance des Champs
S'enroule autour du seigle, de l'avoine ou de l'orge.
Offre aux élevages un fourrage de choix.
Richesse Intime
Protéines altières, potasse et doux fer.
Engrais vert complet sous les cieux d'hiver.
Gourmandise Invisible
Pousses au goût de cosse et pétales parés.
Secours des disettes en farines oubliées.
Six Mille Ans d'Histoire sous le Soc du Temps

 

Bien avant que Linné n'écrive son destin,
En dix-sept cent cinquante-trois, d'un trait souverain,
La vesce accompagnait les premiers villageois.
Du Proche-Orient lointain aux antiques exploits,
Elle nichait déjà dans l'ère néolithique.
À Claparouse, enfouie en sa fosse antique,
Quatre mille ans avant que notre ère ne commence,
Elle s'offrait aux hommes en pure subsistance,
Mêlée à l'orge nue, à l'engrain d'autrefois.
Les Gaulois, maîtres fiers des plaines et des bois,
Savaient marier la vesce aux blés dorés.
L'une donnait l'azote au limon préparé,
L'autre offrait son tuteur au légume grimpant ;
Le ragoût s'en venait, riche et nourrissant.
Au pays d'Oc, quand le Moyen Âge eut faim,
De ses graines broyées on fit le lourd pain.
À Bessières, la plante est gravée dans l'histoire,
Portée sur les blasons en signe de gloire :

 

« Palé d'argent et de gueules
au rameau de vesces de sinople fleuri d'argent... »

 

À Cépet, en Haute-Garonne, ou sur les grands sommets,
Elle traverse les temps sans jamais trépasser.
La Vesce Velue et les Secrets d'Hiver
Quand vient Vicia villosa, la vesce de l'hiver,
Le manteau de la terre se pare d'un tapis vert.
Elle lutte en silence contre l'érosion des pluies,
Aère le sol compact que le gel poursuit.
Mellifère absolue, elle appelle à voix basse
Les abeilles perdues volant dans l'espace,
Offrant son doux nectar aux premiers butineurs.

 

 

Symbolisme et Langage du Cœur

 

Humble mais robuste face aux froids des saisons,
La Vesce de Cerdagne porte de douces leçons.
Dans le secret des fleurs et de leur dictionnaire,
Elle est le mot d'esprit des âmes de la terre :
Son Symbole immuable à travers les âges :
Amitié sincère, Reconnaissance et Fidélité des sentiments.
MC Palys (1947)

 

 Marie-Claude Palys (1947) auteur - Messidor, l'Écho des Plaines et le Pacte de la Vesce
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18 juin 2026 4 18 /06 /juin /2026 16:52

 

Marie-Claude Palys (1947) auteur

 

Messidor, l’Or des Champs et le Souffle du Bulbe
L’ail
Sous le soleil de plomb du calendrier de l'an,
Vient le temps d'un mois d'or aux épis ondoyants.
C’est Messidor le grand, le mois des belles moissons,
Mariage du latin et des grecques chansons,
Messis pour la récolte, et dôron pour le présent,
Un cadeau de la terre au paysan présent.
Imaginé jadis par Fabre d’Églantine,
Au rythme des saisons sa nature s'illumine.
Et si la République en l'an quatorze expira,
Son vingtième et septième jour toujours célébrera,
Généralement fixé au quinze de juillet,
Le jour de l’ail ardent, modeste et singulier.
L'Énigme du Bulbe et les Mots de la Terre
Allium, mot secret du latin classique,
Se décline en récits d'une mémoire antique.
Est-ce le grec hallesthai qui le fait « surgir » ?
Ou le latin olere qui le fait « sentir » ?
Sativum nous murmure qu'il est bien cultivé.
De la gousse aglis au skordo retrouvé,
Il devient le provençal alh, fier et chantant.
Botanique merveille, il surprend l'ignorant :
Cousin de la tulipe et du lys en somptuosité,
Il cache sous sa robe une folle architecture,
Six pièces colorées, trois loges en sa nature.
Né dans l'Asie centrale, aux portes de la Chine,
De la mer Caspienne aux steppes qui s'inclinent,
Il a conquis le monde et tout le bassin bleu.
Rarement il fleurit, sauf s'il est malheureux ;
Il préfère cacher dans le sol noir et sec
Ses gousses arquées, ses caïeux d'un bel aspect,
Entourés de tuniques de parchemin vêtus.
Cru, il est agressif, piquant et vigoureux ;
Cuit, il devient douceur, confit et savoureux.

 

 

 

La Fresque des Variétés

 

À travers les terroirs, six cents visages d'or :
Type d'Ail
Variétés et Origines
Secrets de Terroir
Ails Communs
Blanc de Lomagne, Rose de Lautrec, Violet de Cadours, Fumé d'Arleux
Trésors de France en tresses ou en bouquets.
Ails d'Europe
Aglio di Voghiera (Italie), Ajo Morado (Espagne)
La force du Sud, le sang de la Méditerranée.
Ails du Monde
Noir d'Aomori (Japon), Ail de Mousir (Iran)
Confit à l'eau de mer ou secret des montagnes.
Ails Sauvages
Ail des ours, Aillet, Rocambole
Pousses de printemps et trésors des sous-bois.
La Marche des Siècles et des Hommes
On dit qu'Attila même, au galop de son groupe,
Ou Marco Polo, revenant de sa troupe,
Ou Godefroy de Bouillon au retour des Croisades,
Ont tous semé le bulbe au fil des cavalcades.
Mais les Phéniciens, marins au long cours,
L'avaient déjà planté pour les siècles futurs.
Cinq mille ans d'histoire en Égypte l'adorent,
Dans le tombeau d'or fin où les rois s'évaporent :
Toutânkhamon l'emporte au royaume des morts.
Hérodote raconte qu'au chantier de Khéops,
Cent mille ouvriers bravaient le syncope
Grâce aux précieux bulbes payés en talents d'argent.
Dans le Papyrus Ebers, le remède est puissant
Contre les maux de tête et le sang paresseux.
Puis les Hébreux l'emportent vers des cieux plus heureux.
Homère en fait un mythe aux mains du grand Ulysse :
La poudre d'ail triomphe des sortilèges de Circé,
Sauvant les compagnons de la fange et des porcs.
Hippocrate le loue pour le souffle du corps.
Mais Rome et la Grèce ont le cœur partagé :
« Rose qui pue » pour les prêtres outragés,
Exclu des grands banquets de la haute noblesse,
Il est le pain du peuple et le dieu de l'ivresse.
« Ubi allium, ibi Roma », criaient les légions,
Mangeant le bulbe sacré de Mars avec passion !
Des Rois de France aux Brumes Transbordeuses
Pline l'Ancien y voit l'antidote des morsures,
Charlemagne l'exige au cœur de ses cultures.
Au berceau d'Henri IV, le grand-père d'Albret
Frotte les lèvres du poupon d'un ail frais :
« Va ! Va ! Tu seras un vrai Béarnais ! »
En 1720, quand Marseille agonise,
Quatre voleurs pillards évitent la crise
Grâce à leur élixir de vinaigre et d'ail fort.
Puis Pasteur en décrypte le secret sans effort,
Prouvant en laboratoire sa force antibiotique,
Qu'Albert Schweitzer pousse en terre d'Afrique.
Même l'habit que l'on porte lui doit sa chanson :
Le mot chandail est né de cette liaison !
En 1894, aux Halles du matin,
Les « marchands d'ail » d'Amiens, fiers de leur destin,
Portaient ce lourd tricot pour braver le grand frais,
Devenus « chands d'ail » dans l'argot du palais.

 

 

 

Mystiques, Croyances et Symboles

 

L'ail repousse le mal, le vampire et le diable,
En Transylvanie, son pouvoir est louable.
Au Poitou, le premier mai, on frotte ses dents
D'un brin d'ail et d'un écu pour avoir de l'argent.
À la Saint-Jean, en Provence, on le jette au brasier,
Et sur le berceau de l'enfant pour le protéger.
Mais gare dans les Landes, si la belle en secret
Vous tend une gousse sur un blanc plateau frais :
C’est le signe du refus, il faut s'en aller...
Riche en soufre, en sélénium, en fer et vitamine,
Il guérit les vapeurs dont souffre la poitrine,
Comme l'écrivait Bernardin de Saint-Pierre autrefois.
Et Daudet de pleurer l'aïoli de ses choix.
Finissons ce voyage sur un mot de poète,
Quand Robert Desnos murmurait à sa belle :
« Ail de ton œil, je t’aime à cause de cela. »
Son Symbole immuable à travers les âges :
Protection, Guérison, et Puissance des sens.

 

 Marie-Claude Palys (1947) auteur - Messidor, l’Or des Champs et le Souffle du Bulbe - L’ail
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17 juin 2026 3 17 /06 /juin /2026 17:52
Marie-Claude Palys (1947) auteur
Messidor, le Temps Doré
La sauge

 

Je nais du latin messis, la moisson vermeille,
Et du grec ancien dôron, le présent divin.
Je suis Messidor, le mois où tout s'éveille,
Où la terre offre l'or qui mûrissait en vain.
Le poète Fabre d’Églantine, un soir d’histoire,
Me dessina sur le calice des saisons,
Mêlant les fleurs, les bêtes, les outils de gloire,
Au rythme naturel qui berce nos maisons.
Dixième souffle d’une république éphémère,
Je danse entre juin et le cœur de juillet.
Mon ère s'éteignit au grand froid de brumaire,
Mais mon parfum, lui, ne s'est jamais effrayé.
Le Vingt-Sixième Jour : Le Chant de la Sauge

 

 

L'Esprit de la Plante

 

"Pourquoi meurt-il, l'homme au jardin fleuri,
Quand sous ses yeux, la Sauge a refleuri ?"

 

Je suis la Sauge, issue du vieux mot Salvia,
Membre discret de la famille des Lamiacées.
Neuf cents sœurs m'accompagnent sous les cieux déjà,

 

 

Des prés d'Europe aux vallées ensoleillées.
Au Moyen Âge, on m'appelait la Panacée,
Sclarée ou officinale, séchant au grand jour.
Les hommes me buvaient en eau infusée,
Pour apaiser le corps et chasser les tambours.
Sur les terres de Crète ou sous le ciel des Andes,
Parfois divine (divinorum), herbe de Marie,
Je deviens psychotrope en de sacrées offrandes,
Chamanique gardienne aux ombres bannies.

 

 

 

Une Histoire Millénaire : De l'Aztèque au Roi Soleil
Le Souffle du Passé :

 

Bien avant l'Espagnol, le Maya m'appelait Chia,
Troisième nourriture, graine de fertilité.
Je devins monnaie d'échange et d'apparat,
Au cœur du Chiapas, terre de liberté.
La Voix des Druides :
Le Gaulois me vénérait comme un miracle vert,
Capable de guérir la toux et les fièvres,
De réveiller les morts au milieu de l'hiver,
Et de verser la prophétie sur les lèvres.
Le Goût des Rois :
Charlemagne m'inscrivit en son Capitulaire,
Et Louis XIV en fit sa noble tisane.
Les Chinois m'échangeaient contre leur thé d'or clair,
Tandis qu'au grand siècle, l'asthmatique m'émanait,
Fumant mes feuilles sèches pour retrouver l'air.
Le Corps et l'Esprit : Mes Multiples Vertus
             [ Vertus Médicinales ]           
            - Antiseptique & Calmante          
             - Régulatrice des hormones          

  - Tonique de la mémoire  
           
[
Secrets Culinaires ]
- Puissante et camphrée
  - Amie du porc et du veau
  - Reine de l'aiga bolhida
Je soulage la femme en son cycle secret,
Je chasse les insectes des vieilles armoires,
Et ma petite graine de Chia, aujourd'hui, renaît,
Riche en oméga-3, championne de l'histoire,
Moins gourmande que le soja, respectant le secret
Des nappes phréatiques et de leur trajectoire.

 

 

 

Le Baume des Cœurs Brisés
Je porte dans mon nom la santé (salvus)
Et la pure sagesse (sapientia) des anciens.
On offrait mon bouquet au jeune homme déçu,
Pour guérir la blessure et recoudre les liens.
Dans le Jura ou la Haute-Saône d'autrefois,
On m'offrait à l'amant qu'une autre avait déçu.
Un baume de dérision ou de tendre foi,
Pour effacer les pleurs d'un amour disparu.

 

L'Hymne Final du Messager

 

"L'Homme aux traits de la mort doit-il être accessible,
Tant qu'il peut appeler la Sauge à son Secours ?
Oui, nos jours sont bornés : aux regrets insensible,
La mort doit, tôt ou tard, en terminer le cours.
Vouloir l'éterniser, c'est vouloir l'impossible :
N'y songez point.
À cela près L'usage de la Sauge a d'excellents effets."
Qu'elle soit blanche et brûlée en purifiant l'espace,
Ou sclarée en parfum sur la Côte d'Azur,
La sauge traverse le temps et les glaces,
Plante de vie, de longévité et d'azur.

 

  Marie-Claude Palys (1947) auteur - Messidor, le Temps Doré  - La sauge

 

 

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17 juin 2026 3 17 /06 /juin /2026 17:32
Marie-Claude Palys (1947) auteur
Messidor : L'Épi d'Or et l'Oiseau de Numidie
La pintade
Chant I : Le Don de la Moisson

 

Du latin messis, la faux s'éveille et moissonne,
Du grec ancien dôron, la terre enfin nous donne.
C'est le présent doré, le grand mois de Messidor,
Où les plaines de juin ondulent en vagues d'or.
Fabre d’Églantine, au cœur de la tourmente,
Nomma ces jours sacrés d'une voix poétique et tendre,
Inspiré par le ciel, les saisons, la tourmente,
Pour que le paysan puisse enfin s'y reconnaître.
Et l'an XIV passa, s'effaçant dans l'histoire,
Fermant le grand cahier de cette ère de gloire,
Mais au cœur de l'été, quand le soleil flamboie,
Le vingt-cinquième jour garde un accent de joie.

 

 

 

Chant II : Le Jour de la Pintade

 

Entendez-vous le cri, ce cacabement farouche,
Qui s'élève au matin dès que l'aube nous touche ?
C'est le treize juillet, jour de la Pintade fière,
Oiseau vêtu de nuit, couronné de lumière.
Numida meleagris, fille du sol d'Afrique,
Porte sur son manteau une carte cosmique :
Un plumage de deuil, sombre comme la terre,
Où des milliers d'étoiles scintillent en mystère.
Les sœurs de Méléagre, pleurant leur frère mort,
Furent changées ainsi par un divin arrêt du sort ;
Artémis, touchée par leurs larmes infinies,
***Paisa leur douleur en perles de pluie,
Laissant sur leur dos gris ces gouttes cristallines,
Qui font de cet oiseau une beauté divine.

 

Chant III : De Saqqara aux Terres de France

 

Hiéroglyphe de vie, oiseau-neh du passé,
Sur les murs d'Ounas, ton profil est gravé.
Poule de Numidie pour le Romain vainqueur,
Poule de Turquie aux reflets de stupeur,
Tu devins pintada, la dame bien fardée,
Quand l'Espagne t'offrit ta parure dorée.
Puis la France t'accueille en ses riches vallées,
Des Pays de la Loire aux plaines ensoleillées.
Devenue domestique, tu restes sauvageonne,
Tu n'obéis à rien, tu ne crains personne.
Tu aimes te percher tout en haut des grands arbres,
Pour fuir le vieux renard qui rôde sous les marbres.
Méléagriculture au geste minutieux,
Qui préserve ton goût si fier, si précieux,
À mi-chemin du prince et du gibier des bois,
Tu régales les rois et le peuple à la fois.

 

Chant IV : Le Miroir du Sahel

 

Dans la case de terre où le temps s'est arrêté,
Le devin du Burkina lit ta sainte vérité.
Tu es le premier-né du grand dieu créateur Amma,
Gardienne de l'ordre, sentinelle d'ici-bas.
Quand le danger s'avance, ton cri perce la nue,
Tu es l'ancre du sol, l'intuition reconnue.
Au Mali, au Burkina, dans l'éclat des mariages,
Tu es le pacte vivant qui traverse les âges.
On t'échange en silence, monnaie de pur honneur,
Pour sceller l'alliance et chasser le malheur.
Sur les draps de Bogolan et les bronzes de cire,
Ton motif hypnotique continue de nous dire
Que l'homme et l'univers marchent du même pas,
Et que celui qui t'aime ne s'égarera pas.

 

Épilogue : L'Amie du Jardinier

 

Tu cours plus que tu ne voles, bossue de Jules Renard,
Tu rages dans la cour, un peu folle, un peu à part.
Mais quel don de la vie pour le jardin qui penche !
Tu manges les tiques, les vers et la larve blanche.
Désherbeuse écologique, compagne de l'humain,
Tu ramènes l'abondance et le pain de demain.
Chantons-la, célébrons-la, miracle du vivant,
La Pintade sacrée au milieu des enfants.
Rendons-lui ses honneurs, sa couronne de corne,
Pour que notre culture jamais ne devienne morne.
***
« Paisa » sens d'une richesse poétique, symbolique et métaphorique.
Dans le contexte du poème, le verbe « paisa » est une licence poétique pour « apaisa » (du verbe apaiser, raccourci pour le rythme du vers).
Voici comment comprendre cette image :
  • L'apaisement par la métamorphose : Artémis transforme le chagrin éternel des sœurs de Méléagre en quelque chose de beau et de permanent. Leurs larmes incessantes ne sont plus perdues dans le sol ; elles deviennent les taches blanches indélébiles sur les plumes de l'oiseau.
  • Les « perles de pluie » : C'est une métaphore pour désigner ces petites gouttes blanches et rondes qui constellent le plumage de la pintade.
  • La richesse du sacré : Si richesse il y a, elle est spirituelle et cosmologique. Comme mentionné plus bas dans l'histoire et les mythes africains, ce plumage tacheté est perçu comme une voûte étoilée, un ordre cosmique et un symbole d'abondance pour les récoltes.
C'est donc la transmutation de la souffrance en une parure sacrée et éternelle : la douleur des femmes est devenue le trésor visuel de l'oiseau.
MC Palys (1947)
 Marie-Claude Palys (1947) auteur - Messidor : L'Épi d'Or et l'Oiseau de Numidie  - La pintade
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17 juin 2026 3 17 /06 /juin /2026 17:18
Marie-Claude Palys (1947) auteur

 

 

L’Éloge de Messidor : Le Chant du Haricot
Chant I : Du Ciel Républicain à la Terre Promise
Quand Messidor s’éveille au cœur de la canicule,
Dixième fils d'un calendrier qui recule,
Il tire son nom latin de la moisson dorée,
Où les ondes des blés saluent l'aube sacrée.
Le vingt-deuxième jour, ou le vingt-troisième au matin,
Fabre d’Églantine lui choisit un destin.
Au vieux temps d’autrefois, sous les soleils d'été,
Le Onze Juillet devint le jour fêté
De cette humble semence, au port si gracieux,
Qui quitta son berceau sous d’autres bleus d'cieux.


 

Phaseolus vulgaris, enfant de Mésoamérique,
Tu as franchi les mers sur un flot magnifique.
Christophe Colomb te vit, sous le ciel de Cuba,
Compagnon du maïs qui au vent s'exhibait.
Puis le Pape Clément, en ses jardins romains,
Te confia un jour à de saintes mains.
On dit que Médicis, pour son royal hymen,
T'apporta dans ses bagages sur le sol gallo-romain.
Qu'on t'appelle fayot, faziols ou mougette,
Tu as conquis nos cœurs, des champs à l'assiette.


 

Chant II : La Métamorphose de la Gousse


 

Tu es nain ou grimpant, dressé ou volubile,
Tordant tes tiges vertes d'une force subtile,
Enroulant tes serments à l'inverse du temps,
Sous tes feuilles trifoliées aux reflets éclatants.
Tes fleurs, grappes de neige ou de carmin vêtues,
S'épousent en secret, pudiques et recluses.
Puis vient le fruit sacré, la cosse ou le parchemin,
Qui s'ouvre pour offrir le trésor du chemin.
"Le haricot doit voir partir son maître d'un pas fier,"
Disent les vieux bergers aux jardiniers d'hier.
Regarde la palette où la nature a peint :
Le rouge est énergie, le vert est un matin ;
Le noir est profondeur, abri spirituel,
Et le marbré Borlotti chante sous le ciel.
Voici le flageolet, le Coco de Paimpol,
Le Lingot du Nord qui s'élève du sol.
Ils dorment trois ou cinq ans dans l'attente du jour,
Pour germer en éclats sous l'œil de l'amour.


 


 


 

Chant III : La Table des Nations


 

Tu es la voix des humbles et le pain des nations,
Nourrissant les cités de mille déclinaisons.
Dans le Sud de la France, au fond de la cassole,
Tu t'unis au canard pour un air de ragoût,
C'est le fier Cassoulet que Toulouse défend,
Ou la Garbure chaude où le chou vert descend.
En Belgique, on t'associe au lard et aux pommes de terre,
Quand le Chili du Texas réchauffe la terre.
Le Brésil te couronne en sa noire Feijoada,
La Turquie te marie au riz de sa bounada.
Au Mexique lointain, tu es roi des banquets,
En frijoles refritos ou en fins paquets.
Même au pays nippon, en douceurs parfumées,
L'Azuki devient pâte pour les âmes charmées.
Tu traverses le temps, les mers et les hivers,
Éternel féculent de l'immense univers.


 

Chant IV : Mystères, Légendes et Rituels


 

On murmure ton nom dans l'écho des églises,
Où le Saint-Sacrement sur ta peau se dessine.
Un ostensoir caché pour fuir la cruauté,
Et voilà que tes grains portent la Chrétienté.
tu es l'une des Trois Sœurs, le pacte amérindien,
Où la courge et le maïs t'offrent leur soutien.
L'un te sert de tuteur, l'autre garde le frais,
Sainte Trinité verte aux magiques bienfaits.
Tu as nourri les contes de notre jeune âge,
Quand Jack, sur ton sommet, défiait l'orage.
Tu as fait le marin qu'on appelle "fayot",
Tu es la fin de tout quand s'éteint le flambeau.
Mais tu restes surtout le symbole sacré
D'une terre nourricière au visage ambré.


 

Épilogue


 

Petit grain de ferveur, humble don de la terre,
Tu nous apprends la foi, la patience et le mystère.
Comme toi, l'être humain, dans son jardin secret,
Doit germer lentement pour fleurir à jamais.
Marie-Claude Palys (1947) auteur - L’Éloge de Messidor : Le Chant du Haricot
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17 juin 2026 3 17 /06 /juin /2026 17:01
Marie-Claude Palys (1947) auteur

 

Messidor, le Don de la Terre
Le cumin
Quand l’an républicain s’habille de splendeur,
Messidor vient offrir son sillage doré,
Né de la moisson latine, des épis en sueur,
Un présent de la Grèce aux champs transfigurés.
C’est le dixième mois où la plaine frissonne,
Sous le regard de Fabre et ses mots inspirés,
Où le rythme des jours doucement s'enroule et sonne,
Du solstice de juin aux milieux de juillet.
Et dans ce grand verger que le poète ordonne,
Le deuxième matin se lève au doux parfum :
Le calendrier passe, mais le temps abandonne
Le souvenir d'un jour dédié au vieux cumin.
Le Portrait de l'Ombellifère

 

Venu du Proche-Orient et des rives du Levant,
Où la Méditerranée caresse l’Anatolie,
Il est le fils du ciel, de la terre et du vent,
Une herbe de soleil qui s'épanouit en vie.
Ses feuilles sont des fils, de fines lanières,
Qui rappellent le fenouil sous l'azur éclatant.
Ses fleurs en ombelles, fragiles et légères,
Teintent d'un rose pâle le cœur du printemps.
Le fruit est une graine en croissant de lune,
Deux petits grains de terre, de brun habillés,
Renfermant neuf ridules où l’huile s’accumule,
Qu’il faut battre au soleil comme on battait le blé.
Son arôme est un cri, une force sauvage,
Un goût amer, piquant, qui réveille l’esprit,
Bien différent du carvi qui hante les pâturages,
Ou de la nielle noire au secret de la nuit.

 

La Graine des Dieux et des Rois

 

À Kelainai en Phrygie, le cruel Lityersès
Défiait les passants à couper les moissons,
Mais le grand Héraclès, pour calmer sa détresse,
L'endormit à midi d'une douce chanson.
« Moissonneurs, liez vos gerbes dorées !
Ne blessez pas vos doigts à couper en quatre parts
Le grain du vieux cumin par l'avare adoré ! »
Chantait le vieux Milon sous les cieux du départ.
En Égypte, il y a plus de cinq mille années,
Le médecin, le mage en faisaient leurs philtres ;
Pour le voyage éternel des âmes couronnées,
On semait le cumin au secret des sépultures.
La Bible s'en souvient, au livre d'Ésaïe,
On ne l'écrase pas sous les roues du chariot,
Mais d'une simple verge on le bat, on le trie,
Tandis que Matthieu gronde les faux dévots.

 

Le Voyage des Siècles

 

Dans la Rome antique, il valait de l'argent,
Théophraste le peint dans les mains du pingre :
Celui qui cache le sel, l'origan et le grain,
De peur que sa fortune un matin ne s'éteigne.
Pour Horace et Pline, il donnait la pâleur
Des étudiants d'éloquence au visage jauni,
Tandis que Trimalcion, hurlant sa fureur,
Gronde son cuisinier qui oublia le cumin.
Puis l'Inde l'offrit au client qui regarde,
Charlemagne l'inscrivit au grand livre des cours ;
Dans l'ombre des harems, les femmes le gardent
Dans une feuille d'or, pour parfumer l'amour.
Hildegarde en son cloître en étudie la grâce :
« Il est chaud et sec, bon pour l'homme aux vapeurs,
Mettez-le sur le fromage pour qu'il ne laisse aucune trace,
Sauf si vous souffrez d'un mal profond au cœur. »

 

 

 

La Table des Hommes

 

Au Moyen Âge obscur, il devient monnaie,
On cuisine la cominée de poule au verjus.
Furetière le décrit en sa page sacrée,
Et les poètes l'évoquent au détour des rues.
Gogol en fait une essence pour les âmes mortes,
Flaubert en assaisonne les escargots puniques,
Et Sabatier l'ajoute au munster que l'on porte,
Comme un parfum d'enfance au goût nostalgique.
Il soigne la rate, il calme la douleur,
Il est antioxydant, sédatif et puissant.
Il protège la viande, il réchauffe le cœur,
Et redonne le souffle au corps dépérissant.

 

Le Symbole et la Foi

 

S'il fut le doux miroir de la vile avarice,
Il devint dans l'histoire le gage de la foi.
En Allemagne, en Italie, contre le sortice,***
On l'offrait aux pigeons pour qu'ils restent sous le toit.
Pour que l'amant soit tendre et ne soit plus volage,
Pour chasser les démons et les sombres sorcières,
Le cumin traversa les temps et les âges,
Petit sachet de vie caché dans les prières.
Il est aujourd'hui encore, sous le ciel de l'été,
Le gardien des maisons, le parfum du partage,
Le symbole éternel d'une pure amitié,
Une pincée d'histoire au creux de notre voyage.

 

***
Sortice : Sortilège et maléfice en français.
Sortilegio ou fattucchieria (les pratiques de sorcières) en italien.
  • La racine latine sorti- (le sort, le destin).
Dans le contexte du vers  (« En Allemagne, en Italie, contre le sortice, /
On l'offrait aux pigeons... »),
il fait directement référence aux croyances populaires que vous avez mentionnées : l'utilisation du cumin comme une amulette ou un remède magique pour se protéger du mauvais œil, repousser les démons et briser les mauvais sorts qui menaçaient les amants, les foyers ou le bétail.
 Marie-Claude Palys (1947) auteur - Messidor, le Don de la Terre - Le cumin
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16 juin 2026 2 16 /06 /juin /2026 16:40

 

Marie-Claude Palys (1947) auteur
L’Écho de Messidor
La menthe
Écoutons la chanson du temps qui s'enroule,
Où le mois des moissons doucement se déroule.
Messidor le doré, par le don et le grain,
Égrène ses longs jours au soleil souverain.
De juin jusqu'à juillet, sous la brise légère,
Ondoie le blé divin sur la plaine entière.
Fabre d'Églantine, au cœur de la tourmente,
Nomma son vingt-et-unième jour « Jour de la Menthe ».
Et si l’an quatorze a vu mourir l'ère nouvelle,
Le doux parfum d'été, lui, toujours se rappelle :
Chaque neuf de juillet, au cadran grégorien,
La menthe se réveille et tisse son lien.
Le Chant de la Plante

 

Mentha, fille des champs, des rives, des jardins,
Famille des Lamiacées aux secrets divins.
Plante herbeuse et vivace, aux racines profondes,
Tu offres tes vertus aux peuples de ce monde.
Le Maroc te cultive et t'élève en grand roi
Pour l'or de ses thés verts qui se boivent sous le toit.
Dix-sept cent cinquante-trois, Linné l'inventoriste,
De tes dix premiers noms dresse la sainte liste.
Puis d'août à fin octobre, en de fins verticilles,
Tes petites fleurs naissent, modestes et fragiles,
Teignant d'un blanc rosé, d'un pourpre ou d'un violacé,
Les épis allongés que le vent a bercés.
Qu'elle soit Aquatique, Poivrée ou Sylvestre, Verte,
Pouliot, des Champs, son essence est terrestre.
Pour l'huile et le menthol, trois reines ont le pas :
Aquatica, Spicata et Canadensis là-bas.
L'Inde et la Chine en font des trésors de commerce,
Tandis que l'Occident dans ses soins les déverse.

 

La Nymphe des Enfers

 

Aux sources de la Grèce, une nymphe pleurait,
Menthé, fille du fleuve où l'ombre demeurait.
Hadès l'avait aimée, mais quand vint Perséphone,
La couche du grand Dieu changea de souveraine.
La nymphe, par dépit, cria sa jalousie ;
La reine des Enfers, de colère saisie,
La piétina au sol, écrasant sa beauté.
Hadès, pris de pitié pour sa fidélité,
Ne pouvant lui rendre sa grâce de jeune fille,
Changea le corps brisé en herbe qui vacille.
Pour que de sa douleur subsiste la grandeur,
Il donna à la menthe une entêtante odeur.

 

À travers l'Histoire et les Âges

 

Dans les tombes d'Égypte et les temples sacrés,
Ses longs brins de fraîcheur étaient jadis ancrés.
Les Grecs en parfumaient leurs lits et leurs demeures,
Les Romains y voyaient l'esprit qui s'éveille aux heures.
Pline la couronnait pour mieux réfléchir,
Et d'Hippocrate à Dioscoride, on l'aimait pour guérir.
« La menthe a une odeur qui éveille l’esprit
Et une saveur qui excite l’appétit. » — Pline l'Ancien
Puis vint le temps chrétien et sa sombre légende,
Où la menthe fut fuie comme une triste offrande :
Pour avoir trop parlé sous les pas d'Hérode,
La Vierge la maudit d'une parole froide :
« Tu fleuriras, dit-elle, mais n'auras point de graine ».
Pourtant, au Moyen Âge, elle redevient reine.
Charlemagne l'inscrit au grand livre des lois,
Le Capitulaire de Villis l'exige chez les rois.
L'abbesse Hildegarde en soigne les estomacs,
Et le botaniste Ray redécouvre ses éclats.
En Italie, on l'éparpille au passage des saints,
En Angleterre, à la Saint-Jean, on la cueille au matin.

 

 

Saveurs, Vertus et Traditions

 

Aujourd'hui la science y trouve un vrai remède,
Un baume pour les corps là où la morphine cède.
Elle est carminative, tonique et stimulante,
Antiseptique, spasmolytique et bienfaisante.
Dans nos verres joyeux, elle se fait boisson :
Diabolo-menthe vert aux accents d'un film tendre,
Feuille d'automne ou Cowboy qu'on aime à surprendre,
Valse avec la bière, ou Cercueil noir et fort.
Elle accompagne le nem, le taboulé d'abord,
Et sous le ciel d'Asie, elle soigne les douleurs.
En Ayurvéda, elle équilibre les humeurs.
Le druide la prend pour aiguiser ses sens,
Et le vieux Messager de Berne, en ses vers denses,
Chantait le Pouliot mélangé au bon vin
Pour chasser la tristesse et le mal de l'humain.

 

Le Secret du Sommeil

 

Un vieux proverbe dit, au détour d'un chemin :
« La femme est une feuille de menthe :
Plus on la froisse, plus elle embaume. »
Déposée en bouquet dans la chambre à coucher,
La menthe sait comment les paupières sceller.
Et la tige cueillie à la chute du jour,
Glissée sous l'oreiller avec un vœu d'amour,
Ouvre les portes d'or des rêves prophétiques…
Elle reste à jamais, sous son habit de foi :
Force, Protection, Paix, Vertu, Guérison.

 

 Marie-Claude Palys (1947) auteur - L’Écho de Messidor - La menthe
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16 juin 2026 2 16 /06 /juin /2026 16:32

 

 

Marie-Claude Palys (1947) auteur
Messidor, ou le Don de la Terre
Le parc
Le ciel de juillet s'embrase et s'étire,
Voici venir Messidor, le temps des moissons,
Du latin messis qui s'en vient nous dire,
Le don, le présent d’un grec aux doux sons.
Fabre d'Églantine, poète au cœur mûr,
Devina l’or tendre et les épis ondoyants,
Il peignit les mois aux rythmes d'azur,
Au gré des saisons et des vents changeants.
Le vingtième jour, quand l'été s'élance,
Devient « jour du parc » au vieux calendrier.
L’ère républicaine s'est éteinte en silence,
Mais le rêve vert ne saurait plier.
De l'Enclos de Pierre à la Liberté
L'Ombre des Princes

 

Au douzième siècle, le parc est une enceinte,
Un cri de pierre, un domaine fermé.
Henri Premier d'Angleterre y grava son empreinte,
Onze kilomètres de murs pour le roi couronné.
On y parquait les bêtes, on y gardait le gibier,
Pour les chasses superbes de la noble lignée ;
Le peuple rimait alors avec s'éloigner,
Face à la richesse si fièrement signée.
Puis la Renaissance offrit ses parterres,
Mais les grands parcs royaux restaient discrets.
Pourtant, sous la lune, brisant les mystères,
Le Parisien flânait aux Tuileries, en secret.
Le Souffle de la Révolution

 

1793 : Le grand vent se lève,
Les murs s'effondrent, les grilles s'ouvrent enfin.
Le domaine du Roi devient un grand rêve,
Un bien national pour le genre humain.
Versailles donne ses arbres, Monceau se délivre,
Brongniart imagine un jardin pour les morts :
Le Père Lachaise où la promenade s'enivre,
Où le deuil s’apaise en de verts décors.
Les vieux parcs sauvages, les abbayes closes,
Se changent en écoles, en herbiers vivants.
On classe les arbres, on soigne les roses,
La science s'installe au milieu des vents.
Le Bestiaire Humanisé

 

« Nous avons des bêtes parce
qu’il en faut pour manger le foin. » —
Subdélégué de Laval, 1756

 

Derrière l'ironie de l'utilitaire,
S'écrit l'humble histoire du cheptel vivant,
Indice de richesse ou destin de terre,
Qui nourrit les hommes au fil des ans.
Dans les parcs d'élevage et les métairies,
Le XVIIIe siècle balance ses troupeaux :
  • Le Bétail pesant : Vaches au lait doux, bœufs au lourd labeur.
  • Les Ovins dociles : Moutons de laine habillant le berger.        
  • Les Porcs de fortune : Cochons de lard nourris au grand verger.
  • La Volaille vive : Oies aux blanches plumes et poules du matin. 
  •       Les nobles coursiers : Chevaux de voyage guidant le destin. 
  •  
La Métamorphose du Zoo

 

La Révolution brise aussi les vieilles cages.
La ménagerie royale, témoin du pouvoir,
S'efface et s'installe en un autre rivage :
Le Jardin des Plantes s'ouvre au savoir.
Finis les montreurs, les bêtes féroces humiliées,
On cherche la paix, l'approche éclairée.
L’animal pacifique devient l’éducateur,
Et le peuple apprend à devenir veilleur.
Le Miroir des Siècles

 

Le siècle des Lumières préférait l'Anglaise :
Un désordre feint, des vallons cachés,
Où Rousseau rêvait sur une chaise,
Loin des buis taillés trop sagement tracés.
Puis vinrent les Empires, les Rois de Juillet,
Lelieur relevant les parcs délaissés,
Les fontaines de Marly reprenant leur ballet,
Pour que l'eau et l'arbre ne soient plus blessés.
Du ministère des Arts aux savants herboristes,
Chaque siècle apporta sa pierre au domaine,
Pour que la nature, aux citadins tristes,
Offre sa fraîcheur et brise leur chaîne.
Un parc n’est plus l'enclos d'une vieille couronne,
Il est la mémoire, le vert et le don ;
L'espace où l'humain s'apaise et pardonne,
Au rythme éternel de chaque saison.
Marie-Claude Palys (1947) auteur - Messidor, ou le Don de la Terre - Le parc
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16 juin 2026 2 16 /06 /juin /2026 16:19

 

 

Marie-Claude Palys (1947) auteur 


 

Messidor, le Don Doré du Ciel
La cerise
Au dixième souffle de l'An Républicain,
Quand le soleil de juin embrase le matin,
Naît le mois de Messidor, fils de la moisson,
Du latin messis et du grec dỗron.
C'est le présent doré, le cadeau des saisons,
Où les épis ondoyants dessinent l'horizon.
Fabre d'Églantine, poète au cœur rêveur,
Lui donna pour parure la flore et la pudeur.
Et si l'An XIV vit mourir ce calendrier,
Dans le cœur du temps, le mythe est resté gravé :
Chaque année, quand juillet passe le pas de l'été,
Le 15ème jour vient pour nous régaler.
C'est le Jour de la Cerise, éclatant et vermeil,
Généralement éclos sous un sept juillet de soleil.
Le Bel Arbre d'Orient et son Nom Voyageur
Le cerisier, noble prince du genre Prunus,
Porte la robe blanche des arbres de Vénus.
Qu’il vienne de Chine ou des jardins du Japon,
Il offre dès avril sa tendre floraison.
Ses fleurs roses et blanches, en bouquets suspendus,
Annoncent le trésor des fruits tant attendus.

 

 

Le Voyage des Mots :

 

  • Du latin médiéval ceresarius gravé     

dans le grand grimoire  du Capitulare de Villis,

  • Au grec ancien kerasion, né de la cité antique de Kerasos.             
  • L'Anglais murmure Cherry, le Normand dit cherise,           
  • L'Espagnol peint sa cereza sous la brise,       
  • L'Allemand offre sa Kirsche, le Turc crie kiraz,       
  • Et l'Occitan fait naître la griotte de son agriòta rafraîchissante. 
Devenu nom de famille, de hameau, de lieu-dit,
Le cerisier s'enracine là où la terre vit.
De la Drupe Sauvage aux Douceurs de la Table
La cerise est une drupe, un astre de clarté,
Une sphère charnue à la peau veloutée.
Rouge sombre, noire d’ébène ou jaune de soleil,
Elle cache sous sa chair un secret sans pareil.
Depuis le Néolithique et ses lointains rivages,
L'homme cueille le merisier, ce grand frère sauvage.
Puis Lucullus la ramena des guerres du Pont à Rome,
Pour offrir sa douceur à la table des hommes.
Le sage Théophraste en décrivit la fleur,
Et le médecin Diphilius en vanta la valeur.
LA FAMILLE DES CERISES
Sucrées
.Bigarreaux (burlat)
.Guignes(Belle de mai)

 

Acidulées
.Griottes (Montmorency
Amères et douces
.Amarelles (Amarena)
.Cerises vraies
De Céret, dès le printemps, part le premier cageot,
Destiné chaque année au palais du Château,
Tandis que le Vaucluse, la Drôme et le Gard
Gorgent d'or et de sucre nos paniers de l'hectare.
Entre Ciel, Sciences et Recettes Millénaires
Dans l'art chrétien, son rouge est le sang du Calvaire,
Posé sur la Cène, mystique lumière.
Pour Dioscoride, elle libère les corps tendus,
Et Louis XV en fit le plus noble des fruits perdus.
On l'aimait à Meudon, à l'Hôtel Saint-Pol,
Elle voyageait en paniers jusqu'au pavé du sol.
Aujourd'hui, elle se fait gourmande et se décline :
  • Au naturel : fraîche, croquante et divine,           
  • En bouteille : Kirsch d'Alsace ou Guignolet d'Anjou,
  • En douceur : Clafoutis fondant qui plaît à coup sûr,
  •     En tisane : Ses queues soignent les maux les plus durs.
Elle prête son nom à la petite tomate,
À la couleur du café, à l'art qui s'acclimate.
Même le forgeron, devant son métal chaud à 900 °C,
Salue le "rouge cerise" qui danse dans l'âtre.
La Muse des Peintres et des Poètes
Les pinceaux de Sano di Pietro et du Titien
Ont posé la Madone sur ce fond de jardin ;
Jeanne Chaudet, Seignac et le grand Bourdichon
Ont croqué la fillette et sa douce tentation.
Les poètes ont chanté ce temps si éphémère :
L'école de Salerne en fit une panacée salutaire.
Rousseau y trouva son idylle et sa joie,
Et Jules Verne en fit des pipes de bois.
Jean-Baptiste Clément en fit un chant de cœur,
Une plaie révoltée, une sainte douleur :
"J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cœur..."
Et les enfants chantent encore dans les cours de récréation :
« Un, deux, trois, j'irai dans les bois...
dix, onze, douze, elles seront toutes rouges ! »
Victor Hugo les mangea, Daudet en fit des parures,
François Coppée les suspendit aux oreilles des filles pures.
Et Jacques Prévert, d'un trait de plume éternel,
Résuma notre monde en un vers fraternel :
« La vie est une cerise
La mort est un noyau
L'amour un cerisier. »

 

sous le ciel de Messidor Elle reste pour toujours,
Le fruit de la promesse, de la bienveillance et de l’amour.
 Marie-Claude Palys (1947) auteur - Messidor, le Don Doré du Ciel - La cerise
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