2 mai 2024 4 02 /05 /mai /2024 13:41

 

 

Antonio Lucio Vivaldi (1678-1741) violoniste et compositeur de musique baroque italien. Il était également prêtre de l'Église catholique.

Les Sonnets 

 

 

Les quatre saisons

 

 

Printemps

(Concerto n° 1 en mi majeur)

 

Le printemps est arrivé avec joie

Accueilli par les oiseaux aux chants joyeux,

Et les ruisseaux, au milieu de douces brises,

Murmurent doucement en coulant.

Le ciel se couvre de noir et

Le tonnerre et les éclairs annoncent l'orage

Lorsqu'ils se taisent, les oiseaux

Reprennent leurs chants délicieux.

 

Et dans l'agréable prairie fleurie,

Au doux murmure des feuilles et des plantes,

Le chevrier dort, son chien fidèle à ses côtés.

 

Au son joyeux d'une cornemuse rustique,

Nymphes et bergers dansent dans leur lieu de prédilection

Quand le printemps apparaît dans toute sa splendeur

 


 

Été

(Concerto no 2 en sol mineur)

 

Sous le soleil impitoyable de la saison

L’homme et le troupeau languissent, le pin brûle.

Le coucou commence à chanter et aussitôt

La tourterelle et le chardonneret se joignent à lui.

Une brise légère souffle, mais Borée

S’est réveillé pour se battre soudainement avec son voisin,

Et le berger pleure parce qu'au-dessus de sa tête

L’orage redoutable et son destin.

 

Ses membres fatigués sont privés de repos

La peur de l’éclair et du tonnerre effrayant

Et des mouches et des frelons qui pullulent.

 

Hélas, ses craintes se réalisent:

Le tonnerre et les éclairs se déchaînent dans les cieux.

Et la grêle abat les grands blés.

 

 


Automne

(Concerto n° 3 en fa majeur)

 

Le paysan fête en dansant et en chantant

Le plaisir de la riche récolte,

Et pleins de la liqueur de Bacchus

Ils terminent leurs réjouissances par un sommeil.

Tous sont amenés à abandonner les danses et les chants

Par l’air qui, maintenant doux, donne du plaisir

Et par la saison, qui invite beaucoup

À trouver leur plaisir dans un doux sommeil.

 

Les chasseurs partent à l’aube, à la chasse,

Avec des cors, des fusils et des chiens, ils s’aventurent.

La bête s’enfuit et ils sont sur ses traces.

Déjà terrifiés et fatigués par le grand bruit

Des fusils et des chiens, et blessée aussi

Elle tente faiblement de s’échapper,

mais elle est vaincue et meurt.


 

 

Hiver

(Concerto no 4 en fa mineur)

 

Gelé et frissonnant dans la neige glacée,

Sous les coups de boutoir d’un vent terrible

Courir en tapant des pieds à chaque instant,

On claque des dents dans le froid.

 

Passer des moments calmes et heureux au coin du feu

Tandis qu’à l’extérieur la pluie arrose tout le monde.’

 

Marcher sur la glace à pas hésitants,

En faisant attention, de peur de tomber.

Aller à la hâte, glisser, et tomber sur le sol,

Revenir sur la glace et courir,

Au cas où la glace se fissurerait et s’ouvrirait.

Entendre, en quittant leur maison grillagée, Sirocco,

Boreas, et tous les vents en bataille...

C’est l’hiver, mais il apporte la joie.

Antonio Lucio Vivaldi (1678-1741) - violoniste et compositeur de musique - Les quatre saisons
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2 mai 2024 4 02 /05 /mai /2024 13:36

 

 

Stuart Merrill (1863-1915) poète symboliste américain d'expression française.

 

 

Les quatre saisons

 

 

Printemps

impression de printemps


Le village, frileux sous ses toits de vieux chaume,

S’ouvre, ce bleu matin, aux désirs du printemps.

Cœurs et fleurs vont éclore au ciel qui s’en embaume.

C’est un jour où partout les hommes sont contents.

 

Le blé vert a percé sous la dernière neige,

La violette est née au fond des bois anciens,

Le lilas va fleurir sous le doux sortilège

Des soupirs d’amoureux que le vent mêle aux siens.


L’on a mis des rubans à l’arbre de l’auberge

Qui résonne gaiement du rire des buveurs.

Les enfants sont partis prier la Sainte Vierge

En ce bon renouveau qui rend leurs yeux rêveurs.

 

Et des cages d’oiseaux, de fenêtre à fenêtre,

Amusent les vieillards qui goûtent le soleil,

En écoutant, béats de ce tiède bien-être,

Ronronner à leurs pieds les chats lourds de sommeil.

 

 

 

Eté

Somnolence


Dormir ! — Les volets sont clos sur le soleil, et que m’importe

L’horloge qui, comme un cœur, bat le rythme du Temps

Dans la maison où c’est peut-être la Mort qui m’attend

Ou l’Amour, cette ombre que j’ai vue entrer par la porte ?

 

Dormir ! — Dans le bassin du jardin, l’eau en tintant

Fait rêver à des rires de nymphes nues qui apportent

Des fruits plein les mains à leurs compagnes mi-mortes

D’avoir trop baisé la chair chaude du Printemps.

 

Pourtant un pas furtif glisse dans le couloir

Et une main prudente cherche à pousser l’huis.

Mais, seul, je veux être roi du silence et du soir.

 

Dormir ! — Aux vitres vibre le vol des mouches.

— Que m’importe


Que ce soit la Mort frappant si doucement à la porte

Ou l’Amour qui, ayant à peine frappé, a déjà fui ?

 


 

Automne

Pluie d'automne


Ô pluie, douce pluie sanglotante

Qui éveilles ma peine comme des larmes de mère

— Pluie si froide, larmes si amères ! —

Dans le crépuscule où nul oiseau ne chante,

 

Ne cesseras-tu ton tintement monotone

Sur le toit de ma maison aux vieilles tuiles

D’où se sont envolées vers de lointaines îles

Les hirondelles que rebrousse le rude automne ?


Près de l’âtre où éclatent en fleurs de flamme les bûches

Je lis des histoires tristes de très vieilles reines

Qui me font oublier les anciennes semaines

Où les abeilles bourdonnaient dans les ruches.

 

Dehors les tourterelles ouvrent large leurs ailes

Pour recevoir le baptême sacré de la pluie,

Et les poules secouent leurs plumes

dans la grange où s’ennuient,

Griffant parfois la paille, les chats roulés pêle-mêle.

 

Personne, à cette heure, ne passera sur la route,

À moins que la mendiante à la chevelure rousse

Ne vienne, avec son geste qui craint qu’on la repousse,

Quêter un peu de pain, comme le remords cherche l’absoute.

 

Au fond de la salle sombre, je me sens seul au monde,

Ce soir où les cheminées ont une odeur de suie,

Et je demande en vain son secret à la pluie


Qui me fait presque pleurer comme un enfant qu’on gronde.


Le secret de la pluie est-il celui des larmes ?

— Pluie si froide, larmes si amères ! —

Ah ! réponds, cœur d’enfant sur qui pleure une mère,

Le secret de la pluie est-il celui des larmes ?

 

 


Hiver

Noël


Noëls des anciens temps, hymnes d’or dans la nuit,

Verrières empourprant la neige de la lande,

Bergers chantant, chacun droit sous sa houppelande

Dans le bercail où les troupeaux dorment sans bruit ;

 

De village à village, alors que l’ombre luit,

Les sabots des bambins allant, serrés en bande,

Quêter à chaque seuil le pain, le vin, la viande,

Pour donner à manger au vagabond qui fuit ;

 


Légendes dont est claire et sonore mon âme,

L’hiver brûlant d’amour, les frimas et la flamme,

Tout le ciel annonçant à la terre Jésus,

 

Vous n’êtes que rumeurs et rêves sur la route

Pour les veilleurs dressés vers les astres déçus

Qui virent tant de dieux mourir de notre doute !
 

Stuart Merril (1863-1915) - poète symboliste américain - Les quatre saisons
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2 mai 2024 4 02 /05 /mai /2024 13:25

Carte Bonne Fête Felipe - 3 mai

 

Bonne Fête Felipe - 3 mai

Bonne Fête Felipe - 3 mai

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2 mai 2024 4 02 /05 /mai /2024 13:24

Carte Bonne Fête Zoé - 2 mai

 

Bonne Fête Zoé - 2 mai

Bonne Fête Zoé - 2 mai

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2 mai 2024 4 02 /05 /mai /2024 13:23

Carte Bonne Fête Philippe - 3 mai

 

Bonne Fête Philippe - 3 mai

Bonne Fête Philippe - 3 mai

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1 mai 2024 3 01 /05 /mai /2024 22:42

Carte Bonne Fête Boris - 2 mai

 

Bonne Fête Boris - 2 mai

Bonne Fête Boris - 2 mai

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1 mai 2024 3 01 /05 /mai /2024 22:30

 

 

Anna de Noailles (1876-1933) poétesse et romancière française d'origines roumaine et grecque

 


L'innocence

 


Si tu veux nous ferons notre maison si belle

Que nous y resterons les étés et l'hiver !

Nous verrons alentour fluer l'eau qui dégèle,

Et les arbres jaunis y redevenir verts.

 

Les jours harmonieux et les saisons heureuses

Passeront sur le bord lumineux du chemin,

Comme de beaux enfants dont les bandes rieuses

S'enlacent en jouant et se tiennent les mains.

 

Un rosier montera devant notre fenêtre

Pour baptiser le jour de rosée et d'odeur ;

Les dociles troupeaux, qu'un enfant mène paître,

Répandront sur les champs leur paisible candeur.

 

Le frivole soleil et la lune pensive

Qui s'enroulent au tronc lisse des peupliers

Refléteront en nous leur âme lasse ou vive

Selon les clairs midis et les soirs familiers.

 

Nous ferons notre coeur si simple et si crédule

Que les esprits charmants des contes d'autrefois

Reviendront habiter dans les vieilles pendules

Avec des airs secrets, affairés et courtois.

 

Pendant les soirs d'hiver, pour mieux sentir la flamme,

Nous tâcherons d'avoir un peu froid tous les deux,

Et de grandes clartés nous danseront dans l'âme

A la lueur du bois qui semblera joyeux.

 

Émus de la douceur que le printemps apporte,

Nous ferons en avril des rêves plus troublants.

- Et l'Amour sagement jouera sur notre porte

Et comptera les jours avec des cailloux blancs...
 

Anna de Noailles (1876-1933) - poétesse et romancière française - L'innocence
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30 avril 2024 2 30 /04 /avril /2024 23:21

 

 

Albert Samain (1858-1900) poète symboliste français

 

 

Les quatre saisons

Forêts


Vastes Forêts, Forêts magnifiques et fortes,

Quel infaillible instinct nous ramène toujours

Vers vos vieux troncs drapés de mousses de velours

Et vos étroits sentiers feutrés de feuilles mortes ?

 

Le murmure éternel de vos larges rameaux

Réveille encore en nous, comme une voix profonde,

L’émoi divin de l’homme aux premiers jours du monde,

Dans l’ivresse du ciel, de la terre, et des eaux.

 

Grands bois, vous nous rendez à la Sainte Nature.

Et notre coeur retrouve, à votre âme exalté,

Avec le jeune amour l’antique liberté,

Grands bois grisants et forts comme une chevelure !

 

Vos chênes orgueilleux sont plus durs que le fer ;

Dans vos halliers profonds nul soleil ne rayonne ;

L’horreur des lieux sacrés au loin vous environne,

Et vous vous lamentez aussi haut que la mer !

 

Quand le vent frais de l’aube aux feuillages circule,

Vous frémissez aux cris de mille oiseaux joyeux ;

Et rien n’est plus superbe et plus religieux

Que votre grand silence, au fond du crépuscule...

 

Autrefois vous étiez habités par les dieux ;

Vos étangs miroitaient de seins nus et d’épaules,

Et le Faune amoureux, qui guettait dans les saules,

Sous son front bestial sentait flamber ses yeux.

 

La Nymphe grasse et rousse ondoyait aux clairières

Où l’herbe était foulée aux pieds lourds des Silvains,

Et, dans le vent nocturne, au long des noirs ravins,

Le Centaure au galop faisait rouler des pierres.

 

Votre âme est pleine encor des songes anciens ;

Et la flûte de Pan, dans les campagnes veuves,

Les beaux soirs où la lune argente l’eau des fleuves,

Fait tressaillir encor vos grands chênes païens.

 

Les Muses, d’un doigt pur soulevant leurs longs voiles

À l’heure où le silence emplit le bois sacré,

Pensives, se tournaient vers le croissant doré,

Et regardaient la mer soupirer aux étoiles...

*
**

Nobles Forêts, Forêts d’automne aux feuilles d’or,

Avec ce soleil rouge au fond des avenues,

Et ce grand air d’adieu qui flotte aux branches nues

Vers l’étang solitaire, où meurt le son du cor.

 

Forêts d’avril : chansons des pinsons et des merles ;

Frissons d’ailes, frissons de feuilles, souffle pur ;

Lumière d’argent clair, d’émeraude et d’azur ;

Avril ! ... Pluie et soleil sur la forêt en perles ! ...

 

Ô vertes profondeurs, pleines d’enchantements,

Bancs de mousse, rochers, sources, bruyères roses,

Avec votre mystère, et vos retraites closes,

Comme vous répondez à l’âme des amants !

 

Dans le creux de sa main l’amante a mis des mûres ;

Sa robe est claire encore au sentier déjà noir ;

De légères vapeurs montent dans l’air du soir,

Et la forêt s’endort dans les derniers murmures.

 

La hutte au toit noirci se dresse par endroits ;

Un cerf, tendant son cou, brame au bord de la mare

Et le rêve éternel de notre coeur s’égare

Vers la maison d’amour cachée au fond des bois.

 

Ô calme ! ... Tremblement des étoiles lointaines ! ...

Sur la nappe s’écroule une coupe de fruits ;

Et l’amante tressaille au silence des nuits,

Sentant sur ses bras nus la fraîcheur des fontaines...

 

*
**

Forêts d’amour, Forêts de tristesse et de deuil,

Comme vous endormez nos secrètes blessures,

Comme vous éventez de vos lentes ramures

Nos coeurs toujours brûlants de souffrance ou d’orgueil.

 

Tous ceux qu’un signe au front marque pour être rois,

Pâles s’en vont errer sous vos sombres portiques,

Et, frissonnant au bruit des rameaux prophétiques,

Écoutent dans la nuit parler de grandes voix.

 

Tous ceux que visita la Douleur solennelle,

Et que n’émeuvent plus les soirs ni les matins,

Rêvent de s’enfoncer au coeur des vieux sapins,

Et de coucher leur vie à leur ombre éternelle.

 

Salut à vous, grands bois à la cime sonore,

Vous où, la nuit, s’atteste une divinité,

Vous qu’un frisson parcourt sous le ciel argenté,

En entendant hennir les chevaux de l’Aurore.

 

Salut à vous, grands bois profonds et gémissants,

Fils très bons et très doux et très beaux de la Terre,

Vous par qui le vieux coeur humain se régénère,

Ivre de croire encore à ses instincts puissants :

 

Hêtres, charmes, bouleaux, vieux troncs couverts d’écailles,

Piliers géants tordant des hydres à vos pieds,

Vous qui tentez la foudre avec vos fronts altiers,

Chênes de cinq cents ans tout labourés d’entailles,

 

Vivez toujours puissants et toujours rajeunis ;

Déployez vos rameaux, accroissez votre écorce

Et versez-nous la paix, la sagesse et la force,

Grands ancêtres par qui les hommes sont bénis.

(octobre 1896)  
 

Albert Samain (1858-1900) - poète symboliste français - Les quatre saisons
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30 avril 2024 2 30 /04 /avril /2024 22:08

 

 

José-Maria de Heredia (1842-1905) homme de lettres d'origine cubaine (alors encore colonie espagnole à cette époque). Né sujet espagnol, il a été naturalisé français en 1893


 

Hortorum Deus (IV)

Mihi corolla picta vere ponitur.

(La corolle est vraiment prête pour moi)

 

Catulle

Entre donc. Mes piliers sont fraîchement crépis,

Et sous ma treille neuve où le soleil se glisse

L'ombre est plus douce. L'air embaume la mélisse.

Avril jonche la terre en fleur d'un frais tapis.

 

Les saisons tour à tour me parent : blonds épis,

Raisins mûrs, verte olive ou printanier calice ;

Et le lait du matin caille encor sur l'éclisse,

Que la chèvre me tend la mamelle et le pis.

 

Le maître de ce clos m'honore. J'en suis digne.

Jamais grive ou larron ne marauda sa vigne

Et nul n'est mieux gardé de tout le Champ Romain.

 

Les fils sont beaux, la femme est vertueuse, et l'homme,

Chaque soir de marché, fait tinter dans sa main

Les deniers d'argent clair qu'il rapporte de Rome.
 

José-Maria de Heredia (1842-1905) - homme de lettres espagnol et français - Hortorum Deus (IV) Mihi corolla picta vere ponitur.
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30 avril 2024 2 30 /04 /avril /2024 21:38

 

 

Guillaume Anfrie (1639-1720), abbé de Chaulieu, poète libertin français.

 

A Madame la marquise de Lassay

de Fontenay, le premier Jour de Mai 1705

 

Loin de la foule et du bruit,

Je suis dans mon château, comme vous dans le vôtre :

Car ne se peut prendre pour autre

Que pour château, votre réduit ;

Et croiriez une baliverne,

Si, sur la foi d'une lanterne

Qui par l'ordre d'Argenson luit,

Vous pensiez qu'être aux Incurables,

Entre gens un peu raisonnables,

Ce soit demeurer à Paris.

Entre nous autres beaux esprits

Qu'il faut bien que dans nos écrits,

Toujours la justesse accompagne,

Vous demeurez à la campagne ;

Et pour moi, maintenant j'y suis.

C'est là que, plus touché d'un ruisseau qui murmure,

Que de tous ces vains ornements

Fils de l'art et de l'imposture,

Je me fais des amusemens

De tout ce qu'à mes yeux présente la nature.

Quel plaisir de la voir rajeunir chaque jour !

Elle rit dans nos prés, verdit dans nos boccages,

Fleurit dans nos jardins et dans les doux ramages

Des oiseaux de nos bois elle parle d'amour.

Hélas ! pourquoi faut-il, par une loi trop dure,

Que la jeunesse des saisons,

Qui rend la verte chevelure

A nos arbres, à nos buissons,

Ne puisse ranimer notre machine usée ;

Rendre à mon sang glacé son ancienne chaleur,

A mon corps, à mes sens leur premiere vigueur,

Et d'esprits tout nouveaux réchauffer ma pensée ;

Surtout, rendre à mon coeur ces tendres sentimens,

Ces transports, ces fureurs, ces précieuses larmes,

Qui de nos jours font l'unique printems,

Et dont mon coeur usé ne connoît plus les charmes ?

Alors vous me verriez cent fois à vos genoux

Vous redire combien vous me semblez aimable ;

Vous jurer que le ciel me fit exprès pour vous ;

Que mon attachement seroit tendre et durable ;

Que dans l'imagination

Quelque chose de simpathique

Prépare entre nous l'union

Par où l'amour au coeur souvent se communique ;

Enfin, sans vous chercher cent autres agrémens,

Que vous avez tous les talens

Que je sens qu'il faut pour me plaire.

Ainsi je parlerois dans ces bienheureux tems ;

Mais je dois maintenant me taire.
 

Guillaume Anfrie (1639-1720) - abbé de Chaulieu, poète libertin français - A Madame la marquise de Lassay
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