27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 23:38


 

 

Max Jacob (1876-1944) poète moderniste et romancier mais aussi un peintre français.


Rois mages deviendront prêtres 

 

"Gardez l'or pour faire des calices l'encens pour brûler à l'autel un enfant comme moi pour aider à l'office car l'ange des enfants officie dans le ciel.

 

Rois qui savez écrire et lire prenez la sandale de corde !
J'accepte vos présents de myrrhe mais entrer prêtre dans mes ordres vaut mieux que dire l'avenir.

 

Au nom du Sang que j'apporte sur terre ô Saint-Esprit, colombe de mon père, soufriez vos dons sacrés de votre petit bec baptisez ces rois mages en passant sur leur tête car je n'ai pas encore de baptistère.

 

Mère Marie, Joseph, père adoptif, ma crèche est la première église mettez-moi donc sur ma chemise ma robe blanche en manière de surplis."

Max Jacob (1876-1944) poète moderniste  -  Rois mages deviendront prêtres 
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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 23:38

 

 

Edmond Rostand (1868-1918), écrivain et pète français

 


Les Rois Mages


Ils perdirent l'étoile, un soir ; pourquoi perd-on

L'étoile ? Pour l'avoir parfois trop regardée,

Les deux rois blancs, étant des savants de Chaldée,

Tracèrent sur le sol des cercles au bâton.

Ils firent des calculs, grattèrent leur menton,

Mais l'étoile avait fui, comme fuit une idée.

Et ces hommes dont l'âme eût soif d'être guidée

Pleurèrent, en dressant des tentes de coton.

Mais le pauvre Roi noir, méprisé des deux autres,

Se dit "Pensons aux soifs qui ne sont pas les nôtres,

Il faut donner quand même à boire aux animaux."

Et, tandis qu'il tenait son seau d'eau par son anse,

Dans l'humble rond de ciel où buvaient les chameaux

Il vit l'étoile d'or, qui dansait en silence.

Edmond Rostand (1868-1918) - écrivain et pète français - Les Rois Mages
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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 23:37

 

 


La Marche des rois ou La marche des Rois mages ou encore, en provençal, La Marcho di Rèi chant provencal Alphonse Daudet - Bizet (1872)

- est un chant de Noël populaire d’origine provençale célébrant l’Épiphanie et les Rois mages. Sa reprise par Georges Bizet pour son Arlésienne en a popularisé le thème.

La Marche des Rois est un des thèmes de l’ouverture de l’Arlésienne (1872), musique de scène composée par Georges Bizet pour un drame à sujet provençal d’Alphonse Daudet.

 

 

La marche des rois

 

De bon matin,

J'ai rencontré le train

De trois grands Rois qui allaient en voyage,

De bon matin,

J'ai rencontré le train

De trois grands Rois dessus le grand chemin.


 
Venaient d'abord les gardes du corps,

Des gens armés avec trente petits pages,

Venaient d'abord les gardes du corps

Des gens armés dessus leur juste au corps.


 
Puis sur un char,

Doré de toute part,

On voit trois rois modestes comme d'anges

Puis sur un char,

Doré de toute part

Trois rois debout parmi les étendards.


 
L'étoile luit

Et les Rois conduit,

Par longs chemins,

Devant une pauvre étable,

L'étoile luit

Et les Rois conduit,

Par longs chemins devant l'humble réduit.


 
Au fils de Dieu

Qui naquit en ce lieu

Ils viennent tous présenter leurs hommages,

Au fils de Dieu

Qui naquit en ce lieu

Ils viennent tous présenter leurs doux voeux.


 
De beaux présents,

Or, myrrhe et encens

Ils vont offrir au maître tant admirable

De beaux présent,

Or, myrrhe et encens

Ils vont offrir au bienheureux enfant.

 

La Marcho di Rèi -chant provencal Alphonse Daudet - Bizet (1872) - La marche des rois
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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 23:37

 

 

Jens Johannes Joergensen (1866-1956) écrivain danois, célèbre pour ses biographies de saints catholiques.

Edition du Seuil, 1961, p.63-67

 


Le quatrième Roi Mage 

 

Les sages de l'Orient apportèrent l'or, l'encens et la myrrhe pure. Une vieille légende raconte que lorsqu'ils déposèrent leurs trésors, l'enfant ne voulut pas sourire. Marie était très honorée par l'encens, qui brûlait comme elle l'avait vu brûler dans le temple de Jérusalem, et, les yeux pleins de larmes, elle cacha la myrrhe dans son sein. Mais l'enfant ne tendit pas ses petites mains vers l'or éclatant ; la fumée fit tousser ses petits poumons ; il se détourna de la myrrhe et embrassa les larmes dans les yeux de sa mère.


Les trois saints rois se relevèrent et prirent congé, avec le sentiment de gens qui n'ont pas été appréciés selon leur mérite. Mais quand la tête et le cou de leurs dromadaires eurent disparu derrière les montagnes, quand le dernier tintement de leur harnais eut expiré sur la route de Jérusalem, alors parut le quatrième roi. Il apportait de Perse trois perles précieuses. Mais il arrivait trop tard, les autres rois étaient partis. Il arrivait trop tard… et les mains vides… il n'avait plus de perles !


Il ouvrit lentement les portes de l'étable sainte où se trouvaient le Fils de Dieu, la Mère de Dieu et le père nourricier de Dieu. Le jour tombait, l'étable devenait sombre ; une légère odeur d'encens flottait encore… Joseph retournait la paille de la crèche pour la nuit, l'Enfant Jésus était sur les genoux de sa mère. Elle le berçait doucement.


Lentement, en hésitant, le roi de Perse s'avança puis il se jeta aux pieds de l'Enfant et de sa mère. Lentement, en hésitant, il commença à parler.


"Seigneur, dit-il, j'avais une offrande pour toi, trois perles précieuses, grosses comme un œuf de pigeon, trois vraies perles de la Mer Persique. Je ne les ai plus."

Je suis venu à part des trois autres rois. Ils marchaient devant moi sur leurs dromadaires ; je suis resté en arrière dans une hôtellerie sur le bord du chemin. J'eus tort... Quand j'entrais dans la salle des voyageurs, j'aperçus un vieillard tremblant de fièvre, étendu sur le banc du poêle. Nul ne savait qui il était. Sa bourse était vide ; il n'avait pas d'argent pour payer le médecin et les soins qui lui étaient nécessaires. Seigneur, pardonne-moi, j'ai pris une perle de ma ceinture et l'ai donnée à l'aubergiste, pour qu'il lui procurât un médecin et lui assurât les soins et, s'il mourait, une tombe en terre bénie.

Le lendemain je repartis. Je poussais mon âne autant que possible pour rejoindre les trois autres rois. Soudain j'entendis des cris venant d'un fourré. Je sautai de ma monture et trouvai des soldats qui s'étaient emparés d'une jeune femme et s'apprêtaient à lui faire violence. Ils étaient trop nombreux, je ne pouvais songer à me battre avec eux. Oh ! Seigneur pardonne-moi encore une fois, je mis la main à la ceinture, pris ma seconde perle et achetai sa délivrance. A présent il ne me restait plus qu'une perle, mais au moins je voulais te l'apporter, Seigneur !

Il était plus de midi. Avant le soir je pouvais être à Bethléem à tes pieds. Alors je vis une petite ville à laquelle les soldats d'Hérode avaient mis le feu. Je m'approchai et trouvai les soldats d'Hérode tuant tous les garçons de deux ans et au-dessous. Près d'une maison en feu, un grand soldat balançait un petit enfant nu qu'il tenait par une jambe. L'enfant criait et se débattait. Le soldat disait : " Maintenant, je le lâche et il va tomber dans le feu. Il fera un bon rôti de cochon. " La mère poussa un cri perçant. Seigneur, pardonne-moi ! Je pris ma dernière perle et la donnai au soldat pour qu'il rendît l'enfant à sa mère. Seigneur, c'est pourquoi me voilà les mains vides. Pardonne-moi, pardonne. "


Le silence régna dans l'étable quand le roi eut achevé sa confession. Pendant un instant il resta le front appuyé contre le sol ; enfin il osa lever les yeux. Joseph avait fini de retourner la paille et s'était approché. Marie regardait son fils qui était contre son sein. Dormait-il ? Non.

L'Enfant-Jésus ne dormait pas. Lentement, il se tourna vers le roi de Perse. Son visage rayonnait ; il étendit ses deux petites mains vers les mains vides. Et l'Enfant-Jésus sourit.

Jens Johannes Joergensen (1866-1956) - écrivain danois, - Le quatrième Roi Mage" 
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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 23:37

 

 

Bibliothèque nationale de France, département Littérature et art, YE-896
Provenance :  Bibliothèque nationale de France

 

 

Les Rois Mages

Souvenir du 1° Octobre 1862

Paris - Le Troisième Jour de Janvier 1863

 


A vous pour qui je passerais  La nuit à chercher votre étoile,  Espérant y trouver vos traits  Que le sommeil, hélas ! me voile ,  Touchants attraits !

 


I.

Le monde était en deuil; le Fils de la promesse  N'avait point vu le jour, et dans l'obscurité,  Le regard vers le ciel, l'homme cherchait sans cesse L'Homme-Dieu qui devait sauver l'humanité.


Les temps étaient venus ! — Des quatre points du monde,  Quatre rois, dans la nuit, virent l'étoile aux cieux;  Et, bravant les déserts, les montagnes et l'onde, I Ils suivirent l'étoile apparue à leurs yeux.


Ils apportaient l'encens, l'ambre, l'or et la myrrhe,  Dons les plus précieux de leur royal trésor.  Pour le Messie, heureux, ils quittaient leur empire,  Et leurs cœurs entraînés eussent fait plus encor.


Et plus ils avançaient, plus l'air chantait l'ivresse;  Plus leurs pleurs d'autrefois s'essuyaient en marchant,  Plus leur âme s'ouvrait à la chaste allégresse;  L'amour chantait en eux comme un Noël touchant.


Au bourg de Bethléem, l'étoile enfin s'arrête!...  Sur la crèche elle jette un éclat merveilleux;  De la rédemption l'oeuvre sublime est prête;  L'enfant est né! Jésus resplendit devant eux !


Ils se sont prosternés dans leur amour immense;  L'étoile se confond avec le feu divin;  Ils offrent leurs présents, et leur tendresse encense  Celui-là que jamais on ne supplie en vain !

 


II.

Vous en souviendrait-il ? — Aux jours de l'espérance,  Quand l'étoile, à mon ciel, brillait dans sa splendeur,  Du mage j'avais pris le rôle en ma croyance, Et vous étiez l'enfant promis par le Seigneur !


Avant que de vous voir, Stella, la nuit obscure  Entourait mon esprit, enveloppait mon cœur,  Et quand à mes regards, étoile douce et pure,  Je vous vis rayonner, oh! ce fut le bonheur !


Un nuage en passant vint me voiler vos charmes;  Tout pour moi devint sombre, hélas! vous avez fui.  La douleur.en mon âme a jeté bien des larmes; L'étoile se cachait, à peine elle avait lui !...


Hier j'étais-heureux, aujourd'hui je suis triste,  Chêne altier, je bravais le souffle de l'amour;  Je restais droit et fort, car le calme résiste. Aujourd'hui l'aquilon me renverse à son tour.


Hier j'allais riant au travers de la vie,  Je n'avais point pâli sous l'éclair de vos yeux;  Je vous vis, et mon âme aussitôt fut ravie.  L'amour vint à ma porte, hôte mystérieux.


J'ai marché, cependant, j'ai suivi les rois mages;  Derrière eux, je me jette en tremblant à vos pieds;  Stella, j'apporte aussi l'encens de mes hommages. Je n'attends qu'un regard..., mes genoux sont pliés.


Si d'un mot échappé l'imprudente hardiesse  A pu vous offenser, je fus à vos genoux;  Et mes chants chaque jour, inondés de tendresse,  Ont dû de vos beaux yeux apaiser le courroux.


Je vous aime, Stella, c'est pourquoi l'espérance,  Malgré tous mes tourments, reste au fond de mon cœur,  Car l'amour, c'est l'espoir, c'est la ressouvenance  Des jours où près de vous je rêvais le bonheur.


Tous ces chers souvenirs, gravés dans ma mémoire,  Me parlent de mon ange et charment ma douleur.  Oh! je ne puis douter, — l'amour seul ferait croire ! Stella n'a pas juré mon éternel malheur.


Vous saurez pardonner ; —Dieu lui-même pardonne!  Dieu, qui sur votre front a mis son sceau divin,  Dieu, qui vous a créée et noble et douce et bonne, Dieu, qui dans votre amour a placé mon destin !


Dieu, qui de mes douleurs a sondé les abîmes,  Dieu, qui sait que pour vous mon coeur est l'encensoir,  Dieu, qui sait pénétrer mes sentiments intimes, Dieu, qui mit tant de feu dans votre grand oeil noir !

Adoration des Mages. Tableau de Georges Trubert. Fin du XVe siècle.

Adoration des Mages. Tableau de Georges Trubert. Fin du XVe siècle.

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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 23:36

 

 

Octave-Émile-Louis Dupré de La Roussière (1851-1933) - poète - . 
Musique de A. Metzner Metzner, Arthur (18..-1914). Compositeur
chant de Noël. 

 

 

L'Etoile des rois mages

 

Le vent gémit, la route est sombre

Entre tous un astre au ciel un astre lui

Quelles sont ces voix qui dans l'ombre

Se font entendre dans la nuit ?

Ce sont les bergers de la plaine

Les Mages qui disent entre eux

En suivant la clarté lointaine

Qui les guident du haut des cieux :

 

Etoile des rois Mages 

Dont l'éclat est si doux

En notre humain voyage

Vers Jésus,  conduis nous....

 

C'est que dans une étable austère

Un enfant, un tout petit enfant est né

Devant qui les grands de la terre

Vont courber leur front couronné

La nouvelle s'est répandue

Le monde attendait un sauveur

Et vers lui la foule éperdue

Accourt avec ferveur

 

Etoile des rois Mages 

Dont l'éclat est si doux

En notre humain voyage

Vers Jésus,  conduis nous....

 

Depuis cette nuit merveilleuse

Tous les ans, resplendit l'autel 

Et l'âme du monde joyeuse

Chante Noël, Noël, Noël !

Tout coeur qui adore et prie

En rendant grâce à l'Eternel

Pour le guider en cette vie  

Implore en ce jour solennel

 

Etoile des rois Mages 

Dont l'éclat est si doux

En notre humain voyage

Vers Jésus,  conduis nous....
 

Octave-Émile-Louis Dupré de La Roussière (1851-1933) - poète - L'Etoile des rois mages, 
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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 23:31

 

 

Paul Verlaine (1844-1896) poète

Recueil : Liturgies intimes (1892).

 


Rois
 

La myrrhe, l'or et l'encens

Sont des présents moins aimables

Que de plus humbles présents

Offerts aux Yeux adorables

Qui souriront plutôt mieux

A de simples vœux pieux.

 

Le voyage des Rois Mages

Certes agrée au Seigneur.

Il accepte ces hommages

Et les tient en haut honneur ;

Mais d'un pécheur qui s'amende

Pour lui la gloire est plus grande.

 

Dans ce sublime concours

D'adorations premières,

Jésus goûtera toujours

Davantage les prières

Des misérables et leur

Garde un royaume meilleur.

 

Les anges et les archanges

Qui réveillent les bergers,

Voix d'espoir et de louanges

Aux hommes encouragés,

Priment dans l'azur sans voile

La miraculeuse étoile...

Riches, pauvres, faisons-nous

Néant devant toi, le Maître,

De Ton saint nom seuls jaloux :

Tu sauras bien reconnaître

Et magnifier les tiens,

Riches, pauvres, tous chrétiens.
 

Icone - Nativite - Epiphanie - Alain-Chenal

Icone - Nativite - Epiphanie - Alain-Chenal

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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 23:30

 

 

José-Maria de Heredia (1842-1905) homme de lettres d'origine cubaine. Né sujet espagnol, il a été naturalisé français en 1893. Son œuvre poétique a fait de lui l'un des maîtres du mouvement parnassien. 

 


Épiphanie

 

Donc, Balthazar, Melchior et Gaspar, les Rois Mages,

Chargés de nefs d'argent, de vermeil et d'émaux

Et suivis d'un très long cortège de chameaux,

S'avancent, tels qu'ils sont dans les vieilles images.

 

De l'Orient lointain, ils portent leurs hommages

Aux pieds du fils de Dieu, né pour guérir les maux

Que souffrent ici-bas l'homme et les animaux ;

Un page noir soutient leurs robes à ramages.

 

Sur le seuil de l'étable où veille saint Joseph,

Ils ôtent humblement la couronne du chef

Pour saluer l'Enfant qui rit et les admire.

 

C'est ainsi qu'autrefois, sous Augustus Caesar,

Sont venus, présentant l'or, l'encens et la myrrhe,

Les Rois Mages Gaspar, Melchior et Balthazar.
 

Adoration des Mages - Vers 1220, Codex Bruchsal 1, Bl. 11r, Karlsruhe

Adoration des Mages - Vers 1220, Codex Bruchsal 1, Bl. 11r, Karlsruhe

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27 décembre 2021 1 27 /12 /décembre /2021 23:30

 

 

Marc-Antoine Charpentier (1643-1704), compositeur et chanteur baroque français.

 

chant - Voici le jour solennel,

 


1

Voici le jour solennel,

De Noël,

Qu'il faut que chacun s'apprête

Pour en joyeuses chansons,

A hauts sons,

Célebrer la sainte fête

Le fils de Dieu étant né,

Destiné,

Pour sauver l'humain lignage

Trois rois sont partis de loin,

Avec Soin,

Pour lui venir fairer hommage

 

2

Ils partirent d'Orient

En riant

Avecque leur compagnie

Le sont venus adorer

Révérer

En menant pieuse vie

L'étoile les a conduit

Jour et nuit

Jusqu'au pays de Judée

Où étant donc parvenus

Et venus

La ville ils ont demandée

 

3

L'astre qui les conduisait

Et guidait

S'évanouit de leur vue

Dont ils furent bien troublés

Etonnés

De l'avoir sitôt perdue

Donc en pensant être au lieu

Là où Dieu

Devait prendre sa naissance

Ils s'en vont partout enquis

Et requis

Leur en donner connaissance

 

4

Dites-nous mes bons seigneurs

Les docteurs

N'est-ce pas en cette ville

Qu'est né des juifs le grand roi

Sans arrois

D'une pucelle gentille ?

Longtemps a qu'avons connu

Et prévu

Son étoile en notre terre

Qui nous a toujours guidés

Et menés

Jusqu'à ce lieu sans equerre

 

6

Le tyran oyant ceci

Dit ainsi

Aux Rois par ruse et cautelle

Allez et le lieu trouver

Si pouvez

Puis m'en apportez nouvelle

Etant revenus vers moi

Sans émoi

Avec vous j'irai sans feinte

Adorer ce roi nouveau

Au berceau

Sans force ou nulle contrainte

 

7

Les trois rois étant partis

Et sortis

De Jérusalem la belle

Sont heureux ensemblement

Grandement

Apercevant une étoile

Elle ne les laissa plus

Au surplus

Qu'ils ne fussent en l'étable

En Bethléem, où l'enfant

Triomphant

Aux pasteurs était aimable

 

8

Nonobstant, ne laissant pas

De ce pas

De lui faire révérence

L'adorant tous d'un accord

Sans discord

Comme portait sa puissance

Ils ont offert leurs présents

De l'encens

Myrrhe, or en bonne monnoie

Puis par l'ange détourné

Retournés

S'en sont par une autre voie

L’Adoration des Mages - Burne-Jones du musée d’Orsay,1887

L’Adoration des Mages - Burne-Jones du musée d’Orsay,1887

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26 décembre 2021 7 26 /12 /décembre /2021 21:24

 

 

Frédéric Mistral (1830-1914) écrivain et lexicographe français provençal de langue d'oc, 

Mémoires et souvenirs (Traduit du provençal)

 

 

À la rencontre des Rois. –

La crèche.


– C’est demain la fête des Rois Si vous voulez les voir arriver, allez vite à leur rencontre, enfants, et portez-leur quelques présents.
Voilà, de notre temps, ce que disaient les mères, la veille du jour des Rois.
Les enfants à la rencontre des rois mages en Provence
Et en avant toute la marmaille, les enfants du village ; nous partions enthousiastes à la rencontre des rois Mages, qui venaient à Maillane, avec leurs pages, leurs chameaux et toute leur suite, pour adorer l’Enfant Jésus.


– Où allez-vous, enfants ?


– Nous allons au-devant des Rois !


Et ainsi , tous ensemble, mioches ébouriffés et petites blondinettes, avec nos calottes et nos petits sabots, nous filions sur le chemin d’Arles, le cœur tressaillant de joie, les yeux remplis de visions. Et nous portions à la main, comme on nous l’avait recommandé, des fouaces pour les Rois, des figues sèches pour les pages et du foin pour les chameaux.


C’était au commencement de janvier et la bise soufflait : c’est vous dire qu’il faisait froid. Le soleil descendait, tout pâle, vers le Rhône. Les ruisseaux étaient glacés, l’herbe était flétrie. Des saules dépouillés, les branches rougeoyaient. Le rouge-gorge et le roitelet sautaient, frétillants, de branche en branche, et l’on ne voyait personne aux champs, à part quelque pauvre veuve qui mettait sur sa tête son tablier rempli de souches, ou quelque vieillard en haillons qui cherchait des escargots au pied d’une haie.


– Où allez-vous si tard, petits ?


– Nous allons au-devant des Rois !


Et la tête en arrière, fiers comme Artaban, en riant, en chantant, en courant à cloche-pied, ou en faisant des glissades, nous cheminions sur la route crayeuse, balayée par le vent.


Puis le jour baissait. Le clocher de Maillane disparaissait derrière les arbres, derrière les grands cyprès noirs ; et la campagne s’étendait tout là-bas, vaste et nue. Nous portions nos regards aussi loin que possible, à perte de vue, mais en vain ! Rien ne paraissait, si ce n’est quelques fagots d’épines emportés par le vent dans les chaumes. Comme cela a lieu dans les soirées d’hiver, tout était triste et muet.


Parfois, cependant, nous rencontrions un berger, pelotonné dans sa limousine, qui venait de garder ses brebis.


– Mais, où allez-vous, enfants, si tard ?


– Nous allons au-devant des Rois… Ne pourriez-vous pas nous dire s’ils sont encore bien éloignés ?


– Ah ! les Rois ?… C’est vrai… Ils arrivent là-derrière. Vous allez bientôt les voir.


Et de courir, et de courir au-devant des Rois, avec nos gâteaux, nos petites fouaces et des poignées de foin pour les chameaux.


Puis le jour tombait. Le soleil, noyé dans un gros nuage, s’évanouissait peu à peu. Les babils folâtres se calmaient un brin. Le vent devenait plus froid. Et les plus courageux marchaient avec retenue.


Tout d’un coup :


– Les voilà !


Un cri de joie folle partait de toutes les bouches. Et la magnificence de la pompe royale illuminait nos yeux. Un rejaillissement, un triomphe de couleurs splendides embrasait le couchant. D’énormes lambeaux de pourpre flambaient ; une demi-couronne d’or et de rubis, lançant dans le ciel un cercle de longs rayons, rendait l’horizon éblouissant.


– Les Rois les Rois !… Voyez leur couronne ! voyez leurs manteaux, leurs drapeaux, leur cavalerie et leurs chameaux !


Et nous restions tout ébaubis !… Mais bientôt cette splendeur, cette gloire, dernière flambée du soleil couchant, se fondait, s’éteignait peu à peu dans les nuages ; et, stupéfaits, bouche béante, dans la campagne sombre, terrifiante, nous nous trouvions tout seulets.


– Où donc ont passé les Rois ?

– Derrière la montagne.


La chouette miaulait. La peur nous saisissait ; et, dans le crépuscule, nous nous en retournions penauds, en grignotant les gâteaux, les fouaces et les figues que nous avions apportés pour les Rois.

 

Et quand enfin nous arrivions à nos maisons :

 

– Eh bien les avez-vous vus ? nous disaient nos mères.

– Non ! Ils ont passé d’un autre côté, derrière la montagne.

– Mais quel chemin avez-vous donc pris ?

– Le chemin d’Arles.

– Ah mes pauvres enfants, les Rois ne viennent pas de ce côté. C’est du Levant qu’ils viennent. Pardi, il vous fallait prendre le vieux Chemin de Rome…

Ah ! comme c’était beau, si vous aviez vu !… si vous aviez vu, quand ils sont entrés dans Maillane ! Les tambours, les trompettes, les pages, les chameaux, quel brouhaha ! mon Dieu !… Maintenant ils sont à l’église, en adoration. Après dîner, vous irez les voir.


Nous dînions vite ; puis, nous courions à l’église. Et dans l’église comble, dès notre entrée, l’orgue, accompagnant le chant de tout le peuple, commençait lentement, puis continuait d’une voix formidable le superbe Noël :


Ce matin
J’ai rencontré le train
De trois grands rois qui partaient en voyage
Ce matin J’ai rencontré le train
De trois grands rois dessus le grand chemin.

 


L'adoration des Mages

Nous autres, affolés par la curiosité, nous nous faufilions entre les jupons des femmes, jusqu’à la chapelle de la Nativité ; et là, sur l’autel, nous voyions la belle Étoile ! Nous voyions les trois rois Mages en manteaux rouge, jaune et bleu, qui saluaient l’enfant Jésus : le roi Gaspard avec sa cassolette d’or ; le roi Melchior avec son encensoir, et le roi Balthazar avec son vase de myrrhe ! Nous admirions les galants pages qui portaient la queue des manteaux traînants ; les chameaux bossus qui élevaient la tête sur l’âne et le bœuf ; la sainte Vierge et saint Joseph ; puis, tout alentour, sur une petite montagne de papier barbouillé, les bergers, les bergères, qui portaient des fouaces, des paniers d’œufs et des langes ; le Meunier, qui tenait un sac de farine ; la Fileuse, qui filait ; l’Ébahi qui s’émerveillait ; le Rémouleur, qui remoulait ; l’Hôtelier ahuri qui, réveillé en sursaut, ouvrait sa fenêtre, et tous les santons qui figurent à la Crèche ; mais celui que nous regardions le plus, c’était le roi Maure.


Parfois, depuis lors, quand viennent les Rois, je vais me promener, à la chute du jour, sur le chemin d’Arles. Le rouge-gorge et le roitelet y voltigent toujours le long des haies ; toujours quelque vieux cherche, comme jadis, des escargots dans l’herbe, et la chouette miaule toujours. Mais dans les nuages du couchant, je ne vois plus les illusions, je ne vois plus la gloire ni la couronne des vieux Rois.


– Où ont passé les Rois ?


– Derrière la montagne.
 

Frédéric Mistral (1830-1914) - écrivain - À la rencontre des Rois
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