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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 17:16

 

Antoine Tenant de Latour (1808-1881) Poète et écrivain français

Recueil : Loin du foyer (1835).

 


L'ange

 

Il est, au pied du Christ, à côté de sa mère,

Un ange, le plus beau des habitants du ciel,

Un frère adolescent de ceux que Raphaël

Entre ses bras divins apporta sur la terre.

 

Un léger trouble effleure à demi sa paupière,

Sa voix ne s'unit pas au cantique éternel,

Mais son regard plus tendre et presque maternel

Suit l'homme qui s'égare au vallon de misère.

 

De clémence et d'amour esprit consolateur,

Dans une coupe d'or, sous les yeux du Seigneur,

Par lui du repentir les larmes sont comptées,

 

Car de la pitié sainte il a reçu le don ;

C'est lui qui mène à Dieu les âmes rachetées

Et ce doux séraphin se nomme : le pardon !


 

Andrea Mantegna  (1431–1506) - Le Christ Rédempteur souffrant

Andrea Mantegna (1431–1506) - Le Christ Rédempteur souffrant

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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 17:15


 

Jules Louis Laforgue (1860-1887) poète franco-uruguayen symboliste.

Connu pour être un des inventeurs du vers libre, il mêle, en une vision pessimiste du monde, mélancolie, humour et familiarité du style parlé.

 

 

Complainte de l'ange incurable

 

Je t'expire mes Cœurs bien barbouillés de cendres ;

Vent esquinté de toux des paysages tendres !

 

Où vont les gants d'avril, et les rames il'an tan ?

L'âme des hérons fous sanglote sur l'étang.

 

Et vous, tendres 

D'antan ?

 

Le hoche-queue pépie aux écluses gelées ;

L'amante va, fouettée aux plaintes des allées.

 

Sais-tu bien, folle pure, où sans châle tu vas ? —

Passant oublié des yeux gais, j'aime là-bas...
 

_______


En allées

Là-bas !

 

Le long des marbriers (Encore un beau commerce !)

Patauge aux défoncés un convoi, sous l'averse.

 

Un trou, qu'asperge un prêtre âgé qui se morfond.

Bâille à ce libéré de l'être ; et voici qu'on

 

Le déverse

Au fond.

 

Les moulins décharnés, ailes nier allègres.

Vois, s'en font les grands bras du haut des coteaux maigres !

 

Ci-gît n'importe qui.

Seras-tu différent.

 

Diaphane d'amour, ô

Chevalier-Errant ?

 

Claque, ô maigre

Errant !

 

Hurler avec les loups, aimer nos demoiselles,

Serrer ces mains sauçant dans de vagues vaisselles !

 

Mon pauvre vieux, il le faut pourtant ! et puis, va.

Vivre est encor le meilleur parti ici-bas.

 

Non ! vaisselles

D'ici-bas !

 

Au-delà plus sûr que la Vérité ! des ailes

D'Hostie ivre et ravie aux cités sensuelles !

 

Quoi ! Ni Dieu, ni l'art, ni ma Sœur Fidèle ; mais

Des ailes ! par le blanc suffoquant ! à jamais,

 

Ah ! des ailes

À jamais !

______

 

Tant il est vrai que la saison dite d'automne

N'est aux cœurs mal fichas rien moins que folichonne.
 

Jules Louis Laforgue (1860-1887) - poète franco-uruguayen - Complainte de l'ange incurable
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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 17:15

 

François-Marie Robert-Dutertre (1815-1898) poète, écrivain, homme politique libre-penseur français.

Recueil : Les loisirs lyriques (1866).

 

L'ange envolé.

 

Mon ange a reployé ses ailes

Et dort glacé sous un linceul ;

Coulez, ô larmes éternelles,

Car ici-bas je reste seul.

 

Ô chère ombre au ciel envolée,

Chaque nuit sous les noirs cyprès

Versant des pleurs sur ton blanc mausolée,

Je viens épancher mes regrets.

 

Cette douce sœur de mon âme,

Pour charmer mon cœur attristé,

Me parlait encore de sa flamme

Sur le seuil de l'éternité.

 

Ô chère ombre au ciel envolée,

Chaque nuit sous les noirs cyprès

Versant des pleurs sur ton blanc mausolée,

Je viens épancher mes regrets.

 

Si jusqu'à toi, de cette terre

S'élève mon chant désolé,

Sois attentive à ma prière

En ton beau royaume étoilé.

 

Ô chère ombre au ciel envolée,

Chaque nuit sous les noirs cyprès

Versant des pleurs sur ton blanc mausolée,

Je viens épancher mes regrets.
 

François-Marie Robert-Dutertre (1815-1898) - poète, écrivain - L'ange envolé.
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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 17:14

 

Philippe Delaveau (1950)  poète et écrivain français, également traducteur et critique d'art, 

 


Fra Angelico

 

Les morts ressusciteront dans les champs de lavande, vigoureux

Comme le vin nouveau dans la tonne de chêne; danseront,

Criant de joie dans l'éternel été.

Les crépuscules, l'aube

Seront pour les étoiles de l'allée, une charmille.

La joie

Sera le nom des fleurs et l'odeur de la nuit, une lumière.

Comment saurai-je l'innocence des jours renouvelés, dit

Près du bleu de la croix, si sombre, l'angélique frère.

Et d'amples paysages se dessillent au lointain; des tombes

Entrouvertes, les morts se dressent, en tunique d'azur - comment

Saurai-je peindre l'insoupçonnable et l'inconnu ?

Ferme tes yeux

D'abord, laisse ta barque transparente, sur le sillage

Prendre le rythme et geindre, avant de t'élancer

Dans la clarté de l'aube verte et sache ta science

S'humilier devant l'ombre propice.

Il vient, mais l'entends-tu

Glissant parmi les portes immortelles?

Que ton art soit habile pour le dire,

Et le mur frais, les teintes justes assemblées dans le concile

Des couleurs.

Et l'on murmure alors le récit des splendeurs,

Que l'Ange embouchera la trompette d'argent; que des flancs

Du navire descendent, pour des embrassements sans fin,

Les rois mendiants et les célestes pauvres.
 

Ange tenant une trompette, détail du Triptyque de Linaivoli, 1433

Ange tenant une trompette, détail du Triptyque de Linaivoli, 1433

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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 17:14


 

Jean Aicard (1848-1921), poète, romancier et dramaturge français.
Recueil : Les jeunes croyances (1867).

 

 

L'ange et l'enfant.

 

Il lui disait : " Je suis ton frère ;

Ne te souvient-il plus des cieux ?

Leur doux reflet brille en tes yeux :

Tu n'es pas l'enfant de la terre ! "

 

Et l'ange souriait et lui tendait les bras ;

L'enfant semblait dormir et ne répondait pas.

 

"Déjà les portes éternelles,

Enfant, sont ouvertes pour toi ;

Viens ; je te donnerai des ailes :

Tu t'envoleras avec moi !

 

"Bien souvent tu vois dans ton rêve

Des rubis, des perles, des fleurs ;

Pour ne te laisser que des pleurs,

Ce vain songe trop tôt s'achève."

 

Et l'ange souriait et lui tendait les bras ;

L'enfant semblait dormir et ne répondait pas.

 

"Je ne veux pas que tu t'éveilles ;

Blond chérubin, remonte aux cieux ;

Tu retrouveras ces merveilles

Dont le songe éblouit tes yeux.

 

"Viens ; tu courras dans les allées,

Sur le sable d'un grand jardin ;

Je te conduirai par la main

Jusques aux voûtes étoilées."

 

Et l'ange souriait et lui tendait les bras ;

L'enfant semblait dormir et ne répondait pas.

 

"N'entends-tu pas l'appel des anges ?

Va jouer dans le firmament ;

Sors de la vie et de ses langes

Dans les plis de mon vêtement !

 

"Tu verras des fleurs immortelles,

Des diamants dans les ruisseaux,

Des fruits d'or, et de blancs oiseaux

Qui laissent caresser leurs ailes !"

 

Et l'ange souriait et lui tendait les bras ;

L'enfant semblait dormir et ne répondait pas.

 

"Oh ! que veux-tu que je te donne,

Frère, si tu viens avec moi ?

Prends les rayons de ma couronne :

Ces fleurons divins sont à toi.

 

"Tu ne sais pas que la souffrance

Ici-bas pourrait t'accabler !

Viens, suis-moi : je vais m'envoler...

Pauvre ami, je suis l'Espérance !"

 

Et l'ange souriait et lui tendait les bras ;

L'enfant semblait dormir et ne répondait pas.

 

"Quoi ? Tu veux rester sur la terre,

Tout seul, jouet de la douleur ?

Et le ciel t'offrait le bonheur !...

Enfant, dans le ciel est ta mère ! "

 

Et deux anges fuyaient, heureux, loin d'ici-bas ;

Et l'enfant endormi ne se réveilla pas !
 

Jean Aicard (1848-1921) - poète - L'ange et l'enfant.
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*

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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