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21 décembre 2013 6 21 /12 /décembre /2013 02:09
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.



Bacchante triste
Etudes et préludes
 
        Le jour ne perce plus de flèches arrogantes
        Les bois émerveillés de la beauté des nuits,
        Et c’est l’heure troublée où dansent les Bacchantes
        Parmi l’accablement des rythmes alanguis.

        Leurs cheveux emmêlés pleurent le sang des vignes,
        Leurs pieds vifs sont légers comme l’aile des vents,
        Et le rose des chairs, la souplesse des lignes,
        Ont peuplé la forêt de sourires mouvants.

        La plus jeune a des chants qui rappellent le râle :
        Sa gorge d’amoureuse est lourde de sanglots.
        Elle n’est point pareille aux autres, - elle est pâle ;
        Son front a l’amertume et l’orage des flots.

        Le vin où le soleil des vendanges persiste
        Ne lui ramène plus le généreux oubli ;
        Elle est ivre à demi, mais son ivresse est triste,
        Et les feuillages noirs ceignent son front pâli.

        Tout en elle est lassé des fausses allégresses.
        Et le pressentiment des froids et durs matins
        Vient corrompre la flamme et le miel des caresses.
        Elle songe, parmi les roses des festins.

        Celle-là se souvient des baisers qu’on oublie...
        Elle n’apprendra pas le désir sans douleur,
        Celle qui voit toujours avec mélancolie
        Au fond des soirs d’orgie agoniser les fleurs.



Annie Louisa Robinson Swynnerton
 Bacchante
Annie-Louisa-Robinson-Swynnerton-Bacchante.jpg
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20 décembre 2013 5 20 /12 /décembre /2013 01:24
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.


Le Palais du Poète
Le vent des vaisseaux

 
    Les murs de ce palais sont d’ébène et d’ivoire
    Et les plafonds gemmés d’astres comme les cieux.
    Les esclaves y vont à pas silencieux
    Avec leurs pas très doux et leur face très noire.

    Et les cyprès aigus s’y dorent au couchant…
    On n’entend jamais plus la fuite d’or du sable
    Dans le lent sablier… car l’instant adorable
    Y demeure, attiré par le pouvoir du chant…

    Et le repos, semblable à l’écho, se prolonge
    Infiniment suave et tendre et musical,
    Comme un chant murmuré selon un rythme égal…
    Ici l’on goûte en paix l’éternité du songe…

    Comme un serpent couché, le lent chagrin s’endort…
    Le cœur tranquille enfin, et l’âme enfin ravie,
    Le Poète s’attarde en oubliant la vie
    Et croit goûter déjà la douceur de la Mort.

    En attendant la paix de cet instant unique,
    Les parfums sont très doux que brûlent les flambeaux…
    Et dans les vases d’or que les grands lys sont beaux !
    Car le Poète écoute, en pleurant, Sa Musique !…

Illustration mcp
Le palais du poète
http://img1.picmix.com/output/pic/original/9/1/4/2/2752419_5a4c2.jpg

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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 01:12
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.


Enseignement
Sillages

 
    Tu veux savoir de moi le secret des sorcières ?
    J’allumerai pour toi leurs nocturnes lumières,
    Et je t’apprendrai l’art très simple des sorcières.

    Les sorcières ne sont vivantes que la nuit.
    Elles dorment pendant le jour. Leur regard fuit.
    N’étant habitué qu’à l’ombre de la nuit.

    Les sorcières ont des âmes calmes et noires,
    Les astres leur sont moins étranges que les foires.
    Le feu des mondes luit en leurs prunelles noires.

    On les craint, on les chasse, on ne les aime pas.
    Elles ont fui l’auberge et le commun repas.
    Elles n’ont point compris, on ne les comprend pas.

    Cependant elles sont très simples… On doit naître…
    Pour les comprendre, il faut quelque peu les connaître
    Et savoir qu’elles ont le droit d’être et de naître…

    Chacun parle très haut du bien et du mal.
    L’on sait que c’est un tort grave d’être anormal,
    Leur cœur inoffensif n’a point conçu le mal.

    Mais ces femmes sont les maudites étrangères.
    Car dans un monde épais leurs âmes sont légères,
    Et ses lois leurs seront à jamais étrangères.

    Elles touchent à peine, ― et si peu ! le sol franc.
    Elles n’aiment que le tout noir ou le tout blanc
    Ou la nuance dont le reflet n’est pas franc.

    Par leurs regards, par leurs sourires équivoques,
    La pourpre sombre et l’or terne des vieilles loques
    Revêtent, sur leur corps, des splendeurs équivoques.

    Elles savent cacher au dur regard du jour
    Leur cœur, leur haine triste et leur si triste amour,
    Leur âme indifférente à la beauté du jour.

    Peu leur importe si, plus tard, enfin vaincues
    Par les pouvoirs du jour, leurs musiques vécues
    S’éteignent, ainsi qu’un faible appel des vaincues…

    Peu leur importe, ― tout leur est indifférent
    Car l’univers n’est qu’un luth docile qui rend,
    Selon la main, un doux sanglot indifférent.

    Elles vivent dans un songe las, solitaires
    Comme la lune, ayant choisi, parmi les terres,
    Celles où meurent le mieux les âmes solitaires.

Illustration mcp
Ame calme et noire
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18 décembre 2013 3 18 /12 /décembre /2013 01:31
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.




Le Poète
Le Vent des vaisseaux

 
    Il porte obscurément la pourpre du poète,
    Ce passant qu’on rencontre au détour du chemin,
    Vers lequel nul ne tend sa secourable main
    Et qui lève vers l’aube un front large d’ascète.

    Mais sous le grand manteau percé de mille trous,
    Si vieux qu’il est pareil aux innombrables toiles
    Que l’araignée a su tramer sous les étoiles,
    S’ouvrent ses yeux divins, prophétiques et fous.

    Cet inconnu c’est le poète en son passage,
    Et le vent du chemin lui dicte, ainsi qu’un dieu
    Dicte un ordre divin, son chant impérieux…
    … Mais, hélas ! nul n’entend le merveilleux message.

    Toi, dont le vent clément rafraîchit le front nu,
    Tu n’oses même pas solliciter l’Aumône,
    Mais les siècles futurs te verront sur un trône,
    Couronné de rayons, ô divin Inconnu !

Illustration mcp
Le poète
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17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 00:55
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.



    Notre Heure

        Écoute le doux bruit de cette heure que j’aime
        Et qui passe et qui fuit et meurt en un poème !

        Écoute ce doux bruit tranquille et passager
        Des ailes de l’Instant qui s’envole, léger !

        Je crois que ma douleur n’est que celle d’un autre…
        Et cette heure est à nous comme une chose nôtre…

        Car cette heure ne peut être à d’autres qu’à nous,
        Avec son doux parfum et son glissement doux…

        Elle est pareille à la chanson basse qui leurre
        Et qui vient de la mer… Ah ! retenir notre heure !

        Ô triste enchantement de se dire : Jamais
        Je ne retrouverai cette heure que j’aimais !

Illustration mcp
Notre heure
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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 22:39
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.




Qu’une vague l’emporte
À l’heure des mains jointes

 
La marée, en dormant, prolonge un souffle égal,
L’âme des conques flotte et bruit sur les rives…
Tout m’est hostile, et ma jeunesse me fait mal.
Je suis lasse d’aimer les formes fugitives.
Debout, je prends mon cœur où l’amour fut hier
Si puissant, et voici : je le jette à la mer.

Qu’une vague légère et dansante l’emporte,
Que la mer l’associe à son profond travail
Et l’entraîne à son gré, comme une chose morte,
Qu’un remous le suspende aux branches de corail,
Que le vouloir des vents contraires le soulève
Et qu’il roule, parmi les galets, sur la grève.

Qu’il hésite et qu’il flotte, un soir, emprisonné
Par la longue chevelure des algues blondes,
Que le songe de l’eau calme lui soit donné
Dans le fallacieux crépuscule des ondes…
Et que mon cœur, soumis enfin, tranquille et doux,
Obéisse au vouloir du vent et des remous.

Je le jette à la mer, comme l’anneau des Doges,
L’anneau d’or que les flots oublieux ont terni,
Et qui tomba, parmi les chants et les éloges,
Dans le bleu transparent, dans le vert infini…
L’heure est vaste, les morts charmantes sont en elles,
Et je donne mon cœur à la mer éternelle.


Illustration mcp
Qu'une vague l'emporte
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12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 02:30
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.


Caravanes
Flambeaux éteints

C’est le soir. On entend passer les caravanes.
Rythmiques, les chameaux allongent leurs pas lourds.
La clochette à leur cou jette des refrains sourds.
Smyrne dort, du sommeil repu des courtisanes.

Dans un jardin créé par les mains de la nuit
De fabuleux jasmins déroulent leurs lianes,
Et mes rêves s’en vont, comme des caravanes,
Vers l’inconnu charmant où l’amour les conduit.

Mes rêves, défilant en lentes caravanes,
Mes grands rêves chargés du poids de tant d’espoirs,
S’en vont, au bruit lointain des cloches, dans les soirs,
Vers la maîtresse brune aux voiles diaphanes.

Orientalement immuable, elle attend
Sans rêve et sans désir, comme font les sultanes,
Et peut-être, entendant passer mes caravanes,
Ses yeux les suivront-ils dans leur marche, un instant.

Des palmiers surchargés de dattes, de bananes,
M’attendent en l’espace aux rares tamaris.
J’y connaîtrai l’espoir déçu de l’oasis
Que cherche vainement la soif des caravanes.

Mais je sais que là-bas, loin des ferveurs profanes,
Beauté captive aux longs loisirs pleins de regret,
Ma Sultane repose en ce palais sacré
Où mes rêves s’en vont, comme des caravanes.
Illustration mcp
Caravanes
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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 01:02
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.

A la perverse Ophélie

        Les évocations de ma froide folie
        Raniment les reflets sur le marais stagnant
        Où flotte ton regard, ô perverse Ophélie !

        C’est là que mes désirs te retrouvent, ceignant
        D’iris bleus ton silence et ta mélancolie,
        c’est là que les échos raillent en s’éloignant.

        L’eau morte a, dans la nuit, les langueurs des lagunes,
        Et voici, dispensant l’agonie et l’amour,
        L’automne aux cheveux roux mêlés de feuilles brunes.

        L’ombre suit lentement le lent départ du jour.
        Comme un ressouvenir d’antiques infortunes,
        Le vent râle, et la nuit prépare son retour.

        Je sonde le néant de ma froide folie.
        T’ai-je noyée hier dans le marais stagnant
        Où flotte ton regard, ô perverse Ophélie ?

        Ai-je erré, vers le soir, douloureuse, et ceignant
        D’iris bleus ton silence et ta mélancolie,
        Tandis que les échos raillent en s’éloignant ?

        L’eau calme a-t-elle encor les lueurs des lagunes,
        Et vois-tu s’incliner sut ton défunt amour
        L’automne aux cheveux roux mêlés de feuilles brunes ?

        Ai-je pleuré ta mort dans l’énigme du jour
        Qui disparaît, chargé d’espoirs et d’infortunes ?...
        -- O rythme sans réveil, ô rire sans retour !

Paul Albert Steck (v.1866–1924)
Ophélie
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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 01:33

Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.
 


Pour toutes
Flambeaux éteints

Très chère, sois plus femme encore, si tu veux
Me plaire davantage et sois faible et sois tendre,
Mêle avec art les fleurs qui parent tes cheveux,
Et sache t’incliner au balcon pour attendre.

Ce qu’il est de plus grave en un monde futile,
C’est d’être belle et c’est de plaire aux yeux surpris,
D’être la cime pure, et l’oasis, et l’île,
Et la vague musique au langage incompris.

Qu’un changeant univers se transforme en ta face,
Que ta robe s’allie à la couleur du jour,
Et choisis tes parfums avec un art sagace,
Puisqu’un léger parfum sait attirer l’amour.

Immobile au milieu des jours, sois attentive
Comme si tu suivais les méandres d’un chant,
Allonge ta paresse à l’ombre d’une rive,
Etre sous les cyprès à l’ombre du couchant.

Sois lointaine, sois la Présence des ruines
Dans les palais détruits où frissonne l’hiver,
Dans les temples croulants aux ombres sibyllines,
Et souffre de la mort du soleil et de la mort.

Comme une dont on hait la race et qu’on exile,
Sois faible et parle bas, et marche avec lenteur.
Expire chaque soir avec le jour fébrile,
Agonise d’un bruit et meurs d’une senteur.

Etant ainsi ce que mon rêve t’aurait faite,
Reçois de mon amour un hommage fervent,
O toi qui sais combien le ciel est décevant
Aux curiosités fébriles du poète !

Et je retrouverai dans ton unique voix,
Dans le rayonnement de ton visage unique,
Toute l’ancienne pompe et l’ancienne musique
Et le tragique amour des reines d’autrefois.

Tes beaux cheveux seront mon royal diadème,
Mes sirènes d’hier chanteront dans ta voix.
Tu seras tout ce que j’adorais autrefois,
Toi seule incarneras l’amour divers que j’aime.


Wladyslaw Theodor Benda (1873-1948)
Attente

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 01:01
Renée Vivien,
 
née Pauline Mary Tarn le 11 juin 1877 à Londres et morte le 18 novembre 1909 à Paris, surnommée « Sapho 1900 »,

est une poétesse britannique de langue française du courant parnassien de la Belle Époque.

Atthis
Evocations

Je reviens chercher l’illusion des choses
D’autrefois, afin de gémir en secret
Et d’ensevelir notre amour sous les roses
Blanches du regret.

Car je me souviens des divines attentes,
De l’ombre et des soirs fébriles de jadis…
Parmi les soupirs et les larmes ardentes,
Je t’aimais, Atthis !

J’aimais tes cheveux tissés de clairs de lune,
Ton corps ondoyant qui se dérobe et fuit,
Tes yeux que l’éclat de l’aurore importune,
Bleus comme la nuit.

J’aimais le baiser de tes lèvres amères,
J’aimais ton baiser aux merveilleux poisons,
Jadis ! Et j’aimais tes injustes colères
Et tes trahisons.

Atthis, aujourd’hui tu pâlis, et je passe,
Tel un exilé sans désir de retour,
Toi, moins souriante, et moi, l’âme plus lasse,
Plus loin de l’amour.

Pourtant que d’angoisse en tes vastes prunelles,
Et que d’infini dans nos larges douleurs !
Le rêve irisait de splendeurs irréelles
La pourpre des fleurs.

Voici que s’exhale et monte, avec la flamme
Subtile des chants et la clarté des lys,
L’intime sanglot de l’âme de mon âme :
Je t’aimais, Atthis.

Illustration mcp
Le rêve irisait la pourpre des fleurs
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