9 juillet 2026 4 09 /07 /juillet /2026 22:07
Marie-Claude Palys (1947) auteur

 

Le Treizième Jour de Thermidor

Abricot

 

L’éveil de l’Œuf de Soleil

 

Quand le doreur du ciel embrase le plein été,
Surgit le temps des feux, de la blonde clarté.
C’est le mois Thermidor, onzième de l’année,
Où la chaleur terrestre à la nue est mariée.
Le poète Fabre d'Églantine, au calendrier des champs,
Inscrivit le destin de ce fruit mûrissant :
Au trente-et-un juillet, dans la France nouvelle,
L’abricot fut sacré pour sa grâce éternelle.


 


 

Les Métamorphoses d'un Nom


. En latin, il murmure le mot Praecoquum, l’éveil hâtif,

Ou la promesse d’Aperire, d’un cœur qui s’ouvre, vif.
. En grec, il devient Abros, la tendresse incarnée,
. Puis à Byzance, Berikokkon, splendeur couronnée.
. L’Arabe le recueille sous le nom d’Al-barquq,
. L’Espagnol le colore en chaud Albaricoque.
. Le Celte dit Abred, saluant sa primeur,
. Avant que sous nos cieux, Abricot soit douceur.


 

 

Le Portrait du Verger


L’abricotier s'élève, arbre au port étalé,

Raffiné du printemps au déclin étoilé.
Dès la mi-mars divine, avant que naisse la feuille,
Sa fleur blanche ou rose en parfum nous accueille :
Cinq pétales de soie, cinq sépales discrets,
Vingt-cinq étamines d’or gardant tous ses secrets.
Puis l’ovaire s’emplit d’une sève sacrée,
Le velours s’arrondit sous la brise dorée.
Du jaune le plus pur à l'orange profond,
Des touches de carmin sur sa joue se confondent.
Sa chair est un poème aux fibres de lumière,
Un rayon de soleil prisonnier de la terre ;
Et son noyau fidèle, qui jamais ne s'attache,
Renferme une amande où la vie se cache.
Une Odyssée à travers les Âges
L'Orient et l'Ombre des Sages
Né au flanc des montagnes de l'Iran oriental,
Des sommets de Chine au berceau ancestral,
L’abricotier voyage. En ces temps très anciens,
Sous l'autel du grand Sage aux préceptes divins,
Confucius enseignait à ses fidèles disciples,
À l'ombre de ses branches aux vertus si multiples.
Dans l'antique médecine des Trois Royaumes lointains,
L'arbre entier soulageait les maux des pèlerins.


 


 

Le Goût de Rome et le Chant de l'Arménie


Au premier siècle avant que notre ère n'éclate,

L'Arménie lui donne son climat, son stigmate :
Prunus armeniaca, pomme des monts sacrés,
Baignée par le soleil des vallées d'Ararat.
Alexandre le Grand le ramène en ses bras.


 

Le Romain Apicius, en sa haute demeure,
L'inscrit dans son grimoire où la cuisine pleure :


 

"Ajoute dans l'huile, le miel et le porc cuit,
L'oignon d'Ascalon et le parfum du fruit,
Fais bouillir l'abricot doucement en sa couche,
Liera la pâte fine et réjouis la bouche."


 

Dioscoride et Pline chantent sa promptitude,
Ce fruit si vigoureux bravant l'inquiétude,
Qui résiste aux hivers des plus rudes hivers,
Mais craint le gel jaloux sur ses pétales ouverts.


 

L'Arrivée au Royaume de France


Par l'Andalousie maure et le beau Roussillon,

Ou par le Roi René, prince du Val de Loire,
L’abricotier s'installe au cœur de notre histoire.
Ambroise Paré dit, en sage anatomiste :


 

"Le noyau d'abricot fait l'arbre, et la nature
Garde toujours son genre en sa noble figure."


 

 

Le Fruit de la Passion et des Rois


À la Cour des Valois, sa courbe est si charnelle,

Sa peau est si soyeuse et sa forme si belle,
Que la Reine Louise, en un décret sévère,
En interdit le nom aux propos trop légers !

 

Car en Grèce ou en Espagne, au fond des vieux vergers,
On en faisait des philtres pour brûler les bergères,
Et l'Andalouse en fleur, sous sa jupe plissée,
Glissait la feuille verte pour être adorée.


 

Plus tard, à Versailles, sous le Roi Soleil,
Jean Chardin le nomma « l'Œuf de Soleil » vermeil.
Olivier de Serres, confiturier suprême,
En fit pour le sucre un délicieux poème,
Tandis qu'André Chénier chantait sous le ciel bleu :


 

"Vois le jeune abricot...
Arrondir son fruit doux et blond comme le miel."


 

Diderot, dans les pages de son Encyclopédie,

Nous confie le secret de sa robe verdie,
Quand Rozier le décrit comme un baume apaisant,
Nourrissant pour le corps, doux pour le paysan.


 


 

Vertus et Arts : Le Messager du Bonheur


Alexandre Dumas, en son grand dictionnaire,

En pare les gâteaux, les flans de la frontière.
L'Amaretto s'enivre à l'esprit du noyau,
Quand l'huile de son cœur, en un geste si beau,
Nourrit la peau humaine, illumine le teint,
Efface les douleurs des conduits incertains.

 

Sur la toile des maîtres, il défie le trépas :

Lubin Baugin l'installe en sa coupe de choix,
Louise Moillon le mêle aux mûres des bois,
Et Chardin, dans son bocal, fige son éclat.


 

« L’abricot, messager de l’été et des cœurs,
Nous invite à savourer chaque instant sans pudeur.
Qu'il soit frais, sec ou doux, en parfum, en liqueur,
Il reste pour les hommes un symbole de bonheur. »


 

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9 juillet 2026 4 09 /07 /juillet /2026 17:50

Marie-Claude Palys (1947) auteur

Chronique poétique de la Salicorne

Chant I : L’Étoile de Thermidor
Au calendrier des saisons réinventées,
Où Fabre d’Églantine fit rimer les journées,
Le onzième mois s'embrase d'un feu solaire,
Thermidor fait vibrer la chaleur sur la terre.
C’est le treizième jour, au cœur de cet été,
Où le poète a voulu te nommer.
Adieu décrets, empereurs et décomptes du temps,
Ton nom de sel traverse les siècles et les vents.
Chant II : La Licorne des Marais
« Salcoran » des Arabes, corne née du sel,
Tu n'es pas une algue tombée de l'azur,
Mais un miracle vert sous un coin de ciel,
Qui boit l'océan pour panser sa blessure.
Là où la terre et la mer s’épousent en secret,
Tu dresses tes rameaux, petits doigts articulés,
Passe-pierre, perce-pierre ou cornichon des mers,
Tu défies la morsure des rivages amers.
De l'Europe aux Amériques, en mille variétés,
Europaea, Emerici, sœurs de l'âpreté,
Tu nais quand l'automne jette son manteau froid,
Et végètes l'hiver en attendant ton roi.
Chant III : L'Alliée des Hommes (Du Verre au Savon)
Les Anciens t’ont croisée sans t'inscrire aux grimoires,
Théophraste et Pline ont effleuré ton histoire.
Mais au Moyen Âge, dans le secret des feux,
Tu devins la lumière qui s'offre aux yeux.
Les verriers, nomades, suivaient tes gisements,
Brûlant tes chairs grasses pour en faire l'alcali,
Ta cendre offrait le verre aux vitraux des amants,
Et le savon d'Alep aux corps endormis.
Puis les marins t'ont mise au fond de leurs tonneaux,
Pour vaincre le scorbut au milieu des grands eaux.
Avec le pissenlit, la chicorée amère,
Tu guérissais la rate et libérais les chairs.
Chant IV : La Table et le Ciel
Aujourd'hui la cuisine a retrouvé ton goût,
Ce croisement subtil d'asperge et de cornichon,
Croquante, iodée, fraîche, tu te glisses partout,
En salade printanière ou pour le vieux poisson.
De la Baie de Somme aux claires de Vendée,
Les sauniers t'ont cultivée, labellisée, aimée.
Mais tu regardes plus loin, vers les cieux de demain :
Ton huile est un carburant pour le voyageur lointain,
Faisant voler l'oiseau de fer sans prendre le pain.
Chant V : Gardienne du Rivage
Tu n'es pas qu'un régal, tu es la sentinelle,
Qui retient la vase face à la mer cruelle.
Tes racines profondes retiennent la terre,
Contre le vent, la vague et les assauts amers.
Refuge des petits êtres, buffet des oiseaux,
Tu filtres en silence la pureté des eaux.
Le Pacte des Mains
L'Homme te cueille, mais avec déférence,
Deux mains refermées, sans aucune arrogance.
Juste un outil de fer, les ciseaux ou la lame,
À six centimètres pour ne pas blesser ton âme.
On ne t'arrache pas, on te reçoit en don,
Humble reine de sel, pour prix de ta leçon.
Marie-Claude Palys (1947) auteur  Chronique poétique de la Salicorne
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9 juillet 2026 4 09 /07 /juillet /2026 17:38
Marie-Claude Palys (1947) auteur
Le Chant du Onzième Jour
Évocation Poétique du Panic et du Millet

 

I. L’Embrasement de Thermidor

 

Quand juillet s’achève et qu’août prend sa couleur,

S’ouvre le mois de Thermidor et sa lourde chaleur.
Onzième cycle d’une République au rêve éphémère,
Où Fabre d’Églantine, poète de la terre,
Puisa dans les saisons, les fleurs et les outils,
Les noms de notre histoire, en son temps recueillis.
L’ère nouvelle s’éteignit au seuil de l’an XIV naissant,
Mais le calendrier garde un parfum persistant :
Chaque vingt-neuf juillet, sous le soleil lyrique,
Se lève officiellement le doux « jour du panic ».
                          * . . * . . *
                          . * . * . * .
                            . \ | / .
                        . - ( Panic ) - .
                            . / | \ .
                          . * . * . * .
                          * . . * . . *

 

II. Le Compagnon des Jours Arides


 

Le Panic commun, Panicum miliaceum
Mil, mil d’Inde, millet blanc, sauvage ou cultivé,
Il est l’humble joyau par les siècles sauvé.
Point d’ancêtre certain pour cette herbe annuelle,
Monocotylédone à la tige rebelle.
Ses chaumes sont robustes, dressés en fières touffes,
Aux nœuds coiffés de barbes que le vent ébouriffe.
Sa panicule dense, en balai retombant,
Porte un fruit ovoïde au secret changeant :
Sous sa double glumelle, la graine s’est parée
De crème, de rouge-orange ou d’olive ombrée.
Bien distinct du millet des oiseaux, son cousin germain,
Le panic vrai guida les premiers pas humains.
Né sur le Plateau de Loess, en la Chine lointaine,
Il voyagea dix mille ans par la route des steppes,
Traversa le Caucase et l’Europe ancienne,
Bravant le temps cruel et les frelons des guêpes.

 


 

III. La Parole des Textes et des Anciens


Dans le livre d’Ézéchiel, l’ordre divin résonne :

« Prends du blé, de l’orge, des fèves que l’automne donne,
Des lentilles, du millet, et fais-en ton pain noir… »
Pour les Romains, il fut le milium de l’espoir.
Céréale du peuple, dénuée de prestige,
Elle sauvait les vies quand le blé n'était qu'un mirage.
Pline l’Ancien, traçant le destin de la Campanie,
Disait qu’on en faisait une puls blanche et bénie.
Il décrivait l’apluda, déchet de sa mouture,
Et ces Sarmates buvant sa farine en pâture.
Puis sainte Hildegarde, en ses textes sacrés,
En jugea les effets avec sévérité :
« Le millet des oiseaux est froid, ramollit le cerveau,
Il refroidit l’estomac et n’apporte rien de beau ;
Mais le millet à grappes, bouilli dans le vin chaud,
Sait calmer la fièvre et guérir les maux. »

 

 

IV. Rites, Légendes et Secrets du Grain


Le petit grain de mil, sans gluten et si pur,

S’habille de silice et de métaux d’azur,
De zinc, de magnésium, de fibres bienfaisantes,
Et cache sous sa peau des forces bienfaisantes.
Autour de sa culture, les hommes ont tissé
Mille contes de fées et de gestes sacrés :
Tradition & Région
Croyance Rituelle et Protection
Maine-et-Loire
Semer à la pleine lune, avant que le soleil ne se montre, pour fuir les oiseaux.
Les Vosges
Choisir la Saint-Lambert pour le préserver des gelées d'hiver.
Périgord & Est
Glissé dans les poches des mariés : le sorcier doit compter chaque grain avant de nuire.
Doubs & Vosges
Servir la bouillie à la Toussaint pour délivrer les âmes du Purgatoire.
Chine Antique
Symbole de fécondité, reliant le Ciel aux séjours souterrains de l’âme p'o.
Inde & Ayurveda
Offrande de lumière au début des jours, remède de la saison Hemanta Ritu.
V. Le Déclin et la Survivance


Autrefois roi des tables du vieux monde latin,

Le maïs l’a détrôné, modifiant son destin.
En France, il s'est réfugié en Vendée, dans les Landes,
Pour nourrir les oiseaux en de douces offrandes,
Où pour l'onctueux pilaïe, ce vieux millet au lait.
Triste sort pour ce grain qui, durant des années,
Gava les ortolans dans l’Armagnac noyés,
Avant qu’un décret d'Europe n'interdise ce mets.
Parfois herbe indésirable au pays du dollar,
Défiant les poisons au milieu des grands maïs,
Le millet reste ailleurs le gardien du terroir,
Le trésor ancestral des plus pauvres pays.
En Mongolie, on le frit dans le Süütei tsai, le thé au lait ;
À l'Est, chez les Ottomans, en boza il fermentait.
Pauvre en eau, superficiel, il laisse en profondeur
La terre se recharger pour les blés futurs.
Il est le symbole fier de la préservation,
Une humble « nutri-céréale » traversant les nations.
Marie-Claude Palys (1947) auteur - Le Chant du Onzième Jour Évocation Poétique du Panic et du Millet
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6 juillet 2026 1 06 /07 /juillet /2026 17:15
Marie-Claude Palys(1947) auteur
Éloge de la Rose et de la Pluie :
Le Chant de l’Arrosoir


 


 

I. L'Heure du Feu et de la Rosée


 

Sous le soleil ardent de Thermidor,

 

Onzième marche de l'an républicain,

 

Quand juillet s'embrase en un souffle d'or,

 

Un jour modeste s'éveille au jardin.

 

 

C’est le dixième jour, le vingt-huit juillet,

 

Que Fabre d'Églantine a voulu nommer ;

 

Laissant aux anciens dieux leurs froids décrets,

 

Il préféra l’outil qui sait animer.

 

 

Point de Messidor quatorze en loi gravé,

 

Mais le jour de l’arrosoir est resté.


 


 


 

II. Les Larmes de la Chantepleure


 

Bien avant le métal et le plastique roi,

 

Dans la terre cuite des siècles anciens,

 

Naquit la clepsydre au charmant désarroi,

 

Compagne fidèle du vieux jardinier.

 

 

Ovoïde cloche aux secrets murmurés,

 

On la plonge au bassin, l'eau s'y engouffre,

 

Et dans les bulles qu'on entend s'élever,

 

L’objet s’anime, chantant sous le gouffre.

 


 

Le pouce se pose, bloquant le grand air,

 

Prisonnière reste l'onde suspendue ;

 

Puis le doigt se lève, le miracle est clair :

 

La chantepleure pleure sur la terre nue.

 

 

Empédocle en Sicile observait ses lois,

 

Walafrid Strabon, en son monastère,

 

Préférait ses doigts pour doser la foi,

 

Un guttatim doux sur la jeune serre.


 


 

 


 

III. La Naissance de la Rose

 


 

Puis vint l'« arousour » aux temps médiévaux,

 

Qui prit vers l’aurore des Lumières fraîches,

 

Cette forme fière aux nouveaux attributs :

 

Une anse ronde pour braver les sèches,

 

 

Un long col de cuivre, un fier réservoir,

 

Et la fameuse pomme où l'onde s'expose.

 

Ce bout perforé, merveille à savoir,

 

Ne vient pas des ronces, mais s'appelle « rose ».

 

 

Du latin rosata, de la fraîche rosée,

 

Il ne verse pas, il couvre d'ondées.

 


 

La corporation des femmes de Paris,

 

Maniant la fleur hors des murs de pierre,

 

Arrosait ainsi le bouton fleuri,

 

Unissant le pauvre et la noble terre.

 

 

La cruche en faïence fit la transition,

 

Lourde aiguière d'eau au bec perforé,

 

Avant que Thomas Hill, en sa vision,

 

N'écrive le cuivre en son livre sacré.

 

IV. Des Jardins d'Éden aux Cours des Rois

 


 

Le potager nourrit le corps fatigué,

 

Le jardin d'agrément élève l'esprit ;

 

L'architecte trace un monde ordonné,

 

Où l'arrosoir s'habille et resplendit.

 

 

Outil de pouvoir, l'eau se fait jalouse :

 

Louis XIV la dompte en jets triomphants,

 

Tandis que le prêtre, marchant sur la pelouse,

 

Se fait le doux jardinier des âmes d'enfantts.

 


 

Du fer blanc anglais au laiton doré,

 

Chacun selon son rang choisit son modèle.

 

La théière et lui sont frères de lait :

 

Même flanc ventru, même âme fidèle.

 

 

L'une ranime la feuille séchée,

 

L'autre fait grandir le germe futur ;

 

Leur bec est placé sous l'anse penchée,

 

Bien loin du café au port noble et dur.

 

 

 

V. De l'Or de Londres aux Brumes d'Ouvriers


 

En mil huit cent quatre-vingt-quatorze, à Londres,

 

John Haws reçut la médaille d'or,

 

Pour sa longue liane de vanille à fondre,

 

Il créa l'outil le plus parfait encor.

 

 

Un goulot immense pour toucher les cieux,

 

Deux anses parfaites pour l'équilibre ;

 

Le jardinier soigne le plant précieux,

 

Et garde son corps élégant et libre.


 

Puis le fer industriel devint le secours

 

De l'ouvrier humble en son lopin vert ;

 

Versant l'eau parfumée au sol des vieux cours,

 

Pour laver le carreau et humer l'éther.

 

 

Le rouge fut moins cher que le pigment vert,

 

Avant que le plastique aux mille nuances,

 

Au sortir des guerres et des hivers,

 

N'apporte la vie et ses extravagances.


 

 


 

VI. Le Duel des Villes et l'Art du Levant

 


 

Aujourd'hui encore, deux écoles s'affrontent :

 

Le Parisien gagne par son grand équilibre,

 

Sa pomme amovible que les mains racontent,

 

Quand le Lyonnais rétro, comme un pot cuivre,

 

 

Garde son flanc d'antiques bonbonnes.

 

Mais au-dessus d'eux, œuvre d'art suprême,

 

L'arrosage japonais de Tokyo résonne,

 

Façonné par Negishi, magnifique poème.


 

 

Son col interminable accélère le cours,

 

D'une pression douce imitant le Jorro,

 

La rosée du matin pour le bonsaï sourd,

 

Précis au millimètre, sans le moindre accroc.

 

 

Et pour l'avenir, l'arrosoir s'efface :

 

L'olla de terre cuite, invisible et poreuse,

 

S'enterre au jardin et nourrit la place,

 

Laissant la racine s'abreuver, heureuse.


 

 

L'arrosoir demeure, en son humble bois,
 
Le passeur de vie, le donneur de choix.
Marie-Claude Palys(1947) auteur - Éloge de la Rose et de la Pluie : Le Chant de l’Arrosoir
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6 juillet 2026 1 06 /07 /juillet /2026 17:00

 

 

Marie-Claude Palys (1947) auteur
 


 

Thermidor, géant de l'été,
Dialogue avec la Mûre, l'indomptable
gardienne des secrets du monde.


 

L'Épousaille de l'Ombre et du Feu


 

I. La Rencontre des Solitudes


Le ciel est un brasier où s'enlace l'éther,

C'est le mois Thermidor, ce géant de la terre,
Qui marche en embrasant l'haleine de juillet.


 

Il cherche dans les bois un abri de fraîcheur,
Lui, le maître du feu, le souverain passeur,
Que Fabre d'Églantine au Temps avait offert.


 


Soudain, au neuvième jour de sa marche sacrée,

Le vent tiède s'arrête en la lisière ombrée :
Le Roi de la Chaleur rencontre son miroir.


 

Elle l'attend, sauvage, au cœur du doux fourré,
La Mûre au sang de pourpre et de velours parée,
Qui change le soleil en un joyau d'un noir bleuâtre.


 


 

« Bienvenue en mon règne, murmure la ronce brune,
Mes rameaux ont le mot que le latin rumex
nommait jadis un dard,
Mais sous mes fiers aiguillons nés pour défier le hasard,
je cache le Rubus, le rouge éclat de lune. »


 


 


 


 

II. Le Sang des Mythes et le Vin du Temps


 

Elle a vu les amants sous le mûrier d'albâtre,
Quand Pyrame et Thisbé, au cœur de la détresse,
Ont teinté ses fruits blancs d'une sève idolâtre,
Laissant pour l'infini le sceau de leur tendresse.


 

Elle se souvient d'Églé, la plus belle des nymphes,
Qui barbouilla le front de Silène endormi
Du jus de ses rubis pour éveiller l'ami,
Et guider les bergers vers de divines lymphes.


 


 

Dans le secret des cloîtres et des forêts anciennes,
Elle s'est faite Mauretum, vin de miel et de foi,
Une liqueur de lune où les âmes chrétiennes
Trouvaient la guérison que ne donne aucun roi.


 


 

Elle est le Buisson Saint que Moïse vit éclore,
Le mûrier de David où le vent Dieu murmure,
La foi qui déracine et que l'apôtre implore,
Le grand livre caché sous la verte mâture.


 

 

III. La Leçon de la Mûre


L'homme passe et la cueille au déclin de l'été,

Tachant ses doigts d'enfant, sa bouche et ses habits,
Savourant ce trésor de pure éternité,
Riche en antioxydants, en fer, en fins rubis.


 

L'herboriste l'écoute, Saturne la gouverne,
Elle resserre les maux, guérit la gorge amère,
Et quand vient la froidure au fond de la taverne,
Son vin offre aux mortels la force de la Terre.


 

Pour le Celte elle est l'épreuve, pour l'Indien l'abondance,
Associée à Vishnu pour tresser l'univers,
Elle dit que la vie n'est qu'une longue danse,
Où les épines protègent les plus beaux vers.


 


 

 

IV. L'Épilogue du Sage

Ne crains pas la morsure au revers du chemin,
Dit la Mûre au passant qui tend vers elle la main.
Le noir de ma robe est le miroir de ton âme,
Le vert de mon enfance est devenu mystère,
J'ai marié la fraîcheur à la plus haute flamme,
Pour t'apprendre la patience au milieu de la terre.


 

Dans le calendrier des hommes qui s'efface,
Le vingt-septième jour de juillet garde sa trace :
Thermidor s'en est allé, mais dans le bois obscur,
Vibre à jamais l'esprit de la sauvage Mûre.
 Marie-Claude Palys (1947) auteur  - Thermidor, géant de l'été, - Dialogue avec la Mûre, l'indomptable gardienne des secrets du monde.
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6 juillet 2026 1 06 /07 /juillet /2026 16:49

Marie-Claude Palys (1947) auteur
 


 

Le Souffle de Thermidor et l'Éveil du Carthame

I.

Quand le soleil de plomb embrase l'horizon,

 

Et que le fier été dicte sa loi aux moissons,

 

Thermidor le onzième, en son cœur de ferveur,

 

Fait vibrer la nature et s riche couleur.


 


 

Du dix-neuf de juillet au août qui s'en va,

 

Fabre d'Églantine écoute ce que la terre lui confia.

 

L'An XIV s'est éteint sous un ciel de satin,

 

Mais les jours du poète éclairent le chemin.


 


 

Au huitième matin de ce mois de lumière,

 

Le vingt-six de juillet quitte sa digne austère :

 

Ce n'est plus le silence, c'est un cri d'oriflamme,

 

Voici venir le jour, le grand jour du Carthame.


 


 


 

II. Le Portrait du Chardon Teinturier


 

           \ | /
         -- * --     <- Le Pompon de Feu (Fleurons tubulés)
          /  |  \
         (_____)     <- Involucre de bractées épineuses
          /    \
         /_____\     
            ||        <- Tige blanche et érigée
            ||        
           /   \       <- Racine pivotante profonde

 

Venu des terres sèches d'Iran et de Turquie,
Il cache sous ses piques une richesse infinie.
En arabe on l'appelait Qūrtūm, le souverain,
Qui traverse les âges pour teindre le destin.
 

 

Plante fière et rebelle au port de vieux chardon,

 

Le carthame se dresse sans demander pardon.

 

Sa tige, blanche et droite, affronte les arides,

 

Sa racine profonde boit les sources liquides.

 

 

Ses feuilles sont des lances aux pointes acérées,

 

Mais à leur sommet brille une tête sacrée :

 

Un pompon de soleil, de jaune et de pourpre habillé,

 

Où les fines corolles s'offrent au vent léger.

 


 


 


 

III. Le Sang des Rois et la Mémoire des Tombeaux


 

L'Égypte et les Draps d'Éternité

 

Bien avant que Linné ne le nomme en son livre,

 

Le carthame savait faire les empires vivre.

 

Vingt-quatre siècles avant que notre ère ne soit,

 

À Babylone, en Égypte, il imposait sa loi.

 

Sur la poitrine close d'Aménophis Premier,

 

Entre les feuilles de saule, on l'a vu sommeiller.

 

Dans la tombe d'or pur du jeune Toutânkhamon,

 

Il offrait ses couleurs en ultime oraison ;

 

Et toutes les étoffes de rouge et de feu teintes,

 

Gardaient dans le tombeau sa rayonnante empreinte.

 

 

 

Les Routes du Monde

 

 

.En Grèce antique :

Le Knékos se pesait ou se mesurait, blanc pour sa graine, rouge pour son secret.


 


 

  • En Inde :

    Devenu Kusumbha, il épouse la terre et nourrit les mystères.


 


 

  • En Chine (IIIe siècle) :


 

Sous le nom de Honghua, la « fleur rouge » grandit près du Yangzi.

 

 

Le geste du Tiangong Kaiwu (1634) :
 
« Cueillies sous la rosée au lever du matin,
Pilonnées, enfermées dans un sac de tissu fin,
On exprime d'abord le jus jaune de la fleur,
Pour ne garder au fond que la pourpre splendeur. »
 
 
 

IV. Entre Illusion Culinaire et Trésor des Vaisseaux


 

    [ LE JEU DES APPELLATIONS ]  
 
Nom d'usage : Safran bâtard ou Safran des teinturiers

Secret : Il donne la couleur, mais le parfum demeure muet.

Allié des oiseaux : On l'appelle aussi "Graine des perroquets".

 


 

Certains marchands d'illusion, au coin des vieux marchés,

 

Vendent ses fleurs séchées pour du safran caché.

 

On l'appelle "bâtard", mais il n'est pas menteur :

 

S'il colore le riz d'un orange trompeur,

 


 

Son goût reste secret, discret et tout à fait neutre.

 

Pour le parfum du Crocus, il faut repasser le feutre !

 

Pline l'Ancien disait, en observant son cours,

 

Que l'Égypte en tirait une huile pour les jours.

 


 

Aujourd'hui, ses graines blanches que l'on récolte en automne,

 

Nourrissent les grands oiseaux dont le chant nous étonne ;

 

Les perroquets gourmands aiment son goût amer,

 

Pendant que l'homme en presse un trésor de la mer.


 


 

V. Le Jardin, la Science et le Flacon

L'Or du Jardinier

L'Élixir de Beauté

La Palette des Teintures

Pousse en sol pauvre, aime le grand soleil.

L'huile la plus riche en acide linoléique (80%).

Pigment rouge éclatant : la carthamine.

Attire les abeilles par son nectar vermeil.

Hydrate, nourrit, cicatrise la peau et les cheveux.

Teint le coton du rose tendre au rouge divin.

Embellit les massifs de ses pompons de feu.

Anti-inflammatoire et puissant antioxydant.

Résiste à la lumière dans les pots-pourris anciens.

Épilogue : Le Langage du Cœur


 

Il n'est pas qu'une plante, il est un doux présage,

 

Le complice des cœurs qui cherchent le mariage.

 

Autrefois, ses pompons offerts en grand secret,

 

Disaient la flamme ardente et l'amour le plus vrai.

 


 

En Chine, il est la chance, la richesse et le droit,

 

La beauté qui s'élève au-dessus du roturier et du roi.

 

Si vous croisez sa fleur dans un bouquet de fête,

 

Sachez que le carthame murmure à votre tête :


 

« Je suis le bonheur pur, la joie et le désir enflammé,

 

L'éclat d'un vieil été qui ne veut pas mourir sans t'avoir aimé. »

Marie-Claude Palys (1947) auteur  -  Le Souffle de Thermidor et l'Éveil du Carthame
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6 juillet 2026 1 06 /07 /juillet /2026 16:34


 

Marie-Claude Palys (1947) auteur

 

I - Le Souffle de Thermidor – l’armoise


 

Quand le onzième mois du grand rêve républicain
Surgit dans la chaleur du solstice lointain,
Du dix-neuf de juillet au août moribond,
La Terre s'embrase sous un ciel de charbon.


 


 

C’est Thermidor le chaud, baptisé par le poète,
Où Fabre d'Églantine, la plume sur la tête,
Chanta le rythme pur des cycles de la terre.
Puis l'An XIV s'éteignit, emportant ce mystère...


 

Mais au septième jour de cette ardeur promise,
Le vingt-cinq de juillet appartient à l’Armoise.


 


 


 

II. Le Chant d'Artemisia : Nature et Vertus


 

En Chine on la nomme Hao Shu, herbe des secrets,
Compagne des chemins et des sombres forêts.


 

[ L'ARMOISE : PARURE DES ASTÉRACÉES ]
         /\    Feuillage découpé, doublement penné,
        /  \   Tige rouge-violette vers le ciel élevée,
      /____\  Fleurs de pourpre et d'or au parfum entêtant,
         ||     Rhizome voyageur bravant le fil du temps.


 

Elle est le vert manteau de la grande famille
Des fières Astéracées où la science scintille.
Ses draps sont cotonneux, parfois pubescents,
Ses akènes par milliers volent au gré des vents.


 

Amère et bienfaisante, elle offre au voyageur
L’artémisinine pure pour calmer la douleur,
Chassant le paludisme des corps exténués.
Mais gare aux cœurs sensibles et aux souffles noués !


 

Son pollen voyageur fait parfois l'allergie,
Bien loin de l'ambroisie, sa rivale ennemie.


 


 

III. La Mémoire des Siècles et des Sages


 

L'Antiquité des Rois et des Dieux


 

L'Histoire l'a gravée au marbre des grimoires :
Artémis la chasseresse, déesse des bois profonds,
Artémise de Mausole, reine aux nobles ambitions,
Toutes deux lui donnèrent ce nom mystique et fier,
Pour guider les femmes dans leurs maux d'hier.


 


 


 

Les Sages en Témoignage


 

Nicandre la choisit contre l'aconit fatal,
Hippocrate la nomme sans en dire le mal,
Pline l'Ancien la voit, grasse comme l'absinthe,
Celse loue son pouvoir quand la fièvre est empreinte.


 

Dans un bassin de bronze à Stanway endormi,
À Saint-Dizier, à Bourges, sous le sol enfoui,
Le vin et la décoction, la graisse et l'onguent,
Disent que les anciens soignaient les vivants.


 


 

IV. L'Herbe de Feu et de Magie


 

    ( )
    ) ( <- Le Feu de la Saint-Jean
   [___]
    / \
/_______\
« Si tu connaissais les vertus de l'artémise,I. Le Souffle de Thermidor- l’armoise
Tu la porterais dedans ta chemise. »
Proverbe ancien (repris par Frédéric Mistral)


 

Au Moyen Âge sombre, on l'appelait la Mère,
La reine des simples, brisant les maléfices terrestres.
Pour la Saint-Jean, les femmes ceignaient leur corps menu
De couronnes tressées, de chapelets de feu.


 

Rutebeuf s'émerveillait de voir que sous leurs pas,
Le vertige et la goutte s'enfuyaient ici bas.
En Allemagne, en Hollande, on la jetait au brasier :
« Que brûle ma malchance ! » criait le villageois entier.


 

Le Grand Albert disait qu'en la portant sur soi,
Le poison, l'eau, le feu, les esprits sans loi,
Rien ne pouvait nuire à l'homme ainsi paré.
Les soldats de César, dans leurs souliers usés,


 

Glissaient ses feuilles vertes pour marcher sans souffrir,
Tandis que les druides, pour voir l'avenir,
La brûlaient à l'aurore en prophétique encens,
Ouvrant les portes d'or des rêves lucides, flottants.


 


 


 

V. Des Jardins Impériaux aux Rites du Monde


 

Le Fil des Âges
An 810 :
Le Capitulaire de Villis de Charlemagne ordonne sa culture.


 

An 827 :
Walafrid Strabon l'inscrit dans son Hortulus contre la goutte.


 

XVIIe siècle :
Elle s'invite au Vinaigre des Quatre Voleurs pour conjurer la peste.


 

Un Voyage Chamanique et Sacré
Chez les Aztèques :
Sauge purificatrice des esprits.


 

Au Népal :
Appelée Titepati, offrande amère pendue aux maisons, balai sacré.


 

Sur l'Île de Man :
Nommée Bollan Bane, portée fièrement au Tynwald Day.


 


 


 

VI. La Table, le Soin et le Jardin


 

L'Armoise Culinaire
L'Armoise Médicinale
L'Armoise du Jardinier
Attendrit les volailles coriaces
Tonique et stimulant digestif
Purin répulsif (limaces, rongeurs)
Parfume le Daifuku au Japon
Protectrice du foie et fébrifuge
Attention : étiquetage allergène obligatoire (Arrêté de 2020)
Le Luhao sauté en Chine
Moxas brûlants de la médecine chinoise
Répulsive pour les insectes des potagers
Épilogue


 

Herbe aux cent goûts, ceinture de Saint-Jean,
Tabac de saint Pierre bravant le passage du temps.


 

Sous ton humble aspect de verdure sauvage,
Tu caches le plus beau des messages :
Dans le langage secret que la nature écrit,
L'armoise symbolise la fidélité conjugale et le bonheur fleuri.
  Marie-Claude Palys (1947) auteur  I - Le Souffle de Thermidor – l’armoise
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6 juillet 2026 1 06 /07 /juillet /2026 16:22
Marie-Claude Palys (1947) auteur

Le Chant de la Prêle


Chant du 6ème jour du mois de Thermidor
I. L'Écho des Temps Oubliés

Je suis l'aînée du monde, un fossile vivant,
Un murmure vert tendre au passage du vent.
Bien avant que la fleur ne colore la Terre,
Je dressais mes forêts au grand Paléozoïque,


 

Ciselant le charbon de mes bras gigantesques.
Aujourd'hui humble et basse, au bord des routes nues,
Je garde dans mes nœuds la mémoire perdue,
Un archaïque hymne à l'eau, à la lumière.


 

Nul pétale en mon sein, nulle douce corolle,
Je ne connais du temps que la sainte parole
De la terre mouillée et des fossés profonds.
Quand le sol est blessé, que le feu fait rage,

 

Mes rhizomes secrets, voyageant sous les monts,
Rebâtissent la vie après le noir orage.

 

 

II. Le Bal des Deux Saisons
Je m'éveille en deux temps, mystère végétal :
D'abord vient ma déesse au profil de cristal,
Une tige de beige et de nacre vêtue,
Sans un brin de chlorophylle, droite et pointue,


 


Portant haut son épi qui disperse aux zéphyrs
Des spores voyageuses, puces de saphir,
Qui sautent et s'élancent, d'un élan minuscule,
Suivant l'humidité qui danse au crépuscule.

 

Puis s'efface la reine et s'en vient l'artisan :
Un grand peuple stérile au manteau paysan.
Mes tiges de vert tendre, fières et cannelées,
Deviennent « Queues-de-cheval » par le peuple appelées.

 

À chacun de mes nœuds, en verticilles étroits,
S'insèrent mes rameaux comme les doigts d'un roi.

 

 

III. La Caresse de la Silice

On m'appela Asprele, la rude, la rugueuse,
Car sous ma peau de soie, l'âme d'une ponceuse
Recèle le secret du minéral très pur.
Si le feu me réduit en cendres de mémoire,

 

Il reste un filigrane, un fantôme d'azur,
D'acide silicique en dentelle d'ivoire.
Les anciens samouraïs, sous le ciel du Japon,
Aiguisaient leurs sabres sur mon flanc de colon.

 

Luthier et ébéniste ont appris à prêler,
Pour polir le laiton ou faire doucement parler
L'anche de la clarinette ou de la vielle à roue.
Je suis la laine d'acier née au fond de la boue.

 

IV. L'Amie du Corps et du Verger

Dans le bol des humains, je me fais humble offrande :
Tsukushi au Japon, douce et jeune gourmande,
Sautée à l'huile fine ou cuite dans le dashi,
Je crisse sous la dent, d'un suc frais enrichi.

 

Ailleurs, Albert le Grand et le bon prêtre Kneipp
Ont loué mes vertus pour guérir les haleines,
Pour apaiser le sang, pour soulager les peines.
Je suis la grande alliée au squelette des hommes,

 

Mariée à l'ortie, sous les ciels où nous sommes,
Je fortifie l'ongle, le cheveu, l'os brisé,
Je panse les reins las d'un souffle minéralisé.
Et dans l'humide enclos de l'humble paysan,

 

Devenue un purin au parfum guérisseur,
Je protège le roseau, la cloque et la douceur
Du pêcher vermillon contre le champignon.

 

V. Le Jour de Thermidor
C'est pour cela qu'un jour, le poète Fabre,
Délaissant les saints d'or et les vieux candélabres,
M'offrit le sixième jour de la chaleur d'été.
Sous le soleil de plomb du mois de Thermidor,

 

Quand la terre surchauffe et demande merci,
Je brille au 24 juillet, humble et transie.
Je suis la Prêle, indicatrice des eaux cachées,
Mémoire de la Terre, aux sources attachée.


 

Marie-Claude Palys (1947) auteur -  Le Chant de la Prêle - Chant du 6ème jour du mois de Thermidor
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4 juillet 2026 6 04 /07 /juillet /2026 16:54
Marie-Claude Palys (1947) auteur

 

Éclipse des Temps et Naissance d'un Jour
Le bélier

 

Au cinquième matin de Thermidor le rouge,
Quand le vent de l'été sous la canicule bouge,
Le poète Fabre d'Églantine, au cœur des floraisons,
Baptisa ce moment au rythme des saisons.
S'inspirant de la terre et des rudes outils,
Des plantes, des forêts et des grands ciels polis,
Il nomma ce jour-là, sous un soleil de plomb,
Du nom du Bélier fier, au magnifique front.
L’ère républicaine a refermé ses portes,
Emportant dans l’oubli ses grandes heures mortes ;
Il n’est plus de Messidor en l'An Quatorze inscrit,
Mais le vingt-trois juillet, dans notre ciel écrit,
Le vieux calendrier grégorien se souvient
Du vieux pacte ovin qui vers nous revient.
Le Maître du Troupeau : Entre Mythe et Nature
Le Bélier (Ovis aries) :
Mâle non châtré, roi des pâtures,
Légat d'une lignée millénaire.
Il est d’Ovis aries le mâle au front superbe,
Qui guide les brebis et qui broute sur l’herbe.
Le mouton est son nom s'il subit le couteau,
Mais le bélier entier marche en tête du troupeau.
Son ancêtre sauvage, au flanc de l'Anatolie,
Fut soumis par l'humain en terre de Judée.
Moins prompt à la bataille si ses cornes diffèrent,
Il combat ses rivaux quand les tailles s'égalent ;
En temps de rut, son sang et ses yeux s'exaspèrent,
Même le maître humain redoute ses cabales.
La brebis se lamente et pousse un humble bêlement,
Mais le bélier blatère au zénith du moment.
Issu du vieux belin, cloche pendue au cou,
Ou du gaulois multō, il avance malgré tout,
Portant sur son profil la lourde seigneurie
D'un nez arrondi d'homme aux nobles passions nourries.
De la Force Sacrée aux Murs des Cités
Le Symbole Antique
Herbivore modeste au milieu des vallons,
Il fascine les rois par de violents affronts.
Ses cornes en spirale, attributs de puissance,
Deviennent sur les fronts des marques de vaillance :
En Égypte : Amon aux deux cornes enroulées,
Dieu créateur, solaire, aux chairs bleues étoilées.
En Grèce : Hermès le Kriophoros marchant sur les remparts,
Pour chasser la peste par ses divins arts ;
Ulysse sous sa laine échappant au Cyclope,
Et la Toison d'Or que le mythe enveloppe.
Chez les Celtes : Cernunnos et le serpent cornu,
Signe de fertilité sous le ciel ingénu.
Aux Autels d'Abraham : Substitut d'Isaac sous le couteau sacré, Le Shophar retentit dans le soir azuré.
=== LE BÉLIER DE SIÈGE ROMAIN ===
[Abri en bois "Testudo" (Tortue)]
( Tête de fer )
L'Arme de Rupture
Au premier siècle, l’architecte Vitruve
Décrit la lourde poutre forgée dans la cuve.
Suspendu sous la tortue de peaux recouverte,
Le bélier de fer sonne la ruine ouverte.
Flavius Josèphe écrit qu'aucun mur, aucune tour,
Ne résiste au choc lourd qui s'abat tour à tour.
La Longue Marche des Bêtes
Dans l'Orient lointain, sur le mont du Zagros,
Le sage Indra prit la forme de l'animal dispos :
« Je me suis fait bélier pour ton unique joie,
Tu as trouvé le droit chemin de ta propre voie. »
Mais le temps est venu de la grande détresse,
Où Jean Giono peint le troupeau qui s'empresse :
En quatorze, les hommes s'en vont vers le trépas,
Devançant les moutons de seulement trois pas,
Marche le mouton-maître, la bête toute noire,
Qui perd son sang en fil dans la poussière du soir.
Aujourd'hui, de la Chine aux îles Britanniques,
L'élevage sélectif dicte ses lois uniques,
Oubliant les défunts au rendement trop bas…
Pourtant, au firmament, le Bélier ne meurt pas.
Premier signe de Feu, gouverné par Mars,
Il offre aux voyageurs sa force et ses remparts :
Persévérance brute, courage et renouveau.


 

 Marie-Claude Palys (1947) auteur - Éclipse des Temps et Naissance d'un Jour - Le bélier
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4 juillet 2026 6 04 /07 /juillet /2026 16:44
Marie-Claude Palys (1947) auteure
Le Chant de l’Ivraie : Du Calendrier à la Légende
I. L’Ombre du Calendrier


 

Dans le doux balancement des âges et du temps,
Quand Fabre d'Églantine, au souffle du printemps,
Nommait les jours nouveaux selon la PDF de la Terre,
Écartant les vieux saints pour chanter la matière,
Il fit du Quartidi 4 Thermidor un miroir,
Le trois-cent-quatrième jour où s'installe le soir.
Généralement éclos sous un ciel de juillet,
Quand le vingt-deux s'habille d'un soleil violet,
Ce jour fut dédié à l'herbe vagabonde :
L'Ivraie, fille de l'ombre où la clarté s'inonde.


 

II. Les Racines du Nom et de l'Ivresse


 

« Blé enivrant, ray-grass enivrant »
Du vieux latin soufflé : ebriaca herba, l'herbe ivre,
Qui trouble la raison de celui qui la livre.
Et la Zizanie antique, au détour des chemins,
Vient du grec zizánion, secret des Sumériens,
zizán rimait presque avec le mot froment,
Triste sœur du blé née d'un destin changeant.
Poacée herbeuse, sauvage ou bien nourricière,
Elle aime les climats où l'humidité claire
Rencontre la douceur d'un soleil caressant,
D'Europe aux tièdes terres du sous-continent.
Sous le nom de Ray-grass, les Anglais l'ont plantée,
Pour habiller de vert la terre tourmentée :
L'italienne multiflorum ou la vivace perenne,
Qui tapisssent parfois, sous une main sereine,
Le gazon de Wimbledon où la balle résonne.
Mais l'autre, la secrète, est celle qui frissonne :
Habitée en secret par un noir compagnon,
Neotyphodium, champignon sans pardon,
Qui tisse la témuline, alcaloïde amer,
Donnant au pain des hommes le vertige de la mer.


 

III. La Voix des Sages et des Siècles


 

Au quatrième siècle avant notre ère humaine,
Théophraste pensait, dans sa science lointaine,
Que le blé trop nourri, sous la pluie et le vent,
Dégénérait en ivraie au milieu du levant.
À Athènes, les lois, pour chanter la pureté,
Exigeaient un froment de toute ivraie exempté.
Puis Virgile, au cœur des Bucoliques sombres,
Pleura la mort de Daphnis au milieu des décombres :
« Depuis que les destins t'ont enlevé des plaines,
Palès et Apollon ont fui nos moissons pleines.
Dans les sillons sacrés d'où sortaient nos espoirs,
Ne croissent plus hélas que les longs voiles noirs
De la triste ivraie et des herbes stériles... »
Pline l'Ancien, plus tard, en écrivit l'histoire,
Nommant l'herbe infelix, mais gardant la mémoire
De ses secrets guérisseurs : cuite dans le vinaigre,
Elle calmait l'impétigo et la podagre maigre.
Dioscoride en fit un baume extérieur,
Et Galien constata, d'un regard supérieur,
Que les années de crise, où le blé se fait rare,
L'ivraie au pain des pauvres sournoisement se prépare.
Si forte était sa ruse, et si grand le tourment,
Qu'une loi romaine punissait durement
Le voisin malveillant qui s'en allait semer
L'ivraie chez son ennemi pour tout consumer.
Au fil des ans, Matthiole, Bulliard, Filhol aussi,
Cherchèrent son venin, son huile au teint ranci,
Comprenant que sa graine, avant sa maturité,
Frappait les nerfs des hommes de cécité.


 

IV. La Parabole et le Symbole


 

C'est l'Évangile saint, au livre de Matthieu,
Qui grava son sillage sous le regard de Dieu.
Le Fils de l'homme a semé le bon grain dans son champ,
Mais l'ennemi est venu, dans le noir menaçant,
Jeter la zizanie au milieu du froment.
« Faut-il l'arracher ? » demandent les serviteurs.
Le Maître dit : « Non, attendez les moissonneurs,
De peur qu'en la brisant, le blé ne soit détruit.
Laissez-les grandir ensemble jusqu'à la nuit.
Alors nous lierons l'ivraie pour le grand feu,
Et le blé pur viendra dans le grenier de Dieu. »


 

V. Échos et Maximes du Temps


 

L'homme a fait de cette herbe un proverbe éternel,
Une leçon de vie sous un ciel solennel.
Mencius soupirait :
« Le grand défaut des hommes est d'abandonner leurs propres champs pour ôter l'ivraie de ceux des autres. »
Nietzsche, par la voix de Zarathoustra, disait tout bas :
« Ma doctrine est en danger, l'ivraie veut passer pour bon grain ici-bas. »
Vauvenargues écrivait pour guider nos esprits :
« On n'apprend aux hommes les vrais plaisirs qu'en les dépouillant des faux biens, comme on ne fait germer le bon grain qu'en arrachant l'ivraie qui l'environne. »
Et Robert Kemp, observant la plume et la foi, murmurait :
« Un brin d'ivraie prend la hauteur d'un séquoia. »
Pourtant, dans les campagnes, les enfants s'en amusaient,
Et effeuillant l'épi, doucement répétaient :
« Marirai, marirai pas », jeu naïf des chemins,
Pour deviner l'amour et les lendemains.


 

VI. Épilogue Symbole


 

L'Ivraie
Le Bon Grain
La Zizanie amère
La Pureté de la Terre
Le Vice et la Discorde
La Paix et la Miséricorde
Elle doit pousser encore, compagne du chemin,
Jusqu'à l'heure ultime du grand soir divin ;
Mais nul ne saurait dire, sous le manteau des cieux,
Les souffrances qu'elle impose au froment précieux.
Marie-Claude Palys (1947) auteure - Le Chant de l’Ivraie : Du Calendrier à la Légende
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