14 juin 2026 7 14 /06 /juin /2026 20:29
Marie-Claude Palys (1947) auteur
Messidor : Le Don des Moissons Dorées
L’artichaut

 

Du latin messis, la moisson s'éveille,
Et du grec dỗron, le présent vermeil.
Messidor s'avance en habits de lumière,
Ondant sur les champs de sa frange dorée.
Dixième mois d'un rêve au parfum de terre,
Né des vers de Fabre, à l’âme inspirée.
Il s’efface pourtant un soir de l'an XIV,
Quand janvier ramène un vieux calendrier.
Mais dans le souvenir, son éclat demeure,
Et chaque trente juin, l’été vient publier :
C'est le douzième jour, une fête de saveurs,
Le jour de l'Artichaut, ce roi des intérieurs.
Le Destin du Chardon : De la Légende à la Table
L'Énigme du Nom et le Mythe de Cynara
alcachofa en Espagne, ou articiocch au Piémont,
Il fut haršûfa en arabe, ou « terrestre épineux ».
Avant d'être ce prince au superbe aplomb,
N'était-il qu’un chardon sauvage et rigoureux ?
La mythologie raconte qu'en l'île de Kynaros,
Vivait la belle Cynara, aux yeux de lune et d'or.
Zeus, épris d’elle, l'emporta vers le haut cosmos,
Pour en faire une déesse au céleste décor.
Mais le luxe de l'Olympe et la perfection des dieux
Ne purent effacer la nostalgie de sa terre.
Pour avoir fui ce paradis trop radieux,
Le dieu jaloux la changea en plante de poussière :
Un chardon magnifique, au cœur tendre et secret,
Qui garde de son exil un doux et bleu regret.
Le Voyage de la Méditerranée

 

Prisé des Romains pour ses vertus secrètes,
Sélectionné par les Arabes en Andalousie,
L'artichaut voyage, de conquêtes en retraites.
En quatorze cent quatre-vingt-douze, la Sicile gémit,
Et les Juifs exilés l'emportent vers le Nord.
Dans le ghetto de Rome, il devient leur trésor,
Cuisiné alla giudia, symbole d'une foi forte.
Puis Filippo Strozzi l'apporte à Florence,
Et le voilà qui s’invite à la table de France.
Non pas par Catherine, comme le veut l'histoire,
Mais Louis XIV en fera sa gloire.
De Bonnefons en décrit le vert et le violet,
La Quintinie y ajoute un rouge éclatant,
Tandis que De Combles, un siècle plus tard,
Y joint le blanc et le sucré de Gênes, patiemment.
Anatomie d'un Légume-Fleur
L’artichaut est un chardon que la patience humaine a apprivoisé.
Sa tige s'élance, fière, jusqu’à deux mètres de hauteur,
Épaisse, cannelée, portant de grandes feuilles.
Mais ce que nous coupons pour notre seul bonheur,
C’est son bourgeon floral, avant que l'œil n'accueille
Ses jolies fleurs bleu violacé.  

 

Le Fond d'Artichaut :
C'est le réceptacle,    
le lit de la fleur. (Autrefois nommé « cul », 
terme galant que le grand cuisinier 
Antonin Carême effaça en 1822 
pour épargner la pudeur des tables royales).  
Les Feuilles :
Ce sont les bractées protectrices dont on croque la base. 
Le Foin (ou la Barbe) :
Ce sont les futurs fleurons,
cette touffe de poils qui protège le cœur.
La Couronne des Variétés
Le monde entier salue sa diversité, jusqu'en Californie,
Où Castroville l'honore et en fait sa folie.
C’est là-bas qu’en 1948, une starlette au doux nom
De Marilyn Monroe devint la reine de sa moisson.

 

Les Blancs (Grands et Rustiques)
Les Violets (Tendres et Poivrés)
Camus de Bretagne : Le plus gros, le géant.
Violet de Provence (Bouquet) : Idéal en barigoule.
Gros vert de Laon : La rustique « tête de chat ».
Épineux : Fuselé, aux pointes de Gênes et de Nice.
Castel et Macau : Les enfants du Roussillon et de Gironde.
Violet de Plainpalais : Le Genevois au goût de noisette.
Blanc de Tudela et Sakis de Turquie.
Violets de Venise, Toscane et Romanesco.
Le Remède de l'Âme et du Corps
Anciennement vendu sur les marchés au cri de :
« L’artichaut, le bel artichaut, pour Monsieur et Madame,
pour réchauffer le c.. et l’âme ! », on lui prêtait d’ardentes vertus
aphrodisiaques, au point d'en interdire l'accès aux jeunes filles.

 

Aujourd'hui, la science a remplacé la légende,
faisant de lui, comme l'ail, un légume-médicament :
- L'ami du foie et des reins : Riche en cynarine, 
Il draine, stimule la bile et aide à digérer les graisses.
- Le protecteur du cœur : Sa lutéoline
combat le mauvais cholestérol et assouplit les vaisseaux. 
- Le bouclier de la vie :
Gorgé d'antioxydants et de silymarine,
il est une arme naturelle contre le vieillissement et l'inflammation.

 

 

De la Cuisine à la Toile
En Gastronomie
Qu'il soit cru, tranché fin à l'italienne
avec un filet d'huile et de citron,
ou cuit à la vapeur parfumé d’un brin de laurier,
il se marie à la vinaigrette ou à la mayonnaise.
Ses feuilles servent à infuser le Cynar,
cet apéritif amer, et son foin séché
sait encore cailler le lait des bergers.
Dans l'Art
L'artichaut a inspiré les plus grands maîtres,
devenant l'incarnation des saisons ou le symbole de la mélancolie :

 

  • Vincenzo Campi (L'ortolana) et Arcimboldo (L'été).
  • Renoir (Artichauts et tomates, 1887) et Giorgio De Chirico (Mélancolie d’un après-midi, 1913).
  • Bernard Buffet (Fruits dans un compotier, 1950) et les sculptures modernes de Vincent Schoepfer sur le mythe de Cynara.  
Sagesse Populaire et Malices
L'artichaut peuple nos mots et nos sourires.
On dit de celui qui donne un morceau de son amour
à chaque rencontre qu'il a un « cœur d'artichaut ».

 

Et comment oublier Coluche, rappelant avec malice :
« L'artichaut, c'est un vrai plat de pauvres.
Le seul plat que, quand t’as fini de manger,
t’en as plus dans ton assiette que quand t’as commencé ! »

 

Terminons sur ce vieux proverbe plein d'ironie
pour ce légume si maltraité et pourtant si aimé :

« L'artichaut est le légume le plus malheureux du monde :

on lui coupe la queue, on lui tire les oreilles,

on lui arrache les poils et on lui bouffe le c.. »

Sous le vol des papillons et des libellules,
parmi les natures mortes, il reste le symbole de l'orgueil,
du luxe, mais aussi de la délicieuse fragilité de notre propre existence.
Marie-Claude Palys (1947) auteur - Messidor : Le Don des Moissons Dorées - L’artichaut
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14 juin 2026 7 14 /06 /juin /2026 20:13
Marie-Claude Palys (1947) auteur
Éloge de Messidor : Le Chant de la Coriandre
I. L’Éveil de Messidor

 

Sous le ciel radieux de l'an républicain,
Quand juin tire sa révérence au destin,
S'ouvre le temps doré, le temps des fruits majeurs :
Messidor l'ondoyant, le mois des moissonneurs.
Né du latin messis, la récolte sacrée,
Et du grec ancien dỗron, la manne donnée,
Il chante le présent des plaines enflammées,
Où la brise caresse les tiges dorées.
C’est le poète Fabre d’Églantine, au cœur pur,
Qui puisa ses pinceaux au grand livre d’azur,
Nommant chaque journée au rythme des saisons,
Des outils de la terre et des floraisons.
Et si l'an quatorzième effaça sa mémoire,
Le calendrier garde, gravé dans son histoire,
Ce refrain de la terre, ce souffle souverain,
Qui mène nos esprits de juin jusqu'en juillet.
Le onzième matin de ce mois de lumière,
Fait monter un parfum de la glèbe première :
le vingt-neuf juin s'avance, et l'été lui confère
Le titre officiel de Jour de la Coriandre.
II. Le Portrait de l'Ombellifère

 

Coriandrum sativum, fille des Apiacées,
Élève vers le ciel ses tiges élancées.
Herbacée annuelle au feuillage changeant,
Elle grandit, ramifiée, sous le soleil cuisant,
Atteignant en sa fleur la fière majesté
D'un mètre quarante d'une verte clarté.
Ses tiges, au grand jour, s’habillent de reflets,
Parfois teintées de pourpre ou de rouges secrets.
Puis l'ombelle s'épanouit en un dôme discret,
Où le blanc et le rose s'unissent en secret.
Petites fleurs légères, au calice fendu,
Offrant leur doux nectar au peuple suspendu :
Abeilles et bourdons y trouvent leur festin.
Mais si la fleur exhale un parfum clandestin,
Parfois jugé fétide au temps de sa jeunesse,
La chaleur de l'été va changer sa rudesse :
Sous une haute ardeur, ses fruits vont mûrir,
Et d'huiles précieuses, enfin, s'enrichir.
L'histoire de son nom voyage en nos contrées,
Du grec koríandron aux langues romanes nées.
Le latin la disait au genre neutre écrit,
Mais le français voulut, après un long conflit,
Que « la » coriandre soit, en sa douce nuance,
Au féminin d'amour adoptée par la France.
III. L'Odyssée du Temps : Du Néolithique aux Rois

 

Son berceau reste un mystère, un secret d'Orient,
Poussant au Proche-Orient sous un ciel d'occident.
Pourtant, dans le secret de la grotte sacrée
De Nahal Hemar, à la terre desséchée,
Quinze petits fruits morts, témoins du temps jadis,
Disent six mille ans avant que le Christ ne surgisse.
Sur le papyrus d'Égypte, en l'an mille cinq cents,
Elle s'inscrit déjà parmi les grands présents,
Remède pour les vivants, baume pour le trépas,
Accompagnant les rois vers leur dernier repas.
Dans le noir sépulcre du jeune Toutankhamon,
Elle veillait, fidèle, au creux du panthéon,
Preuve que l'homme, aux rives du Nil ancien,
Cultivait cette herbe au parfum magicien.
À Pylos la Mycénienne, en l'âge du Bronze fier,
Les tablettes de terre en gardent la lumière :
Offrande pour les dieux, onguents pour les palais,
Elle était le parfum que le temple réclamait.
Les Hébreux la mêlaient à leurs tendres galettes,
Les Romains l’utilisaient pour que leur viande reste fraîche.
Tandis qu'en l'Ayurveda, sous le nom de Kustumbur,
L'Inde saluait l'herbe au pouvoir le plus pur,
Capitaine des sens, maîtresse du destin,
Capable d'apaiser le grand feu du chagrin.
IV. La Voix des Sages et des Textes

 

Hippocrate le grand, le père de nos arts,
Écrit en son Régime, loin des sombres regards :
« Elle éveille les corps aux jeux de la paresse,
Favorise l’hymen et sa sainte promesse. »
Puis Nicandre de Colophon, poète et médecin,
Chante ses sortilèges au milieu du chemin :
« Quel funeste breuvage et quel trouble indomptable,
Quand on boit de ses fruits la coupe détestable !
L'esprit s'égare alors en propos insensés,
Comme une Bacchante aux cheveux dispersés ! »
Mais le grand Virgile, le Cygne de Mantoue,
En fait un doux tableau que le matin secoue.
Dans son humble Moretum, le paysan s'éveille,
Et cherche dans son clos une fraîche merveille :
« Creusant la terre noire au fil de ses longs doigts,
Il arrache l'ail blanc qui pousse sous les bois,
La rue au vert rigide, et l'ache à la crinière,
Et les coriandres tremblantes dans la lumière. »
La Bible elle-même, au livre de l'Exode,
Pour peindre la manne lui consacre une ode :
« La maison d'Israël lui donna ce grand nom ;
Elle semblait de coriandre le grain blond ;
Blanche comme la neige au désert du Sinaï,
Et son goût était tel qu'un gâteau de miel cuit. »
À l'École de Salerne, au Moyen Âge instruit,
On répétait ce vers que la raison conduit :
« Pour bien digérer, il faut prendre
De la semence de coriandre,
Elle rend l'estomac plus sain... »
En France, elle s'installe dès l'Antique saison,
Du premier au cinquième siècle en nos maisons.
Et Charlemagne enfin, en son noble décret,
Le Capitulaire De Villis, ordonne son secret :
Qu'elle soit cultivée au domaine royal,
Plante de la Couronne au prestige impérial.
V. Vertus, Magie et Secrets Cachés

 

Dans le secret des fleurs, au livre des beautés,
La Baronne de Fresne en a peint les vérités :
 Son nom cache un insecte au parfum redouté,
Mais son vrai langage est « Mérite Caché ».
Elle offre la santé au creux de ses petits grains,
Riche en vitamines K pour les lendemains,
Bêta-carotène et force antioxydante,
Elle est antibactérienne et douce anxiolytique.
Mêlée à l'anis vert, au carvi, au fenouil,
Elle guérit l'estomac des maux qui le tourmentent.
Elle entre au Vespetrò, liqueur des grands repas,
Et dans l'Eau des Carmes pour soutenir les pas.
En Iran, on l'implore au milieu de la nuit,
Pour chasser l'anxiété et l'insomnie qui fuit.
Aux quatre coins du monde, elle est une magie :
  • Chez les Mayas et Celtes, elle bannit l'hérésie,
  • Éloignant les esprits des menteurs et des ombres.
  • En Égypte, elle brise les démons les plus sombres
    Nés des excès de chair et des sombres festins.
  • Les Romains l'épousaient à l'ail de leurs jardins
    Pour tresser les liens d'un puissant philtre d'amour.
  • Au Moyen Âge, on la jetait au feu du jour
    Pour purger la maison des spectres de la nuit.
  • Les Mille et Une Nuits célèbrent son produit,
    Aphrodisiaque d'or aux vertus de délice.
  • En Chine, elle promet l'immortel édifice.
  • Les Arabes la mêlent, aux heures de l'exorcisme,
    Au benjoin, à la myrrhe, en un saint mysticisme.
VI. L'Héritage Culinaire

 

Aujourd'hui globale, aimée de tous les sens,
Elle parfume l'Asie et ses plats bienfaisants,
L'Amérique latine et la Méditerranée.
Ses feuilles fraîches, par le vent couronnées,
Deviennent condiments, et ses fruits séchés,
Épices de base des currys inchangés.
Qu'on l'appelle longue, chinoise ou vietnamienne,
Bolivienne ou sauvage, elle reste la reine.
Terminons ce voyage au jardin des secrets,
Où la coriandre offre ses quatre bienfaits :
Les Quatre Promesses de la Coriandre

Amour

Santé

Longévité

Guérison

 

Marie-Claude Palys (1947) auteur - Éloge de Messidor : Le Chant de la Coriandre
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14 juin 2026 7 14 /06 /juin /2026 19:51


 

Marie-Claude Palys (1947) auteur
Messidor, le Temps des Épis d'Or
La Faucille
I. Le Présent de la Terre

 

Entendez-vous le chant de Messidor ?
Dixième éclat du rêve républicain,
Né du latin messis, la moisson d'or,
Et du grec dôron, le présent divin.
Fabre d’Églantine, poète des saisons,
Y vit l'onde rutilante des grands champs,
Mariquant l'été de ses floraisons,
Sous les soleils de juin et juillet ardents.
Et si l'histoire effaça l'An Quatorze au matin,
Messidor vit toujours dans le cœur du jardin.
II. Le Geste et l'Outil

 

Le vingt-huitième jour de juin s’avance,
C’est le jour sacré de la Faucille.
Lame courbe d'acier en plein réveil,
Manche de bois où la paume s'habille.
Bien avant la faux, bien avant les machines,
Elle pliait le blé, l’orge et l'avoine.
Aujourd'hui encore, elle chemine
Le long des vieux murs, là où l'homme glane.
Elle revient au jardin, complice et sauvage,
Pour caresser l'herbe et retrouver l'ancêtre,
Rapprochant nos mains du premier paysage,
Pour le seul plaisir de se sentir renaître.

 

III. La Longue Marche du Silex

 

Voyageons dans le temps, il y a douze mille ans,
En Palestine, au creux des grottes de Mugharet.
Le Natoufien taillait dans l’os blanc des vivants,
Des dents de silex pour mordre le secret.
Au Maghreb capsien, en Mésopotamie d'argile,
L'homme inventait le geste qui nourrit.
À Yazilikaya, douze dieux immobiles
Portaient l'harpé comme une arme de nuit.
Et chez les Pharaons, sous les rois Hyksos,
On l'offrait aux tombes pour le grand voyage ;
Toutankhamon dort avec son bois doré, d'os,
Et de verre coloré, défiant les âges.
IV. Des Druides aux Veillées d'Hiver

 

Voyez les druides de la vieille Gaule,
Vêtus de blanc sous le ciel de l'Armorique,
Trancher le gui sacré qui pousse sur l'épaule
Des grands chênes, d'un geste prophétique.
Dans le Jura, à Briod, cinq cents lames de bronze
Disent le commerce et l'antique atelier.
Et pour que la chair sous le fer ne renonce,
L’hiver, au coin du feu, on sculptait le métier :
Le gant de bois protecteur, façonné dans l'ombre,
Trois doigts ou quatre, laissant le pouce souverain,
Pour ramasser la javelle sans nombre
Et protéger la main du faucheur souverain.
Le Sang et les Mythes

 

Dans la Théogonie du vieux poète Hésiode,
C'est une faucille d’adamante, forgée par Gaïa,
Que Cronos brandit pour clore la période
Du règne d'Ouranos, qui alors s'effondra.
Du sang sur la terre naissent les Géants sombres,
Et de l'écume des mers, Aphrodite surgit.
Cronos, dieu des moissons malgré ses décombres,
Donna son nom au mois où le blé mûrit.
V. Le Trésor du Patrimoine

Le Fer du Combat :
Au XVIe siècle, elle devient l'arme
des manuels de Paulus Hector Mair. 
L'Ombre du Rituel :
A Drawsko en Pologne, au XVIIe siècle,
on la plaçait sous le cou de ceux
dont on craignait le retour d'entre les morts.
L'Union des Mains :  
Croisée au marteau sous le ciel de Lénine,
elle devint le symbole du paysan lié à l'ouvrier d'usine. 
L'Afrique et la Vie :  
Là-bas, elle demeure le signe de la prospérité,
de la fertilité promise.  

 

VI. Conclusion : L'Éternel Renouveau

 

Compagne de la Mort sous les traits de la Faucheuse,
Elle est pourtant le symbole du changement,
L'ingéniosité d'une humanité laborieuse,
Notre lien charnel au sol, tout simplement.
Plus qu'un outil de fer, un trésor qui demeure,
Traversant les cultures, les âges et les droits,
La faucille écrit encore, à chaque heure,
Le respect de la terre et la mémoire des rois.
 Marie-Claude Palys (1947) auteur - Messidor, le Temps des Épis d'Or  - La Faucille
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14 juin 2026 7 14 /06 /juin /2026 19:50


 

Marie-Claude Palys (1947) auteur

 

Éclats de Messidor : L'Épopée de la Fée Verte
L’Absinthe
I. Le Don de Messidor

 

Du latin messis, la moisson féconde,
Et du grec dôron, le présent du monde,
Messidor s’avance en habits de lumière.
C'est le dixième mois de l’ère républicaine,
Où les épis ondoyants, en vagues souveraines,
Dorent les champs sous la brise légère.
Fabre d’Églantine, poète des saisons,
En dessina les jours, en nomma les horizons.
Et si l'an XIV vit s'éteindre ce rêve de papier,
Le neuvième jour de ce mois de soleil,
Entre juin et juillet, à l’heure du réveil,
Célèbre une muse que l'on ne peut oublier.
C'est le jour de l'Absinthe, l'amère voyageuse,
Artemisia absinthium, reine mystérieuse.


 

 

II. Le Portrait de l'Amère Vivace

    { Grande Absinthe }
   
   - Arbrisseau d'argent et d'or

- Reine des terres arides
   
    - Parfum des vieux chemins
     

 

Elle s'habille de soie, de blanc et d'argent,
Un arbrisseau vivace défiant les vents,
Portant sur ses tiges cannelées et droites
Mille glandes d’essences, riches et secrètes.
Ses feuilles sont bicolores, dualité profonde :
Gris verdâtre au-dessus, face au reste du monde,
Et blanches comme neige sur leur tendre envers.
Quand vient le plein été, de juillet à l’automne,
Ses capitules penchés, petits soleils qu'elle donne,
Fleurissent en bouquets d'un jaune de lierre.
Elle aime le calcaire, les sols secs et bruts,
Les chemins de pierres où les pas se perdent,
Fidèle compagne des friches et des talus.
Mais jalouse est la belle en son vert domaine :
Ses racines sécrètent une invisible peine,
L’absinthine qui freine et défend son espace.
On la plante en bordure, isolée et altière,
Pour qu’elle garde intacte sa force première,
Sans étouffer le jardin qui l'embrasse.
III. De la Source Antique aux Rituels Interdits

 

Depuis le noir secret du Papyrus Ebers,
Pythagore et Hippocrate en louaient les vers.
Lucrèce adoucissait son amertume noire
D’un filet de miel au bord de l’histoire.
Puis vint le temps des guerres, le temps d'Algérie,
Où les soldats buvaient sa force guérisseuse,
Rapportant dans Paris sa lueur enivrante.
Alors s'établit le grand rituel,
Un art de patience, presque spirituel :
  • Le Verre : Large et haut, accueillant le cristal.
  • La Pelle : Cuillère ciselée, trône de métal.
  • Le Sucre : Douceur blanche où l’eau glacée s'abat,
  • Le Trouble : Goutte à goutte, le liquide combat,
  • Libérant les parfums de l'anis et du fenouil,
  • Dans un nuage opale qui doucement s'enrouille.
On l'appela « La Bleue », on l'appela « Fée Verte »,
Elle ouvrait des artistes la porte grande ouverte.
Rimbaud, Baudelaire, Verlaine en firent leur sang,
Chantant sa folie au cœur du Quartier Latin.

            CHRONOLOGIE DE LA FÉE VERTE                  
1792
Le Dr Ordinaire crée l'élixir moderne
1805 
Pernod Fils s'installe à Pontarlier  
11 Août 1901
Le Doubs se teinte d'absinthe (incendie)|
1910 - 1915   
La Prohibition : l'exil de la Fée  
 
2005 - 2011  
Le Renouveau et la renaissance légale
Mais accusée des maux, des cris et de la rage,
La Fée fut enchaînée, bannie du paysage.
« Elle rend fou, criminel ! » criaient les ligues bien-pensantes,
Et de la Suisse à la France, elle devint absente.
Il fallut un siècle entier de silence et d'oubli
Pour que la loi s'efface et lui rende sa vie.
IV. L'Empreinte des Arts et du Temps
L'absinthe n'est pas morte, elle vit dans la toile,
Sous le pinceau des maîtres, elle brille et se dévoile :
  • Manet peignit son buveur solitaire,
  • Degas figea l'ennui des cafés de la Terre,
  • Van Gogh y chercha l'or de ses tournesols,
  • Picasso en sculptat le verre aux multiples faces.
Dans les mots de Zola, elle est le drame noir,
Chez Hemingway, le goût d'un dernier espoir.
Aujourd'hui réhabilitée, de Pontarlier à Saumur,
Elle coule à nouveau, précieuse, noble et pure.
Herbe de la Saint-Jean, remède ou boisson sacrée,
Elle reste à jamais, en Messidor, gravée.
MC Palys (1947)
Marie-Claude Palys (1947) auteur - Éclats de Messidor : L'Épopée de la Fée Verte - L’Absinthe
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14 juin 2026 7 14 /06 /juin /2026 18:39


 

 

Marie-Claude Palys (1947) auteur
Éclats de Messidor : L'Épopée de la Fée Verte
I. Le Don de Messidor

 

Du latin messis, la moisson féconde,
Et du grec dôron, le présent du monde,
Messidor s’avance en habits de lumière.
C'est le dixième mois de l’ère républicaine,
Où les épis ondoyants, en vagues souveraines,
Dorent les champs sous la brise légère.
Fabre d’Églantine, poète des saisons,
En dessina les jours, en nomma les horizons.
Et si l'an XIV vit s'éteindre ce rêve de papier,
Le neuvième jour de ce mois de soleil,
Entre juin et juillet, à l’heure du réveil,
Célèbre une muse que l'on ne peut oublier.
C'est le jour de l'Absinthe, l'amère voyageuse,
Artemisia absinthium, reine mystérieuse.
II. Le Portrait de l'Amère Vivace

    { Grande Absinthe }
  
   - Arbrisseau d'argent et d'or
- Reine des terres arides
  
    - Parfum des vieux chemins
    
Elle s'habille de soie, de blanc et d'argent,
Un arbrisseau vivace défiant les vents,
Portant sur ses tiges cannelées et droites
Mille glandes d’essences, riches et secrètes.
Ses feuilles sont bicolores, dualité profonde :
Gris verdâtre au-dessus, face au reste du monde,
Et blanches comme neige sur leur tendre envers.
Quand vient le plein été, de juillet à l’automne,
Ses capitules penchés, petits soleils qu'elle donne,
Fleurissent en bouquets d'un jaune de lierre.
Elle aime le calcaire, les sols secs et bruts,
Les chemins de pierres où les pas se perdent,
Fidèle compagne des friches et des talus.
Mais jalouse est la belle en son vert domaine :
Ses racines sécrètent une invisible peine,
L’absinthine qui freine et défend son espace.
On la plante en bordure, isolée et altière,
Pour qu’elle garde intacte sa force première,
Sans étouffer le jardin qui l'embrasse.
III. De la Source Antique aux Rituels Interdits

 

Depuis le noir secret du Papyrus Ebers,
Pythagore et Hippocrate en louaient les vers.
Lucrèce adoucissait son amertume noire
D’un filet de miel au bord de l’histoire.
Puis vint le temps des guerres, le temps d'Algérie,
Où les soldats buvaient sa force guérisseuse,
Rapportant dans Paris sa lueur enivrante.
Alors s'établit le grand rituel,
Un art de patience, presque spirituel :
  • Le Verre : Large et haut, accueillant le cristal.
  • La Pelle : Cuillère ciselée, trône de métal.
  • Le Sucre : Douceur blanche où l’eau glacée s'abat,
  • Le Trouble : Goutte à goutte, le liquide combat,
  • Libérant les parfums de l'anis et du fenouil,
  • Dans un nuage opale qui doucement s'enrouille.
On l'appela « La Bleue », on l'appela « Fée Verte »,
Elle ouvrait des artistes la porte grande ouverte.
Rimbaud, Baudelaire, Verlaine en firent leur sang,
Chantant sa folie au cœur du Quartier Latin.

     CHRONOLOGIE DE LA FÉE VERTE  
                
1792
Le Dr Ordinaire crée l'élixir moderne

 

1805 
Pernod Fils s'installe à Pontarlier  

 

11 Août 1901
Le Doubs se teinte d'absinthe (incendie)

 

1910 - 1915   
La Prohibition : l'exil de la Fée  

 2005 - 2011  
Le Renouveau et la renaissance légale
Mais accusée des maux, des cris et de la rage,
La Fée fut enchaînée, bannie du paysage.
« Elle rend fou, criminel ! » criaient les ligues bien-pensantes,
Et de la Suisse à la France, elle devint absente.
Il fallut un siècle entier de silence et d'oubli
Pour que la loi s'efface et lui rende sa vie.
IV. L'Empreinte des Arts et du Temps
L'absinthe n'est pas morte, elle vit dans la toile,
Sous le pinceau des maîtres, elle brille et se dévoile :
  • Manet peignit son buveur solitaire,
  • Degas figea l'ennui des cafés de la Terre,
  • Van Gogh y chercha l'or de ses tournesols,
  • Picasso en scuplat le verre aux multiples faces.
Dans les mots de Zola, elle est le drame noir,
Chez Hemingway, le goût d'un dernier espoir.
Aujourd'hui réhabilitée, de Pontarlier à Saumur,
Elle coule à nouveau, précieuse, noble et pure.
Herbe de la Saint-Jean, remède ou boisson sacrée,
Elle reste à jamais, en Messidor, gravée.
MC Palys (1947)
 Marie-Claude Palys (1947) auteur - Éclats de Messidor : L'Épopée de la Fée Verte - L'absinthe
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13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 17:10


 

Marie-Claude Palys (1947) auteur

 

L’Ode de Messidor : Le Souffle de l’Échalote
I. Le Temps Doré de Messidor

 

Écoutez le murmure des plaines républicaines,
Où le temps s'habille de lumière et de laines.
Voici Messidor, le dixième de la ronde,
Né de la moisson (messis) qui inonde le monde,
Et du grec dỗron, le présent, le doux don,
Offert à la terre sous un blond horizon.
Le poète Fabre d'Églantine en dessina les contours,
Inspiré par les saisons, leurs rythmes, leurs amours.
Il chanta les épis ondoyants de l'été,
Mariage de juin et juillet dans leur majesté.
Et si l’An XIV vit s'éteindre cette belle ère,
Son souvenir frissonne encore dans la lumière.
C'est au cœur de ce mois, vers le 26 juin vermeil,
Que le septième et le huitième jour s'éveillent sous le soleil.
Pour célébrer un bulbe au parfum sans égal,
Inscrit à jamais au calendrier national :
L’échalote modeste, au cœur tendre et vibrant,
Qui traverse les âges et défie le vent.
       ___

   " Le bulbe de Messidor :
  Né de la terre légère,
  Nourri de plein soleil,
   Cachant sous sa robe dorée
        Le secret des grands festins."

 

II. Le Voyage du Bulbe Sacré

 

D’où viens-tu, voyageuse aux tuniques de soie ?
Ton berceau fut l’Asie, ses steppes et sa joie,
Où l'Iran et le Turkménistan gardent tes secrets sauvages.
Puis tu devins Ascalon, reine des rivages,
Krommuon askalônion au grand cœur palestinien,
Devenue escaloigne sur le sol capétien.
Il y a quatre mille ans, sous le ciel de l'Égypte et de Sumer,
On te cultivait déjà pour adoucir l'hiver.
Plante sacrée des Perses, offerte aux grands Dieux,
Pline l'Ancien t'inscrivit dans ses livres précieux.
Même le prophète Ésaïe, dans sa sainte vision,
Te voyait verdir l'oasis de sa douce floraison :
"Dans l'oasis où les hiboux du désert s'accroupissent,
l'échalote deviendra canne et papyrus."
On dit que les Croisés t'ont ramenée dans leurs bagages,
Pourtant, dès le premier siècle, tu changeais les usages !
Dans le De re coquinaria d'Apicius le Romain,
Tu parfumais déjà le porc et le vin.
Et le grand Charlemagne, en son Capitulaire De Villis,
Ordonnait ta culture parmi les plus nobles lys.


 

 

III. Terroirs d'Ici et d'Ailleurs

 

Plante vivace au grand cœur, cultivée à l'année,
Tu lances vers le ciel tes feuilles gainées,
Cylindriques et creuses, d’un vert vigoureux,
Sous une ombelle sphérique aux reflets bleuteux.
Tu n'aimes pas l'humidité, tu réclames l'azur,
Un sol léger, sableux, et un paillage mûr.

 

Les Grandes Familles de l'Échalote
Origines & Terroirs
Profil Gustatif
L'Échalote Grise (Allium oschaninii)
Asie Centrale, Afghanistan
Tunique rigide, arôme puissant et marqué. La favorite des gourmets.
L'Échalote Rose ou Brune
Bretagne, Anjou, Drôme
Douce, légèrement piquante et sucrée.
L'Échalote de Sainte-Anne
Québec (Patrimoine)
Perpétuelle et robuste, elle brave les hivers rigoureux.
IV. La Muse des Festins et de la Vie
Au XIIe siècle, tu épouses la Bretagne et l'Anjou,
Terres de prédilection qui te chérissent par-dessus tout.
Peu calorique, tu es une mine de bienfaits :
Potassium, manganèse, vitamines B6 et B9 s'y trouvent à jamais.
En cuisine, tu es la reine, crue ou dorée,
Tu sublimes les salades de ta pointe relevée.
En sauce mignonnette ou mariée au bon vin,
Tu transformes le plat le plus simple en festin.
En Indonésie, tu deviens le croustillant bawang goreng,
Tandis qu'en France, les poètes te parent de mille couronnes.
Gérard de Nerval, flânant dans les nuits de Paris,
T'apercevait aux Halles, chez Baratte, à minuit :
"L'usage est d'y demander des huîtres d'Ostende
avec un petit ragoût d'échalotes découpées
dans du vinaigre et poivrées..."
Et quand le grand écran s'empare de ton nom,
C'est pour une « course à l'échalote » pleine de déraisons,
Où Pierre Richard et Jane Birkin, en un joyeux élan,
Font courir la France entière en riant.
Sois donc saluée, noble plante des potagers,
Toi qui, d'un simple souffle, sais comment chasser
La timidité, l'anxiété et les ombres de la malchance,
Pour installer la joie et le goût de la vie en France.
MC Palys (1947)
Marie-Claude Palys (1947) auteur - L’Ode de Messidor : Le Souffle de l’Échalote
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13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 16:36

Marie-Claude Palys (1947) auteur

Messidor : Le Temps des Moissons Dorées
Le concombre
 
Dans le battement du cœur républicain,
Juillet et juin s’unissent d'un geste souverain.
Messidor s'éveille, né du latin messis la moisson,
Et du grec ancien dỗron, le présent, le don.
C’est le poète Fabre d’Églantine,
Qui, traduisant le rythme de la marche divine,
Nomma ces jours d'après la terre et les saisons.
L’ère s'est éteinte un jour d'hiver, à l'horizon,
Mais le souvenir reste, immuable et sacré,
De ce dixième mois aux longs épis dorés.
Le 7ème jour de Messidor, loin des sombres décombres,
Est le jour béni, célébré, du Concombre.
Chaque 25 juin, dans notre calendrier,
Ce roi de fraîcheur vient nous visiter.

 
Les Origines :
Du Berceau de l'Himalaya aux Rivages d'Europe
   Himalaya / Vallée de l'Indus (Soukasa - Il y a 5000 ans)
                 │
                 ▼
          Al-Andalus (Arrivée au Moyen Âge)
                 │
                 ▼
     Italie / Ukraine / Versailles (Consécration royale)

 

C'est au pied des géants de l'Himalaya qu'il prit vie,
Sous le nom de Cucumis hardwickii.
Domestiqué jadis dans la vallée de l'Indus,
Il fut le Soukasa des textes disparus.
Trois fois l'Ancien Testament cite sa présence,
Tandis qu'en Orient, il change d'apparence :
Long et lisse en Chine, court et fier ailleurs,
Il traverse les âges en changeant de couleur.

 

Le quiproquo antique :
- Le cucumis des anciens Romains n'était pas son jumeau,
mais le concombre arménien,doux cousin du melon.Le voyage :
Le véritable concombre, au détour des voyages,
nous vint d'Al-Andalus au cœur du Moyen Âge.

 

 

La science des Humeurs :
Les anciens médecins le disaient froid et humide,
né de l'eau et de la terre, pour les corps trop arides.
De la Cour des Rois aux Chansons des Rues
Les artistes l'aimèrent. Sur la toile et le bois,
Carlo Crivelli le peignit plus d'une fois.
Puis vint La Quintinie, le jardinier du Roi,
Qui sous les serres de Versailles en fit un exploit.
Louis XIV en réclamait pour ses potages,
Élevant ce fruit simple au plus haut des rangs.
Pour les nantis d'alors, fuyant les lourds repas,
Il devint le plaisir qui ne rassasie pas.
Plus tard, en 1651, naquit le mot cornichon,
Pour ce petit concombre cueilli en herbe, un peu polisson,
Que l'on plonge en vinaigre. Et bien plus tard enfin,
Il entra en musique sous la plume de Boris Vian :

 

« J’avais ach’té un beau concombre
Ben gros, ben long, ben vert
Et je revenais sans encombre
Du marché de Nevers… »
 
Le Portrait Botanique et ses Multiples Visages
Plante grimpante et fière, Cucumis sativus s'élance,
Ses feuilles vert grisâtre, rudes, en palmes de danse,
S'accrochent aux tuteurs par de souples vrilles.
Ses fleurs d'un jaune pâle au soleil scintillent,
Donnant naissance aux fruits, ces baies généreuses,
Aux formes surprenantes et aux robes soyeuses.


 

L'Épineux (Américain)
Court, mat, surface rugueuse.
- Le croquant traditionnel.
Le Hollandais (Anglais)
Long, brillant, sans graines ni amertume.
- Les salades douces.
Le Libanais (Beit-Alpha)
Court, lisse, adapté au Midi chaleureux.
- La fraîcheur nomade.


 

Le Sauvage (Kalahari)

Petit, rond, épineux, perle du désert.

- Source d'eau vitale des nomades.


 

Un Trésor de Vie et de Beauté
Composé à 95 % d’eau, il est une fontaine,
Un miracle léger qui coule dans nos veines.
Peu calorique et pur, il offre à notre corps :
- Le potassium, le phosphore, le calcium en accord ;
- Les vitamines B, A, E sous sa peau tendue ;
- La vitamine K pour sa chair brute et crue ;
-Le cuivre secret quand sa pelure est perdue.
Il anime les verres du célèbre Pimm’s Cup,
Devient un masque frais pour les yeux fatigués,
Apaise les rougeurs des visages irrités,
Et chasse d'un souffle la mauvaise haleine.

 

L'Emblème
Parce qu'il cache en son sein mille graines fertiles,
Et que sa forme s'étire en des courbes dociles,
Le concombre demeure, sous le ciel étoilé,
Le plus beau des symboles d'abondance et de fertilité.

 

MC Palys


 

Marie-Claude Palys (1947) auteur - Messidor : Le Temps des Moissons Dorées  Le concombre
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13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 16:23
Marie-Claude Palys (1947) auteur
Messidor, l’Écho de l’Été

 

 

Le Sixième Jour : L'Éveil de l'Encensier

 

Quand le calendrier des hommes balaya les vieux saints,
Le poète Fabre d'Églantine, au souffle souverain,
Puisa dans les saisons le rythme de nos vies.
Point de Messidor an XIV en l'histoire gravée,
Car l'an Dix-Huit-Cent-Six vit l'ère s'achever ;
Mais au dixième mois, quand la terre est ravie,
Du dix-neuf juin naissant au plein cœur de juillet,
Le sixième matin voit un roi s'éveiller.
Ce jour est consacré, par décret de la Terre,
Au prince des maquis, au parfum de mystère :
Le Romarin s'avance, en habit de lumière.

 

Le Prince des Garrigues

 

Salvia rosmarinus, enfant des sols arides,
Tu dresses tes rameaux sous le soleil brûlant,
Là où la roche éclate et le maquis s'étend.
Dédaignant la misère des sécheresses vides,
Tu t'enivres des pleurs que l'océan te donne,
« Rosée de mer » latine ou rosemary bretonne.
Qu'on t'appelle Lormarin, Romanik ou Encensier,
Tu portes dans tes gènes un sillage princier.
Tes feuilles sans pétiole, armures de verdure,
Sont de sombres miroirs au revers argenté ;
Et leur camphre puissant, d'une grâce absolue,
Évoque le sacré des temples d'autrefois.

 

La Cuisine et le Baume : Vertus de Vie

 

Le romarin aux Mille Bienfaits
L’art culinaire
- Brins de tradition : (légumes, viandes, sauces(
- Fleurs crues et douces : (Parfum des desserts)
- Miel de Narbonne : (Mellifère)
Le soin du corps
- Tisane tonifiante (Rhume) : (+ Thym, miel et citron)
- Friction capillaire:(Brillance et pousse)
Dans le grand potager ou en bordure d'allée,
Ta rustique présence est toujours espérée.
Charlemagne lui-même, en ses royaux domaines,
Par le Capitulaire De Villis ordonna
Que ton herbe bénie, au milieu des fontaines,
Soit cultivée partout pour le bien du soldat.
Du Sacré des Dieux au Manteau de Marie
Dès l'hiver finissant, sous un ciel de février,
Tes grappes de fleurs bleues commencent à s'élancer.
Parfois le blanc s'invite en de rares instants,
Mais c'est le bleu d'azur qui défie le grand temps.
Les Romains tressaient des couronnes de tes branches,
Croyant que ton arôme préservait les corps,
Garantissant l'esprit contre la triste mort.
Horace disait d'un ton plein de confiance :
« Si tu veux gagner l'estime des dieux,
porte-leur des couronnes de Romarin. »
La légende raconte qu'en un jour de détresse,
La Vierge, avant de naître le Roi de la promesse,
Jeta son lourd manteau sur un buisson fleuri.
Quand elle le reprit, l'arbrisseau recueilli
Avait changé ses fleurs en un bleu de Marie.
L'Éternelle Jeunesse et l'Eau de Hongrie
Au quatorzième siècle, une reine affaiblie,
Donna Isabella, par la goutte meurtrie,
Reçut d'un vieil ermite un précieux flacon.
C'était l'Eau de Hongrie, magique infusion,
Distillée des sommets de tes branches fleuries.
À force d'en user, la reine fut guérie ;
Elle retrouva tant de force et d'allure
Qu'un roi voisin, charmé par cette créature,
Demanda sa main pour l'offrir à sa cour.
Sous le Roi-Soleil, on y croyait toujours :
Le romarin gardait le secret de l'amour.
Le Gardien de l'Âme et des Amants
Aux portes des maisons, pour chasser le malheur,
Sous l'oreiller des petits pour apaiser leurs peurs,
Le romarin veillait, sentinelle fidèle.
Dans le langage secret où les cœurs s'interpellent,
Il est la loyauté, la mémoire vivante,
Le pont jeté toujours entre morts et vivants.
Si deux amants cueillent d'un geste simultané
Un brin vert sur la même branche parfumée,
Leur amour est sauvé, leur promesse est gardée.
« Je suis heureux quand je vous vois »,
Murmure le bouquet au milieu des grands bois
Marie-Claude Palys (1947) auteur - Messidor, l’Écho de l’Été - Le romarin
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13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 16:18
Marie-Claude Palys (1947) auteur
Le Pas de Messidor : Confessions du Mulet

 

 

Chant I : L’Héritier Rebelle de l'Été

 

Je suis le fils de l’ombre et des moissons dorées,
Né au cinquième jour des plaines altérées.
Fabre d’Églantine, au cœur de Messidor,
M’offrit cette journée sous un soleil de phosphore.
L’an quatorze a vu poindre le déclin de ce rêve,
Mais chaque vingt-trois juin, ma mémoire se lève.
Je ne suis point cheval, je ne suis point un âne,
Je suis le fier hybride au sang de tramontane.
Stérile et sans lignée, je trace mon chemin,
Mélange de vigueur et de bon sens humain.

 

Chant II : Ma Robe, mes Oreilles et ma Fierté

 

De ma mère jument, j'ai pris la noble taille,
Le muscle généreux pour livrer la bataille,
La crinière un peu drue et la queue en panache.
De mon père, l'ânon, je garde sans relâche
Les oreilles pointues, dressées vers les sommets,
Les naseaux fins, le front qui ne fléchit jamais.
Ma robe est de pangaré, de bai ou de noir doux,
Mes membres sont si secs qu'ils défient les cailloux.
J'ai besoin de grands fers pour protéger mon pas,
Et si l'hiver me glace, le grand chaud ne m’abat pas.
Trois kilos de foin mûr, d'avoine et de paille fraîche,
Et vingt-cinq litres d'eau apaisent ma soif sèche.

 

Chant III : Le Maître de la Montagne et de la Guerre

 

Depuis l’Antiquité, les hommes m'ont forgé,
Sous le bât ou le joug, mon dos s'est engagé.
Au siècle de l'Histoire, l'industrie poitevine
Créa mes sœurs puissantes à la force divine,
Tandis que les Pyrénées élevaient pour le luxe
Mes frères plus légers aux foulées de influx.
Je connais le Velay, ses sentiers impossibles,
Et les foires de Seyne aux ferveurs indicibles.
Quand la guerre a tonné, j'ai rejoint les Alpins,
Portant l'artillerie au milieu des ravins.
Les poilus m'appelaient « brêle » dans leur rude argot,
Ignorant que mon calme vaut tous leurs grands mots !
Car là où le cheval tremble devant le gouffre,
Moi, je regarde le vide, imperturbable, et je souffre.
L'armée m'a congédié en l'an soixante-quinze,
Mais les Chasseurs Alpins, sous les neiges des quinze,
M'ont rappelé hier pour gravir les sommets.
L'Inde en garde six mille, et l'Italie le sait.
Chant IV : Le Têtu au Cœur d'Or
« Chargé comme une mule »,
« Têtu comme un âne »,
L'homme a fait de mon nom une chanson profane.
C'est que je suis rebelle ! Et si je reste assis,
Planté comme un rocher au milieu du soucis,
C’est que mon jugement dépasse la panique.
Je ne crains pas la peur, mon esprit est unique.
Mal dressé, je sais mordre, ruer et me venger,
Mon coup de pied est prompt et sait punir le danger ;
Mais si l’on m’apprivoise avec art et douceur,
Je deviens le complice, le héros, le sauveur.
Ésope m’a chanté, La Fontaine et Phèdre aussi,
Et la Mule du Pape a gardé mon récit.
Que les chevaux de course me regardent de haut !
Leur gloire est dans la fuite, la mienne est dans le chaud.
Pour la fatigue et l'or, pour la terre et la digue,
Je reste le Mulet que jamais rien ne fatigue.
 Marie-Claude Palys (1947) auteur - ​​​​​​​Le Pas de Messidor : Confessions du Mulet
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13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 16:08
Marie-Claude Palys (1947) auteur

 

Le Voile de Messidor : Confessions de la Véronique

 

Chant I : L'Étoile du Quatrième Jour

 

Je suis la fille de Messidor, en son quatrième matin,
Quand les blés lourds et dorés s'inclinent sur le chemin.
Fabre d'Églantine m'a choisie pour parer ce calendrier,
Où les mois chantaient la terre, loin des vieux encriers.
Bien que l’an quatorze ait brisé ce rêve républicain,
Chaque vingt-deux juin, je renais sous le soleil souverain.
Petite herbe des talus, sauvage ou des jardins anglais,
Je viens panser les cœurs et colorer les forêts.
Chant II : Le Miroir du Visage Sacré
Écoutez le secret que mon humble nom recèle :
Verum icon, la « vraie image », pure et éternelle.
On dit qu'au Golgotha, devant le Christ pliant sous la croix,
Une femme offrit son voile, bravant la foule et les rois.
Le divin visage y laissa son empreinte de douleur,
Et Tibère, de la lèpre, fut guéri par cette fleur.
Regardez ma corolle au bleu frappant, bleu des cieux :
Mes deux anthères dressées semblent dessiner des yeux.
On m'appela « Chemise » ou « Fleur du petit-Jésus »,
Tant mon bleu de lin rappelle les langes disparus.

 

Chant III : L'Herbe des Ladres et des Cimes

 

Je rampe au ras du sol, vêtue d'un doux velours,
Mes feuilles sont ovales, mes bords dentés toujours.
De juin à septembre, j'offre aux abeilles rousses
Mes quatre pétales fins qui tremblent sur la mousse.
L'un d'eux, plus petit, se fait discret et plus clair,
Tandis que mon fruit en cœur défie le souffle de l'air.
On m'appelle Officinale, Reine des Alpes ou des ruisseaux,
Je fus l’« Herbe-aux-ladres » qui fermait la plaie des bourreaux.
Le voyageur fatigué me nomma « Thé d'Europe »,
Quand ma feuille en infusion dans sa tasse galope.
Inscrite au Codex des saveurs et des aromates anciens,
Je soigne les estomacs et je guéris les humains.

 

Chant IV : La Prophétesse et l'Amie Fidèle

 

En Corse, les bergers scrutent mon réveil le matin :
Si mes corolles s'ouvrent, le soleil sera divin ;
Mais si je reste close sous l'azur incertain,
C'est que la pluie arrive et marchera sur le chemin.
Dans le langage secret où les âmes se lient,
Je suis le doux symbole d'une amitié qui ne fléchit.
J'apporte le courage, le plaisir, le renouveau,
Le doux rétablissement après les jours moins beaux.
Offrez-moi en bouquets, sauvage et lumineuse,
Pour que ma robe bleue rende la vie plus joyeuse.
 Marie-Claude Palys (1947) auteur - Le Voile de Messidor : Confessions de la Véronique
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