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8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 00:23


 

Saint-Pol-Roux (1861-1940) poète symboliste français.

 

La poire
                                         
À Georges Courteline.

 

Panse ronde, elle pend, unique en mon verger, comme une étoile du

berger, elle pend sur le monde à la façon des lustres, cette poire

illustre à cent lieues à la ronde.

Parents, amis, disciples, marchands, traiteurs, maîtresses,

bonnes gens à foison, le cœur en pâmoison, les voici

tous autour du tronc, faisant mûrir ce centre qui serait

un ventre aux rayons convergents de leurs vœux, et vers sa gloire

Louis-Philippe volutent l’encens de leur pipe, les roucoulades

de leur flûte et l’ophidienne tresse de leurs blonds cheveux. 

Sous son masque où brille un œil à forme de nombril,

le fruit de marbre assiste parmi l’arbre aux mille bruits

de la foule en louanges, tel un ange bouffi suspendu par un fil 

à un nuage vert au-dessus d’une goule qui regarde en l’air. 

Elle pressent, la garce, tant d’essaims de dents là-bas

dans la ruche des bouches que, dispose à la farce, de plus en plus

elle enfle sa baudruche et s’arrondit comme une femme 

avant ses couches, et l’on te voit bientôt, ô poire des espoirs,

grosse en raison de l’appétit des grands et des petits,

tandis que se dilatent tes pépins, tes pépins identiques

aux rognons d’un lapin. Et de croître en croître elle s’enfle

et se gonfle à ce point qu’elle semble à la Nature mettre

un furoncle à moins que ce ne soit un goitre, cette poire

blette, énorme à croire que vraiment elle va pondre,

et mûre tellement qu’un rien de plus elle va fondre.

Mais un jour l’heure sonne où, cédant à son poids

pour ne pas dire à son dessein, la poire entre les poires,

notre Poire enfin, rompt son fil à la patte, choit à travers

 l’espace, dégringole, éclate et pétarade ainsi qu’un derrière

chargé de ricin, s’épate veule dans les gueules béantes

au-dessous des nez, — et toutes les personnes sont empoisonnées !


Panse ronde, elle pend, unique en mon verger,

comme une étoile du berger,

elle pend sur le monde à la façon des lustres,

cette poire illustre à cent lieues à la ronde.

Saint-Pol-Roux (1861-1940) - poète symboliste français. - La poire
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7 septembre 2022 3 07 /09 /septembre /2022 19:22

 

 

D. H. Lawrence (1885-1930) écrivain et poète britannique

 


Fleurs de poirier


Les fleurs de poirier forment une fontaine d'écume

Au bout de ta chaumière, don retombent

Les embruns et les jets d'écume

 

Les fleurs contre ta vitre

Font les "marionnettes". Pointe en peignant

Ta chevelure, pointe ton nez dans l'allée !

 

Cette année-là, à l'éclosion des poires, mon délice

Quand tu t'es glissée nue sur moi,

Tes petits seins pendant comme des touffes blanches

 

De fleurs de poirier  ! Et ce petit genou

Bien planté dans ma poitrine quand tu t'es étirée

Vers la fenêtre et le poirier blanc !

 

Et, nue, tu t'es reglissée  sur moi,

Etendu sur le lit, tu t'es assise, les fleurs sur les cuisses.

Et tu m'as regardé

 

Et, comme, allongé, je te regardais dan les yeux,

Tu as pleuré, et fait frémir le lit sous moi.

J'en défaillais de surprise -

 

Elle me terrifie la fleur de poirier

Ronde et blanche comme un sein menu

Avec une aréole rouge en son milieu.

 

Mon Dieu, dire que cela est à jamais révolu,

Que tu as disparu pour toujours,

Te penser morte me terrifie.

 

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7 septembre 2022 3 07 /09 /septembre /2022 19:11

 

 

Nathan Katz (1892-1981) poète et dramaturge alsacien 

 


Les petites poires sur la claie


Septembre est déjà passé

Et la Nativité de Marie.

Les petites poires reposent toutes

Dans la paille sur la claie

 

Comme il fait chaud dans la cave

Et comme on se sent dans l'intimité.

 

Un peu de lumière du jour

Tombe à travers les évents.

Comme les petites poires se réjouissent

D'être dans la cave.

 

Par le soupirail de la cave

Elles voient le poirier qui est debout. 

Nathan Katz (1892-1981) - poète et dramaturge alsacien - Les petites poires sur la claie
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5 septembre 2022 1 05 /09 /septembre /2022 22:14

 

 

Le Roman de la poire (Li romanz de la poire) est un roman français du XIII° siècle d'un certain Tibaut.
 

Le Roman de la Poire est un poème allégorique construit autour d'une alternance entre modes d'expression oral et écrit, lyrique et narratif. Dans cet article, l'auteur considère la polarisation entre chant et écriture dans le cadre de la trajectoire narrative du roman, allant de la naissance de l'amour sous le poirier à l'achèvement du livre. Le titre est dérivé d'une scène centrale où la demoiselle partage avec l'amant une poire qu'elle a épluchée avec ses dents.


Le texte est conservé à la Bibliothèque nationale de France (Ms. fr. 2186). C'est un manuscrit enluminé datant des années 1250. 

 

 

Le roman de la poire

 

Ci endroit commence l'histoire

De la plus merveilleuse poire

Qui jamais soit, ni jamais ne fut

Dieu l'aima qui en planta le fût.

 

Amors qui par A se commence

A contre moi donné sentence (...)

 

À ce tournoi(ement), mais que je sois armé.

J'irai promptement, Dame, si vous m'aimez.

Et je disposai mon épée entre nous deux

 

Ici finit le roman de la poire

Qui des amants à dit l'histoire.

Tibaut (13° siècle) - auteur - Le Roman de la Poire
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4 septembre 2022 7 04 /09 /septembre /2022 00:19

Ecole de médecine de Salerne (IX° -XII° siècle)

Les aphorismes d'Hyppocrate

 

La poire


..."La poire ne vaut rien, 

sans vin.

Si vous la mangez en compote,

C'est un excellent antidote ;

Mais poire crue est un poison.

Vous pouvez là-dessus régler votre conduite.

Crue, elle charge trop l'estomac ; étant cuite,

Elle y porte la guérison.

Quand on a mangé de la poire,

Que le premier soin soit de boire"...

Ecole de médecine de Salerne (IX° -XII° siècle) - Les aphorismes d'Hyppocrate - La poire
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31 juillet 2022 7 31 /07 /juillet /2022 20:45

 

 

Juana de Ibarbourou (1892-1979) poétesse uruguayenne

 


Le Figuier

 

Parce qu’il est rugueux et laid

parce que toutes ses branches sont grises,

j’ai pitié pour le figuier.

 

Dans ma villa il y a cent beaux arbres :

pruniers ronds

droits citronniers

et orangers aux bourgeons lustrés.

 

Au printemps,

tous se couvrent de fleurs

autour du figuier.

 

Et le pauvre semble si triste

avec ses branches tordues qui jamais

ne s’ornent de bourgeons serrés.

 

Alors,

chaque fois que je passe à ses côtés

je dis, en procurant

à mon accent la douceur et l’allègresse :

"C’est le figuier, le plus beau

des arbres de mon jardin."

 

S’il m’écoute,

s’il comprend la langue que je parle,

quelle douceur si profonde se nichera

dans sa sensible âme d’arbre !

 

Et peut être la nuit,

quand le vent évente sa palme,

engourdi de joie, le figuier lui raconte :

"Aujourd’hui l’on m’a dit que j’étais beau."

 

***

 

La Higuera

 

Porque es áspera y fea,

porque todas sus ramas son grises,

yo le tengo piedad a la higuera.

 

En mi quinta hay cien árboles bellos:

ciruelos redondos,

limoneros rectos

y naranjos de brotes lustrosos.

 

En las primaveras,

todos ellos se cubren de flores

en torno a la higuera.

 

Y la pobre parece tan triste

con sus gajos torcidos que nunca

de apretados capullos se visten…

 

Por eso,

cada verz que yo paso a su lado,

digo, procurando

hacer dulce y alegre mi acento:

-Es la higuera el más bello

de los árboles en el huerto.

 

Si ella escucha,

si comprende el idioma en que hablo,

¡qué dulzura tan honda hará nido

en su alma sensible de árbol!

 

Y tal vez a la noche,

cuando el viento abanique su copa,

embriagada de gozo, le cuente:

-Hoy a mi me dijeron hermosa.


NarimCrafts

NarimCrafts

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31 juillet 2022 7 31 /07 /juillet /2022 20:21

 

 

2018

 

Jérôme Matin, auteur, poète et éditeur 

Il est diplômé d'anglais de l'Université Harvard (1997-2001), titulaire d'un Master of Philosophy de l'Université de Cambridge (2002-2003), d'un MFA en poésie de l'Université de l'Iowa (2001-2004) et d'un doctorat de l'Université de Cambridge (2005-2010).

Depuis 2014, il est auteur et éditeur à la maison d’édition Usborne Publishing. Il a écrit des livres pour la jeunesse sur la science, l'histoire et la gastronomie.


 

L’étreinte du figuier maudit

 

Je suis né d’une graine de Ficus Auréa,

Ô combien mortel,

Le figuier maudit.

Peu soucieux de mes penchants criminels,

Sur la branche d’un Mahogany je grandis.

 

Mon âme aspire aux vibrations des étoiles,

Aux pulsations de la montagne qui rythment les vallées,

Aux messages que portent les oiseaux et le vent

De ses régions obscures qui protègent leurs secrets.

 

Je l’étreins, le protège et le soutiens de mes forces,

Je l’enlace et l’embrasse de ma passion féroce.

Le majestueux, l’acajou séculaire.

Mais une tragédie se dessine sous le tropique du cancer.

 

Car nul n’échappe aux crocs du destin.

D’aucuns penseront que je suis né pour tuer.

Me voilà prisonnier de mes propres instincts,

Moi, l’étrangleur favori des sorciers,

L’allégorie de la mort qui nourrit les vivants,

Moi, le parasite conquérant des feuilles putrides,

Écarté à jamais du sentier des pénitents.

 

À présent je suis seul et ma douleur est immense,

Un trou béant à la place du coeur,

Debout sur les restes de mon amour innocent,

Le temps qui s’écoule sera ma sentence.

Jérôme Matin, - auteur, poète et éditeur - L’étreinte du figuier maudit
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31 juillet 2022 7 31 /07 /juillet /2022 20:03

 

 

2014


Michèle Guillot - écrivaine et poètesse française -

1er prix du concours Henri Montarras – Poésie classique

 


Mon figuier

 

C'était un soir d'été semblable à celui-ci,

Près d'un jeune figuier les grands s'étaient assis

Et nous, petits enfants, nous formions une ronde

Qui finissait toujours en course vagabonde.

Toujours insouciants, ignorants du bonheur,

On jouait simplement, baignant dans la douceur,

Oubliant que le temps s'écoulait invincible

Et que son moindre arrêt nous serait impossible.

 

 
C'était un soir d'été semblable à celui-ci,

Sous le joli figuier où nous étions assis.

Nous avons regardé la nuit tendre son voile

Et nos yeux éblouis voyaient la même étoile.

Tu m'as dit ton amour, tu as su me charmer

Et je t'ai écouté, dans la joie de t'aimer.

Oui la vie était là, devant nous, lisse et droite,

Comme une route neuve où le soleil miroite.

 

 
Et c'est un soir d'été semblable à tous ceux-ci,

Là sont mes souvenirs, aussi nets et précis,

Sous le très vieux figuier où je me suis assise

Où je viens si souvent pour rêver à ma guise.

L'air me semble assez doux mais cependant j'ai froid,

Je ne peux m'empêcher de penser qu'autrefois

La vie tourbillonnait dans un éclat de rire

Et tangue maintenant comme un très vieux navire.

 Michèle Guillot - écrivaine et poètesse française - Mon figuier
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27 juillet 2022 3 27 /07 /juillet /2022 22:55

 

 

2012

Vette de Fonclare (1937) écrivaine et poètesse française, Professeur de lettres

 

 

Le figuier 

 

C’est un très vieux figuier au fond de la garrigue,

Tordu comme un sarment, torturé par le temps.

Il a piètre figure, mais il y a ses figues :

Piriformes et bleues, si tendres sous la dent,

 

Des délices sucrées et molles croustillant

De leurs petits pépins craquillant de soleil !

De gros fruits délicieux que l’arbre agonisant

Rend toujours plus exquis ; dont nul ne s’émerveille !

 

Il sait qu’il va mourir ! Il est tellement vieux !

Il naquit sur la lande il y a très longtemps,

Quand les hommes croyaient en de multiples dieux

Et que ce coin perdu était encor un champ.

 

Ces fruits sont ses derniers ; bientôt ses grosses feuilles

Vont tomber sur le sol une dernière fois.

Son tronc tout biscornu et que septembre effeuille

Ne sera bientôt plus qu’une sculpture en bois

Vette de Fonclare (1937) - écrivaine et poètesse française -  Le figuier 
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27 juillet 2022 3 27 /07 /juillet /2022 22:25

 

 

Eugenio de Andrade (1923-2005) considéré par de nombreux critiques et spécialistes comme l'un des poètes majeurs de langue portugaise.

Les lieux du feu

Traduit du portugais par Michel Chandeigne

L'Escampette, 2001  

        

Le figuier


  Ce poème commence en été,

les branches du figuier qui effleurent

la terre m'avaient invité à m'allonger

dans son ombre. En elle

je me réfugiais comme au creux d'un fleuve.

Ma mère se fâchait : l'ombre

du figuier est funeste, disait-elle.

Je n'en croyais rien, je savais bien

comme leurs fruits luisaient mûrs

et fendus offerts aux dents matinales.

Là j'ai attendu toutes ces choses

peuplant les rêves. Une flûte

lointaine jouait dans une églogue

tout juste lue. La poésie caressait

mon corps en éveil jusqu'à l'os,

elle me cherchait avec une telle évidence

que je souffrais de ne pouvoir lui donner

de forme : bras, jambes, yeux ou lèvres.

Mais sous ce ciel vert du mois d'août

elle me caressait seulement, et s'en allait.

 


A figuiera


Este poema começa no verão,

os ramos da figueira a rasar

a terra convidavam a estender-me

à sua sombra. Nela

me refugiava como numrio.

A mãe ralhava : A sombra

da figueira é maligna, dizia.

Eu não acreditava, sabia bem

como cintilavam maduros e abertos

seus frutos aos dentes matinais.

Ali esperei por essas coisas

reservadas aos sonhos. Uma flauta

longínqua tocava numa écloga

apenas lida. A poesia roçavame

o corpo desperto até ao osso,

procurava-me com tal evidência

que eu sofria por não poder dar-lhe

figura : pernas, braços, olhos, boca.

Mas naquele céu verde de agosto

apenas me roçava, e partia

 Eugenio de Andrade (1923-2005) - poète portugais - Le figuier
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